‹ Traité complet de l'anatomie, de la physiologie, et de la pathologie du système nerveux cérébro-spinal ... 1re partie. Anatomie (volume 2)Chapitre 11 sur 138 · DE LA MOELLE EPINIERE EN GENERAL. AXE NERVEUX · texte numérisé non relu

DE LA MOELLE EPINIERE EN GENERAL. AXE NERVEUX

La moelle épinière est la partie fondamentale du système nerveux des vertébrés , comme la colonne vertébrale est la partie fondamentale de leur squelette. De même que cette colonne, elle représente une espèce d’axe en dehors duquel rayonnent et s’étendent les diverses fractions du tout auquel elle appartient.

Dans le système osseux, inerte par lui-même et destiné seulement à des usages mécaniques, la colonne vertébrale, malgré son importance de premier ordre , n’est vouée qu'à des usages mécaniques; et de ces usages, le plus éminent est la protection efficace de la tige nerveuse qu’elle renferme et qu’elle traduit : c’est pour cela même qu’elle fournit un si bon caractère dans la série zoologique. Le système nerveux, au contraire, étant le réceptacle des influences les plus essentielles à la vie, des fonctions les plus caractéristiques de l’animal, la moelle épinière, à laquelle se rattachent toutes les autres parties du système nerveux , doit être regardée comme la condition suprême de

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l’existence de toutes les actions que le système nerveux dirige.

La colonne vertébrale est à la moelle épinière ce qu’un squelette est au corps vivant qui lui est attaché , un mécanisme insensible, toujours passif, et qui n’a de la vie que ses mouvements intimes de nutrition ; mouvements moléculaires qu’on retrouve dans tout végétal , tandis qu’à la partie du système nerveux qu’elle contient sont attachées les manifestations de la sensibilité, du mouvement volontaire, dominés par l’intelligence, cette puissance sublime, plus grande que le monde, puisqu’elle s’élève jusqu’à la conception du Créateur (1).

La moelle épinière se prolonge dans l’intérieur du crâne comme la structure vertébrale se continue dans les parois de cette cavité. Mais tandis que dans les parties cervicale, dorsale et lombaire du rachis la moelle épinière se trouve pour ainsi

dire à nu , les nerfs et les ganglions qui en procèdent n’étant pas capables de la masquer par leur volume , il en est tout autrement dans l1 intérieur du crâne. On retrouve bien dans les masses nerveuses qui le remplissent une moelle centrale , des nerfs émanant de cette moelle, et des ganglions auxquels ces nerfs tiennent aussi; mais ces ganglions, énormément développés, enveloppent et recouvrent tellement la moelle centrale, qu’il est impossible, sans une dissection fort délicate, de démontrer l’existence réelle et distincte de celle-ci.

Sans avoir une idée nette de la structure de ces différentes parties , et sans connaître la composition vertébrale du crâne , beaucoup d’anatomistes des temps passés ont senti pourtant que la moelle épinière se prolongeait dans l’encéphale. Ainsi, Fracassati comparait le système nerveux à un arbre dont la moelle épinière serait l’axe radiculaire; les nerfs spinaux et leurs divisions , les racines et les radicules. La moelle allongée représentait à Fracassati le collet du végétal dont les pédoncules cérébraux et cérébelleux et leurs propagations dans le cervelet et le

(i) Il n’est plus nécessaire aujourd’hui de démontrer que le crâne, composé de vertèbres, n’esl qu’une partie de la colonne vertébrale; celte vérité est acquise à la

science.

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cerveau devenaient successivement le tronc, les branches, les rameaux, les feuilles et les fleurs.

On retrouve quelque chose de cette image du système nerveux dans le langage de Reil, qui nomme l’encéphale une efflorescence de la moelle.

