‹ Traité complet de l'horticulture pour les grands et les petits jardins, précédé de la botanique simplifiéeChapitre 102 sur 425 · CULTURE DES PÉPINIÈRES · texte numérisé non relu

CULTURE DES PÉPINIÈRES

Lorsque les plants de semences ont acquis la force des plants enracinés, ils exigent les uns et les autres les mêmes soins.

Vers le mois de mai, quand le petit sauvageon de poirier ou de pommier commence à pousser, il faut rébourgeonner proprement avec 1-es doigts, jusqu’à 25 centimètres de haut, de manière qu’il ne demeure qu’un bourgeon, en tête, pour taire un seul jet; en même temps, on doit sarcler les herbes qui ont poussé, et, au commencement de juin, par un beau temps, labourer la pépinière uniment, à la profondeur d’un bon fer de bêche, dans le milieu du rayon seulement, car, lorsqu’on approche à 30 ou 35 centimètres des sauvageons, on ne doit enfoncer la bêche qu’à demi, de peur d’offenser les racines ; il est même préférable d’employer, pour ce labour, le crochet à deux dents. Ce travail achevé, et la terre étant encore toute fraîche, il faut la couvrir entièrement de fougère ou de litière, de 10 à 12 centimètres d’épaisseur, prenant garde toutefois qu’elle n’étouffe pas les sauvageons.

A la fin du mois d’octobre, on doit ramasser la litière avec la bêche, la jeter en long au milieu des rangées du plant, et ensuite déchausser les sauvageons d’environ un demi-fer de bêche, en forme de rigole, afin que, pendant l’hiver, les eaux et les neiges puissent couler plus aisément au pied du plant et rhumecter. En déchaussant ainsi les sauvageons, il est bon de rejeter la terre sur la litière, pour la faire mieux pourrir ; mais il faut avoir soin de laisser un peu de terre contre le pied des sauvageons, afin de les préserver de la gelée, et de ne pas couper ni découvrir leurs racines.

L’hiver étant passé, on doit, au mois de mars, par un beau temps, rechausser le plant, labourer toute la pépinière à l’uni, et, en labourant, mêler la litière avec la terre, parce qu’elle sert de fumier. La fougère, dans ce cas, a la propriété particulière de faire jeter au sauvageon quantité de petites racines.

11 est nécessaire d’entretenir ainsi les pépinières, et de re-

nouveler tous les ans ces mêmes façons, jusqu'à la deuxième année après qu’elles auront été greffées.

Si une pépinière ainsi cultivée ne profite pas, on doit, au mois de novembre de sa troisième année, la fumer en répandant partout, également et à champ couvert, de bon fumier gras et à demi pourri, de quatre doigts d’épaisseur ; on labourera aussitôt, pour mêler le fumier avec la terre, et l’on déchaussera alors le plant, comme les années précédentes.

On doit avoir soin de couper toutes les branches des sauvageons, jusqu’à 25 centimètres de hauteur seulement, pour préparer la place de la greffe ; et, après cela, on ne leur coupe rien au-dessus, parce que ces plants sont alors si jeunes et si délicats, qu’on ne peut leur ôter aucune branche, ni les entamer, sans altérer beaucoup le cours de la sève, ce qui les retarde et les empêche de grossir. Par cette même raison, on doit aussi observer de ne point éplucher ni décharger de bois les coignassiers, les pruniers et les merisiers plantés en pépinière, avant le mois de mars de leur deuxième année ; mais alors, en les épluchant, il est bon de ne laisser qu’une branche ou deux sur chaque pied, et de les émonder en même temps jusqu’à 25 centimètres de haut, pour placer les écussons; on coupera les branches ras de la tige, afin que l’aire de la coupe soit recouverte quand sera venu le temps de greffer. On prépare les pommiers de paradis de la même manière, pour les enter en fente; mais, en élaguant les jeunes liges, il faut toujours leur laisser quelques brindilles, qui servent à arrêter la sève et à faire grossir l’arbre; autrement, il s’étiolerait à force de monter.

i.r.nm: dks pépinières.

Choix des plants et des sujets. Lorsqu’on greffe la pépinière, il faut commencer chaque planche par un bout, et aller en suivant, de rang en rang et de planche en planche. On a un registre, sur lequel on indique, à mesure, quelle espèce de fruit contient chaque rang. Tout le travail étant ainsi fait et enregistré, lorsqu on aura besoin d’arbres, on les fera arracher, le livre à la main, et on sera sûr des espèces.

