HENRY DUCROTA Y DE BLAINVILLE
MEMBRE DE L’ACADEMIE DES SCIENCES, etc. , etc.
Existimat in eo veram esse pietatem si noverit ipse primas, deinde exposuerit aliis quænam sit conditoris nostri sapientia, quæ virtus, quæ providentia, quæ bonilas.
Apud Galenum.
PRÉFACE
Des moyens que l’esprit humain peut employer pour arriver à concevoir quelque chose dans la physiologie du cerveau... le principal, le plus important, celui sans lequel tous les autres pécheraient par la base et seraient sans aucune certitude , est l’anatomie minutieuse, superficielle et profonde du cerveau de l’homme dans l’état adulte.
D. de Blainvtlle , Rapport à V Académie des sciences, 23 juin 1828.
L’anatomie des masses nerveuses renfermées dans le crâne et le rachis offre des difficultés considérables. Si l’on se borne à un examen extérieur, on n’en connaît pas mieux l’organisation qu’on ne connaîtrait celle du corps humain en regardant la surface d’un cadavre.
Si l’on ajoute à l’étude des formes la description des accidents produits par des coupes pratiquées à travers le cerveau , le cervelet et la moelle épinière , on ne peut encore se faire une idée plus juste de la structure de ces parties qu’on ne pourrait comprendre celle du corps humain dans son entier en le coupant par tronçons , au hasard.
Mais l’examen des surfaces et la pratique de certaines coupes sont chose aisée ; il est , au contraire , difficile de séparer nettement les éléments nombreux dont l’assemblage constitue le système nerveux cérébro-spinal. Leur peu de consistance, leur rapprochement intime, les modifications qu’ils subissent en passant d’une région dans une autre , sont des obstacles suffisants pour expliquer combien peu d’hommes ont pu , depuis l’origine
de la science, se livrer avec succès à ce genre de recherches. Aussi, dans l’enseignement, s’est-on presque toujours borné à décrire les formes extérieures et les accidents produits par les coupes, et cette méthode stérile est encore celle qui domine de nos jours.
Cependant il s’est trouvé , dans la grande famille des anatomistes qui se sont succédé depuis Galien jusqu’à nous , des hommes parfaitement convaincus de l’insuffisance des descriptions superficielles tracées d’après des mutilations toujours plus ou moins arbitraires; mais ces anatomistes supérieurs, dont les difficultés du sujet n’ont pu rebuter la patience , n’ont jamais fait école. Guidés par d’excellents principes, ils ont ébauché l’œuvre, et, ne pouvant l’achever parleurs seuls efforts, ils l’ont léguée brute encore à des successeurs qui n’étaient pas préparés à recueillir et à féconder ce précieux héritage. Quelques prosélytes de confiance , quelques controverses éphémères, tel a été le plus grand succès des meilleurs travaux sur le système nerveux jusqu’à nos jours. Ce n’était pas assez, sans doute, pour qu’à peine animés les germes d’une science aussi difficile pussent se développer et mûrir : aussi ont-ils toujours avorté dans leur évolution.
Pour que des découvertes sérieuses fussent consacrées par l’assentiment des hommes, il faudrait qu’un grand nombre de travailleurs zélés se montrassent jaloux de les vérifier et d’v ajouter par eux-mêmes ; il faudrait que, devenue praticable à la plupart des professeurs , la dissection vraiment savante du système nerveux permît d’en faire dans les cours une démonstration rationnelle , comme l’est aujourd’hui celle de la plupart des autres systèmes d’organes : alors, sans doute, l’anatomie du système nerveux serait constituée en science réelle , et prendrait le haut rang qu’elle mérite dans nos connaissances. Mais si beaucoup d’aperçus utiles, quelques conceptions fécondes permettent d’espérer que l’époque de ce progrès n’est plus éloignée de nous,
IMIEFACB.
il n’eu est pas moins vrai qu’elle n’est pas encore arrivée.
Avec des connaissances anatomiques très-arriérées , il n’est pas étonnant que la physiologie, qui, suivant la pensée si juste de Haller, n’est que l’anatomie animée, ne soit pas plus avancée que la science sur laquelle elle doit nécessairement reposer pour avoir quelque consistance.
Ils n’étaient pas pénétrés du sens profond de la définition de Haller, les expérimentateurs modernes qui, dans leur impatience d’animer ce système dont ils ignoraient la structure, n’ont imaginé rien de mieux que de le mutiler chez des animaux vivants, et le plus souvent encore chez des animaux inférieurs par leur situation dans la série ou par leur âge.
