‹ Traité complet de l'anatomie, de la physiologie, et de la pathologie du système nerveux cérébro-spinal ... 1re partie. Anatomie (volume 2)Chapitre 10 sur 138 · U SYSTEME IV EU VEUX · texte numérisé non relu

U SYSTEME IV EU VEUX

deux chaînes de petits corps obronds disposés longitudinalement de chaque côté de la colonne vertébrale.

De nombreux moyens d’union rattachent ce nouvel assemblage de parties aux précédentes qui aboutissent dans le rachis ou le crâne , et les relient ainsi indirectement aux masses encéphalo-rachidiennes.

Indépendamment de ces deux ordres de productions, on trouve encore dans les principaux viscères de la respiration et de la digestion, et dans les muscles dont l’action se lie à celle de ces organes, d’autres filets , d’autres cordons toujours d’une nature analogue , qui , sans présenter sur leurs trajets de lacis ou de renflements quelconques , pénètrent dans l’intérieur du rachis pour s’unir aux organes que contient cette cavité.

La somme de tous ces cordons distribués aux organes des sens, aux muscles, aux viscères, et des masses cérébro-spinales, auxquelles ils tiennent plus ou moins directement, porte le nom de système nerveux.

Les cordons extra-crânio-spinaux , quelque part qu’ils se trouvent, sont appelés nerfs ; les lacis qu’ils présentent, plexus; les renflements développés sur leur trajet , ganglions nerveux.

Quant aux masses encéphalo-rachidiennes, qui constituent la fraction la plus profonde , la plus isolée , la plus concentrée , la plus homogène du système nerveux , on leur a donné les noms de système nerveux erânio-spinal , cérébro-spinal , encéphalorachidien , d’axe nerveux , et meme d’encéphale ou de cerveau en général. On les distingue aussi quelquefois du reste du système nerveux en les appelant parties centrales , tandis qu’on donne aux autres le nom de parties périphériques.

Ces premières divisions ne sont établies que sur la considération des différences dans la forme ou dans la situation : en voici d’autres fondées sur les usages.

On nomme, depuis Bichat, système nerveux de la vie animale l’ensemble des masses encéphalo-rachidiennes et des nerfs qui de ces masses se rendent aux organes des sens, à la peau et aux muscles locomoteurs.

IDEE GENERALE

On appelle, par opposition, système nerveux de la vie végétative, partie organique du système nerveux, l’ensemble des nerfs viscéraux et vasculaires et des plexus et des ganglions qu’on rencontre si nombreux sur leur trajet.

Enfin on a quelquefois désigné par les noms de partie intermédiaire, partie organico-animale du système nerveux celle qui se compose des nerfs dont les divisions excentriques aboutissent à des viscères et aux muscles concourant avec ces viscères à former un grand appareil , tandis que par leur extrémité profonde, ou centrale, fisse rendent directement aux masses encéphalo-rachid iennes .

Toutes ces divisions sont fondées dans de certaines limites ; il faut seulement ne pas oublier, en les adoptant, que le système nerveux forme un tout dont les différentes fractions ne sont jamais tout à fait indépendantes les unes des autres.

L’objet du présent ouvrage est l'étude de la partie crâniospinale du système nerveux.

C’est à son existence que les quatre classes de vertébrés doivent leur caractère distinctif : en effet , la colonne vertébrale , simple enveloppe de l’axe nerveux , est une suite de l’existence de cet axe. C’est donc l’axe nerveux cérébro-spinal lui-même qui caractérise réellement les vertébrés , et , pour montrer tout ce qui ressort de la présence ou de l’absence de ce caractère, il suffit de mettre en parallèle, d’un côté, l’homme et les quatre classes de vertébrés ; de l’autre , les animaux invertébrés , articulés , mollusques , zoophytes , infusoires.

L’influence du système nerveux sur le reste de l’organisme étant aussi prépondérante , on sent combien on a eu raison de dire que le système nerveux est la véritable mesure de l’animalité , le zoomètre , en un mot , suivant l’heureuse expression de M. Yirey.