11 y a quelques arbres fruitiers qui sont francs de leur nature, et qui rapportent de bons fruits sans être greffés ; mais ils sont peu nombreux, et la plupart des arbres ont besoin de ce secours, soit parce que leur nature l’exige, soit pour devenir plus forts ou meilleurs.

Il est bon de greffer les arbres aussitôt qu’ils sont assez forts pour subir cette opération : le fruit en devient plus gros et d’un goût plus fin. On greffe communément les amandiers à l’âge d’un an, et les autres à deux ou trois ans, suivant leur force.

On greffe les poiriers sur des coignassiers, ou sur des poiriers, soit sauvageons, soit francs.

11 y a des espèces qui se marient bien par la greffe , et alors l’union de l’ente avec le sujet est plus prompte et plus intime, comme le bon chrétien d’hiver sur le coignassier. D’autres, au contraire, ont toujours de la peine à s'allier, comme la merveille d’hiver sur le coignassier.

Il faut choisir des coignassiers bien sains, ceux qui font de grandes feuilles et de beaux jets, et qui ont l’écorce lisse et noirâtre. Ils réussissent très-bien en espalier, en quenouille ou en buisson, rarement en arbre de tige, parce que le coignassier, de sa nature, ne s’élève pas beaucoup. 11 y a quelques espèces de poiriers, comme le bon-chrétien d’été et le portail, qui ont peine à prendre sur les coignassiers. Quant aux sauvageons, tant poiriers que pommiers, ceux élevés de pépins sont préférables à ceux de souches ou de rejetons, pour en faire de grands arbres de haute tige. Le coignassier de Portugal est le meilleur de tous pour greffer de bons fruits en arbres à basse tige.

Les pommiers se greffent ou sur des pommiers sauvageons, ou sur des pommiers de paradis et des douçains , avec cette différence que les sauvageons, soit de pépins, soit de souches, conviennent pour faire des pommiers de tige, ou de grands buissons échappés, et ne valent rien pour faire des pommiers nains ou de basse tige, tandis que les paradis sont très-propres pour faire de petits arbres, parce qu'ils jettent peu de bois et font promptement du fruit ; mais les paradis poussent au pied beaucoup de rejetons, qui font avorter la

greffe , si l’on n'a pas, soin de les retrancher. Le douçain tient le milieu entre le sauvageon et le paradis.

Les pruniers ne se greffent que sur d’autres pruniers, encore n’est-ce que sur un petit nombre d’espèces, comme saint-Julien, damas noir, cerisette , et ils ne réussissent guère sur les blanches, comme perdrigon, sainte-Catherine, prune d’abricot'. Ils prennent quelquefois sur de gros amandiers.

Les pêchers veulent être greffés sur des pruniers de saint- Julien ou de damas noir, ou sur des abricotiers déjà greffés, mais mieux encore sur de jeunes amandiers de l’année. Le pêcher greffé sur prunier donne plus de fruit, et le donne meilleur; mais il ne fait rien dans les mauvaises terres, à la différence du pêcher greffé sur amandier, qui y réussit, parce qu'il pique au fond et se garantit ainsi de la sécheresse.

Les abricotiers viennent naturellement de noyau; ce sont alors des abricotiers sauvages qui vivent près de deux cents ans; mais il vaut mieux en greffer sur amandiers, sur pruniers de damas noir ou de saint-Julien, ou sur ceux qui portent les plus belles prunes blanches.

On observe aussi, à l’égard des abricotiers, de greffer sur pruniers ceux qu’on destine pour des terres humides et tortes , au lieu qu'on greffe sur amandiers ceux qu’ou plante dans les terres sèches et légères.

On greffe toutes sortes de cerises. Les greffes s’établissent alors sur des merisiers ou sur des cerisiers de pied ; les derniers sont, meilleurs pour les cerises précoces, qu'on met d’ordinaire en espalier, parce qu'ils ne sont pas si vigoureux que les merisiers.

Les amandiers viennent d’eux-mèmes, ou on les greffe les uns sur les autres, ou encore on les écussonne sur le prunier de damas noir.

On ne greffe guère les coignassiers, parce qu’ils font aisément du li ii i i d eux-mêmes. On peut greffer du coignassier de Portugal sur celui de France, pour en bonifier l’espèce.

De même, les mûriers naissent tout francs : on en greffe

pourtant en écusson , à œil poussant, pour mettre une meilleure espèce sur une moins bonne.