Demandez à ces physiologistes de quelles parties se compose l’encéphale des oiseaux, quelles parties sont achevées dans les jeunes mammifères ; demandez-leur quels éléments de l’encéphale ont atteints leurs instruments et lesquels ils ont respectés; demandez à d’autres comment ils ont pu enlever le plus grand nombre des circonvolutions cérébrales de quelques chiens et s’assurer que leurs victimes n’avaient rien perdu des fonctions attribuées au cerveau; et les uns seront forcés de reconnaître qu’ils ont agi sur des masses dont ils ignoraient l’organisation intime et le degré de composition- qu’ils ne savent, en conséquence, rien de précis sur la limite, le nombre, les rapports des éléments qu’ils ont divisés , et que , dès lors , ils n’ont aucune règle pour expliquer les variétés de leurs résultats. Les autres n’auront rien à répondre, et confesseront par leur silence la légèreté de leurs assertions.
Ce que nous savons aujourd’hui de mieux sur les fonctions du cerveau n’est pas sorti de ces vivisections hasardeuses; nous le devons à l’observation des maladies et aux recherches cadavériques sur l’homme, et tout cela ne peut être perfectionné convenablement que par de nouveaux progrès anatomiques.
PREFACE
Une découverte féconde des temps modernes est celle des fonctions propres aux divers ordres de nerfs. Elle a été préparée comme elle devait l’être par les données rigoureuses de l’organisation.
Grâce à ces travaux , nous sommes sortis du vague quant aux propriétés physiologiques des différents nerfs ; nous avons fait de grands progrès dans la connaissance des fonctions départies aux principaux faisceaux de la moelle épinière.
L’étude approfondie du cerveau nous promet de nouvelles conquêtes plus précieuses encore.
La découverte de Charles Bell nous a fait connaître quels nerfs conduisent les impressions de la périphérie au centre, quels nerfs conduisent l’influence de la volonté sur les muscles.
C’est , comme on le voit , dans le système nerveux , quelque chose d’analogue à cette fraction des phénomènes circulatoires que constitue le mouvement du sang en sens inverse dans les veines et dans les artères du corps. Et, si l’on joint à l’action des deux ordres de nerfs celle des faisceaux antérieurs et celle des faisceaux postérieurs de la moelle, c’est le double mouvement des artères et des veines du corps prolongé dans l’aorte et dans la veine cave jusqu’au cœur. Là s’arrête la théorie de Charles Bell.
Elle ne dit rien du mouvement de l’agent nerveux dans les renflements encéphaliques. Et si nous voulons poursuivre notre comparaison avec le système circulatoire , c’est la circulation moins le rôle que jouent dans cette grande fonction le cœur et les poumons.
L’œuvre de Harvey n’eût pas été complète si, démontrant que le sang est lancé de l’aorte dans toutes les parties du corps , qu’il revient de toutes les parties du corps à la veine cave, il n’eût pu déterminer encore le double cours de ce fluide à travers le cœur et les poumons.
La tâche qui nous reste à accomplir après l’effort si fécond de
PRÉFACE
Charles Bell, c’est de poursuivre, dans 1 épaisseur des renflements encéphaliques , le cours des faisceaux de la moelle épinière auxquels se rattachent les nerfs de la sensibilité ; de poursuivre les faisceaux auxquels se rattachent les nerfs moteurs ; de rechercher s’il existe entre les terminaisons encéphaliques de ces deux ordres de faisceaux quelque substance intermédiaire pui puisse correspondre à ces systèmes intermédiaires du poumon , qui ne sont ni des artères ni des veines , et , pourtant , communiquent avec les unes et les autres.
Ce sont là les termes du problème à résoudre ; et si les travaux que je développe dans ce volume sont exacts , ils en donnent la solution.
Toutefois ce n’est pas sur ce programme qu’ont été dirigées mes recherches. Placé, il y a vingt-quatre ans, en qualité d’élève interne à la Salpêtrière, initié par des maîtres habiles à l’étude des maladies cérébrales, je crus reconnaître des symptômes différents suivant le siège qu’occupaient certaines lésions encéphaliques.
Parmi les parties dont la lésion me semblait déterminer des effets particuliers sur les mouvements, figurait, avec le corps strié et la couche optique , la corne d’Ammon.
Il était facile à tout le monde, avec les données anatomiques de Gall , qui prévalaient alors , de concevoir l’influence sur la moelle épinière des lésions du corps strié et de la couche optique.
