‹ Traité complet de l'anatomie, de la physiologie, et de la pathologie du système nerveux cérébro-spinal ... 1re partie. Anatomie (volume 2)Chapitre 5 sur 138 · DE M. LE DOCTEUR FOUILLE · texte numérisé non relu

DE M. LE DOCTEUR FOUILLE

Extrait du proces-verbal de la séance du *3 juin 1828.

Dans la séance du i!\ mars dernier, l’Académie a renvoyé à notre examen un mémoire qui lui a été présenté parM. le docteur Foviüe, lonfj-tetnps médecin interne des hôpitaux de Paris et aujourd’hui médecin en chef de l’hospice des aliénés de Rouen Ce mémoire contient des recherches sur l’anatomie du cerveau de l’homme seulement, car M. Foville ne les a pas étendues aux espèces voisines et encore moins à celles qui constituent les classes inférieures du type des ostéozoaires.

L'étude de la disposition matérielle, organique, de la partie centrale du système nerveux ou de la moelle épinière et du cerveau de l’homme, à toutes les époques où l’anatomie a été cultivée d’une manière un peu pi ofonde a dû nécessairement attirer les investigations des anatomistes les plus célèbres, comme nous l’apprend 1 histoire de la science, depuis l’école d’Alexandrie jusqu’à MM. Gall et Spurzheim, qui, dans ces derniers temps, ont donné une impulsion et une direction toute nouvelle à ce genre de recherches. Dans celte partie de l’organisati. n , ce ne pouvait être d une anatomie chirurgicale qu’il pouvait être question; car jusqu’ici le bistouri hardi de nos plus célèbres chirurgiens n’a pas encore essayé de porter son action sur des parties aussi délicates et d’une influence aussi imminente sur la continuation de la vie. C’était donc une anatomie plus élevée, une anatomie physiologique cl plus ou moins spéculative qui devait guider le scalpel : il fallait voir s’il serait possible non pas de résoudre des questions inabordables pour l’esprit humain , comme le siège de 1 âme , son mode d’action et de rapports avec son substratum matériel; mais d’analyser, de reconnaître les parties qui étaient plus particulièrement en relation avec telles facultés de l’in telligence, ou bien avec celle de la sensibilité et de la locomolilité en général.

Les moyens qui ont été employés pour résoudre, eu au moins éclairer les grandes questions d’une difficulté dont on ne se doute peut-être pas encore assez, ont été différents suivant la manière dont on les envisageait et suivant les progrès de la biologie ou de la science de la vie.

Le premier qui se présentât, et qui a en effet été suivi par la plupart des anatomistes, était d’étudier l’organe en lui-même dans l’espèce humaine en état de santé et dans son plus grand état de développement. Mais il ne fallait cependant pas se borner, comme on le faisait presque généralement avant MM. Gall et Spurzheim, à ne faire autre chose que d’en examiner la superficie, la forme, la proportion des parties, sans pénétrer autrement dans son intérieur que par des coupes en différents sens vertical ou horizontal; c’est-à-dire qu’il ne fallait pas faire pour le cerveau, la moelle épinière, ce qu’on faisait pour les autres organes , une simple anatomie chirurgicale ici presque insignifiante , puisqu’on n’avait presque jamais aucune opération à exécuter sur eux.

Un second moyen , dont on conçoit l’influence dans un degré supérieur pour la connaissance du siège mystérieux de nos facultés les plus élevées, s est présenté lorsque, par nécessité ou avec une intention réelle, on a pu établir la comparaison du système cérébro-spinal de l’homme avec celui des animaux les plus rapprochés de lui. Quoiqu’on se bornât également à l’examen superficiel de l’organe, à la proportion de scs parties et à leur forme, on fut nécessairement conduit à essayer d’assigner des fonctions spéciales au moins à quelques-unes de ces parties, en en jugeant par la relation des qualités d’intelligence dont était doué tel animal , avec le développement de telle ou telle partie du système nerveux. On commit nécessairement des erreurs, mais ou put entrevoir la possibilité d’arriver par ce moyen à quelques résultats certains après un plus ou moins grand nombre d’essais infructueux.

M ais bientôt s’offrit au biologiste un troisième moyen qui doit avoir une importance d’une bien plus grande valeur dans l’anatomie physiologique du cerveau, et qui consiste à étudier soigneus mont la concordance des altérations pathologiques plus ou moins lentes de cette partie centrale et essentielle du système nerveux avec celles des fonctions d’intellect, de sensibilité spéciale ou générale et de locomolilité, afin

RECHERCHES H1STORIOI ES.

d’essayer de remonter des fonctions aux organes, puisqu'il était impossible de conclure de ceux-ci à celles-là. Mais, pour régulariser l’emploi de ce moyen, il fallait, connue on le conçoit bien, une rigoureuse détermination de l’état normal ou régulier de l’organe, des limites de variations dont il est susceptible en général et dans ses différentes parties , suivant les âges, les sexes, les tempéraments et meme les variétés, et cela non-seulement dans sa forme , mais encore dans sa structure intime. En sorte qu’il fallait revenir au perfectionnement du premier moyen.

Cela était encore plus nécessaire pour régulariser l’emploi d’un quatrième moyen bien plus difficile, ou celui des altérations expérimentales en général plus ou moins subites, moyen encore bien plus fallacieux ici que dans tout autre point de la physiologie. Aussi voyons-nous les opinions les plus contradictoires admises par les physiologistes expérimentateurs. En effet, en considérant que dans l’encéphale les parties ne sont jamais limitées, circonscrites d’une manière un peu complète, que le bistouri dans la lésion ou l’ablation de ces parties ne voit jamais ce qu’il touche, que l’action est immédiate, brusque, subite, et que par conséquent le trouble qui se manifeste dans l’animal vivant étant complexe ne peut traduire d’une manière un peu certaine la lésion , on conçoit combien ce moyen de parvenir à la connaissance réelle des fonctions du centre nerveux est d’une difficile application, quelque habiles et quelque exercées que soient les mains qui l’emploient.

Ces observations peuvent encore s’appliquer, du moins jusqu’à un certain point, au moyen qui emploie les expériences sur le système nerveux à l'aide de substances médicamenteuses introduites d’une manière quelconque dans l’économie. On voit bien qu’à la suite de cet emploi, tel phénomène se produit, telle ou telle altération dans telle ou telle faculté se montre; mais d’abord souvent le phénomène est complexe, et ensuite il n’est pas possible (ou au moins cela est fort rare) de remonter à l’organe matériel qui a été lésé, et par conséquent de connaître les fonctions spéciales de chaque partie du système nerveux.

Quant au moyen qui consiste à étudier le système nerveux dans les développements successifs qu’il éprouve depuis le moment où il commence à être perceptible à nos sens, jusqu’à sou complet développement, et par suite les changements qu’il reçoit à mesure que l’animal parvenu à son summum descend vers la mort sénile, en analysant la marche concordante dans l’accroissement ou le décroissement des facultés intellectuelles, de sensibilité et de locomolilitc , il est évidemment plus solide, plus aisé, puisqu’il est anatomique ; mais il est dans une relation nécessaire avec l’état du premier.

Enfin je dois parler en dernier lien d’un cinquième moyen ou des moyens métaphysiques, parce que c’est en effet celui qui a été le dernier employé , puisque c’est évidemment lui qui a conduit MM. Gall et Spurzhesm à leur manière d’envisager la disposition anatomique du système nerveux cérébro-spinal. En effet, on conçoit très-bien que l’on puisse àpriori analyser toutes les fonctions de l’intelligence, de la sensibilité, de la locomolililé , les systématiser et chercher ensuite dans l’organisation une disposition concordante. C’est cette direction nouvelle qui a tiré les anatomistes de l’ornière profonde dans laquelle ils étaient avant les travaux de MM. Gall etSpurzheim; et quand même ils n’auraient fait que cela , bien plus , quand même tous les points de leur anatomie du cerveau seraient successivement contestés et complètement réfutés, il leur resterait la gloire d’avoir trouvé un nouveau moteur, et par conséquent à eux

devra toujours remonter, comme à sa source, tout ce que l’on fera désormais de bon sur ce sujet.

D’après cette analyse préliminaire des moyens que l’esprit humain peut employer pour arriver à concevoir quelque chose dans la physiologie du cerveau , il est évident que le principal, le plus important, celui sans lequel tous les autres pécheraient par la base et seraient sans aucune certitude, est l’anatomie minutieuse, superficielle et profonde du cerveau de l’homme dans l'état adulte ou parfait et dans l’état de santé. Sans ce point de départ tout est précaire, c’est la règle, la norme sur laquelle tout le reste devra être mesuré. Comment dire en effet que tel symptôme maladif ou non correspond à telle altération de développemeni ou de tissu, de telle partie du cerveau, si l’état normal de cette partie n’est pas rigoureusement connu, et, bien plus, si l’on ne sait pas de quelles limites de variations cette partie est susceptible? Pourra-t-on démontrer la marche de la dégradation animale pour ce système si important de l’organisme , si le point de départ n’est pas exactement établi. Comment peut-on conclure sur l’usage d’une de ses parties par des expériences faites sur des animaux dans lesquels il n’est pas certain que cette partie existe? Ainsi , nous ne craignons pas de le dire, malgré les travaux plus ou moins importants, plus ou moins consciencieux qui ont été publiés dans ces derniers temps par des anatomistes de toutes les nations de l’Europe, le système nerveux cérébro-spinal est un champ où il y a, non pas à glaner, mais à récolter à pleines mains. Mais, pour cela, il faut faire porter essentiellement les recherches sur l’espèce humaine, parce que c’est chez elle seule que nous pouvons analyser les fonctions cpii lui sont départies, elle seule ou à peu près, éprouvant des altérations, des maladies du cerveau, dont les effets peuvent être appréciés par comparaison.