Les néfliers se greffent sur d'autres néfliers, sur l’aubépine, sur l’épine-vinette, sur le coignassier, soit en fente, soit en écusson. L’épine-vinette se greffe de même sur l’aubépine.

USAGE DES DIVERSES SORTES DK GREVEES.

En traitant des principes généraux, nous avons fait la description des différentes sortes de greffes qui sont le plus connues des jardiniers et des amateurs, et nous avons indiqué la manière de les pratiquer j nous n’y reviendrons pas. Mais il nous reste à tracer quelques règles, relativement aux saisons où l’on doit greffer, et à l’usage que l’on doit faire de chaque sorte de greffe en particulier.

On peut greffer en fente, aux mois d’avril et de mai ; en couronne, au commencement de mai; en écusson à œil poussant, depuis la pousse jusqu’en juin; et en écusson à œil dormant, en août et septembre.

Il ne faut pas greffer, soit en fente, soit en écusson, quand il pleut ou qu’il vente, surtout du sud et du sud-ouest, mais après une petite pluie douce : on commence par les poiriers, et l’on finit par les pommiers.

Les greffes ou rameaux qu’on veut, enter doivent être pris sur des branches hien saines et chargées de boutons à fruit, dans le temps de la taille, en hiver. Pour les conserver jusqu’au temps d’en faire usage, il faut les mettre debout, dans un coin de la cave, ou bien les enterrer dehors, à moitié, dans la terre.

On peut, en cas de nécessité, quand on n’a pas de greffes de l'année, couper du bois de deux ans; mais il ne pousse pas avec tant de vigueur que celui qui est jeune; aussi porte-t-il du fruit plus tôt.

Dans les terres sèches et sablonneuses, on greffe quelques jours pins tôt que dans les terres humides et grasses, parceque ces dernières sont plus tardives.

Greffe en fente ou en poupée. On greffe de la sorte, non-

seulement sur de grosses tiges qu’on a étronçonnées , mais aussi sur plusieurs branches d’arbres, soit de haute, soit de basse tige, pourvu que les unes et les autres aient environ 10 centimètres de circonférence à l’endroit où doit se faire la fente, pour pouvoir la supporter, et qu’on puisse serrer suffisamment la greffe.

Cette greffe est usitée particulièrement pour les poiriers et les pommiers francs, parce qu’elle vient plus vite que celle qui se fait en écusson, quoiqu’elle ne tourne pas si vite à fruit. Klle est aussi la meilleure sur les pommiers de paradis, sur les douçains, et sur les pruniers, lorsqu’on y ente d’autres pruniers ; elle se fait encore sur les cerisiers et sur les merisiers, Les fruits à noyau, surtout les pêches, ne réussissent pas en fente, comme les fruits à pépins.

La saison la plus favorable, pour greffer en fente, est à la fin d’avril, lorsque la sève est en mouvement et que l’écorce se détache de l’arbre. Dans l’ancienne méthode, on avançait ces greffes en février et mars, ce qui leur laissait le temps de sécher, avant que la sève eût monté et s’y fût introduite; cause qui faisait manquer la plus grande partie des greffes, On doit éviter de mettre tremper les greffes dans l’eau, ce procédé enlève le gluten de la sève, empêche la greffe de se coller et la fait moisir.

La greffe doit être de 6 à 8 centimètres de long, ou, pour mieux dire, il doit s'y trouver au moins trois bons yeux*.

On ne met ordinairement qu’une seule greffe sur un sauvageon, parce qu’un arbre d'une seule tige est plus naturel et plus beau. D’ailleurs, quand le sauvageon est jeune, il ne pourrait pas porter plus d’une greffe, ou deux au plus; au lieu qu'on en met jusqu’à quatre sur les gros troncs, en y faisant une double fente en croix.

Lorsqu’on greffe en fente de jeunes pépinières , on doit couper le pied que l’on veut enter, à 15 ou 18 centimètres de terre; et, si 1 on ne met qu'une seule greffe sur un arbre, il laut que sa grosseur soit proportionnée à celle du sauvageon.

On doit incliner la coupe toujours du coté du nord, d’abord parce que la plaie ne sèche pas sitôt, et qu'elle se recouvre par conséquent plus vite que si elle était exposée au midi;

ensuite parce qu’il faut toujours tourner, autant qu'on le peut, le dos de la greffe au midi, pour qu'elle se décolle moins et qu’elle résiste mieux aux vents.

On greffe en écusson les sauvageons qui sont trop faibles pour être greffés en fente.

