‹ Traité complet de l'anatomie, de la physiologie, et de la pathologie du système nerveux cérébro-spinal ... 1re partie. Anatomie (volume 2)Chapitre 93 sur 138 · RAPPORTS DE LA FORME DU CRANE AVEC CELLE DU CERVEAU · texte numérisé non relu

RAPPORTS DE LA FORME DU CRANE AVEC CELLE DU CERVEAU

La forme du crâne exprime-t-elle la forme du cerveau? Oui , sans doute , d’une manière générale ; c’est-à-dire que , tout étant

dans l’état normal , un crâne long ne peut renfermer un cerveau court , un crâne court ne peut renfermer un cerveau long. On en peut dire autant des autres grandes dimensions principales du crâne, et, quand on ne cherche rien de plus précis que la forme générale du cerveau, on peut la déduire assez bien de l’inspection du crâne. Mais si l’on veut pousser plus loin l’étude des rapports existants entre la forme du crâne et la forme du cerveau , on trouve qu’ils perdent d’autant plus de leur rigueur et de leur précision qu'on resserre davantage leur étendue. Ainsi, la grande largeur du front , sa saillie considérable en haut et en bas annoncent bien d’une manière générale un grand développement de l’extrémité frontale du cerveau , mais rien déplus précis. En effet , l’épaisseur si variable de l’os frontal, les dimensions si différentes des sinus frontaux chez les différents sujets , apportent tant d’inégalités d’un individu à un autre dans l’épaisseur de la couche intermédiaire à la peau du front et à la surface de la région frontale du cerveau lui-même , qu’on ne peut rien conclure de rigoureux de l’inspection du front pour déduire la saillie des circonvolutions diverses, tracer le dessin en quelque sorte de la surface circonvolutionnaire de la région correspondante de l'encéphale» J’ajouterai que deux individus , chez lesquels la région frontale du crâne offrirait le même degré de saillie et de largeur, chez lesquels l’épaisseur de la peau et des os de cette région, la grandeur des sinus seraient les mêmes , pourraient avoir l’un et l’autre des dimensions très-différentes dans le lobe frontal de leur cerveau. En effet , la surface antérieure de cette région ne suffit pas à beaucoup près pour déterminer la grandeur de la région elle-même : on ne peut refuser de tenir compte de l’épaisseur de la substance cérébrale, on ne peut méconnaître l’importance de fixer sur les côtés et en arrière ses limites. Or toutes ces circonstances varient suivant des rapports que la seule connaissance delà surface de la région frontale du cerveau ne peut permettre d’établir. Mais ne peut -on aussi étudier sur le vivant les limites postérieures de cette région latérale du cerveau, et réunir ainsi plus de données pour résoudre le problème?

On peut assez bien chez le plus grand nombre des sujets reconnaître en bas et en dehors du crâne le lieu correspondant à la limite respective du lobe frontal et du lobe temporal du cerveau. C’est justement au niveau de l’enfoncement oblique, signalé dans la fosse temporale, que correspond le bas de la scissure de Sylvius, laquelle scissure sépare le lobe frontal du lobe temporal ; mais ce n’est là que la limite superficielle du lobe frontal, sa véritable limite postérieure est la surface du cul-desac qui limite en avant le ventricule latéral. Or, pour qui se donne la peine de comparer la capacité des ventricules latéraux chez un grand nombre de sujets, il n’est pas douteux qu’elle n’offre de nombreuses différences et qu’il n’en puisse résulter que de deux cerveaux d’égale grandeur dans toutes leurs limites extérieures, l’un étant creusé de ventricules d’une capacité considérable , l’autre de ventricules plus petits , le volume absolu de la matière cérébrale ne soit pas à beaucoup près le même dans les deux cas.

C’est quelque chose toutefois que de pouvoir déterminer exactement la limite externe inférieure du lobe frontal du cerveau sur le vivant, et, quoiqu’il reste encore à désirer après la détermination de cette limite, on ne doit jamais la négliger dans les cas où l’on s’efforce de mesurer le développement des régions frontales du cerveau pendant la vie.

