‹ Traité complet de l'horticulture pour les grands et les petits jardins, précédé de la botanique simplifiéeChapitre 10 sur 425 · RF. LA NUTRITION DES PLANTES · texte numérisé non relu

RF. LA NUTRITION DES PLANTES

C’est dans le moment où le soleil commence à réchauffer le sein de la terre que la sève, ce suc vivifiant, coule à grands flots dans le tissu interne du végétal ; alors on la voit sortir

avec abondance de tous les sarments de la vigne nouvelle-

ment coupés, ou, comme disent les vignerons, alors la vigne pleure.

Quoique l’effusion de la sève n’ait lieu que dans le printemps, il ne faut pas en conclure qu’elle ne soit en mouvement que dans cette saison. A la vérité, le mouvement n’est pa$ aussi précipité, aussi évident pendant l’été, l’automne et l'hi-

ver; il ne se manifeste pas par l'écoulement de la liqueur,

mais il n'est pas possible de le révoquer en doute. Les fortes transpirations occasionnées par les chaleurs de l’été ne laissant dans les vaisseaux que la quantité de sève suffisante pour la nourriture de l’individu, le mouvement de cette li-

queur doit être ralenti. Le mouvement est plus marqué en automne, à mesure que la transpiration diminue. Pendant l’hiver, le mouvement de la sève paraît suspendu ; mais, comme les plantes ne laissent pas de faire des productions dans cette saison, c’est une preuve que la sève, quoique moins abondante, est néanmoins en mouvement.

La grande affluence de la sève est la raison pour laquelle l'écorce se détache aisément dans le printemps, tandis qu’elle est fortement appliquée lorsque le temps de la sève est passé.

Il est probable que la seve s’élève en grande partie parles fibres ligneuses, et qu'elle descend également en grande partie par les libres de l’écorce les plus voisines du bois. C’est une conjecture fondée sur les expériences de plusieurs physiciens, qui, après avoir laissé tremper pendant quelques jours, dans une infusion colorée, des branches de figuier et de sureau , ont vu que cette liqueur, s’étant élevée le long des fibres ligneuses, commençait à redescendre par l’écorce, ou, ce qui revient au même, que la coloration du bois commençait par le bas, et que celle de l’écorce se manifestait d’abord par le haut.

C’est la sève ascendante qui concourt à la formation des bourgeons, et c’est la sève descendante qui développe les racines.

La sève a donc deux mouvements, qu’une foule d’expériences ne permettent pas de révoquer en doute.

Si on fait une entaille transversale sur un tronc d’arbre, l’humidité qui découle de la lèvre supérieure prouve le mouvement de descension, et l’humidité qui découle des bords de la lèvre inférieure est une preuve du mouvement d’ascension.

Qu’on fasse une forte ligature à une jeune tige, il s’établira deux bourrelets, l’un plus fort au-dessus de la ligature, et l’autre moindre au-dessous, ce qui n’aurait certainement pas lieu sans l’existence des deux mouvements de la sève.

Les physiciens ne sont pas d’accord sur la manière dont s’opère ce double mouvement. Les uns admettent dans la sève une circulation semblable à celle du sang dans les animaux. Selon eux, l'humidité dont les plantes sont nourries

monte, au sortir des racines, dans la tige, dans les branches, dans les feuilles et dans les fruits. Pourvue des qualités convenables à chacune de ces parties, elle dépose ce qu’elle a de propre pour leur nourriture et pour leur accroissement ; le reste, qui leur devient inutile, descend dans les racines pour y recevoir une nouvelle préparation; ensuite le fluide, après s’ètre uni aux nouveaux sucs que les racines tirent de la terre, remonte dans les parties supérieures des plantes.