C’est donc déjà un heureux présage pour le travail de M. Foville de voir que ses recherches sur le cerveau ont été commencées sur le cerveau de l’homme adulte et sain; mais, pour les apprécier à leur juste valeur, qu’il nous soit permis, avant d’en faire l’analyse à l’Académie, de lui exposer en peu de mots l'état où la science est parvenue.

Nous ne remonterons pas au delà des travaux de MM. Gall et Spurzheim , parce que cela ne nous serait d’aucune utilité en ce moment, et que d’ailleurs cette analyse historique a déjà été faite souvent même avec toute celle rigoureuse équité qui tend plus à dépouiller un inventeur vivant qu’à enrichir celui qui l’avait précédé.

On se rappelle sans doute que MM. Gall et Spurzheim admettent que la moelle vertébrale est formée de ganglions ou de renflements de substance grise qu’ils nomment matrice des nerfs, en aussi grand nombre que de vertèbres principales, et que ces ganglions donnent naissance aux nerfs vertébraux dont la grosseur leur est proportionnelle. Ainsi pour le renflement bulboïde supérieur de la moelle est un de ces ganglions donnant naissance à tous les nerfs sensoi iaux, ainsi qu’à deux faisceaux qui vont former le supérieur (corps resliforrne) , le cervelet; et l’inférieur (les pyramides), le cerveau. Mais pour cela ces faisceaux s’accroissent de nouvelles fibres qui naissent dans la substance grise constituant le corps dentelé pour le cervelet, et successivement la substance noire de Sœmmering des pédoncules , les couches optiques et les corps striés pour le cerveau proprement dit. C’est ce qu’ils nomment des ganglions de renforcement. Les nerfs nombreux qui constituent aussi les pédoncules, et qu’ils regardent comme aussi spéciaux pour chaque partie des hémisphères que les nerfs propres à chaque appareil sensorial extérieur, vont en effet se rendre à la face interne de la

membrane plissce ou circonvolutëe qui constitue les hémisphères soit du cerveau , soit du cervelet, et qui est doublée à sa face externe par une couche de substance grise. De cette substance naissent d’autres fibres blanches ou nerveuses qui, au contraire des précédentes, se partent de la circonférence au centre , et qui , en se réunissant dans la ligne moyenne avec leurs congénères, forment le pont de Varde pour le cervelet et le corps calleux pour le cerveau. C’est ce que MM. Gall et Spurzheim nomment commissures des hémisphères de ces organes.

L’un de nous, dans ses Considérations générales sur le système nerveux, admet que la moelle épinière est constituée par deux cordons latéraux , chacun composé d’une partie principale formée de substance blanche et de substance grise en apparence à l’intérieur, et de tiois faisceaux longitudinaux, un antérieur ou inférieur, et deux postérieurs ou supérieurs, l’un profond et l’autre superficiel. Il reconnaît, en outre, que ces deux cordons sont réunis entre eux par une commissure grise en avant, et une commissure blanche en arrière. Mais en quoi la manière devoir de M. de Blainville diffère de celle de MM. Gall et Spurzheim, c'est qu’il établit que la moelle se continue avec toutes ses parties dans l’encéphale, qu’il partage par conséquent en partie centrale et en partie ganglionaire sans ou avec appareil extérieur. Il voit la partie centrale commencer à se diviser en ses deux cordons dans la manière dont se forme le quatrième ventricule, par la séparation et l’écartement des deux faisceaux postérieurs superficiels, dans leur séparation pour former plus loin les pédoncules du cerveau. Il en résulte, suivant lui, la mise à découvert de la substance grise intérieure et la production des couches optiques et même celle des corps striés, si toutefois ccux-ci ne doivent pas être regardés plutôt comme de véritables circonvolutions cérébrales, les gros faisceaux de la moelle contenant la substance grise se portant à droite et à gauche et allant former les pédoncules des hémisphères. Il poursuit même la matière grise centrale dans la formation des éminences mamillaires et dans la substance qui bouche en avant le troisième ventricule, comme il poursuit le ventricule commençant dans la glande pituitaire, s’élargissant à droite et à gauche dans les ventricules latéraux, dans l’aqueduc de Sylvius, dans le ventricule du cervelet, et enfin dans toute l’étendue de la moelle épinière.

Etudiant ensuite les ganglions sans appareil extérieur, savoir, les lobes olfactifs, les hémisphères, les tubercules quadrijumeaux , la glande pinéale et le cervelet, il admet que chacun d’eux communique pins ou moins fortement avec la partie centrale sur laquelle il est appliqué, par un pédoncule d’origine , par des faisceaux ascendants et descendants, et, en outre, celui d’un côté avec celai de l’autre par une commissure transverse blanche, les hémisphères par le corps calleux, et le cervelet par le pont de Varole.

Il admet que les nerfs dits cérébraux communiquent avec la partie céphalique de la moelle, comme les vertébraux avec la partie vertébrale, par deux ordres de filets, l’un postérieur et l’autre antérieur, en sorte que dans sa manière de voir il n’y a dans la tète que le même nombre de paires de nerfs que de vertèbres, c’est-à dire quatre.

Avant le dernier des auteurs que je viens de citer, et même, d’après son assertion du moins, avant le premier, le docteur Ilolando avait aussi exposé la structure chi cerveau d’une manière qu’il sera bon d’indiquer succinctement quoique assez difficile a comprendre, elle nous paraît avoir beaucoup de rapports avec celle de MM. Gall et

Spurzlicim. Suivant M. Uolanclo les lie m i s j ilières sont composés de libres nombreuses, qui, sorties de leurs pédoncules, s’élèvent, s’écartent en traversant une partie de la substance gtise «pii constitue les corps striés, biles se dispersent en partie dans la pulpe médullaire, forment le corps calleux, la voûte à trois piliers, le septum lucidum duquel part de tous cotés l’expansion excessivement mince qui recouvre la saillie des corps striés dans les ventricules, tandis qu’une partie de ces fibres, retournant en arrière, forme les deux piliers postérieurs delà voûte, les cornes d’Ammon et la queue des corps cannelés.

D’après cela il lui semble qu’il n’y a ni corps striés, ni même de couches optiques proprement dites ; mais que ees proéminences sont formées par l’entrelacement et le passage, i° des fibres supérieures des pédoncules du cerveau, 2° de celles qui semblent venir des hémisphères et avoir des relations avec les tubercules quadrijumeaux, et enfin 3° de celles cpii se portent transversalement, remontent et s’épanouissent comme une membrane sur les couches optiques avec une direction de dedans en dehors, se rassemblent ensuite en un cordon arrondi qui contourne les pédoncules, et vont, après s’êtrc entre-croisées, former les nerfs optiques.

Après cet exposé de l’état des manières principales proposées dans ces derniers temps pour faire connaître la structure du cerveau, et que nous avons cru nécessaire de faire, nous allons maintenant analyser le mémoire de M. le docteur Foville.

Ne s’occupant de la moelle que pour montrer l’analogie de sa composition avec la partie centrale du cerveau, il reconnaît qu’elle est formée, pour chaque moitié, de trois faisceaux, un antérieur , un postérieur, et un beaucoup plus gros formant un demi-canal dans lequel est une traînée de substance grise, et que les cordons sont réunis entre eux par une commissure blanche postérieure.

Parvenue à la base du crâne, cette moelle se renfle et constitue les pyramides antérieures où se fait un entre-croisement, les corps olivaires, les corps restiformes et les pyramides postérieures. Le restiforme se prolonge dans le cervelet, un petit faisceau qui semble faire suite aux olives lui paraît aller aux tubercules quadrijumeaux, comme l’a observé M. Tiedmann , et les deux autres faisceaux, savoir les pyramides antérieures et les postérieures constituent, suivant M. Foville, le pédoncule cérébral. Sous le pont de Va rôle et même au delà , les deux faisceaux sont séparés par Ja substance grise ou noirâtre interposée à laquelle on à donné le nom de M. Sœmrnering.

Mais le point principal du mémoire de M. Foville porte sur la manière dont le cordon sc comporte au delà , en traversant les couches optiques , et ensuite les corps striés. Suivant cet anatomiste, il constitue un gros faisceau placé de champ, mais un peu obliquement au dehors, et qui, à peine sorti des corps striés, se partage en trois plans superposés; un supérieur, un moyen et un inférieur.