On devra donc , dans les observations qui ont pour but d’apprécier par l’inspection du crâne le développement proportionnel des diverses parties du cerveau , fixer avec soin l’endroit où la surface du crâne s’enfonce au milieu du bas de la scissure de Sylvius ; et , ce point déterminé , on est sûr que tout ce qu’il y a de matière cérébrale au-devant appartient au lobe frontal, et que tout ce qui se trouve en arrière de cet enfoncement appartient aux parties temporale et occipitale de l’organe. On peut même apporter encore plus de précision dans les limites extérieures des grandes régions de chaque hémisphère : si l’on examine un grand nombre de crânes, on verra que la saillie osseuse que nous avons remarquée en dedans de sa voûte, au niveau de l’en-

foncement extérieur de la fosse temporale, se prolonge en haut et en arrière, suivant une ligne droite, jusqu’à la partie centrale de la fosse pariétale. Le point correspondant au dehors est le centre de la bosse du même nom ; et quoique la fosse extérieure ne soit pas sensible dans tout ce trajet , il suffit de la bien déterminer au niveau de la grande aile du sphénoïde pour être sûr, en tirant une ligne droite de sa partie la plus élevée au centre de la bosse pariétale, de marquer par cette ligne le trajet oblique de la scissure de Sylvius depuis sa partie inférieure jusqu’à l’endroit où elle finit à la surface du cerveau. 11 est aisé par suite de compa* rer approximativement l’étendue des parties cérébrales situées audevant, à l’étendue des parties situées en arrière de cette scissure.

Mais, pour mieux apprécier le volume relatif des deux régions de la masse cérébrale que sépare la scissure de Sylvius , il faut savoir quelles sont les limites inférieures de la portion du cerveau qui reste en arrière et au-dessous de cette scissure , et la détermination de cette limite n’est pas sans difficultés.

Cette limite inférieure de la portion postérieure du cerveau suit dans son contour une ligne tirée de l’angle rentrant, que présentent les parties écailleuse et pétreuse de l’os temporal au-dessus de l’apophyse mastoïde, à un travers de doigt environ au-dessus de la protubérance externe de l’occipital. Dans toute sa longueur cette ligne doit être distante à peu près d’un travers de doigt de la ligne courbe supérieure de l’occipital. A l’intérieur, la gouttière qui reçoit le grand sinus de la tente du cervelet corespond à l’intervalle des deux lignes que nous venons de nommer. Tout ce qui est au-dessous correspond au cervelet, qui se renfle lui-même assez dans ses parties supérieures et son milieu pour être plus élevé que la limite externe des parties postérieures du cerveau ; mais le degré précis d’élévation de cet organe, n’offrant rien de constant dans ses proportions, est impossible à fixer sur le vivant : ce n’est donc qu’approximativement qu’on peut, en étudiant les limites externes correspondant au niveau de sa séparation d’avec le cerveau , parvenir à quelques conjectures sur le volume du cervelet et sur

celui des parties postérieures du cerveau , toujours coupées en biseau sur la tente du cervelet.

Ces grandes divisions ainsi fixées dans leurs limites , on peut observer le degré de voussure dans l’intervalle de chacune d’elles, des régions correspondantes du cerveau, et constater, que dans un cas le crâne est renflé au-devant de la ligne correspondant à la scissure de Sylvius , qu’au contraire il est bas et resserré clans les mêmes parties chez un autre sujet.

On peut faire les mêmes remarques sur les parties du crâne postérieures à la ligne qui suit la scissure de Sylvius; on peut encore, en adoptant les divisions précédemment établies dans la zone médiane de la voûte du crâne, mesurer la hauteur, la largeur, le degré de voussure de chacune d’elles , signaler le degré de saillie et de largeur de chacune des paires de bosses qui séparent les unes des autres ces différentes régions. Ces examens sont bien loin de la multitude de détails que prétendent démontrer quelques personnes ; mais on est plus près de la vérité en se bornant à des observations susceptibles de quelque précision qu’en les multipliant à l’infini sans assez de rigueur : aussi les meilleurs esprits parmi ceux qu’ont pu séduire les prétentions de la phrénologie se tiennent prudemment dans les généralités, et, s’ils vont jusqu’à quelques déterminations plus spéciales, ils se fondent sur les données de l’anatomie saine et morbide , et non sur celles de la crânioscopie.

Je ne révoque pas en doute la possibilité d’apprécier approximativement pendant la vie, par l’examen du crâne, le développement relatif des principales régions du cerveau ; je vais plus loin , je crois que l’on peut parvenir à déterminer , dans de certaines limites, la signification physiologique des formes de la tête humaine. Mais cette science n’est pas faite, et c’est à une anatomie sévère qu’elle doit demander ses premiers fondements.

Le nombre des régions principales du crâne est facile à connaître; quant aux bosses, le nombre de celles qui sont réelles est facile à déterminer, elles sont constantes : la plupart ont fixé 1 attention des ostéologistes, mais peut-être ne se sont-ils pas assez

préoccupés de l’étude des causes qui président à la formation de ces saillies osseuses.

Si l’on divise transversalement les deux bosses frontales par un trait de scie perpendiculaire à leur centre , cette section, poursuivie à quelque profondeur dans le cerveau , ouvre les ventricules latéraux par leurs extrémités antérieures et atteint dans leur intervalle la courbure antérieure du corps calleux.