Mais pour avoir de beaux arbres à plein vent, le mieux est qu’ils soient plantés depuis trois ans , pour les greffer en fente et aux branches, parce qu’ alors les racines de ces arbres déjà robustes agissent vivement et produisent tout d’un coup de belles têtes.

On greffe souvent les arbres en place, aux branches, et en fente, pour en changer l’espèce, et l’on a bientôt de nouveaux arbres. Mais quand on greffe ainsi aux branches, il faut greffer entièrement sur toutes; parce que celles qui n'auraient pas été greffées tireraient toute la sève.

Greffe en écusson. Cette greffe est la plus usitée dans les jardins, parce que c’est la meilleure pour les jeunes arbres nains, pour les fruits à noyau et pour la plupart des arbres, fruitiers ou autres, qui ont le bois faible ou l’écorce tendre.

L’écusson à œil dormant vaut mieux que la greffe en fente sur les amandiers et les pruniers, quand on y ente des pêchers et des abricotiers; et comme ces sortes d'arbres ne s’élèvent pas ordinairement en hautes tiges, qu'ils sont toujours destinés pour être mis eu espaliers ou tenus en buissons, et par cette

raison qu’ils doivent être branclius dès le pied, on peut, en les

greffant, mettre deux écussons sur chaque tige ; mais, dans ce cas, il faut prendre garde de ne pas les placer tous les deux du même côté, l'un au-dessus de l’autre, car, de cette sorte ils

s’entre-nuisent, et, venant à pousser, ils ne donnent pas une belle forme à l’arbre. C’est pourquoi il est nécessaire de les mettre des deux côtés, et l’un plus haut que l’autre : lorsqu’ils sont posés \is-à-vis l’un de l’autre, il est difficile de reccper la tète de l’arbre entre les deux greffes, et la plaie a plus de peine à se recouvrir.

La greffe en écusson à œil dormant doit se faire toujours sur le jeune bois, parce qu’il a plus de sève, que l’écorce est, par conséquent, plus tendre et plus aisée à lever, et que la reprise se fait mieux. 11 faudra donc, en plantant lescoignas-

siers et les pruniers, les rogner à cinq ou six centimètres, pour leur faire pousser de nouveau bois; mais on ne les greffe que dans leur seconde année, afin qu’ils soient plus forts; car s'ils sont faibles, la greffe ne pousse qu’avec peine et ne fait que languir. Il n’y a point de moyen plus assuré, pour avoir de beaux arbres, que de les greffer sur un pied bien vigoureux.

Le temps précis pour greffer en écusson dépend de la qualité du terroir, parce que, selon qu'il est hâtif ou tardif, on doit y entrer plus lot ou plus tard. 11 est facile de juger que dans les pays chauds et dans les terres sèches, où la sève commence de bonne heure, elle y manque aussi plus promptement, et, qu’au contraire, elle dure plus longtemps dans les pays froids et dans les terres humides, où elle pousse plus tard. Le jardinier prudent ne doit pas toujours attendre la seconde sève, mais souvent greffer dès la première, principalement sur les pruniers.

Il est pourtant mieux de différer jusqu'à la dernière sève pour enter les abricotiers, les amandiers et les pêchers; car leur première sève est si abondante, que si, durant sa force, on entaille l’écorce pour placer un écusson, elle sort au dehors, et jette une gomme à l’entour qui souvent l’étouffe et le fait mourir. On connaît qu’un arbre entre en sève par le nouveau jet qui se forme, les feuilles étant plus blanchâtres que les autres; de plus, en faisant une incision à une branche, on voit si l’écorce se sépare aisément;

Pour éviter le mal que fait le trop de sève, le jardinier doit, pour lui donner cours, avoir soin de desserrer l’écusson de bonne heure; c’est pourquoi le meilleur moyen et le plus assuré, c’est de ne greffer les arbres séveux qu'à la fin de leur seconde sève, après qu’elle a passé sa plus grande force, comme à la fin d’aoùt ou au commencement de septembre; car si l'on se hâte trop, l'écusson pousse à la sève d’aoùt, et cette pousse, étant fort tendre, gèle pendant l’hiver et meurt.

Nous répétons qu’il faut lier les écussons avec du coton ou de la laine filée, cl non pas avec de la filasse, parce qu'au printemps, quand les arbres prennent sève et qu’ils poussent, la filasse coupe 1 arbre, à moins qu’on ne la coupe elle-même

par derrière l’écusson, ce qui le fait souvent mourir, s’il n’a pas encore assez de force; tandis que la laine se lâche à mesure que l’arbre grossit, et ne peut de la sorte endommager l’écusson.