M. Oken, considérant tout animal comme composé de deux cônes juxta-posés base à base, et plaçant au niveau de la moelle allongée le contact des deux cônes , reproduit à peu près la même pensée en la généralisant davantage. Mais ce qu’il trouve dans l’animal envisagé dans son ensemble, il le retrouve dans le système nerveux en particulier et se rattache ainsi à la comparaison de Fracassati, sentie déjà par Willis et Malpighi et, bien des siècles avant ces anatomistes, par Plistonicus et Praxagoras, que Galien s’efforça de réfuter.

L’importance que Gall attachait à démontrer que la moelle épinière ne procède pas du cerveau, mais qu’au contraire celuici procède de la moelle , porterait à croire qu’il avait en partie le sentiment exprimé par les auteurs cités précédemment. Cependant, ses efforts pour établir que la moelle épinière résulte de la juxta-position de ganglions accouplés par paires comme ceux des chenilles, et que le cerveau lui-même n’est qu’un assemblage de ganglions attachés au sommet de la moelle, conduisaient à une conception assez différente.

Il y avait sans doute quelque chose de spécieux dans tous ces aperçus , mais il manquait à tous d’être assez nettement sentis pour permettre de donner une formule rigoureuse au lieu d’une comparaison plus ou moins poétique.

Nous devons à M. de Blainville des vues beaucoup plus arrêtées. Publiées d’abord dans le mémoire que nous avons fait connaître, développées ensuite chaque année dans les différents cours de ce professeur, elles ont acquis par cette suite de travaux toute la précision désirable, et me paraissent destinées à recevoir de plus en plus, dans leurs parties principales, la sanction du monde savant.

Suivant M. de Blainville, la partie fondamentale du système

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nerveux se compose de deux cônes juxta-posés base à base. Leur réunion forme l'axe du système nerveux cérébro-spinal. Cet axe est la moelle épinière , en admettant qu’elle se prolonge jusque dans les lobes olfactifs; et alors l’un des deux cônes qui la constituent occupe le rachis proprement dit; l’autre, les parties basilaires du crâne, se prolongeant jusqu’à la lame criblée de l’éthmoïde. C'est dans les renflements voisins du trou occipital que ces deux cônes se réunissent.

Autour de cet axe central naissent, dans sa partie rachidienne, les nerfs rachidiens proprement dits. Ces nerfs, quelles que soient les particularités de leur origine , affectent dans leur course extérieure au rachis une direction générale de dedans en dehors, et en bas chez l’homme, ou en arrière chez les animaux ; au contraire, les nerfs qui naissent de la partie céphalique de la moelle sont tous dirigés d’arrière en avant et en dehors. Les lobes olfactifs n’étant pas compris parmi ces nerfs, leur légère convergence vers la ligne médiane n’est pas une infraction à la règle précédente.

De plus, M. de B1 ain ville distingue, en rapport avec l’axe nerveux que forme la moelle épinière , deux ordres de ganglions : les premiers, qu’il appelle avec appareil extérieur, sont les ganglions des nerfs spinaux, situés toujours sur les racines postérieures. Les prolongations extra-spinales des nerfs qui tiennent à ces ganglions sont leurs appareils extérieurs.

Les seconds ganglions , que M. de Blainville appelle sans appareil extérieur, sont les renflements encéphaliques connus sous le nom de cervelet, tubercules quadrijumeaux, cerveau, et lobes olfactifs.

On verra dans la suite de ce travail que tous ces ganglions sans appareil extérieur de M. de Blainville tiennent, comme les ganglions des nerfs spinaux eux-mêmes , par deux ordres de racines distinctes, à la région correspondante de Taxe nerveux. En outre il résulte de recherches qu’on trouvera développées dans la partie de ce travail qui traite des origines des nerfs, que les nerfs olfactif, optique , celui de la cinquième paire et le nerf

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acoustique, tous nerfs sensoriaux , n’ont pas seulement leurs origines dans l’axe nerveux proprement dit.

Les deux premiers procèdent indubitablement , en grande partie, du cerveau lui-même. Le nom de nerfs cérébraux peut donc leur être à bon droit appliqué.