Il n’existait aucune théorie du même genre qui fût applicable à la corne d’Ammon , et ce fut pour reconnaître les connexions de cette partie avec la moelle épinière que j’entrepris mes premières investigations anatomiques.
C’est à l’école de Gall que j’ai appris à séparer, sans le secours de l’instrument tranchant, les parties fibreuses si délicates de l’encéphale.
Commencés par le cerveau , mes travaux anatomiques ont été pendant bien des années bornés à cet organe. Ce ne fut qu’a-
PREFACE
près être parvenu à séparer nettement les divers éléments qui le composent que je vis les uns s’unir , dans une région particulière de chaque hémisphère , aux prolongements du faisceau postérieur de la moelle , les autres se continuer dans le faisceau antérieur.
Une circonstance remarquable augmentait l’importance de ces déterminations.
La région du cerveau, dans laquelle je voyais s’unir au faisceau postérieur de la moelle épinière tout un système fibreux de l’encéphale, était le rendez-vous du nerf optique et de l’olfactif.
Les premiers nerfs moteurs sortaient de l’autre système fibreux prolongé dans le faisceau antérieur de la moelle.
Ce fut alors que mes propres travaux , rattachés à ceux de Charles Bell, prirent par cela même une nouvelle valeur.
Ce fut alors qu’à une anatomie du cerveau déjà illuminée des clartés de l’anatomie pathologique, vinrent se joindre les lumières de la physiologie expérimentale corroborées elle-mêmes par des faits pathologiques assez nombreux.
Mais on ne trouve pas seulement dans le cerveau des systèmes fibreux dont les uns se combinent avec les nerfs sensoriaux de l’hémisphère et le faisceau postérieur de la moelle, les autres avec le faisceau antérieur et les nerfs musculaires ; entre ces deux systèmes fibreux , terme des uns , point de départ des autres , existe à la surface des hémisphères une membrane corticale dont les altérations sont traduites par des désordres intellectuels.
Cette membrane corticale , avec la circonférence de laquelle se combinent les épanouissements fibreux des nerfs sensoriaux et du faisceau postérieur de la moelle; de la face profonde de laquelle naissent des systèmes fibreux prolongés dans le faisceau antérieur de la moelle et, par suite, dans les nerfs musculaires, devrait être par cela seul l’instrument matériel de l’intelligence;
et si l’on peut joindre à ces données de l’anatomie et de la physiologie celles non moins significatives de l’anatomie pathologique, on peut espérer parvenir à démontrer avec toute la rigueur désirable cette vérité , que la membrane corticale du cerveau est l’instrument matériel des manifestations de l’intelligence.
Ainsi, tandis que l’on voit dans le corps des nerfs de deux ordres aboutir aux organes périphériques de sensibilité et de locomotion , l’on voit dans le cerveau deux ordres de conducteurs analogues aboutir à l’organe de l’intelligence, et, de la combinaison de tous ces conducteurs en un seul tout , résulter le système nerveux cérébro-spinal.
Toutes les fois que la science, ne bornant pas ses efforts à démontrer quelles sont dans le corps les propriétés des nerfs, en est venue à rechercher quelles sont dans le cerveau les parties nécessaires aux manifestations de l’intelligence , on a vu s’élever des controverses sur lesquelles il faut dire un mot.
Au lieu de s’en tenir à ce simple fait , que les manifestations de l’intelligence sont liées à l’action du système nerveux , quelques savants ont cru pouvoir aller plus loin : de l’influence qu’exercent sur les facultés intellectuelles les maladies du cerveau, ils ont conclu que le cerveau est l’organe producteur de l’intelligence, et ont ainsi formulé une doctrine purement matérialiste.
Des philosophes d’une autre école, répugnant à admettre ces conclusions, ont rapproché beaucoup d’exemples de maladies du cerveau dans lesquelles l’intelligence n’avait pas subi de troubles appréciables, et, opposant ces faits aux matérialistes , ils ont cru pouvoir conclure que les maladies du cerveau n’exerçaient pas l’influence qu’on voulait leur attribuer sur les manifestations intellectuelles.
Si, pour être jugée, cette question ne demandait que la vérification des raisons sur lesquelles s’appuient les matérialistes
et les spiritualistes dont je viens de parler, ce serait un simple problème de clinique et d’anatomie pathologique. La solution dépendrait de la présence ou de l’absence des maladie cérébrales dans le cadavre de ceux qui ont offert des dérangements intellectuels. Cette manière d’argumenter peut paraître vicieuse.