Si l’on scie de la même manière les deux bosses occipitales supérieures , on parvient à l’extrémité postérieure des deux ventricules latéraux.

Un trait de scie qui divise perpendiculairement à leurs sommets les deux bosses pariétales et la portion de la voûte osseuse intermédiaire à ces bosses , ouvre à droite et à gauche la région des ventricules latéraux , la plus vaste et la plus saillante en dehors. Sur la ligne médiane, le même trait de scie atteint le bord postérieur du corps calleux.

Rien dans les parties superficielles du cerveau ne peut expliquer les bosses constantes symétriques du crâne. Leur correspondance avec des régions déterminées des ventricules fait soupçonner un rapport de cause à effet entre les sacs séreux ventriculaires et ces bosses. Cette conjecture acquiert plus de force quand on compare la forme de chaque paire de bosses avec les régions correspondantes du ventricule.

Les bosses frontales ovalaires, légèrement obliques en haut et en dehors, reproduisent la forme et la direction des extrémités antérieures des ventricules.

Les bosses occipitales supérieures, et surtout les fosses correspondant à l’intérieur du crâne , sont d’un moindre diamètre et en même temps plus aigues , s’il peut être permis d’employer ce terme pour désigner des bosses et des fosses osseuses.

L’acuïté de l’extrémité postérieure du ventricule et de l’extrémité correspondante du noyau cérébral est un fait bien notoire (voy. pl. 17).

La forme delà bosse pariétale présente la même analogie avec la dilatation correspondante du ventricule.

Enfin, quand nous regardons dans son ensemble le profil de l’arche médiane du crâne, nous voyons qu’il reproduit tous les mouvements que présente le profil des parties supérieures du noyau cérébral, que nous savons être dans ses parties excentriques l’enveloppe fibreuse immédiate des cavités ventriculaires.

Ces observations, en même temps qu’elles montrent l’analogie qui existe dans le caractère général de la forme du crâne et celui du noyau cérébral , nous permettent de déterminer avec une assez grande rigueur les rapports des circonvolutions avec les diverses régions du noyau cérébral et les régions correspondantes de la voûte osseuse.

La première région de l’arche médiane du crâne , comprise dans l’intervalle des bosses frontales et de la limite inférieure du front , correspond dans son milieu à la courbure antérieure du corps calleux , sur les côtés aux tubérosités antérieures du noyau cérébral et aux culs-de-sac correspondants des ventricules. Les circonvolutions comprises entre ces parties du noyau cérébral et la région correspondante de l’arche médiane du crâne sont, en bas la traverse surcilière , en dedans un fragment de la première circonvolution de deuxième ordre , en dehors et dans son milieu les replis développés au-devant et au-dessus de la tubérosité du noyau cérébral. Ces replis sont les terminaisons descendantes des branches de la traverse pariétale antérieure , qui vont s’unir avec la grande circonvolution de deuxième ordre en dedans , la traverse surcilière en bas , et le second fragment de la seconde circonvolution de deuxième ordre en dehors. Cette première région de l’arche médiane du crâne est toujours peu étendue de haut en bas, comme l’est aussi la région correspondante du ventricule et l’ensemble des replis circonvolutionnaires développés au-devant et au dehors de l’extrémité antérieure de cette cavité. La traverse surcilière surmonte un peu le sourcil, auquel elle est parallèle.

La grande circonvolution de deuxième ordre occupe dans cette région, le long de la ligne médiane, une largeur d’un pouce en-

viron.

Quant à la seconde circonvolution de deuxième ordre , sa limite excentrique est assez bien déterminée par la ligne qui limite la fosse temporale ; par conséquent elle reste tout entière dans les parties latérales du crâne , et n’empiète jamais sur l’arche médiane de son dôme.

La seconde région de l’arche médiane du crâne, comprise entre les bosses frontales et les bosses pariétales , est toujours la plus grande des quatre divisions de cette arche.

Le trait de scie qui traverse sa limite antérieure parvient sur la limite antérieure du corps calleux , en même temps qu’il ouvre les deux tubérosités correspondantes du ventricule latéral.

Le trait de scie qui divise la limite postérieure, en même temps qu’il ouvre le grand confluent ventriculaire, tombe sur le bord postérieur du corps calleux : par conséquent l’étendue d’avant en arrière de cette région est proportionnelle à la longueur de la partie supérieure du corps calleux, à la longueur de la région antérieure de l’étage supérieur du ventricule latéral.

Les circonvolutions situées entre cette région de la voûte osseuse et les parties correspondantes du ventricule, sont, la traverse médio-pariétale , parallèle et un peu antérieure au bord postérieur du quadrilatère que représente cette région du crâne ; le long du bord interne du même quadrilatère s’étend le prolongement de la première circonvolution de second ordre , dans une largeur d’un pouce à peu près en dehors de la ligne médiane.