Une remarque bien propre à confirmer cette vérité et à montrer en même temps l’importance primordiale de la portion vertébrale du système nerveux , est que l’une de ses régions , la céphalique, parvenue, chez l’homme, à un degré de suprématie

duquel elle n approche jamais chez aucun animal , est l’organe, l'instrument de 1 intelligence.

Les vertébrés , d’ailleurs , comparés entre eux , s’éloignent d’autant plus de l'homme que la prédominance de la partie céphalique sur le reste du système nerveux cranio-spinal diminue davantage.

C’en est assez , sans doute , pour faire sentir l’intérêt élevé qui s’attache à la partie vertébrale du système nerveux , et surtout à la fraction céphalique de ce système qui sert de substratum aux plus nobles facultés de l’espèce humaine, et dont le développement relatif dans les animaux est en raison directe de leur élévation dans la portion de la série zoologique à laquelle ils appartiennent.

Désignée par les noms d’encéphale , de cerveau en général , de système cérébro-spinal, cranio-spinal, d’axe nerveux, cette grande fraction du système forme un tout dont la forme générale est sommairement rendue par celle des cavités qu'il occupe. Il représente, en effet, un ovoïde terminé par un prolongement en cylindre. L’ovoïde renfermé dans le crâne mérite surtout le nom d’encéphale : le prolongement cylindroïde contenu dans le rachis porte le nom de moelle épinière ou de prolongement rachidien. La moelle épinière et l’encéphale continus l’un à l’autre se décomposent assez naturellement en plusieurs parties distinctes par leur forme et leur structure.

La moelle épinière présente , à son extrémité supérieure , un renflement remarquable nommé moelle allongée.

Au voisinage du trou occipital, cette moelle allongée se trouve recouverte en avant par une sorte d’écusson transversal de couleur blanche, composé de deux moitiés symétriques qu’un sillon médian distingue l’une de l’autre. C’est la protubérance annulaire ou pont de Yarole.

A droite et à gauche, cette protubérance, prolongée en dehors et en arrière , et rapprochée de plusieurs processus émanés des parties postérieures de la moelle, forme, avec ces processus, un gros faisceau bientôt enveloppé par une espèce de sphéroïde à T. x. 8

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surface grise , nommé le cervelet , dont le volume est assez considérable pour remplir les fosses occipitales inférieures.

Au-dessus et au-devant de la protubérance s’étend la prolongation de la moelle allongée sous la forme d’un tronçon fibreux, blanc, sj métrique, divergeant d’arrière en avant, et qui porte le nom de pédoncules du cerveau.

Ce tronçon fibreux est surmonté par quatre éminences grisâtres , accouplées par paires , et nommées tubercules quadrijumeaux.

Enfin , les pédoncules du cerveau , prolongés en avant , disparaissent enveloppés et recouverts par le cerveau , composé de deux masses irrégulièrement ovoïdales dans leur ensemble , réunies par une traverse dont la couleur blanche contraste avec la couleur grise de la surface cérébrale elle-même.

D’ un volume très-considérable chez l’homme, le cerveau remplit toute la capacité du crâne, les seules fosses occipitales inférieures exceptées.

De chaque côté de la moelle épinière , dans toute sa longueur, on voit naître sur deux lignes, l’une antérieure, l’autre postérieure , la double série des racines nerveuses auxquelles correspondent les nerfs locomoteurs et cutanés. De leurs deux lignes d’origines , ces deux ordres de racines se portent vers les trous de conjugaison , les antérieures et les postérieures se rassemblant à part , et ces dernières offrant toujours , au lieu de leur coalescence, un ganglion au delà duquel paraît un cordon bientôt réuni à celui qui procède des racines antérieures. Une troisième ligne d’origines nerveuses, intermédiaires aux deux précédentes, se montre dans les parties supérieures de la moelle, et les nerfs qui en résultent n’offrent pas de ganglions sur leur trajet. On trouve encore des origines nerveuses à la surface de la protubérance et à celle des pédoncules cérébraux. Il est parfaitement sûr qu’aucune origine nerveuse immédiate n’existe à la surface du cervelet et des tubercules quadrijumeaux. Quant au cerveau , on l’a regardé long-temps comme le lieu d’origine de deux paires importantes. On est en mesure de démontrer aujourd’hui que les deux