Ceux qui nient la circulation de la sève conviennent néanmoins qu’elle est tantôt ascendante, tantôt descendante; mais en admettant l’existence de ce double mouvement, ils ne l’attribuent pas à la môme cause. Selon le sentiment le plus généralement adopté, la sève monte et descend librement par les mômes vaisseaux, suivant les circonstances particulières. Elle est ascendante pendant la chaleur du jour, et rétrograde lorsque l’air s’est refroidi. Si après avoir coupé, dans la belle saison, une branche d’arbre, on adapte au tronçon le tube d’un thermomètre, on verra la sève élever le mercure pendant le jour et le laisser tomber à l’approche de la nuit. La marche de la sè\e, dans la belle saison, ressemble donc assez à la liqueur d’un thermomètre: l’une et l’autre dépendent également des alternatives du chaud. et du froid.

Plusieurs physiciens ont cru que les organes qui opèrent la première préparation de la sève résidaient dans les plantes mêmes. Ils ont pensé que i’estomac des plantes, pour nous servir de leur expression, était situé entre les racines et les tiges; mais il paraît plus naturel de croire que la première préparation de la sève se fait dans la terre môme, où l’eau dissout les parties qui peuvent servir à ia nourriture des végétaux.

Les végétaux ne se nourrissent pas seulement des sucs pompés par les racines, iis se nourrissent encore des vapeurs

qui flottent dans l’atmosphère.

En effet, nous voyons des arbres grands et vigoureux croître sur des rochers qui ne sont couverts que d’une couche de terre peu épaisse. H faut que d’autres organes, outre la racine, concourent, par le moyen de V inspiration ou inkalilioriyh entretenir la vie végétale; mais cette grande abon-

dance de suc deviendrait nuisible si une partie n’était évacuée. La nature a tout prévu, en donnant aux végétaux la faculté d’émettre, par la transpira lion, les liqueurs surabondantes.

On s’est assuré, par des calculs exacts, que la plante appelée soleil transpire, dans un temps donné et à masses égales, dix- sept fois plus qu’un homme. On ne sera pas surpris de celte différence, si l’on réfléchit que la nature a donné aux animaux plusieurs organes excréteurs dont les plantes sont privées.

Plusieurs parties du végétal contribuent à la transpiration et cà l’inspiration, mais ces deux fonctions s’exécutent principalement par les feuilles.

Nous avons vu précédemment que les racines et les feuilles absorbaient ou aspiraient une certaine quantité d’air ou d’autres gaz, soit purs, soit mélangés avec la sève : c’est la portion de cet air et de ces gaz, qui n’a point été décomposée pour servir à la nutrition, que les végétaux exhalent ou expirent. Cette exhalaison ou expiration gazeuse contient principalement de l’acide carbonique et de l’azote ; c’est ce qui rend dangereuse l’accumulation des fruits dans les serres où l’air n’est pas fréquemment renouvelé; une trop grande quantité de fleurs dans un appartement fermé la nuit, etc.

Les excrétions végétales sont le résultat de sécrétions plus ou moins épaisses qui souvent se condensent et se solidifient ; ce sont tantôt des matières résineuses ou gommeuses, tantôt des huiles volatiles, etc. Le frêne à fleurs, de la Calabre, laisse suinter un liquide épais et sucré qui se concrète et forme la manne ; un palmier de l’Amérique méridionale, le céroxylon, donne une cire qu’on emploie avec avantage dans le pays ; c’est une espèce de pavot qui fournit l’opium. On tire du pin, du sapin, du mélèze des quantités considérables de résine. Le miellat qu’on trouve sur les feuilles de certains arbres de nos forêts est aussi une excrétion du même genre, comme la poussière glauque ou la fleur qui recouvre les prunes, les raisins, etc. Les racines excrètent aussi des liquides qui peuvent être utiles ou nuisibles aux plantes qui '.Lent dans leur voisinage, ainsi le chardon hémorroïdal nuit

à l’avoine, l’erigeron âcre au froment, la scabieuse au lin, etc.

.C’est par là qu’on explique les sympathies ou les antipathies de certains végétaux.

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