Le supérieur, moins considérable que le moyen, mais plus que l’inférieur, se dégage le premier, et monte presque verticalement en se recourbant de dehors en dedans, et cela dans une grande partie de la longueur de l’hémisphère cérébral qui le déborde un peu par sa face verticale interne, et finit en se réunissant ou se continuant dans la ligne médiane, au plan similaire venant de l’autre côté, de manière à constituer le corps calleux. Ainsi, d’après M. Foville, cette partie du système nerveux encéphalique ne serait pas une commissure des ganglions cérébraux, comme cela était à peu près généralement admis depuis les travaux de MM. Gall et Spurzlicim, ma s une com-

missure tic la partie centrale elle-même analogue à ce qui existe dans le prolongement rachidien lui-même.

Le deuxième plan ou moyen, le plus considérable des trois, placé immédiatement au-dessous du premier, est celui des hémisphères ; montant d’abord parallèlement au plan du corps calleux, auquel il est adossé dans la première partie de son trajet, il 1 abandonne à l’endroit où celui-ci se recourbe en dedans, suit une direction à peu près verticale et va gagner le point le plus élevé des hémisphères dans toute sa longueur, se prolongeant eu dedans et en dehors, en avant et en arrière, sous la substance corticale, qu’il double dans toutes ses circonvolutions.

Enfin le troisième plan le plus inférieur a la même étendue que le deuxième, quoiqu’il soit moins épais; mais sa direction est tout à fait opposée. 11 descend, en effet, en dehors du noyau inférieur du corps strié correspondant, se contourne inférieurement et remonte juxta-posé à celui du côté opposé , de manière à former la cloison des ventricules ou le septum lucidum , entre le corps calleux en dessus et la voûte à trois piliers en dessous. Toutes les fibres de ce plan n’entrent cependant pas dans la composition du septum, une partie se porte en arrière pour former d’une part une expansion particulière pour le lobe temporal des hémisphères, et de l’autre gagner la corne d’Ammon et se continuer avec les corps frangés dans la voûte, communiquant de cette manière avec la cloison.

Dans cette manière d’envisager l’anatomie du cerveau, il est évident qu’en faisant une coupe verticale perpendiculaire à son axe, au niveau de la suture fronto-pariétale, on obtiendra une figure qui ressemblera beaucoup à celle que produit une pareille coupe de la moelle épinière, surtout dans sa partie la plus élevée ou dans le renflement bulboïde supérieur. On peut voir, en effet, dans l’une et dans l’autre une masse de substance grise partagée en deux par l’origine des nerfs dans la moelle , et par celle du faisceau du pédoncule qui va à l’hémisphère pour le cerveau. On y trouve également une commissure blanche formée dans le cerveau par le corps calleux; enfin on peut regarder comme analogue du septum lucidum la double lame que I on remarque au fond de l’écartement des deux cordons de la moelle.

Cette disposition anatomique est même bien plus visible, quand on emploie le système nerveux d’un enfant pour ce genre de recherche. En effet, les trois plans qui terminent le pédoncule ne sont pour ainsi dire alors que superposés. Il semble qu’il y ail une prolongation de tissu cellulaire entre eux , tant leur séparation est facile.

De cette manière d’envisager la disposition anatomique du cerveau , M. Foville est conduit à confirmer ce que la pathologie a démontré, savoir, que les lésions des facultés intellectuelles sont constamment concordantes avec celle de la substance grise des circonvolutions; tandis que les maladies dans lesquelles les mouvements sont lésés se trouvent en rapport avec des altérations dans les corps striés et les couches optiques, c’est-à-dire dans les parties centrales, ce qui établit une analogie réelle avec la moelle épinière.

M. Foville en conclut aussi qu’on doit regarder comme une véritable altération pathologique une disposition qu’il a rencontrée fréquemment, et qui consiste en ce que les trois plans terminaux du pédoncule du cerveau sont tellement adhérents qu’il est. impossible d’en produire la séparation. Il fait même l’observation que cette altération a pu exister dans beaucoup de cas de maladie de l’encéphale, où les médecins, à T. 1. U

défaut de la connaître, ont admis et fait admettre qu'il pouvait exister des cas de lésion des fonctions du cerveau sans qu’on put trouver dans cet organe aucun indice de lésion organique.

Nous venons d’exposer à l’Académie l’analyse du mémoire de M. le docteur Foville. Le fait capital qu’il présente, et qui tend à confirmer de plus en plus que dans l’ensemble des vertèbres céphaliques le système nerveux est composé d’une partie centrale , prolongement de la moelle épinière et de ganglions, et que le pédoncule du cerveau est composé de trois plans de fibres dont l’un, rentrant, constitue le corps calleux, nous paraît à peu près hors de doute, du moins dans 1 espèce humaine; car nous devons convenir que nous n’avons pu le confirmer d’une manière certaine dans quelques mammifères où nous l’avons essayé. Ainsi l’on est forcé d’abandonner, sur ce point, l’opinion de MM. Gall et Spurzheim, qui considèrent le corps calleux comme composé de fibres rentrantes et formant la commissure des deux hémisphères. Le moyen de s’en assurer est bien simple, il consiste à écarter les deux hémisphères en dessus, à passer légèrement le doigt entre le rebord qu’ils forment par la saillie de leur face verticale au-dessus du corps calleux, et qu’on a quelquefois désignée sous le nom de ventricule. Alors on arrive aisément à la ligne de séparation des deux plans supérieurs ; l’un qui se recourbe en dedans, et l’autre qui monte verticalement dans l’hémisphère : il nous semble cependant qu’il est impossible de produire cette séparation sans rompre quelque chose entre ces deux parties; mais cela tient peut-être à la forte adhérence déterminée par la destruction de la membrane de séparation.

On peut ainsi aisément démontrer ces différents plans en faisant la coupe verticale indiquée ci-dessus au niveau de la scissure de Sylvius. On voit même, du moins chez les enfants, un trait de matière grise qui indique la séparation du plan inférieur, et le souffle suffit quelquefois pour la produire.

Nous croyons donc que cette partie du mémoire de M, Foville est digne de toute 1 attention des anatomistes. Nous pensons aussi que 1 idée de regarder le plan moyen du pédoncule comme analogue des nerfs de la moelle épinière, et allant se perdre dans la substance grise périphérique , idée heureuse en harmonie avec ce qu’on sait du système nerveux gangljonaire avec appareil extérieur, est encore corroborée par les observations anatomiques de M. Foville.

En général, il nous semble que la direction dans laquelle se trouve cet anatomiste est la seule qui puisse conduire à des résultats un peu certains; puisqu’il fait marcher à la fois les recherches anatomiques et pathologiques, qu’il a déjà commencé à systématiser plus heureusement peut-être qu’on ne l’avait fait avant lui quelques parties de l’anatomie de cet organe avec leurs fonctions dans l’état de santé et dans celui de maladie. Mais comme nous savons que cet anatomiste est déjà arrivé à des aperçus non moins intéressants peut-être sur d’autres parties importantes du système nerveux encéphalique, et que ce système a besoin d’être étudié dans son ensemble pour confirmer par elles-mêmes les particularités qu’on peut y avoir reconnues ; nous nous bornerons à proposer à l’Académie d’encourager fortement M Foville à continuer ses recherches en s’éclairant avec précaution de l’anatomie des animaux, en ne se pressant pas d'en faire la publication, si elles ne lui paraissent pas complètement hors de doute et susceptibles de démonstration rigoureuse, parce que c’est très-mal travailler pour la science que de l’encombrer de matériaux peu élaborés, quelque volumineux et quelque spécieux qu’ils soient. Ce sont ces considérations seules qui nous empê-

RECHERCHES HISTORIQUES. 5t

client de conclure à la publication de ce que nous connaissons des recherches sur le cerveau par M. le docteur Foville dans les recueils de l’Académie, car elles nous en paraissent parfaitement dignes sous le double rapport de leur intérêt et de la bonne foi avec laquelle elles ont été présentées.

Signé à la minute :

Duméril, D. de Blainville, rapporteurs.

L’Académie adopte les conclusions de ce rapport.

Certifié conforme :

Le secrétaire perpétuel , conseiller d'état, grand- officier de l’ordre royal de la Légion- d’ Honneur,

Baron G. CUVIER.

En 1829, le professeur Rolando , célèbre depuis long-temps par l’opinion qu’il fallait assimiler le cervelet à une pile voltaïque , publia un mémoire très-remarquable sur la structure du cerveau. Ce mémoire étant rempli de faits importants, j’en présente une analyse étendue. Je n’ai fait même dans un grand nombre d’endroits que traduire littéralement l’original,

Le professeur Rolando rappelle qu’il a fait antérieurement des recherches nombreuses sur le cervelet, le cerveau, la moelle allongée et la moelle spinale. Il cite en particulier un article publié par lui ( Dizio period. di Med., marzo 1823, sez. 11, pag. 70 e seg.) dans lequel il établit qu’on doit distinguer diverses couches dans les hémisphères ;

Que les parois des ventricules latéraux et le corps calleux sont formés de fibres particulières , lesquelles ne concourent pas à la formation des circonvolutions qui dépendent de fibres d'étendues diverses : de sorte que les plus courtes donnent origine aux circonvolutions inférieures , tandis que les supérieures sont formées d’ autres 'plus longues.