paires de nerfs dites cérébrales ne procèdent pas principalement du cerveau lui-même , mais de 1a. partie céphalique de la moelle épinière de l’axe nerveux autour de laquelle s’arrondit et s’applique le cerveau proprement dit. L’une de ces deux paires , dites cérébrales , très-petite chez l’homme , acquiert , chez le plus grand nombre des animaux , un volume très-supérieur à celui de tous les autres nerfs. Cette circonstance , mais surtout les particularités de sa structure, l’existence d’un ventricule dans son intérieur, l’ont fait considérer comme essentiellement distincte des nerfs proprement dits , et nommer du nom propre de lobe olfactif.

Quant au cervelet , aux tubercules quadrijumeaux et au cerveau lui-même, il ne faut pas oublier qu’ils sont développés autour des prolongements céphaliques de la moelle , et qu'on peut toujours , plus ou moins facilement , suivant les régions , démontrer l’existence distincte de cette moelle qui persiste comme une sorte d’axe plus ou moins complètement revêtu par les rendements encéphaliques correspondants.

L’encéphale , la moelle épinière et les nerfs qui s’y rendent sont enveloppés de membranes qui leur sont propres. Un lacis de vaisseaux et de tissu filamenteux, connu sous le nom de piemère ou de membrane vasculaire, revêt immédiatement leur surface extérieure et envoie des prolongements nombreux dans leurs cavités et dans leur substance.

Le crâne et le rachis sont eux-mêmes , dans toute leur étendue, doublés d’une épaisse membrane fibreuse, nommée la duremère. Mais tandis que, dans le crâne, cette membrane fibreuse , étroitement appliquée à la face interne des os qui le composent, représente leur périoste , elle se trouve dans le rachis séparée notablement de la surface interne du canal osseux. Elle forme ainsi comme une espèce de fourreau dans lequel est plongée la moelle épinière dont la séparent différentes parties dont nous allons bientôt parler, tandis qu’entre ce fourreau fibreux et les parois osseuses du canal vertébral réside toujours une couche de

graisse demi-fluide d’une épaisseur plus grande derrière la moelle

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que latéralement et manquant tout à fait par- devant. Dans le crâne , des émanations considérables de la membrane fibreuse s’étendent en forme de cloisons dans les intervalles des principales divisions de l’encéphale. Dans le rachis, la dure-mère fournit des gaînes aux nerfs qui se détachent de la moelle.

Une troisième membrane, plus dense, plus serrée que la piemère, moins épaisse, moins forte que la dure-mère, composée, dans toute son étendue de deux sacs distincts emboîtés l’un dans l’autre , tapisse , par l’un d’eux , la dure-mère à laquelle elle adhère étroitement, et revêt mollement, au moyen de l’autre, la pie-mère, qu’elle ne suit pas dans tous ses replis.

Cette dernière membrane appartient à l’ordre des séreuses. Sa ténuité , sa transparence l’ont fait comparer à une toile d’araignée et nommer, pour cette raison, arachnoïde.

Les deux surfaces libres de l’arachnoïde , lubréfiées de sérosité , correspondent l’une à l’autre dans toute leur étendue. La portion de cette membrane adhérente à la dure-mère ne peut en être séparée qu’avec effort. Celle qui correspond à la pie-mère laisse entre elles et les mailles de la membrane cellulo-vasculaire un espace assez considérable rempli d’un fluide transparent. Ce liquide , qu’on retrouve dans les cavités intérieures du cerveau , a été nommé , dans ces derniers temps , fluide encéphalo-rachidien. M. Magendie s’est efforcé d’en découvrir les propriétés , et lui a donné une importance physiologique difficile à démontrer. Son véritable usage me paraît être de concourir à la protection des organes par la couche qu’il forme à leur extérieur et par la masse qui remplit leurs cavités.

