‹ Traité complet de l'horticulture pour les grands et les petits jardins, précédé de la botanique simplifiéeChapitre 11 sur 425 · DE LA FLEUR · texte numérisé non relu

DE LA FLEUR

Les rudiments des fleurs, de même que ceux des feuilles, sont contenus dans de petits corps auxquels on donne , comme nous l’avons dit, le nom de bourgeons. Dès que le mouvement de la sève devient sensible, ces bourgeons s ouvrent, les écailles extérieures tombent, les intérieures acquièrent de l’étendue; mais peu après elles se détachent, et c’est aLors que les fleurs s’épanouissent.

Avant de donner une définition de la fleur, il est à propos de faire connaître les organes dont elle est ordinairement composée. Prenons pour exemple une fleur de prunier ou de cerisier : examinons toutes ses parties, en commençant par la plus extérieure, et développons en même temps chacune de leurs fonctions.

Nous trouverons, 1° une enveloppe verdâtre à laquelle on donne le nom de calice. Les calices sont formés par un épanouissement ou un renflement des peduncules ou des bran ches qui soutiennent les fleurs. On 11e peut pas regarder les calices comme une partie essentielle des fleurs, puisqu on en voit plusieurs qui n’ont point de calice, et qui, néanmoins, produisent des fruits ou des semences bien formés. En examinant l’organisation des calices, on voit qu’ils sont, pour la plus grande partie, formés par le tissu cellulaire; mais, quand on y prête un peu d’attention, on ne laisse pas d’y apercevoir des vaisseaux lymphatiques et des vaisseaux propres, le tout recouvert d’un épiderme.

2° Une seconde enveloppe colorée, qu’on appelle corolle ; elle est formée de cinq pièces auxquelles on donne le nom

de pétales. Cette seconde enveloppe n’existe pas dans toutes les fleurs, par exemple, dans l’épinard, l’ortie, le mûrier; et, comme ces fleurs donnent des semences bien conditionnées, on doit conclure que les pétales ne sont pas absolument nécessaires à la fructification.

La corolle tire son origine du liber ; quant à son organisation, on ne peut y méconnaître le tissu cellulaire. Lorsqu’on a laissé tremper un pétale dans l’eau pendant quelques jours, on y aperçoit très-sensiblement des paquets de vaisseaux qui se ramifient. On distingue parmi ces vaisseaux beaucoup de trachées. L’odeur de certains pétales, et le suc propre qui en découle, ne permettent pas de douter qu’ils ne contiennent des vaisseaux propres. Enfin, toutes ces parties sont recouvertes d’un épiderme.

5° On remarque, dans l’intérieur de la fleur, un ou plusieurs filaments allongés et termines par une petite masse qui répand le plus souvent une poussière jaunâtre. Chaque filament et chaque petite masse, pris ensemble, portent le nom d’ étamine ou d organe mâle. L’etamine est donc foi mec de deux parties, savoir, d’un filament, et d une petite masse à laquelle on donne le nom d’ anthère . Le filament est une espèce de support dont l'existence n’est pas absolument necessaire. L’anthère est une petite bourse qui renferme \o pollen ou la poussière fécondante.

Un rayon de soleil un peu vif accélère l’ouverture des anthères. On pense que cette ouverture s’opère par un raccourcissement subit des fibres de 1 anthère, et pai un mécanisme presque semblable à celui qui fait jaillir les semences de la balsamine; ce qu’il y a de certain, c est que les antheies s’ouvrent ordinairement par une secousse qui lait jaillir beaucoup de poussière. On peut voir cette poussieie comme un brouillard, au lever du soleil, sur des champs de ble en fleur; elle sort du cyprès, en si grande abondance, qu’on la

prend quelquefois pour de la fumee.

Les grains de cette poussière sont organisés; on peut s’en assurer avec le microscope, et se procurer en même temps un très-joli spectacle. Si l’on met certaine poussière d étamines, par exemple, celle de la valériane, sur une gl<ice

soumise au foyer d’une forte lentille, on apercevra quelques globules qui crèveront par le bout, comme de petites bombes, et l’on en verra sortir une liqueur comparable à de la salive, dans laquelle on découvrira obscurément d’autres petits corps.

4° Enfin, dans le centre de la fleur réside un organe qui porte le nom de pistil ou organe femelle. Cet organe est formé de trois parties, savoir, la partie inférieure, qui est renflée et qu’on nomme germe ou ovaire, parce qu’elle contient l’embryon ou le petit œuf de la plante. Cet ovaire est surmonté d’un filet creux ou spongieux dans l’intérieur, appelé style, dont la partie supérieure porte le nom de slygmate. Lorsque le pistil est parvenu h son développement complet, la surface du stygmate est humectée d'un suc un peu glutineux qui retient les globules lancés de l’anthère; ces globules s’entr’ouvrent et le pollen en sort. Ce qu'il y a de. plus subtii dans cette poussière fécondante traverse les vaisseaux du style, pénètre jusqu’à l’embryon, et lui donne une nouvelle vie, puisque celle dont ii jouissait n’était que conditionnelle, c’est-à-dire, dépendait de l’événement du cas où le pollen parviendrait ou ne parviendrait pas jusqu’à lui.