Les matérialistes qui déduisent, des effets produits par les lésions du cerveau sur les manifestations intellectuelles , que le cerveau est l’organe producteur de l’intelligence , raisonnent comme le feraient ceux qui , de ce que les lésions de l’œil troublent ou abolissent le sens de la vue, concluraient que l’œil est l’organe producteur de la lumière et des images.
D’un autre côté, les spiritualistes qui nient l’influence des lésions cérébrales sur les manifestations de l’intelligence , commettent une erreur dont les conséquences semblent également dangereuses.
On conçoit^ en effet , que du moment où Ton aurait prouvé la coïncidence des altérations de l’intelligence avec celles du cerveau , et, suivant moi, cette coïncidence n’est pas difficile à établir dans le plus grand nombre de cas, la cause de ces spiritualistes serait perdue.
Mais c’est précisément parce que les désordres intellectuels trouvent leur explication dans les désordres des organes nécessaires aux manifestations de l’intelligence qu’on est fondé à regarder le principe de l’intelligence comme inaltérable par luimême. Que si l’on refuse d’expliquer ses désordres par ceux des instruments nécessaires à ses manifestations , il faudra de deux choses l’une : ou nier ses altérations , ce qui est contraire à l’évidence; ou bien, en les reconnaissant, sans les expliquer par le dérangement des organes, admettre que l’intelligence est directement altérable : ce qui la fait descendre jusqu’à la condition de la matière : ce n’est donc pas réhabiliter le moral de l’homme , comme on a eu la prétention de le faire, que d’admettre que ce
moral est par lui-même susceptible d’altérations auxquelles la matière du cerveau reste étrangère ; c’est au contraire dégrader et avilir ce moral.
Ainsi, départ et d’autre la question est mal prise.
Le principe de l’intelligence doit être conçu comme indépendant de la matière. Il n’est pas plus produit par la substance du cerveau que la lumière n’est développée par la substance de l’œil. Les manifestations de l’intelligence requièrent un organe corporel, comme les manifestations de la lumière requièrent un organe corporel : le cerveau dans un cas, l’œil dans l’autre. Nous voyons bien que cette lumière est étrangère à l’œil; quelque subtil et quelque incompréhensible que soit cet agent , son existence se révèle à nos sens ; force est de le reconnaître. Mais déjà quel abîme pour notre pensée que cette lumière elle -même! Par suite de quels prodigieux rapports l’organe de la vision est-il ainsi dans la dépendance d’un agent qui franchit des distances effrayantes avant d’arriver jusqu’à lui !
Quelle que soit , au reste , cette nature de la lumière , il ne s’agit ici d’aucune analogie prochaine ou lointaine entre elle et le principe sans lequel le cerveau ne saurait agir dans l’exercice de la pensée : et quand il serait mille fois prouvé que la lumière est simplement un agent matériel , il n’en reste pas moins réel que cet agent est autre chose que l’œil , et que l’œil ne saurait agir comme organe de la vision sans son concours. C’est là une de ces nécessités irrécusables , en présence de laquelle devrait bien se poser l’homme qui se croit capable de prouver, ou simplement de croire, que par lui-même le cerveau peut produire des phénomènes bien autrement élevés que ceux de la vision , et qui les demanderait au cerveau seul , quand il ne demande à l’œil que de recevoir des impressions dont la cause est étrangère à sa substance, et d’une nature qui n’a rien de commun avec sa matière.
Tout admirables que sont les phénomènes de la vision , per-
PREFACE
sonne , sans doute , ne sera tenté de les considérer comme approchant de la sublimité des phénomènes intellectuels. Or, si les premiers requièrent déjà, pour être produits, le concours d'un agent impondérable et d’une disposition organique appropriée, ne semble-t-il pas plus nécessaire de reconnaître , comme condition indispensable de la pensée , l’influence d’une force immatérielle dont le cerveau n’est que le substratum matériel? Et pourquoi répugner à admettre comme nécessaire ce concours d’une force ni plus ni moins incompréhensible que tant d’autres, sans l’intervention desquels on ne conçoit même pas les phénomènes les plus vulgaires de la nature morte? Les mystères de la pensée seraient-ils donc moins inintelligibles, en admettant que tel ou tel agent , dont on a reconnu l’influence dans beaucoup de phénomènes physiques , mais que jamais on n’a compris en luimême, en serait la cause productrice? Non sans doute; seulement des hommes qui veulent bien se payer de mots croient leur raison moins compromise en parlant d’électricité qu’en invoquant l’âme. Celui qui cherche à comprendre la valeur des paroles, conçoit que à quelque vocabulaire qu’on ait recours, on aboutit toujours à l’incompréhensible.