Enfin , au-dessus de toutes les membranes et de la couche de liquide qui viennent d’être indiquées , se trouve l’enveloppe la plus importante par sa solidité. Sa partie spinale, connue sous le nom d’épine , de rachis , de colonne vertébrale , protège la moelle; la partie céphalique, appelée crâne, contient l’ensemble des masses nerveuses auxquelles s’applique spécialement le nom d’encéphale. Le crâne n’est lui-même qu’une modification de la colonne rachidienne adaptée aux modifications qu’a subies la

partie intra-céphalique du système nerveux. Le mot rachi-crâne sera quelquefois employé dans la suite de ce travail pour désigner dans son ensemble l’enveloppe osseuse de la partie eneéphalo-rachidienne du système nerveux. Les noms de crâne et de rachis conserveront d’ailleurs le sens qu’on leur donne habituellement.

Telle est l’indication sommaire des sujets sur lesquels vont porter nos premières études ; la composition du système nerveux nous occupera d’abord.

Composition du système nerveux cranio- spinal.

Ce système , quelque part qu’on l’examine , résulte de l’assemblage de deux substances principales , l’une blanche , l’autre grisâtre.

La blanche, appelée long-temps médullaire parce qu’elle est située , comme la moelle des os , dans une enveloppe osseuse , nommée aussi fibreuse à cause de sa structure , existe en plus grande proportion , et forme des masses plus considérables que la grise. D’une couleur assez uniforme , elle n’a pas partout le même aspect : évidemment fasciculée dans quelques régions , elle l’est moins clairement dans d’autres. Partout, néanmoins, on la trouve composée de fibres , si l’on procède à son examen avec les précautions convenables.

Sa consistance médiocre, plus grande que celle de la substance grise , varie dans les différentes parties et chez les différents sujets ; elle est , en général , un peu élastique , un peu glutineuse , et , par places , d’une assez grande ténacité. La section de cette substance , toujours facile , exige néanmoins une pression plus forte dans les pédoncules , et surtout dans la protubérance, que dans les autres régions. Partout on peut se convaincre qu’elle s’opère plus aisément dans un sens que dans l’autre. La surface dt s sections est d’un blanc plus pur dans la moelle que dans le cerveau. Dans cet organe , elle offre toujours un grand nombre de petits points rouges ; indices du sang contenu dans ses vaisseaux divisés. La déchirure de cette substance ne pro-

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duit , clans certains sens , que des' ruptures irrégulières ; dans le sens de ses fibres , au contraire, elle permet quelquefois une séparation nette et lisse des couches filamenteuses qui la composent.

Par la coction dans l’huile bouillante , dans l’eau saturée d’hydrochlorate de soude , par l’immersion prolongée dans l’alcool , dans l’acide muriatique affaibli , dans une solution de sublimé corrosif, la matière blanche acquiert une assez grande consistance. L’évidence des filaments dont elle est composée augmente en proportion ; on peut alors séparer avec facilité des cordons fibreux , des lames , des lamelles fibreuses , et jusqu’à des fibres cl’une extrême ténuité.

Il n’est pas une place dans laquelle ces procédés ne démontrent la même structure , et ces fibres , réunies en colonnes , en faisceaux , en membranes , en couches membraniformes , en lames , en lamelles , sont disposées de manière à se faire suite d’une extrémité à l’autre de l’axe nerveux , à la manière des nerfs et de leurs ramifications dans toutes les parties du corps.

Les productions terminales de la substance blanche , quelles que soient leurs formes diverses , semblent aboutir partout à la substance grise. Les racines nerveuses elles-mêmes pénètrent manifestement, par quelqu’une de leurs divisions, jusqu’à quelque amas de matière grise.