Des recherches et des observations anatomiques infinies ont éclairci, dit-il, mes idées sur une matière aussi difficile, et m’ont mis à même d’établir qu’en procédant de l’extérieur à l’intérieur on trouve diverses couches de fibres cérébrales dont les anatomistes n’avaient pas soupçonné l’existence.

Pour faciliter l’intelligence de ce que je vais exposer sur la structure des hémisphères , je dirai qu’ils sont composés :

1° D’une couche étendue suivant la vallée de Sylvius , et de la substance cendrée sous-jacente à l’insula ;

2° D’une lame ou couche qui donne origine à la majeure partie des circonvolutions de la face externe ;

3° D’une couche formée des fibres du pédoncule, de laquelle naissent les processus entéroïdes de leur bord interne ;

4° D’une couche de fibres qui , des couches optiques , s’étendent par les parois des ventricules et forment le corps calleux ;

5° D’un appareil de fibres longitudinales et d’un autre situé transversalement sur le corps calleux qui forment les circonvolutions situées à la face interne des hémisphères;

6° De l’appareil des fibres médullaires qui constituent la voûte à trois piliers et la corne d’Ammon;

7° Des corps striés externes ;

8° Des corps striés internes.

Et à ces corps devront se joindre la commissure antérieure , la lame perforée et le fascicule du tubercule géniculé externe.

Après cette énumération des parties constituantes des hémisphères Rolando passe à l’étude des circonvolutions , auxquelles il donne , à l’imitation de Malacarne , le nom de procès sus entêroïcles.

Les recherches de Rolando sur les circonvolutions le portent à croire, contrairement à l’opinion généralement admise, que les processus entéroïdes peuvent se réduire à des formes et des positions déterminées. Il croit avoir réussi à établir quelles sont les parties internes avec lesquelles elles ont les relations les plus directes , et en quelle manière elles tirent leur origine de ces parties.

Il regarde les observations sur le fœtus comme les plus propres à conduire à la connaissance de cette importante partie de l’organisation cérébrale.

Il décrit avec soin l’insula de Reil, située au fond de la scissure de Sylvius. Il signale ensuite, comme procédant d’un repli

dos circonvolutions de l’insula, la marge circonvolutionnaire de la scissure de Sylvius , et considère que, comme l’insula, cette marge circonvolutionnaire de la scissure de Sylvius forme un appareil distinct des autres circonvolutions. C’est, dit-il, la première qui se montre dans le fœtus. On peut assurer qu’on en découvre les vestiges dès le second mois. Elle est formée de la couche la plus externe des fibres médullaires.

De la portion transverse ou supérieure de la circonvolution marginale de la scissure de Sylvius s’élèvent quatre processus circonvolutionnaires presque verticaux. Les deux du milieu, beaucoup plus longs , ont été déjà observés , dit Rolando , par Yicq-d’Azyr.

Chacun des deux processus antérieurs , en se courbant vers la région frontale, se continue avec des processus qui, bientôt subdivisés, donnent lieu à d’autres processus qui, contournés ou doublés , occupent spécialement la région susdite.

Des deux processus verticaux postérieurs, le long et le court se continuent avec d’autres qui, dirigés en arrière, forment les circonvolutions qui vont au lobe occipital derrière la scissure de Sylvius ; tandis qu’un autre, sous-jacent à cette scissure, parcourt la face externe du lobe médian jusqu’à son sommet.

Cet appareil de processus entéroïdes, beaucoup plus étendu que le précédent, procède d’une couche de fibres médullaires qui , comme on le comprend , occupe presque toute la face externe des hémisphères , mais n’arrive pourtant pas jusqu’à leur sommet, ou bord interne, qui se trouve occupé par des processus qui doivent leur formation aux fibres des pédoncules , lesquelles doivent être distinguées de celles qui viennent d’être mentionnées.

Deux processus entéroïdes, visibles au sommet de chaque hémisphère, courent en avant et en arrière avec ceux que nous avons précédemment décrits dans la région frontale et dans la région occipitale.

Ces deux processus sont presque entièrement formés de fibres qui viennent des pédoncules cérébraux. Il convient de dire que

ces processus sont très-irréguliers dans la région frontale , et s’y présentent sous diverses formes ; ce qui tient à ce que c’est dans ce lieu que s’unissent ensemble les fibres de la couche externe , celles du pédoncule , et d’autres qui viennent d’appareils situés à la face interne des hémisphères. Dans le lobe postérieur, les fibres, se trouvant disposées en lames très-flexueuses , donnent lieu à la formation de processus plus difficiles à suivre; d’autant plus qu’à ces fibres s’adjoignent celles qui procèdent de la commissure antérieure, laquelle avec ses fibres arrive jusqu’aux processus intermédiaires du lobe moyen.

Les processus entéroïdes de la face interne des hémisphères sont plus réguliers , et c’est à Vicq-d’Azyr qu’on doit la première description de la circonvolution qui se voit au-dessus du corps calleux; circonvolution, dit Rolando , qui, d’après sa figure, se peut nommer processo cristato. Mais ni Yicq-d’Azyr, ni d’autres anatomistes n’ont pensé qu’elle pouvait tirer son origine de quelque disposition distincte de fibres médullaires.

On n’a pas fait attention non plus , et cette observation de Rolando est d’une grande importance , qu’elle commence à la racine interne du nerf olfactif , et , passant au-dessus et autour du corps calleux , vient à la face interne du lobe médian et finit dans cette région que l’illustre Vicq-d’Azyr a nommée le crochet.

Les circonvolutions supérieures au processo cristato doivent également être étudiées à part , puisqu’elles ont une origine et une disposition particulière , qu’elles sont formées de fibres transverses qui viennent des stries longitudinales de Red , et peuvent pour cette raison être nommées circonvolutions des stries longitudinales. Ces circonvolutions s’unissent avec celles des fibres du pédoncule pour former la marge interne de l’hémisphère.

Enfin , parmi les circonvolutions les plus constantes doivent être comptées celles qui sont divisées par le sillon qui reçoit le nerf olfactif. Ces circonvolutions ou processus sont formés de fibres de la couche des processus verticaux , qui se perdent dans

la face inférieure ou région orbitaire des lobes antérieurs et des fibres de l’arco cristato.

Passant ensuite aux sillons qui séparent les circonvolutions , Rolando signale comme méritant une attention particulière quelques sillons du lobe postérieur, l’un externe, l’autre interne, situé un peu derrière le processo cristato. Le troisième, qui de celui-ci se dirige en arrière vers le sommet de ce lobe, se manifeste de bonne heure dans le fœtus et correspond à l’éperon qui se trouve dans la corne postérieure des ventricules latéraux.

Ces divers sillons ne sont pas seulement formés, comme la majeure partie des autres , par la seule élévation des processus entéroïdes, mais encore de replis dans lesquels se rendent les lames internes; et de là vient qu’on observe en quelques lieux du lobe postérieur une disposition plus compliquée dont Genuari le premier a parlé.

La hauteur et la grosseur des processus entéroïdes ne sont pas partout les mêmes. Les plus gros sont dans les régions pariétale et temporale , les plus petits dans les régions frontale et occipitale. Une variété plus grande s’observe dans leur hauteur de quelques lignes seulement en quelques endroits , tandis qu’au voisinage de la scissure de Sylvius ils en ont quinze à seize. Ceux de l’insula sont les moins élevés.

Il sera plus important de connaître de quelle manière se forment les circonvolutions qui manquent chez le fœtus de quatre ou cinq mois , et se trouvent toujours développées en raison de la perfection de l’organisation.

Tiedeman dit que dans le fœtus de trois à quatre mois commencent à poindre de petites pointes qui représentent une couche de velours.

Il est facile, ajoute Rolando,* de s’apercevoir que l’extrémité de ces petites productions est celle des fibres médullaires de diverses espèces , et forme en même temps le premier rudiment de la substance cendrée. Vers le cinquième mois elles ont acquis déjà une ligne et demie de longueur, et l’on peut voir leur communication avec les fibres qui forment les lames médullaires*

Pendant que s’élèvent ces petites productions à angle plus ou moins obtus , on observe que les fibres à ce point se divisent de manière que leurs extrémités restent tout à fait bifurquées. Par suite de cette division , les circonvolutions sont toutes composées de fibres appartenant à des lames distinctes , tandis que les sillons qui les divisent correspondent au point de division ou à la bifurcation des fibres. Si l’on tente de diviser en deux les processus entéroïdes on parvient aisément à les partager en deux parties presque égales , et dans le milieu on voit courir quelque chose de vasculaire qui se ramifie entre les lames séparées. De là bien des erreurs sur le développement de ces parties.

Il résulte de cette organisation si simple , qu’on peut séparer les différentes couches des fibres cérébrales, en les prenant à leur origine ou leur partie la plus centrale, pour les suivre jusqu’à la périphérie, jusqu’à la surface des circonvolutions vers laquelle elles se dirigent ; ou bien, en procédant en sens inverse, en divisant les circonvolutions suivant la direction de leur longueur pour descendre jusqu’à leur centre et à leur origine.

La bifurcation précédemment indiquée des fibres médullaires fait que si l’on veut séparer les lames en divisant les sillons ou anfractuosités , on éprouve une forte résistance , tandis que la même opération réussit aisément si elle est faite dans le sens de la direction delà ligne médiane du bord libre des circonvolutions.