D’après ce que nous venons d’exposer sur les fonctions des parties de la fleur, ii est évident que ses organes ne sont pas tous de la môme importance; en effet, le calice et la corolle ne contribuant en rien à la fécondation, ne doivent être regardés que comme des organes accessoires, tandis que les étamines et le pistil, qui concourent ensemble à la reproduction, sont vraiment des organes essentiels; mais ces organes n’existent pas toujours ensemble dans la môme fleur. Par exemple, nous trouvons dans le melon, dans le concombre, des fleurs qui n’ont que l’organe mâle, tandis que d’autres n'ont que l’organe femelle. Quelquefois môme les organes sexuels existent séparés sur des individus distincts, comme dans l’épinard, le chanvre, où un pied porte les fleurs mâles et un autre pied les fleurs femelles. Dans ces deux cas, l’air ou le vent servent de véhicule à la poussière fécondante, qui est transportée des étamines de l’individu mâle sur les pistils de l’individu femelle.

Ces notions une lois comprises, nous croyons pouvoir hasarder une définition de la (leur : on doit entendre, par fleur, les organes de la fécondation réunis, ou séparés, rarement nus, plus souvent ceints d’une ou de deux enveloppes.

Cette définition de la fleur est fondée sur une vérité qu’il n’est pas possible de révoquer en doute; savoir, que les étamines et les pistils sont les seuls organes de la fleur indispensablement nécessaires à la fructification ; en effet, toutes les observations s’accordent à établir :

■1° Qu’il existe des fleurs qui, quoique dépourvues ou de calice ou de corolle, et quelquefois de ces deux organes, produisent néanmoins des fruits et des semences bien formés.

2° Qu’il n’y a aucune plante capable de donner de bonnes semences, si elle n’est pourvue d’étamines et de pistils (quel que soit leur nombre), réunis dans une même fleur ou séparés.

5° Que, lorsque par une monstruosité, qui arrive aux fleurs doubles, toutes les étamines se trouvent converties en pétales , alors ces fleurs ne donnent point de semence.

4° Que si l’on retranche à dessein les étamines, avant que leurs anthères soient ouvertes, les fruits avortent ou ne donnent point de semences fécondées, c’est-à-dire, qui puissent, lever.

5° Que les embryons avortent pareillement, quand on retranche le style et le stygmate aussitôt que les fleurs sont épanouies, ou si l’on enduit seulement le stygmate de quelque matière grasse capable d’empêcher le contact de la poussière des étamines.

Les pluies abondantes qui surviennent dans le temps de la floraison font couier les fruits, et particulièrement ceux de la vigne, ce qui paraît provenir de ce que l’humidité altère la puissance fécondante des étamines.

Les fleurs résident tantôt sur la tige, tantôt sur les rameaux, quelquefois elles s’élèvent immédiatement de la racine ; dans ce dernier cas on les appelle radicales, comme dans le colchique. Dans plusieurs plantes, elles sont terminales, c est- à-dire, placées au sommet des tiges et des rameaux; dans d'autres elles sont axillaires, c’est-à-dire, prenant naissance

entre la feuille et la tige, comme dans lajusquiame; quelquefois elles sont éparses sur la tige, comme dans la campanule rapuncaloïde ; quelquefois elles sont unilatérales, comme dans quelques graminées. 11 est des Heurs qui sont poitees sur une espèce de queue ou de support, qu’on appelle péduncuJe ; d’autres en sont privées, et on les nomme sessiles.

Lepéduncule est simple ou composé, propre ou commun. Le pédoncule simple ne se divise point ; le péduncule composé se ramifie; le péduncule propre ne porte qu’une seule Heur ; le péduncule commun est celui qui porte plusieurs Heurs, soit qu’il se ramifie, soit qu’il ne se ramifie point. Lorsqu’il se ramifie, on donne le nom de péduncule médiat à celui qui étant une division de péduncule commun se divise en péduncules propres, qu’on appelle dans ce cas pcdicelles.

Les botanistes observent et décrivent principalement l’attache, la situation, la direction, la forme et la surface des péduncules. Ils examinent si ces supports des Heurs partent de la racine, etc.; s’ils sont opposés, ou épars, droits, ou horizontaux, cylindriques, comprimés, velus, glabres, etc. Toutes ces différences ont été expliquées lorsque nous avons parlé des feuilles.

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