Pour ce qui est des deux autres , l’acoustique et le nerf de la cinquième paire , il est facile de démontrer qu’ils procèdent en partie du cervelet et peuvent, d’après cette circonstance, être regardés comme des nerfs cérébelleux. En admettant cette origine des nerfs olfactif et optique dans le cerveau , du nerf de la cinquième paire et de l’acoustique dans le cervelet , le cervelet et le cerveau n’auraient pas besoin d’être distingués des autres ganglions par les noms de ganglions sans appareil extérieur. Ils seraient, au même titre que les ganglions des nerfs spinaux, des ganglions avec appareil extérieur, puisqu’ils sont développés comme eux sur des nerfs. Un autre point d’analogie doit être noté. Les nerfs cérébraux et cérébelleux, sensoriaux par excellence, ne tiennent pas seulement au cerveau et au cervelet ; ils tiennent aussi, sans aucun doute, les uns à la partie céphalique de la moelle autour de laquelle est appliqué le cerveau, les autres à la région de cette moelle qu’on appelle moelle allongée , région de la protubérance, au-dessus de laquelle se renfle le cervelet. C’est encore tout à fait ce qui a lieu pour les racines sensoriales de la moelle ; ces racines , surmontées d’un ganglion , vont se fixer à la substance de la moelle épinière. Dans leurs rapports avec la moelle épinière , les racines sensoriales des nerfs spinaux et les ganglions qui les surmontent offrent donc toutes les conditions qu’on retrouve dans les rapports des quatre nerfs sensoriaux céphaliques avec le cervelet et le cerveau considérés comme leurs ganglions, d’une part, et, d’une autre part, avec la région crânienne de l’axe nerveux considérée comme prolongation directe de la moelle épinière. La circonstance de la fusion des deux ganglions du nerf olfactif et du nerf optique en un seul , l’hémisphère cérébral ; aussi bien que la fusion des deux ganglions de chaque côté des nerfs acoustique et de la cinquième paire en un

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seul ganglion général , l’hémisphère cérébelleux , n’est pas sans analogie dans la moelle épinière.

On voit, en effet, les ganglions des racines sensoriales de la région lombaire augmenter ou diminuer de nombre dans les vertébrés , suivant l’écartement des racines qu’ils surmontent. Quand celles de ces racines qui sont destinées à sortir par le même trou de conjugaison sont assez rapprochées les unes des autres à leurs origines , un seul ganglion les recouvre : c’est ce qu’on voit chez l’homme. Dans le cheval , au contraire , où les vertèbres lombaires sont très-grandes , et où , par suite , toutes les racines qui doivent sortir par le même trou de conjugaison sont très-distantes les unes des autres, elles ont plusieurs ganglions distincts.

On pourrait ajouter que la fusion des deux ganglions qui composent chaque hémisphère cérébral et chaque hémisphère cérébelleux en un seul, n’est pas tellement complète, qu’on ne reconnaisse encore dans ces masses deux éléments primitifs , ainsi que nous le verrons plus tard. La même remarque est applicable à chaque moitié du cervelet.

Partant donc de cette idée que le système nerveux cérébrospinal se compose d’un axe central , partie fondamentale sur laquelle sont fixées des racines nerveuses de différents ordres , les racines sensoriales étant toujours surmontées de ganglions qui , dans le crâne , acquièrent assez de développement pour former ces masses énormes qu’on appelle cervelet et cerveau , nous aurons à examiner à part, l’axe central et les diverses parties attachées ou appliquées à sa surface.

Mais cette étude , telle que nous l’indiquons , ne saurait être abordée de prime abord sans nécessiter la destruction des organes qui enveloppent la région encéphalique de l’axe central. Or, dans un ouvrage qui doit être mis à la portée des hommes les moins expérimentés dans les matières anatomiques, l’étude des organes dans leur ensemble , la description exacte de leurs formes a trop d’importance pour être sacrifiée ; c’est donc un devoir de s’occuper avant tout de ces formes. Nous commencerons naturellement T. I. 9

par la région la plus simple, c’est-à-dire celle qui occupe l’épine ; nous passerons ensuite aux masses encéphaliques.

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