Après avoir ainsi traité des circonvolutions, Rolando passe à l’examen des parties plus profondes ; parle d’abord de ce qu’il appelle l’arc olfactif et la couche fibreuse de la vallée de Sylvius, qu’il nomme externe. Il s’étonne que des parties aussi visibles et si étendues n’aient pas été, avant lui, connues et décrites. Il attribue ce retard à cette double circonstance : qu'en pratiquant des coupes, il était impossible d,e les connaître; et qu’en commençant l’étude du cerveau par le pédoncule, on regardait cette couche comme procédant de ce pédoncule.

Il conseille , pour voir ces parties, d’écarter le lobe antérieur du lobe moyen. On voit alors qu’ils sont unis l’un à l’autre par un tractus arrondi dont la substance diffère un peu de la grise ,

et sur laquelle, le plus souvent, ne s’étendent pas les circonvolutions de l’insula. En raclant avec le manche d’un scalpel, on vient à découvrir un faisceau de fibres qui , s’étendant sur le lobe antérieur et sur le lobe moyen, décrit un arc dont l’extrémité très-épanouie forme les circonvolutions qui se trouvent sur la face postérieure et inférieure du lobe moyen.

Cet arc, qu’on peut, dit-il , nommer olfactif, parce qu’il concourt à former l’appareil du nerf olfactif, a deux à trois lignes de large dans son milieu ; sa grosseur est un peu moindre.

Il est appliqué sur la fascia otiica, la lame perforée, la commissure antérieure et le noyau du corps strié externe; très-visible dans le fœtus, même dans ses premiers mois , il est représenté, dans les quadrupèdes, par une couche assez étendue qui occupe toute la marge inférieure des hémisphères.

Deux lames médullaires s’élèvent insensiblement de cet arc, séparées l’une de l’autre par une petite couche de substance grise. Rolando appelle l’externe de ces lames médullaires, lame de la vallée de Sylvius ; et l’interne , lame des circonvolutions verticales.

La face externe de la première de ces lames donne implantation aux fibres des circonvolutions de l’insula. La face interne est séparée de la lame des circonvolutions verticales par la couche de substance grise précédemment indiquée, et à laquelle Rolando donne le nom de stralo cinericio clell' isola.

La couche fibreuse ou stratum des circonvolutions verticales s’élève pareillement, suivant Rolando, de Farco olfattorio.

Les fibres de cette couche courent parallèles à celles de l’arc tant dans le lobe antérieur que dans le médian. Mais leur plus grand nombre s’étale en manière d’éventail dans une grande portion des hémisphères. Delà vient que les plus externes concourent à former la circonvolution marginale de la scissure de Sylvius; d'autres se portent à la partie inférieure du lobe frontal , et forment en partie les circonvolutions qui reçoivent le nerf olfactif. Les fibres du milieu en s’élevant se perdent dans les processus verticaux et leurs appendices qui se prolongent antérieurement et

forment les processus contournés , pendant que celles qui se dirigent en arrière se perdent dans les circonvolutions de la région occipitale.

Ces fibres, disposées en lamelles très-subtiles, couvrent toute la face externe et latérale des hémisphères : mais toutefois elles n’arrivent pas aux deux circonvolutions qui suivent leur marge interne et supérieure. Ces deux circonvolutions supérieures dépendent des fibres des pédoncules. En avant , elles ne forment qu’en partie ces circonvolutions qui , des deux verticales , se dirigent l’une vers la région frontale , et l’autre vers l’occipitale. Nous avons dit que cette lame est couverte d’une autre lame plus externe et d’une couche de substance cendrée intermédiaire.

Sa face interne se trouve en rapport avec la commissure antérieure, le corps strié externe et les fibres des pédoncules, avec lesquels elles s’unissent si étroitement qu’on croirait voir une décussation. Il est pourtant certain que , tout autour du corps strié , les fibres des pédoncules se détournent de celles de la lame des processus verticaux.

Commissure antérieure .

Il est impossible de s’avancer de l’extérieur à l’intérieur sans examiner la commissure antérieure. Quoique connue et décrite depuis long-temps, cette partie n’a pas été considérée suffisamment dans ses rapports avec les parties voisines et dans toute son étendue.

Sans rien déranger, comme dit Meckel , on peut voir la commissure antérieure en séparant les lobes cérébraux par en haut ou par en bas. Dans cette région elle se voit sous la forme d’un cordon médullaire à peu près delà grosseur du nerf optique. Elle se trouve en avant des colonnes antérieures de la voûte , et, se portant en dehors , à travers le septum lucidum, le corps strié interne, et passant sous les fibres du pédoncule, rencontre une couche de fibres médullaires qui, unie avec elle, va au lobe antérieur. Cette couche a été depuis long-temps indiquée par moi dans les brutes comme partie constituante du nerf olfactif, mais

on n’en avait pas encore fait mention dans l’homme : elle n’est représentée clans aucune figure. De ce point la commissure antérieure pliée en arc se porte en dehors à travers le corps strié externe , à l’endroit où son noyau ganglionaire s’unit à la portion cendrée plus simple. A peine couverte par cette substance, et comme en contact avec la lame perforée et avec la couche optique, elle court en arrière de l’arc olfactif et, sortant du corps strié, se dilate, s’épanouit avec ses fibres, et forme une lame qui s’avance entre les fibres du pédoncule et celles du corps strié externe. Elle s’étend sur le lobe postérieur et sur le lobe moyen, et arrive jusqu’au processus entéroïde inférieur de celui-ci. Dans le fœtus et dans les singes , ses fibres sont visibles dans les lobes susdits; mais dans l’adulte il faut plus d’attention pour exécuter leur préparation.

Le fascicule qui de la commissure va sous les fibres du pédoncule, au milieu de la substance grise du corps strié, n’étant pas connu des anatomistes, il n’est pas étonnant qu’on n’ait pas fait attention aux nombreux filaments par le moyen desquels elle se trouve en relation avec toutes les parties voisines. De la portion antérieure qui existe entre les deux fascicules olfactifs il ne sort pas une fibre, et elle est couverte d’un névrilème qui a quelque légère adhésion avec le septum lucidum.

Dans les portions latérales on voit sortir des fibres médullaires très-subtiles, qui, passant au-dessus des racines du nerf olfactif, se perdent dans la substance grise du corps strié ; à mesure qu’elle s’avance davantage vers le noyau ganglionaire de ce corps , ces filaments deviennent plus gros et s’unissent aux lignes circulaires de substance médullaire qui divisent ce ganglion en diverses couches. Au moyen de filaments semblables, la commissure maintient d’étroites relations avec la couche fibreuse optique située au-dessous d’elle.

Corps strié externe.

Entre la lame interne du stratum superficiel et les fibres des pédoncules se trouve le corps strié externe, tout à fait distinct de

l’interne. A ma connaissance, Meckei le premier a fait quelque attention à la différence qui existe entre la portion externe et l’interne, dont l’ensemble constitue cette portion des hémisphères que les anciens ont nommée corps strié. Les dessinateurs exacts des figures de Santorini, de Yicq-d’Azyr, de Gall et Spurzheim ont aussi indiqué une différence de structure ; mais l’œil de ces anatomistes n’a pas pénétré dans cette intrication très -compliquée.

Après d'infinies recherches sur le cerveau du fœtus humain , des singes et de beaucoup de quadrupèdes , je crois nécessaire d’établir l’existence de deux corps striés parfaitement distincts l’un de l’autre, puisque l’un est situé dans la cavité des ventricules latéraux , et est séparé de l’autre par le moyen de la couche de fibres qui des thalami vont au corps calleux, et de celles qui vont des pédoncules au cerveau.

Le corps strié externe doit être distingué de l'interne par le motif que sa texture est tout à fait différente , et parce qu’d n’a rien de commun avec lui dans le fœtus humain et dans beaucoup d’animaux. C’est, en effet, un amas de substance cendrée, ovoïdal et niché dans une fosse que présentent les fibres du pédoncule au-dessus du fascia optica. Il est couvert en dehors, comme il a été dit, de la lame des processus verticaux et de l’arc olfactif. Il est à remarquer qu’il est quelquefois plus bas que le corps strié interne.

Toute sa surface est , pour ainsi dire, formée de simple substance grise, plus étendue en avant et au-dessous des fibres du pédoncule et de l’expansion antérieure de la commissure , où il se trouve en contact mutuel avec le corps strié interne. En enlevant ladite substance, qui a la grosseur de trois , quatre ou cinq lignes, on découvre dans le centre un petit noyau qui a la structure d’un ganglion , et dans lequel se voient trois strata superposés l’un à l’autre , de manière que le plus petit, qui occupe le centre, est situé sur le fascia optica; il a une figure subovalaire, est d’une couleur plus claire , et communique avec cette lamelle notée par Yicq-d’Azyr sous le nom de lame perforée.

Les lignes blanchâtres qui divisent les différentes couches , semblent formées d’une série de ganglions desquels sortent d'innombrables filaments médullaires qui se répandent dans le stratum susposé.