Rien , dans les propriétés de la matière , ne nous présente la moindre analogie avec les phénomènes de la pensée; c’en est assez pour que nous devions reconnaître qu’ils procèdent d’une autre source.
« L’homme est à lui-même le plus prodigieux objet de la na- » ture, a dit Pascal: car il ne peut concevoir ce que c’est que » corps, et encore moins ce que c’est qu’esprit ; et moins qu’au- » cune chose comment un corps peut être uni avec un esprit. » C’est là le comble des difficultés , et cependant c’est son propre » être. » (Pascal, Pensées .)
En admettant ce principe , il n’en reste pas moins certain que , dans l’ordre des phénomènes qu’il nous est donné d’observer , le cer-
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veau est nécessaire aux manifestations de l’esprit. 11 en est l’intermédiaire obligé avec le reste de l’organisme et le monde extérieur.
Seul, le cerveau, tombe dans le domaine du physiologiste, et , quand les désorganisations de la matière cérébrale s’opposent au libre exercice des facultés intellectuelles , l’observateur qui montre cette cause de trouble respecte , en le réservant , le principe immatériel qui ne peut être altéré !
Qu’il soit donc parfaitement entendu que, toutes les fois que nous chercherons dans le cerveau les causes variées des désordres de l’intelligence, nous ne verrons en lui que l’instrument nécessaire aux manifestations de l’esprit.
u Je puis bien concevoir un homme sans mains , sans pieds, » dit encore Pascal , je le concevrais même sans tête si Fexpé- » rience ne m’apprenait que c’est par là qu’il pense. »
Ce qu’a cru Pascal à cet égard, nous pouvons bien le croire aussi sans danger pour les doctrines qu£ ce profond génie professait avec tant de force et de conviction.
Ces principes étant une fois bien établis , nous pouvons examiner avec une entière liberté toutes les questions qui se rat» tachent à notre sujet , et nous ne craindrons pas d’être considérés comme ravalant la dignité de l’homme quand la doctrine que nous adoptons est la seule conciliable avec l’existence d’un principe immatériel et inaltérable.
Plusieurs parties distinctes composeront cet ouvrage. Une analyse succincte des travaux les plus remarquables sur l’anatomie du système nerveux servira d’introduction. En même temps qu’elle fixera notre point de départ , cette revue historique fera voir combien peu les progrès de cette partie de la science ont été continus; remarque parfaitement propre à confirmer l’opinion que les travaux scientifiques, quel que soit leur mérite, ne peu-' vent produire d’effet profond dans la science tant que le monde savant n’est pas préparé à les comprendre et par la suite à les
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accepter. Il faut , comme on l’a dit souvent, une époque de maturité pour chaque progrès; et, dans toutes les branches de nos connaissances , les questions les plus difficiles sont celles pour lesquelles cette époque arrive le plus tard. Les progrès de l’anatomie du système nerveux devaient donc être retardés plus que ceux d’aucune autre partie de l’anatomie. C’est surtout pour les régions crânio-spinales du système nerveux que cette vérité est sensible , et c’est spécialement à l’étude de ces régions qu’est consacré le premier volume de ce traité.
Il eût été rationnel, en principe, de joindre la description des cordons nerveux eux- mêmes à celle des espèces de centres auxquels ils se rendent ou desquels ils procèdent. En suivant ce plan il fallait réunir à un assez grand nombre de vues nouvelles sur l’organisation de l’encéphale et de la moelle épinière une description des nerfs qui n’eût pas différé de celles qu’on trouve dans plusieurs bons traités de névrologie. Il était dès lors plus convenable de se borner à l’anatomie des parties les moins connues , et de renvoyer pour les autres aux écrits déjà existants. Mais, tout en laissant de côté l’étude des cordons nerveux, il était impossible de négliger l’examen de leurs connexions avec les masses crânio-spinales. Ces connexions, qu’on est dans l’usage d’appeler origines ou racines des nerfs , établissent le passage des masses centrales aux cordons périphériques , et deviennent ainsi, depuis les lumineuses découvertes des modernes sur les propriétés distinctes des divers ordres de nerfs, un moyen puissant d’éclairer les unes par les autres les fonctions de ces nerfs , et celles des régions particulières des masses centrales avec lesquelles ils se combinent.
Il était donc indispensable de poursuivre avec soin les connexions des nerfs avec les organes encéphalo-rachidiens , si l’on voulait tirer des études anatomiques des données profitables à la physiologie.