Plongée dans l’eau , la matière blanche se gonfle , diminue de consistance, et prend une apparence pâteuse qui rend trèsdifficile l’appréciation de ses fibres. Une macération de peu de jours la résout en un fluide d’apparence de crème. Par la dessiccation , elle acquiert une demi-transparence cornée et perd aussi son aspect fibreux.

De nombreux vaisseaux pénètrent la substance blanche ; ils y sont en quantité moindre que dans la grise.

Celle-ci, qu’on a souvent appelée corticale, parce qu’elle forme une espèce d’écorce au cerveau et au cervelet, se rencontre aussi dans l’épaisseur de toutes les masses nerveuses craniospinales. Elle présente beaucoup de variétés de nuances dans les

différentes régions qu’elle occupe. Grise ou cendrée aux surfaces encéphaliques , elle devient plus pâle dans quelques couches profondes , plus brune dans d’autres. Jaunâtre dans le cervelet , elle forme une couche presque noire dans les pédoncules cérébraux et des traînées rougeâtres dans la moelle épinière ; elle offre aussi de grandes différences dans ses dispositions. Représentant une sorte de membrane à la surface des principaux organes contenus dans le crâne , elle forme , dans leur intérieur, des masses de volume variable diversement configurées. Stratifiée en couches minces dans les pédoncules cérébraux , elle est semée en longues traînées dans la moelle épinière. La transition de la matière grise à la blanche est plus ou moins subite, suivant les endroits où on l’examine. Dans quelques places , ces deux substances semblent, au premier abord, brusquement séparées. Mais, malgré cette apparence, on peut démontrer partout qu'une proportion plus ou moins considérable de substance fibreuse pénètre ou traverse la substance grise ; il me paraît même hors de doute que les traînées grises de la moelle épinière sont presque entièrement fibreuses.

En général , la substance grise est moins consistante , moins lisse que la blanche. Sa déchirure offre un aspect grenu. Par le séjour dans l’eau , elle pâlit, augmente de volume, et s’amollit promptement. En contact avec des acides , l’alcool , une solution de sublimé , elle se resserre , s’endurcit et devient blanchâtre. Desséchée , elle perd plus de son poids que la blanche , devient friable et pulvérulente. Elle contient partout beaucoup de vaisseaux. Dans ses amas les plus volumineux se trouvent les plus considérables de ces vaisseaux , dont le diamètre n’excède pas souvent un millimètre ; aux surfaces cérébrales et cérébelleuses, ils sont toujours d’une extrême ténuité , mais si multipliés , qu’après une injection heureuse ils semblent former presqu’en entier les couches corticales.

Les différentes parties constituées par la matière grise ne sont pas continues les unes aux autres de la même manière que le sont celles que forme la matière fibreuse ; il est possible pour-

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tant de démontrer que depuis l’extrémité inférieure de la moelle épinière jusqu’à la couche extérieure des circonvolutions il n’y a pas d’interruption complète entre les principaux amas de substance grise. Cette substance, formant une sorte d’axe aux deux moitiés symétriques du système cérébro-spinal et une enveloppe superficielle à ses principaux renflements encéphaliques , présente dans sa portion enveloppante et dans sa portion enveloppée des variations qui sont toujours en rapport avec celles que subissent les parties blanches elles-mêmes; et ces variations parallèles des deux substances qui composent l’axe nerveux cérébro-spinal , se combinent elles-mêmes avec celles que subissent les nerfs et les autres organes de la vie animale. Avec des muscles plus nombreux et plus puissants, des organes de sensibilité plus actifs et plus étendus, se développent des nerfs spinaux plus volumineux et, par contre, une moelle épinière plus renflée dans sa matière grise et, dans sa matière blanche, aux endroits où se rendent ces nerfs augmentés de volume.

Avec des instruments de vie animale plus compliqués et plus parfaits , et surtout avec un développement intellectuel plus élevé, coïncident l’agrandissement et la complication des parties intra-céphaliques du système nerveux : de sorte que l’accroissement de la partie spinale se trouve surtout en rapport avec le degré de la force musculaire , tandis que l’accroissement des parties encéphaliques coïncide avec la perfection des sensations les plus élevées et avec le degré de l’intelligence. Sous ce dernier rapport le cerveau de l’homme, bien compris, surpasse d’une distance énorme celui de tous les autres mammifères.