Cette triple série de ganglions entretient des communications très-étroites avec la commissure antérieure, l’arc olfactif et le fascia optica. Le noyau central , qui présente une texture plus fixe, paraît contenir une plus grande quantité de substance médullaire. Antérieurement il se continue avec la lame perforée et la racine externe du nerf olfactif. Il donne des filaments aux parties voisines , et spécialement à Y area quadrata. Puis il se serre, se plie sur ladite commissure , monte par la grande commissure qui divise les lobes antérieurs, passe derrière le bec du corps calleux, et se continue avec la lame qui forme le septum lucidum.

La lame perforée est formée d’une substance particulière; et quoique souvent on y découvre des fibres médullaires , on ne peut dire qu’elle soit d’une nature décidément cendrée ou médullaire.

Stratum des pédoncules des hémisphères .

L’origine des faisceaux pyramidaux étant bien différente de ce qu’on a cru jusqu’ici , il n’y a rien d’étonnant si les opinions sont diverses et discordantes parmi ceux qui se sont occupés de recherches si délicates et si subtiles.

En examinant les rudiments du cerveau d’un fœtus de trois mois , on peut voir qu’une masse distincte , correspondant à la queue de la moelle allongée, se maintient éloignée et séparée des cordons antérieurs delà moelle spinale. Tiedeman semble n’avoir pas remarqué cette disposition primordiale ; on ne peut du moins en rien voir dans ses figures.

Dans cette masse donc sont contenues les pyramides antérieures, qui, un peu tournées , sont reçues entre le milieu des deux cordons antérieurs de la moelle spinale descendant des couches optiques.

Par conséquent , l’origine des pyramides antérieures n’est pas telle qu’elle a été dessinée par tout le monde et par moi-même dans l’adulte; mais leurs fibres, sous forme de lamelles un peu épanouies, partant du centre de la moelle spinale où sont en contact les cordons postérieurs, s’avancent horizontalement jusqu’à l’endroit où existe l’apparent entre-croisement. Ensuite elles sortent au milieu des cordons antérieurs par lesquels elles sont comprimées, et, s’élevant sur la face antérieure de la moelle allongée et au milieu des corps olivaires, arrivent jusqu’à la marge inférieure de la protubérance annulaire.

Cette disposition singulière, que j’ai plusieurs fois vérifiée sur le fœtus, sur l’adulte et dans beaucoup d’animaux, explique pourquoi, en se séparant en descendant de la protubérance, les faisceaux pyramidaux des parties situées en arrière du point de l’ entre-croisement supposé forment une intrication très-difficile à surmonter, parce qu’ils ne suivent pas la direction des fibres qui se replient en arrière et vers le centre de la moelle spinale.

Laissant donc la question de l’entre-croisement des fibres pyramidales , sur laquelle je reviendrai , pour mieux examiner les origines ou extrémités centrales des diverses parties qui se trouvent groupées sur ce point, je poursuivrai la description des faisceaux pyramidaux clans leur passage sous la couche médullaire qui forme la protubérance. Dans ce trajet, les fibres des pyramides s’entre-croisant de diverses manières avec les fibres de la couche susdite , et avec d’autres postérieurement situées , et un peu plus épanouies , sortent ensuite du bord supérieur de la protubérance et prennent le nom de pédoncules des hémisphères.

Beaucoup d’anatomistes ont compris sous le nom de pédoncules toute la masse qui se trouve derrière les faisceaux pyramidaux , et dans laquelle existent des portions des faisceaux antérieurs de la moelle spinale , des faisceaux de la commissure postérieure et des proéminences bijumelles ; mais je prétends désigner seulement, parle nom de pédoncules, cette partie médullaire qui , sortie de la protubérance , passe devant une couche noire. Les fibres des pédoncules sont un peu divergentes et lais-

sent dans leur intervalle un espace nommé antre de Malacarne , dans lequel , sauf un léger stratum cendré, se voient les cordons mentionnés.

A la distance d’un pouce environ du bord supérieur de la protubérance, les pédoncules sont entourés des faisceaux optiques avec lesquels ils ont d’étroites relations par le moyen de nombreux fils qui , passant des rubans optiques aux pédoncules , s’entre-croisent d’une façon particulière. Au-dessus des faisceaux optiques , les pédoncules s’incurvent et laissent une cavité subovoïdale dans laquelle sont nichés les corps striés externes précédemment décrits. Autour de la marge du corps strié les fibres incurvées des pédoncules s’entrelacent de telle sorte avec celles de la lame de la couche externe, qu’il semble qu’une partie de ces fibres vont aux processus des pédoncules et qu’une partie des fascicules de ceux-ci descendent dans les circonvolutions de cette couche externe.

Au-dessus des faisceaux optiques , les fibres des pédoncules se dilatent en formant l’éventail ; il s’ensuit que les antérieures se replient sur la commissure antérieure et semblent faire corps avec son expansion olfactive. De là ils vont former les circonvolutions qui occupent le milieu de la région frontale. Postérieurement , les fibres des pédoncules se plient fortement autour des faisceaux optiques et vont au lobe occipital et au lobe temporal se perdre dans les circonvolutions les plus postérieures qui existent dans ces régions.

Les fibres du milieu du pédoncule, après avoir dépassé le corps strié externe, vont jusqu’au sommet de l’hémisphère et finissent dans les circonvolutions qui existent à son bord supérieur.

La lame médullaire des pédoncules, à peine sortie de la protubérance , passe au-devant de la couche de substance noire qui les sépare des cordons antérieurs de la moelle spinale. Au-dessus de cette substance, elle se trouve de nouveau en contact, pendant quelques lignes, avec les cordons susdits; de là passe au côté des couches optiques et des fibres qui en sortent. Laissant

celles-ci à l’endroit où elles se courbent pour passer à Ici région du corps calleux , elle se trouve en contact avec les fibres médullaires qui viennent du raphê. Avec ces fibres , la couche fibreuse des pédoncules forme les circonvolutions de la marge interne des hémisphères.

Les fibres du pédoncule, dans le lieu où elles présentent la niche ovale qui reçoit le corps strié externe, semblent entre-croisées d’une manière particulière , et cela provient des fils nombreux qui du noyau du corps strié s’unissent avec elles.

Corpus geniculaium exlernum.

Tous les anatomistes ont décrit sous le nom de corps géniculé un petit tubercule qui se voit en dessus et sous l’origine du tractus optique ; on n’a cependant pas pensé à examiner quelles sont ses relations avec ce tractus et les parties voisines. Depuis long-temps, dans les quadrupèdes, le fœtus et l’homme adulte , j’ai vu que , de ce tubercule situé sur la marge postérieure des pédoncules , s’élève une couche de fibres qui passent sous le tractus optique, sur lequel elles se plient comme les fibres des pédoncules, et en même temps s’étendent dans la région inférieure et postérieure des hémisphères. Un fascicule de fibres enfin court en avant, derrière ce tractus optique, mais ne semble avoir aucune relation avec les couches optiques. Ce tubercule couvre, en outre, un fascicule qui s’élève des testes, court en dedans et se confond avec les fibres du pédoncule.

Couche du corps calleux .

Il a été dit que la face latérale des hémisphères est formée d’une couche externe bilaminée , que les fibres des pédoncules procédant de la moelle , couvertes de cette couche bilaminée , s’étendent jusqu’au sommet de l’hémisphère. Nous ajouterons qu’au milieu de ces couches droite et gauche se trouve la couche du corps calleux.

Pour bien connaître quelles étroites relations existent entre les couches optiques et le corps calleux , il convient de couper

celui-ci suivant la ligne médiane et d’écarter ensuite les deux hémisphères l’un de l’autre. Au moyen de cette opération, on met en vue les ventricules latéraux dans lesquels sont contenus les corps striés internes , les couches optiques couvertes de la voûte à trois piliers , et du plexus choroïde. Les couches optiques représentent deux éminences de la figure et de la grosseur d’un œuf de colombe, qui sont reçues entre l’espace triangulaire laissé par la divergence de l’extrémité postérieure des corps striés. C’est de la même manière qu’à l’angle postérieur de divergence des couches optiques s’ajoutent les éminences bi-jumelles souvent situées un peu plus bas.

Ces éminences qui , dans un cerveau placé sur une table , semblent situées horizontalement, de telle sorte que les nates sont antérieurs et les testes postérieurs, observées dans le crâne, ont une position plus verticale, et les unes deviennent supérieures et les autres inférieures; il en part des faisceaux de fibres médullaires qui contribuent à la formation des couches optiques , et vont aussi à la masse fibreuse des pédoncules.

La manière dont Red a tenté de résoudre le problème qu’il s’était proposé , relativement aux rapports qui existent entre les fibres du pédoncule et celles du corps calleux , montre qu’il n’avait pu séparer d’une manière bien distincte les fibres de ces deux appareils. Les observations que j’ai eu occasion de faire sur le fœtus de quinze semaines et celles que j’ai postérieurement entreprises chez les animaux , m’ont persuadé que dans l’homme adulte on peut suivre les fibres du corps calleux depuis leur origine dans les couches optiques , et les nates jusqu’à leur union réciproque sur la ligne médiane -ou raphé.