Au reste de son aire correspondent les lignes de circonvolutions formées par la traverse pariétale antérieure et les branches descendantes de cette traverse. Quand la traverse pariétale antérieure n’existe pas dans toute son étendue , nous avons fait voir qu’elle est remplacée par des fragments irréguliers de lignes circonvolutionnaires dans lesquelles on retrouve le dessin général , mais interrompu, de cette traverse et de ses ramifications.

Cette traverse pariétale antérieure est située en arrière et près de la suture fronto-pariétale, à laquelle elle n’est pas parfaitement parallèle.

Nous savons encore par notre étude des circonvolutions que le dessin des lignes de quatrième ordre, d’un côté, n’entraîne pas nécessairement une disposition semblable de l’autre côté du cerveau , sans que pour cela la symétrie générale des deux hémisphères et des parties correspondantes de la voûte du crâne soit altérée.

La troisième région de l’arche médiane du crâne est intermédiaire à la section transversale des bosses pariétales sur la limite postérieure du corps calleux et à la section des bosses occipitales supérieures correspondant à la pointe postérieure du ventricule.

1 Cette région n’est presque jamais bombée , mais au contraire plane ou concave dans le sens longitudinal (1) ; souvent même elle s’enfonce en gouttière dans son milieu. L’absence de la partie médiane du corps calleux , la séparation des deux cornes postérieures des ventricules dans cette région coïncident avec ces particularités.

Les circonvolutions correspondant à cette région sont , en dehors de la ligne médiane , dans la largeur de deux travers de pouce, un fragment de la grande circonvolution de deuxième ordre. Au-dessus de sa limite inférieure , c’est la traverse occipitale qu’on rencontre dans une hauteur assez considérable. Enfin la limite supérieure est occupée par la traverse pariétale postérieure ; ou bien, quand cette traverse n’existe pas, une branche postérieure de la traverse médio-pariétale, ou simplement les sinuosités des circonvolutions précédemment nommées suffisent à combler l’espace qu’elle recouvre.

Pour ce qui est de la quatrième région , son degré de développement est en rapport direct avec le prolongement de la pointe postérieure de l’hémisphère en arrière du cervelet.

Il ne faut pas chercher de circonvolutions cérébrales dans cet endroit autres que quelque anse de la grande circonvolution de

( l) Camper avait remarqué celte dépression ; voici ce qu’il en dit : « La ligature des cheveux forme une dépression très-sensible à la tète chez toutes nos femmes du peuple. » (. Différences des traits du visage, page 32.)

deuxième ordre, et de quelque anse voisine de la traverse occipitale dans son milieu.

Les angles aigus de cette région, qui se prolongent au contact de l’apophyse mastoïde , correspondent en dedans du crâne au sinus veineux latéral de la tente du cervelet.

Une pareille analyse , en même temps qu’elle fait connaître les rapports existants entre les différentes régions de l’arche médiane du crâne et les différentes circonvolutions de quatrième ordre , ainsi que le grand fragment moyen de la première circonvolution de deuxième ordre , achève de prouver les rapports manifestes de la forme de l’arche médiane du crâne avec le dessin de la limite excentrique des cavités ventriculaires.

Cherchons maintenant ce que va nous apprendre l’étude des faces latérales de la voûte du crâne.

Nous avons décrit à la partie inférieure de ces faces latérales, sur la grande aile du sphénoïde , un enfoncement en gouttière , oblique en haut et en arrière. Cet enfoncement se prolonge quelquefois jusqu’à la bosse pariétale. Si on le trépane , on tombe sur la scissure de Sylvius.

En arrière de cet enfoncement , on trouve une bosse oblique dans le même sens. Cette bosse soulève la région squameuse du temporal. La trépanation de cette bosse et des parties correspondantes du cerveau conduit dans la région temporale du ventricule. Ici donc encore une bosse constante , qu’aucune particularité des parties superficielles du cerveau ne peut expliquer, correspond au sac séreux ventriculaire.

L’enfoncement osseux extérieur qui traduit la scissure de Sylvius répond à la partie la plus solide de l’encéphale. Nous savons, en effet, que l’insula, qu’on trouve au fond de la scissure de Sylvius , représente la base du segment de cône autour duquel se développe circulairement la cavité ventriculaire.

La scissure de Sylvius et la gouttière qui la traduit au dehors du crâne, en même temps qu’elle répond à la partie du cône pédonculaire autour de laquelle les ventricules décrivent leur révolution , donnent une connaissance exacte , pendant la vie , de la

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