Il est généralement admis que le système nerveux encépbalorachidien ne participe pas par des variations correspondantes de son volume aux variations que peut subir le corps , en passant d’un développement musculaire considérable, et d’un embonpoint prononcé, à l’émaciation que produisent d’ordinaire les maladies chroniques. Cette assertion n’est pas fondée.

Il est facile de s’en assurer en comparant les cerveaux d’individus robustes et gras , morts d’une maladie aiguë ou vio-

lente, avec les cerveaux de ceux qui succombent dans un état de marasme. Dans le premier cas , les circonvolutions du cerveau, les lamelles du cervelet, les tronçons pédonculaires , la protubérance annulaire et la moelle épinière elle-même offrent un volume et une rondeur de forme qu’on ne rencontre plus dans les cas de marasme. Alors, en effet, les circonvolutions cérébrales et les lamelles cérébelleuses rapetissées, laissent dans leurs intervalles des espaces plus considérables qu’occupe une sérosité plus abondante; les pédoncules, la protubérance et la moelle épinière offrent , avec un volume total amoindri , des surfaces plus accidentées. Ce sont, en un mot, des différences correspondantes à celles que présentent les membres eux-mêmes dans leurs extrêmes de développement et de maigreur. Un œil exercé ne s’y trompe pas.

Mais ces différences de forme et de volume ne sauraient suffire pour démontrer que la partie cranio-spinale du système nerveux contient plus ou moins de graisse suivant les degrés variables de l’embonpoint général. Une preuve directe est facile à acquérir en suspendant au milieu d’un long vase rempli d’alcool l’encéphale et la moelle épinière d’un homme robuste et gras mort d’accident, et dans un autre vase de la même capacité l’encéphale et la moelle d’un homme mort dans le marasme : en deux ou trois jours toute la surface de la moelle épinière et de l’encéphale du premier sujet est hérissée d’aiguilles de graisse cristallisées après leur extraction de la matière nerveuse; elles deviennent si abondantes qu’elles cachent entièrement les surfaces auxquelles elles sont attachées. Rien de pareil n’a lieu dans l’autre bocal, le système nerveux qu’il contient n’a cédé que de l’eau à la liqueur spiritueuse.

Le cerveau des cétacés , sous la peau desquels on trouve une couche de graisse si considérable, contient lui-même une si forte proportion de cette substance qu’il flotte dans l’eau (1). Le cerveau de l’homme et des autres mammifères tombe au fond de

(1) Je me suis assuré de ce fait en disséquant avec M. de Blainville, dans son laboratoire du Jardin des Plantes, un cerveau de marsouin frais.

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ce liquide. Il Défaut donc pas dire avec Haller ... cum cerébrum solum non pinguescat. L’encéphale est pénétré de graisse et maigrit dans les mêmes circonstances que le reste du corps. Mais la graisse de l’encéphale est combinée d’une manière si intime avec sa substance, qu’elle ne forme jamais d’amas isolés et visibles en dehors de la matière nerveuse. Sa présence, en proportion un peu forte , donne des formes plus riches , des contours plus arrondis à toutes les surfaces de l'axe nerveux. Son absence altère ces formes en les rendant plus pauvres et plus accidentées. Avec son absence coïncide également l’augmentation de la sérosité libre dans les cavités intérieures et dans celles qui séparent les circonvolutions. On observe dans les mêmes circonstances un certain degré d’infiltration de la substance ellemême.

C’est souvent aux effets de l'amaigrissement qu'il faut attribuer l’aspect particulier au cerveau de quelques vieillards; mais on doit bien se garder de confondre l'amaigrissement des circonvolutions , à quelque âge qu’on l'observe , avec l’atrophie sénile ou morbide de ces mêmes parties. Le parallèle de ces différentes formes de dépérissement serait ici déplacé, on le trouvera dans la partie pathologique de cet ouvrage.