J'ai de plus observé qu’il existe dans les couches optiques une intrication de plusieurs parties étroitement unies, qui, pour être bien connue, demande les plus exactes recherches. En effet , on doit considérer dans les couches optiques le tœnia demi- circulaire , les pédoncules de la glande pinéale, des fibres nombreuses qui viennent de l’intérieur de ces couches et d’autres qui viennent des nates, desquelles les inférieures se por-

tent clans les couches optiques , tandis que les supérieures forment les racines des tractus optiques.

Il est facile de voir que dans le fœtus de quinze , seize et dixsept semaines , et dans beaucoup de quadrupèdes , on peut séparer un amas de substance cendrée placé sur la partie supérieure des couches; et cela se peut souvent , mais avec plus de difficulté , exécuter dans le cerveau de l’homme adulte. En raclant cette substance cendrée de la face convexe des couches optiques , on met à découvert de nombreuses et subtiles fibres médullaires, qui s’étalent en arrivant à leur circonférence pour passer sur le corps strié interne. Dans ce point elles s’entrelacent avec les fibres du tœnia demi-circulaire , de sorte quelles viennent à se rassembler en fascicules plus distincts , plus gros en arrière , et plus divisés en avant par l’interposition de la substance grise. De ces fibres se forme une couche qui monte au milieu du stratum des pédoncules, et du corps strié interne jusqu’à la hauteur du corps calleux; laces fibres se plient en dedans , laissant celles du pédoncule , se dirigent horizontalement vers la ligne médiane, et passent sous le raphé pour se rencontrer avec celles du côté opposé et former le corps calleux.

Corps strie interne.

Les fibres qui sortent en manière de rayons du bord externe des couches optiques, pendant qu’elles se rencontrent avec celles qui montent des pédoncules, forment une lame médullaire de quatre à cinq lignes de grosseur, qui s’élève au milieu des deux corps striés, puisque l’externe est appuyé sur les fibres des pédoncules, et l’interne sur celles qui, des thalami, vont au corps calleux.

Ce corps strié est une éminence de figure pyriforme , et ne se distingue pas de l’externe seulement par cette disposition , mais aussi par sa composition. Le noyau du corps strié externe est une espèce de ganglion , un entrelacement de fibres médullaires très-compliqué; rien de semblable n’existe dans l’interne de figure pyriforme qui est composé de simple et homogène sub-

stance grise qui s’interpose aux fibres susdites. Cette substance ne pénètre que rarement jusqu’aux fibres du pédoncule qui courent en dehors.

Les observations faites sur leur développement montrent clairement que ces deux corps sont parfaitement distincts et ne peuvent être convenablement distingués par un seul nom. A peine cet amas de substance grise commence à être distinct chez le fœtus, qu’il forme une éminence allongée et courbée en arc, de telle sorte qu’il embrasse parfaitement toute la couche optique et les fibres qui en sortent, et ces fibres n’ont aucune communication avec le corps strié externe.

Insensiblement , son extrémité postérieure se raccourcit et s’amincit dans le fœtus même ; d’où vient qu’elle présente enfin cette figure pyriforme décrite par tous les anatomistes dans l’adulte. Entre ce corps strié et la couche optique se trouve le tœnia demi-circulaire , dont nous parlerons en même temps que des petits cordons qui s’élèvent des éminences mamillaires.

Faisceau fibreux de la circonvolution qui cerne le corps calleux.

Parmi les circonvolutions les plus constantes, est facile à distinguer celle qui cerne le corps calleux et qu’à déjà signalée Vicq-d’Azyr. Je crois nécessaire de lui donner par le nom de ; processo cristato , puisqu’il en naît un appareil singulier ou disposition de fibres médullaires non encore observée , quoiqu’il soit facile de la démontrer même dans les cerveaux les moins propres par leur mollesse à d’aussi délicates recherches.

En rasant la substance grise qui forme le côté interne de cette circonvolution, on découvre un faisceau de fibres médullaires qui a une même direction. En examinant attentivement ses fibres , on peut voir qu’elles se continuent avec la racine interne du nerf olfactif à l’endroit où elle s’introduit dans la grande scissure, et forme l’extrémité antérieure du processo cristato. De là, ledit fascicule s’élève dans le lobe antérieur et autour dit bec du corps calleux : ses fibres s’accroissent; et si dans le principe elles forment un fascicule de la grosseur d’une plume

de corbeau, arrivées sur le corps calleux ou peut dire qu’elles sont grosses comme une plume à écrire et de forme triangulaire. Conservant à peu près la même grosseur, elles s’avancent jusqu’à l’extrémité postérieure du corps calleux, sur lequel elles se courbent pour former ce processus que Vicq-d’Azyr dit contenir la corne d’Ammon; et, jointes au crochet , elles se résolvent en fibres médullaires qui vont au sommet du lobe moyen .

Ce faisceau de fibres médullaires , qui avec une très-grande facilité se sépare des parties voisines, envoie continuellement des fibres très-nombreuses qui, de son côté supérieur, s’élèvent en manière de crête tout autour du corps calleux.

Appareil fibreux des stries longitudinales de Reil.

Les fibres du faisceau qui forme le processo cristato ne sont pas tout à fait en contact avec le corps calleux; mais entre celuici et le faisceau susdit se trouve u'ne couche de fibres transversales très-subtiles qui , formant un petit relief aux côtés de la ligne médiane du corps calleux, produisent ces lignes longitudinales que Reil a nommées stries longitudinales latérales; et celles-ci, en laissant une dépression longitudinale médiane, donnent lieu à cette disposition qu’on a nommée raphé ou suture externe du corps calleux.

Du bord des susdites stries de Reil se dirigent en dehors des fibres médullaires qui passent entre le milieu des fibres du corps calleux qui viennent des couches optiques et le faisceau du processo cristato. De là, pliées en dessus à angle droit , elles abandonnent les fibres des couches optiques, qui descendent pendant qu'elles courent entre le milieu des fibres du processo cristato et celles du pédoncule , pour se répandre dans les circonvolutions situées au-dessus du processo cristato , et qui s’étendent jusqu’au bord supérieur des hémisphères.

S’il est très-facile de découvrir les fibres longitudinales du processo cristato et leur communication avec la racine interne du nerf olfactif dans le foetus et les quadrupèdes, il n’est pas aussi

facile de voir les fibres transverses que je viens de décrire, et elles semblent manquer dans les cerveaux sans circonvolutions.

Septum lucidum.

Les éléments qui concourent à la formation du septum lucidum ont été si bien considérés par les anatomistes modernes , qu’on ne peut ajouter beaucoup à la description qu’en ont donnée Meckel et Tiedeman, tant chez l’adulte que le fœtus.

J’ai dit plus haut que la lame perforée tourne en dedans de la scissure qui divise les deux lobes antérieurs. Cette lame unie à une portion du tuber cinereum s’épanouit en une couche assez étendue , ajoutée en avant à la concavité du corps calleux et en arrière à la convexité des colonnes antérieures de la voûte. Les deux couches qui viennent de droite et de gauche au contact l’une de l’autre ont une figure falciforme, dont la partie la plus aiguë est celle qui doit se prolonger entre la voûte et le corps calleux. Ces couches ou lames fibreuses sont composées de fibres médullaires intérieurement couvertes de substance grise; elles donnent passage à la commissure antérieure.

Ces deux lames n’étant pas en contact parfait l’une avec l’autre, il résulte de leur écartement une cavité toujours plus grande dans le fœtus que dans l’adulte , et on l’a nommée ventricule de Sylvius ou du septum lucidum. Ce ventricule communique au-dessus de la commissure antérieure par une ouverture triangulaire avec le troisième ventricule.

Voûte et corne d’Ammon .

Un cordon médullaire qui vient des pédoncules des hémisphères ou s’avance entre eux et les faisceaux antérieurs de la moelle spinale dirigés vers les couches optiques , peut être considéré comme l’origine de l’appareil singulier qui comprend la voûte et la corne d’Ammon.

Ce cordon, joint aux éminences mamillaires, se divise en quatre cordonnets. Le plus interne et le plus subtil s’élève de

l’éminence mamillaire , et par la marge supérieure des couches optiques va s’unir aux pédoncules de la glande pinéale, plus visible dans l’homme adulte que chez les quadrupèdes , dans quelques-uns desquels elle est épanouie en manière de pinceau.

Le deuxième, plus gros, pénètre dans la substance de la couche optique couvert d’un stratum de substance grise, et s’élève jusqu’au corps genouillé antérieur. Dans ce trajet il prend un aspect de ganglion duquel sort un grand nombre de filaments très-subtils : Meckel dit qu’il s’épanouit en éventail. Le troisième cordonnet fourni par l’éminence mamillaire , mais qui me semble souvent venir des parties voisines des pédoncules cérébraux , est celui qui , en s’élevant, se porte dans l’intervalle des corps striés internes et des couches optiques, et est connu sous le nom de tœnia demi-circulaire; celui-ci mérite une attention particulière. On ne pouvait avoir d’idée un peu exacte de l'importance de ce cordonnet sans examiner le cerveau du fœtus de deux à trois mois. A cette époque , on découvre que ce cordonnet de fibres médullaires, à mesure qu’il s’étend en arrière par le sillon mentionné , envoie des fils très -subtils ou des fibres qui s’entrelacent avec celles qui viennent des thalami et se distribuent en petits faisceaux beaucoup plus distincts que ceux des autres parties. Cet entrelacement entre les fibres du tœnia et les faisceaux du stratum de la couche optique semble s’étendre en partie aux fibres du pédoncule , raison pour laquelle ces deux strata sont étroitement unis entre eux dans cette direction.