On doit encore prendre garde de ne jamais greffer en écusson que par un temps couvert, et qui ne soit ni trop chaud ni trop froid : la pluie décolle l’écusson ou le gâte, et l'empêche de reprendre; l’ardeur du soleil le dessèche et le brûle.

Pour garantir les greffes contre ces deux inconvénients, il est bon de les couvrir, aussitôt, de feuilles ou de papier.

Les pruniers peuvent se greffer en écusson sur d’autres pruniers ; mais la greffe en fente y vient beaucoup plus promptement que l'autre.

Les cerisiers et les autres fruits rouges peuvent se greffer en écusson à œil dormant; il est cependant plus sûr de les enter en écusson à œil poussant.

Greffe en couronne. On la fait dans le même temps que la greffe en fente, et, si l’on veut, au commencement de mai. Elle n’est en usage que pour les gros fruits à pépins, et non pour les fruits à noyau, ni pour les sujets qui n'ont pas la force de serrer puissamment leurs greffes.

Greffe à emporte-pièce . Celte sorte de greffe est assez bonne pour les gros arbres qu’on ne peut fendre sans les altérer beaucoup.

Pour la faire, on taille la greffe à peu près comme pour la fente, et dans la même saison; puis, avec un ciseau de menuisier, on fait, dans l’écorce et dans le bois d'une tige étrom çonnée, une entaille longue et large à proportion de la grosseur de la greffe, afin qu’elle y soit enchâssée bien juste. On l’y fait entrer en forçant un peu ; ensuite on lie avec de bon osier la tête greffée , et on l’emmaillotte en faisant autant de poupées qu’on entaille de greffes sur l’arbre.

En greffant de la sorte, on observera de ne pas étêter les arbres trop court, ni trop près de la tige, parce que les plaies ont alors trop de peine à se recouvrir, et souvent même les arbres en meurent.

11 faut aussi laisser quelques petites branches au haut de l’arbre, sans les couper, pour recevoir une partie de la sève;

car lorsqu'elle vient à monter, et qu’au lieu de rencontrer, comme à l'ordinaire, de grosses branches pour se répandre, elle ne trouve que de petites greffes trop faibles pour la recevoir tout entière, elle les suffoque par son abondance, et les fait mourir.

Mais aussi, après que les greffes seront reprises et qu’elles auront bien poussé, il faudra, au mois de mars de l’année suivante, ôter entièrement toutes les petites branches que l’on aura laissées, et les couper tout près du tronc de l’arbre, afin que les plaies se recouvrent plus aisément.

Quand ces gros arbres ont l’écorce trop dure et le bois trop revêche pour être entés, il est mieux de les étêter d’abord un peu haut, pour leur faire pousser de nouvelles branches sur lesquelles on pourra greffer dans la troisième année. Mais comme on ne peut dès lors enter ces gros arbres que fort haut, et au bout des branches, on doit avoir soin de garnir les greffes de quelques branchages, aussitôt qu'elles viennent à pousser, car leur jet est si tendre et si chargé de feuilles, que, durant les deux premières années, elles sont très-sujettes à se rompre au moindre vent. Ces branchages servent aussi à empêcher que les oiseaux ne se mettent sur les greffes et ne les gâtent ou ne les brisent.

Greffe en f Iule . Elle n’est en usage que pour les figuiers, châtaigniers, marronniers et autres sujets très-séveux. C’est la plus difficile de toutes les greffes, parce qu'il faut dépouiller circuluirement un rameau de sa propre écorce, pour en revêtir un sauvageon qu'on aura auparavant dépouillé luimême. Cette sorte de greffe ne se fait qu’en pleine sève, au mois de mai.

Greffe en approche. Elle n'est praticable qu’entre les arbres voisins, et elle n’est usitée que pour les orangers, citronniers et autres arbrisseaux ; un s'en sert pourtant quelquefois pour des poiriers et des pommiers. On la pratique en pleine sève, sur la fin de mai, ou au commencement de la sève d’aoùt.

Cette sorte de greffe est hasardeuse, c’est pourquoi ou a recours de préférence à la greffe en écusson. La branche de l'arbre, pour greffer en écusson, doit être jeune de deux ou

trois ans, tandis que, pour greffer en approche, l’arbre ou l’arbrisseau doit être fort et un peu âgé.

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