DU CRANE
crâne , ils le déforment. Une constriction circulaire suffisante pour fixer la coiflure ne peut manquer de faire céder la tête , si tendre à cet âge. Ce qu'elle perd alors en largeur, elle le gagne en excès de longueur ; et c'est ainsi que se trouvent produits ces crânes allongés etcylindroïdes (roy. pi. 22 et 23, fig. 1), quelquefois même étranglés dans le milieu de leur longueur (roy. pi. 23, fig. 2), qu'on rencontre en proportions variables dans presque toutes les maisons d'aliénés de France , mais surtout dans celles des départements où la méthode adoptée pour la coiffure des enfants implique une constriction circulaire.
Il s'en faut beaucoup que la Normandie et la Gascogne soient les seules contrées où ces pernicieux usages existent encore de nos jours. On trouve des personnes du Limousin, de Bretagne, du nord et du nord-est de la France avec une déformation évidente du crâne dont la cause ne peut être douteuse.
A Paris, où se trouvent rassemblés des habitants de toutes les parties de la France , toutes les habitudes de nos provinces se trouvent importées , et les déformations du crâne produites par les coiffures vicieuses ne sont nullement rares.
Dès qu'on a l'œil familiarisé avec les caractères de ces déformations , on les distingue aisément , quel que soit l'âge des sujets ; on les reconnaît aisément, sur les crânes desséchés, avec la même facilité qu'on peut reconnaître sur un cadavre de femme , la déformation du thorax produite par l'usage des corsets trop serrés (1).
Toute rationnelle que peut sembler l'étiologie de ces déformations , on n'imaginerait guère , avant de l'avoir vu , avec quelle facilité la moindre compression circulaire les peut produire.
Les bonnets employés à l'hôpital des Enfants-Trouvés de Paris sont parfaitement convenables pour éviter la déformation du crâne. J'ai cependant observé dans cet hôpital un exemple re-
(1) Le crâne représente planche 22, et que je doit à rauiiiié «le M. le |irofc«seur Blandio, est an crâne troa?é dans an cimetière de Paris, et recaeilli précisément pour »a forme extraordinaire. Il n*est pas douteux pour moi que ce crâne oc doive sou al* longcnient à la c.iusc (pic je décris.^
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marquable de déformation. En fréquentant ranophithéâtre de oet établissement, dont M. le docteur Baron avait mis les richesses à ma disposition, avec une bonté dont jh suis heureux de lui témoigner ici ipa reconnaissance , je fus surpris un jour de voir, parmi les petits cadavres, une tête évidemment déformée. L'explication de ce fait exceptionnel fut bientôt découverte. H existait derrière Tune des oreilles une large ulcération couverte encore d'une compresse et d'un plumasseau de charpie. On avait pendant la vie fixé ce pansement au moyen d'une bande qui disait le tour du crâne, et cela avait suffi pour le déformer. Facile à produire, cette déformation peut aussi disparaître, ou du moins diminuer assez vite , si l'on renonce de bonne heure à Temploi des moyens qui l'ont déterminée. J'ai vu un petit garçon de deux à trois mois , dont la tête , entourée, depuis la naissance, par le bandeau généralement usité en Normandie , avait éprouvé une déformation considérable. Un changement convenable de coiflure permit à la tête de reprendre , au bout de quelques mois , une forme très- voisine de l'état normal. On conçoit par cet exemple pourquoi la déformation du crâne est en général moins prononcée chez les hommes que chez les femmes. Celle.s-ci gardent toute leur vie , dans certains pays, des bonnets du même genre que ceux qu'elles ont eu dès leur naissance : les hommes , au contraire, sont débarrassés des serre- têtes dès qu'ils sont un peu forts, et long-temps avant que le crâne soit arrêté a'ans sa forme. Mais cela n'empêche pas que dans les pays où tous les enfants des deux sexes ont la tête circulairement comprimée pendant la première période de leur existence , on retrouve chez tout le monde quelque trace de la déformation primitive.
Cela est très-sensible chez les habitants d'une des villes précédemment nommées, et , chose remarquable , les artistes de ce pays ont reproduit, dans la plupart des figures des hommes illustres, rassemblées dans une salle de leur hôtel de ville , la forme caractéristique des criines déformés.
Cette observation, que plusieurs personnes ont vérifiée, suffirait pour démontrer que la déformation du crâne n*ast pas toiH
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jours un obstacle au plus parfait exercice des facultés intellectuelles; et s'il était permis, en pareille circonstance, de citer des noms propres, on verrait, par d'autres exemples , que quelquesunes des illustrations de notre époque portent les caractères évidents de cette déformation.
Il n'en est pas moins vrai que les fièvres cérébrales déciment Tenfance, et que les aliénations mentales sont très-communes, aux autres époques de la vie, dans les contrées où la pratique que je signale est en vigueur.
J ai souvent entendu Esquirol manifester son étonnement du grand nombre de folies fournies par son pays natal. Or le pays d'Esquirol est celui de toute la France où la déformation du crâne est le plus générale.
Un chirurgien célèbre de Toulouse , M. le docteur Viguerie, a parfaitement reconnu cette vérité dès que la première brochure que j'ai publiée sur ce sujet lui fut remise.
M« le docteur Délaye, médecin en chef de Thôpital des aliénés de Toulouse , était plus favorablement placé que personne pour juger cette question, et il a reconnu , dans son service d'hôpital et dans sa maison de santé, des exemples nombreux de cette déformation , quelquefois portée au plus haut degré Qu'elle puisse atteindre.
M. le docteur Rigal de Gaillac a fait des remarques analogues dans son département.
D'un autre côté, on ne trouve pas un seul crâne déformé parmi les habitants des pays où tous les nouveau-nés ont la tête couverte de bonnets arrêtés sous le menton. Le Béarn me semble à cet égard la province la plus favorisée de la France; et, circonstance bien importante à signaler, le nombre des aliénés dans ce pays est sensiblement moindre que dans ceux où la pratique contraire est adoptée. Ainsi, lorsque Ton compare le nombre des aliénés des asiles de Rayonne et de Pau à ceux de Toulouse et d'Alby, on trouve qu'ils sont dans une proportion beaucoup plus forte à Toulouse et à Alby qu'à Pau et qu'à Bayonne. Et cependant le chiffre de la population des départe*