L’analyse chimique des matières nerveuses cranio-spinales a donné à Yauquelin : eau, 80,00; matière grasse blanche, 4,53; matière grasse rouge, 0,70; albumine, 7, C0; osmazôme, 1,12; phosphore, 1,50; acides, sels et soufre, 5,15.

John a reconnu que la matière grise ne contient pas de phosphore. M. Chevreul a trouvé dans le sang une matière caractéristique de la substance nerveuse et l’a nommée cérébrine.

Il résulte des recherches publiées par M. Couerbe, en 1834 (Ann. de chimie , n° de juin) , que le cerveau contient de l’eau , de l’albumine , des globules coagulés , une substance membraneuse soluble dans la potasse et des sels ; en outre de ces éléments , plusieurs matières grasses qui sont la cholestérine , la cérébrote , la céphalote , l’éléencéphol et la stéaroconote. Cha-

curie de ces quatre dernières matières grasses renfermait 2 à 2,5 de phosphore et de soufre pour 100.

M. Frémy est arrivé à des résultats différents. Dans un mémoire présenté à l’Institut en novembre 1840 , il établit que le cerveau est formé d’eau , d’une matière insoluble dans l’éther, qu’il désigne sous le nom de matière albumineuse, et d’une matière soluble dans l’éther, qui n’est autre chose qu’un mélange d’acide cérébrique, d’oléine et de cholestérine ; plus, de très-faibles quantités d’acide oléique, d’acide margarique et de cérébrate de soude. J’ai préparé , dit ce chimiste , par le procédé de M. Couerbe , les corps qu’il considère comme des substances pures , et j’ai reconnu que l’éléencéphol n’est autre chose qu’un mélange d’oléine et de cérébrate de soude ; la céphalote , un mélange d’oléine, de cérébrate de soude, plus des traces d’albumine; la stéaroconote , un mélange d’albumine et de cérébrate de soude.

M. Frémy établit en outre que, si on enlève, par l’éther, à la substance blanche les corps gras qu’elle contient, on obtient une masse qui ressemble en tous points à la substance grise.

M. Lassaigne était arrivé précédemment à des résultats analogues.

Il reste à donner une analyse plus complète des deux substances, et leurs caractères distincts chez le nouveau-né, chez l’homme adulte et chez le vieillard.

En effet, les masses encéphaliques du nouveau-né sont loin d’offrir l’aspect qu’elles ont chez l’adulte; elles sont presque en totalité grisâtres, demi-transparentes, très-humides, et semblent aux organes parfaits ce qu’est à l’os le cartilage temporaire qui le précède. Dans l’embryon, un liquide précède la formation des organes; ce liquide, condensé par l’alcool, présente, suivant les places où on l’examine, des caractères qui le rapprochent de la substance fibreuse ou de la substance granuleuse dont le mélange compose l’axe nerveux des âges suivants.

Ce serait ici le lieu de fournir les résultats des observations faites sur le système nerveux au moyen du microscope. C’est,

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en effet , un besoin parfaitement senti de nos jours d’ajouter à l’étude de tous les organes , de tous leurs produits , pratiquée par les moyens les plus ordinaires de l’anatomie, l’étude plus profonde de leurs éléments avec l’aide du microscope. Et ce que la science doit d’important aux beaux travaux d’un grand nombre de savants modernes, parmi lesquels il faut citer MM. Dutrochet , Raspail, Milne Edwards, Donné, Andral et Gavarret en France, Th. Hodgkin, Lister et Bowman en Angleterre, Ehremberg, Valentin et Gruby en Allemagne, indique ce que l’on a droit de demander encore pour le système nerveux.

M. le docteur Gruby, si célèbre par ses observations microscopiques , a bien voulu entreprendre une nouvelle série de recherches sur le système nerveux cérébro-spinal. Le mémoire dans lequel il expose les résultats de ses travaux devra terminer cet ouvrage.

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