‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome deuxièmeChapitre 70 sur 461 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

où arrivent les rayons lumineux, et cependant l'œil reste ouvert, la portion palpébrale cédant à l’action du releveur de la paupière supérieure. Mais c'est principalement par rapport aux excitations nerveuses auxquelles il obéit que ce muscle offre une singularité bien digne de l'attention des anatomo-physiologistes. Nous voulons parler de ses usages, eu égard aux deux états opposés de veille et de sommeil. En effet, pendant la veille, l'orbiculaire , ou au moins le muscle ciliaire , est ordinairement relâché : cependant, comme tous les muscles de l'appareil nerveux encéphalique, il obéit à la volonté, sauf cette différence qu'il reste plus que tout autre sous l'influence de l'instinct organique de conservation; il cligne les paupières à certains intervalles pour faciliter le cours des larmes , et il se contracte, même malgré la volonté, pour peu que l'œil soit menacé de la rencontre d’un corps étranger. Quand,au contraire, le besoin de sommeil se fait sentir, ce muscle clôt l'œil; il reste alors lui seul contracté, hors de l'influence cérébrale, pendant le repos des autres muscles, tant que dure le sommeil, et se relâche de nouveau au réveil. Bichat pense que l'orbiculaire est entièrement passif dans le sommeil , et que l'occlusion de l'œil est un simple effet de pesanteur causé par la chute de la paupière supérieure, dont l'élévateur est relâché. Pour achever de rendre son idée, il compare même le sommeil à la paralysie de l'élévateur, dont l'abaissement de la paupière supérieure est également le résultat. En observant ce qui se passe dans le sommeil , il nous semble que l'on est contraint d'adopter un avis contraire. La paupière supérieure d'un individu endormi n’est pas seulement abaissée ; elle est froncée activement, et oppose au doigt qui la soulève une résistance qui augmente avec celle de l'effort employé; mais, en outre, si le dormeur est dans un lieu très éclairé, on voit que lacirconférence de l'orbiculaire est également contractée pour s'interposer comme un écran au-devant de l'œil , jusqu’au point de faire grimacer tous les traits. Il suffit même, étant dans un lieu obscur, d'approcher ou d'éloigner une lumière des paupières d’une personne endormie, pour produire instantanément et voir d’une manière évidente la contraction ou la dilatation de cette circonférence. L'espèce et les propriétés des nerfs que reçoit l'orbiculaire peuvent seules rendre raison de ces curieux phénomènes.

DU SOURCILIER. (1)

M. SUPERCILIT (FABRIC.); SUPERCILIARIS (S4NTOR.); CORRUGATOR SUPERCILII ( 4LBIN.).

Situation , insertions. Petite languette musculaire très courte, mais assez épaisse , appliquée sur la moitié interne de l'arcade sourcilière du frontal , dont elle suit la courbure. Elle naît, par deux ou trois racines, de la partie interne de la bosse nasale , derrière le muscle pyramidal , se dirige en haut et en dehors, et se confond avec les fibres profondes de l'orbiculaire en regard de la partie moyenne de l'arcade orbitaire. C'est d'après cette disposition qu'Albinus considère ce muscle comme un appendice ou comme l’une des attaches de l'orbiculaire. Recouvert par le pyramidal, l'occipito-frontal et l'orbiculaire, le sourcilier recouvre l'os frontal , et les vaisseaux et nerfs sus-orbitaires à la sortie de léchancrure qui leur livre passage.

Action. Ce muscle fronce le sourcil en dedans et en bas, et plisse le front verticalement. Sous ce rapport, il concourt puissamment à exprimer la colère , le mécontentement , et, en général, toutes les passions tristes.

(1) Planches 94, 96.

Page 1