Il a été observé par Vicq-d’Azyr, et d’autres anatomistes ensuite, que le tœnia semi-circulaire outrepasse le sillon intermédiaire aux couches optiques et aux corps striés et se perd dans le lobe médian. Ayant suivi avec beaucoup d’attention ce cordonnet, je me suis assuré qu’il tourne au dessous des couches optiques , et de là , parallèle au corpus fimbriatum , va jusqu’au tubercule nommé l’onglet s’unir avec les fils ou fibres qui occupent le côté opposé de celles qui viennent de la listerella jimbriata.

Enfin , des proéminences mamilîaires s’élève un quatrième cordonnet , lequel se courbe en dehors et s’avance jusqu’à la commissure antérieure. Celui de droite s’unit à celui du côté opposé , ce qui forme la colonne antérieure de la voûte. Dans ce trajet sont deux cordons étroitement unis avec les lames du septum lucidum.

Les deux piliers antérieurs, en devenant plus filamenteux, s’aplatissent et forment les côtés très-divergents de la voûte, et leurs fibres vont former cette partie des colonnes postérieures ou corne d’Ammon qu’on appelle corpus fimbriatum , et qui va finir au sommet du crochet, uncino. Toutes les fibres qui viennent des piliers de la voûte ne se continuent pas dans cette listereîla , bandelette médullaire; mais plusieurs s’épanouissent sur la substance cendrée cachée dans la corne d’Ammon qu’elles entourent dans leur direction oblique.

Si les côtés de la voûte sont formés de ses piliers , je crois que les parties de son milieu et celles qui l’unissent au corps calleux viennent des productions du septum lucidum.

Il a toujours été observé que dans la face inférieure de la voûte il existe des fibres transversales; c’est pour cela qu’on a donné le nom de lyre à cette région. On a cru aussi que le bord postérieur de cette partie était formé par le retour des fibres transversales du corps calleux. Mais la disposition que j’ai observée dans quelques quadrupèdes et dans le fœtus me fait

croire que ces fibres sont de formation postérieure et distinctes

des fibres postérieures du corps calleux. Ce faisceau de fibres transversales, bourrelet de Vicq-d’Azyr, au lieu de s’unir à celles des colonnes postérieures , s’épanouit de manière à entourer la substance grise repliée et renfermée dans la corne d’Ammon. De plus, ces fibres contournées de cette manière présentent une couche très-subtile dans laquelle les fibres sont disposées en spirale.

La couche de fibres transverses , aussi bien que celle des colonnes postérieures , sont séparées dans le fœtus , jusqu’à une certaine époque , du bord postérieur du corps calleux et des hé-

misphères ; mais quand le fœtus atteint son septième mois , elles se trouvent réunies.

Au-dessous de la couche transverse susdite , et à la distance de huit à dix millimètres de la ligne médiane, poussent deux cylindres de substance cendrée qui, en se grossissant, s’étendent en dehors dans la direction des colonnes postérieures de la voûte; et couvertes des fibres susdites, savoir, des fibres des colonnes postérieures et de la couche transverse du corps calleux, forment la partie centrale de la corne d’Ammon. Ainsi, un bord reste découvert et privé de fibres médullaires ; on voit ainsi courir dans la direction de la bandelette , dite corpus fimbria tum , un petit cylindre ou strie crêpée, dentelée, de Vicq-d’ Azyr.

Le mémoire de Rolando reproduit pour ainsi dire mot pour mot , tant il m’a paru difficile d’en donner une idée juste en se bornant à des extraits de ce travail , est une preuve éclatante des progrès introduits dans l’étude de ce système à la suite de la puissante influence communiquée par Reil et par Gall. A coup sûr, tout ne me paraît pas à l’abri de critique dans les déterminations du professeur de Turin; mais la direction qu’il a suivie est bonne et lumineuse, son étude des circonvolutions est excellente quand on n’y veut voir qu’une peinture de ces organes, sans efforts pour arriver à leur étiologie physiologique.

Quant à sa manière de concevoir l’organisation du corps calleux , il est bon de faire ressortir qu’il y voit deux couches : l’une superficielle, composée de fibres transversales qui naissent de chaque côté du raphé et vont ensuite se combiner avec les circonvolutions de la face interne des hémisphères; l’autre profonde, procédant de la couche optique. Rien de tout cela ne me paraît d’une rigoureuse exactitude; cependant, il a suffi que Rolando fît procéder en partie le corps calleux des couches optiques pour que quelques personnes , informées partiellement de la manière dont la structure du corps calleux est envisagée dans le travail sur lequel j’ai précédemment inséré le rapport de M. de Blainville , aient vu communauté de vues sur ce point entre le professeur Rolando et moi-même; il sera facile d’éviter

cette erreur en considérant avec quelque attention les idées des deux auteurs, parfaitement distinctes, ainsique le sont d’ailleurs leurs procédés de démonstration.

Il est vivement à regretter que Rolando , qui avait tant étudié les circonvolutions des animaux aussi bien que le reste de leur encéphale, n’ait pas jugé convenable de publier le résultat de ces observations , et n’ait pas insisté davantage non plus sur l’anatomie du fœtus humain. Le haut mérite de son mémoire peut donner une idée de ce qu’il était capable de faire dans ces deux directions. C’est à lui que remonte, si je ne me trompe, la première étude profonde et consciencieuse des circonvolutions cérébrales.

Tiedeman aussi s’est occupé de cet important sujet.

Enfin , dans ces derniers temps , un médecin français a repris l’étude des circonvolutions; M. le docteur Leuret a fait faire et publié grand nombre de planches sur cette matière; il a cru pouvoir déduire de ses recherches que les circonvolutions ne sont pas en rapport avec le degré d’élévation de l’animal dans la partie de la série qu’il occupe, et même que l’homme , ce roi de la création , n’est pas plus favorisé par le nombre et le volume de ses circonvolutions que le sont d’autres animaux, l’éléphant par exemple.

Cette remarque sert d’arme à M. le docteur Leuret pour combattre les doctrines diverses qui considèrent les circonvolutions cérébrales comme l’organe nécessaire aux manifestations intellectuelles.

Personne n’apprécie plus que moi l’esprit, le courage, la persévérance dont M. le docteur Leuret a fait preuve dans ses recherches. Mais ce mérite ne l’a pas mis à l’abri de conclusions que je crois erronées.

On peut d’ailleurs remarquer, en suivant les travaux successifs de cet quteur, que plus il avance et plus il accorde d’importance au cerveau dans les manifestations de l'intelligence à l’état normal et à l’état morbide. Quelques progrès encore dans cette direction, et M. le docteur Leuret ne sera plus l’an-

tagoniste direct de plusieurs des théories contre lesquelles il s’est le plus fortement prononcé dans ses premiers écrits.

Il n’y a jusqu’ici de publié du travail anatomique de M. Leuret que la partie relative aux animaux. La plus importante pour notre objet, celle qui doit traiter de l’encéphale humain , manque encore ; et cette raison m’empêche de donner ici l’analyse des parties imprimées.

On pourrait dire des circonvolutions cérébrales ce que Baglivi disait des observations en médecine : At non numerandæ , sed perpendendæ sunt, et bien pesées, bien analysées, les circonvolutions cérébrales de l’éléphant doivent être, et sont en effet, si je ne me trompe , à une distance énorme de celles de l’encéphale humain.

Dans le courant de l’année 1839, l’auteur du présent ouvrage étant arrivé à de nouveaux résultats qu’il crut assez importants pour être communiqués à l’Académie des Sciences et à l’Académie de Médecine, adressa à l’une et à l’autre de ces sociétés un mémoire contenant l’expression abrégée de quelques-unes de ses conclusions.

Les rapports faits à l’Académie des Sciences par M. de Blainville, et à l’Académie de Médecine par M. Blandin, exposeront les points principaux contenus dans ces mémoires, et termineront la partie historique de cet ouvrage.

Mais avant de reproduire ces rapports, il est juste que je fasse connaître un travail de M. le professeur Gerdy , antérieur au mien , et dans lequel se trouvent décrites des dispositions fort remarquables. Dans les mémoires sur lesquels portent les rapports de MM. les professeurs de Blainville et Blandin, plusieurs des remarques qu’avait faites le professeur Gerdy se trouvent reproduites.

I.e lecteur pourra juger, par quelques différences dans les parties où ils se rapprochent le plus , la direction propre à chacun des auteurs; mais je tiens d’autant plus à proclamer l’antériorité des observations de M. Gerdy, qu’à l’époque où je lus mon travail à l’Académie de Médecine, je n’ai pu rendre aux re-

cherches si remarquables de ce professeur la justice qu’elles méritent ; je ne les connaissais pas encore.

Page 1