NATURE DU SOL
On doit, avant toutes choses, observer la qualité de la terre dans laquelle on veut planter, et connaître si elle est forte ou légère, sèche ou humide, douce ou pierreuse, d'abord pour la corriger de son défaut par des amendements convenables, ensuite pour y planter les espèces d’arbres qui y sont propres; car ce serait travailler inutilement que de vouloir agir contre la nature.
En général, les poiriers, les pommiers et les pruniers s’accommodent, à la rigueur, de toutes sortes de terres, sèches ou humides, pourvu qu’elles aient un mètre de profondeur; mais celles qui sont humides et froides sont contraires à la plupart des fruits et des productions, de même que celles qui pèchent par l’excès opposé de sécheresse et d’aridité.
Cependant, nous ferons observer que les poiriers veulent de préférence une terre douce et qui ait un grand fond, car leurs racines pivotent et cherchent toujours à s'enfoncer; aussitôt qu’elles rencontrent le tuf ou la glaise, les arbres deviennent jaunâtres, sèchent par le faîte, et diminuent au lieu de croître. Les poires cassantes, surtout, veulent un terroir gras ; les poires fondantes s’accommodent mieux des terres sèches.
Comme les racines des pommiers ne vont pas en fond, et qu’elles courent seulement à fleur de terre, ces sortes d’arbres n’ont pas besoin d’avoir une terre d’une si grande profondeur; mais aussi il faut qu’elle soit forte, afin qu’ils y trouvent beaucoup de nourriture. Les pommiers exigent en outre une terre fraîche. Ce n’est pas que ces arbres ne puissent venir dans une terre sablonneuse, et y rapporter de trèsbon fruit; mais comme ils y trouvent moins de nourriture, ils ne peuvent y pousser autant de branches ni devenir aussi forts, et en outre le fruit est plus petit.
Les coignassiers se plaisent dans la terre douce et un peu fraîche; leurs racines délicates s’y étendent sans peine, y ramassent beaucoup de nourriture; et comme elles n’enfoncent
que peu en terre, il leur suffit (le rencontrer un bon fond de 7*i centimètres à un mètre.
Les coignassiers jaunissent bien vite dans les terres sèches ; au contraire, dans les terres fortes et humides, ils poussent quantité de bois et se maintiennent très-verts ; mais alors les fruits entés dessus sont âpres et ne prennent point de couleur, particulièrement ceux d’hiver. Les coignassiers plantés en terre graveleuse et légère ne poussent pas tant de bois, mais les fruits qu’on y a greffés sont plus colorés et plus délicats.
On comprendra facilement la cause de cette différence, si l'on fait réflexion que la vigueur des arbres dépend de celle de leurs racines; et que, selon qu’elles se plaisent dans une terre ou qu’elles y souffrent, il faut de nécessité que les arbres y prospèrent ou y languissent. C’est pourquoi, lorsqu’on voit un arbre jaunir ou diminuer, on peut assurer que sa racine est malade.
Le prunier vient très-bien dans les terres légères, pierreuses, mais pas trop sèches, parce que sa racine est forte et vigoureuse.
Les pêchers se plaisent aussi dans les terres légères ; ils sont très-sujets à la gomme dans les terres fortes.
L’amandier aime aussi la terre légère, d’autant mieux qu’il ne demande que peu de nourriture.
Les cerisiers et les autres fruits rouges réussissent bien dans la terre douce et sablonneuse, parce que leurs racines sont délicates, et qu’elles courent à fleur de terre.
Quoique les pruniers, les merisiers et les cerisiers de pied aiment les terres légères et douces, ils n’en prospèrent pas moins dans les terres grasses.
La règle, à cet égard, s’établit du reste d’après la nature des sujets greffés, et non d’après celle de la greffe. Un poirier franc ne poussera que du bois, ou ne fera que languir, dans une terre grasse où un poirier sur coignassier aurait réussi à souhait; de même, un pêcher greffé sur amandier sera parfaitement bien dans une terre légère, ou plus chaude que froide, tandis qu’un pêcher sur prunier y périrait, parce que la sève du prunier veut une terre substantielle, au contraire de l’amandier.
Ainsi, en ce qui concerne les pêchers, il faut planter en bonne terre ceux qui sont greffés sur prunier, et en mauvaise terre ceux qui sont greffés sur amandier.
préparation de la terre.
On ne saurait apporter trop de soin à bien préparer la terre avant que de planter les arbres, car leur beauté en dépend, et les fautes que l’on fait dans le commencement deviennent irréparables, puisqu’il n’est presque pas possible de fouiller ni de porter aucun amendement au-dessous des racines d’un arbre lorsqu’il est planté.
Pour bien préparer la terre, il faut ouvrir des trous plus ou moins grands, selon qu’elle a plus ou moins besoin d’amendements. Dans les meilleurs fonds, on doit faire ces trous d’un mètre 50 centimètres de largeur en carré; si l’on y plante des poiriers, on les creuse de 75 centimètres de profondeur, et, pour les pommiers, de 35 centimètres seulement; car si les trous sont plus creux, les racines suivent la bonne terre et descendent jusqu’au fond, où étant renfermées, et n’y trouvant plus assez de nourriture, elles languissent; tandis que les arbres étant plantés très-haut, leurs racines courent sur la superficie de la terre où elle est toujours meilleure, et ils rapportent du fruit plus gros et mieux nourri.
Comme toute la terre que l’on tire, en fouillant ces trous, n’est pas également bonne, et qu’on ne doit prendre que la meilleure pour les remplir, que la terre du dessus est plus féconde, et que celle du fond est souvent incapable de produire, on ne doit jamais remettre cette dernière terre dans le fond du trou. Si ceux qui plantent pouvaient se donner la patience de laisser, pendant une année, les trous ouverts, le fond en deviendrait meilleur, et la terre qui en serait sortie aurait acquis des qualités par les influences de l’atmosphère. A défaut de cela, on rapportera dans les trous, et autour des racines des arbres, la terre des carrés du potager, dont le fumier de l’année précédente est réduit en terreau.
Si le tuf est proche, il ne faut pas le crever ni le défoncer,
parce que l’arbre s’y trouverait un jour encaissé et ne pousserait plus ; il vaut mieux planter plus haut, même butter l’arbre s’il le faut. On fait de même, dans les marais, pour ne pas fouiller jusqu’à l’eau. Si l’endroit où l’on creuse est la place d’un arbre mort, on doit en ôter la terre pour en remettre de nouvelle, parce qu’un arbre reprend rarement, et dans tous les cas ne prospère jamais bien, dans la terre où il en est mort un autre.
Il faut encore changer la terre du trou, lorsqu’on replante un arbre de la même espèce que celui qui a précédé.
Les trous étant fouillés, il est nécessaire, avant de les remplir, d’en labourer le fond, s’il n’est pas défectueux ; et, si la terre que l’on doit employer pour combler les trous n’est pas de qualité supérieure, on devra y jeter 55 centimètres de hauteur de bonne terre, répandre par-dessus du fumier pourri ou haché, de 15 centimètres de haut, et labourer deux ou trois fois jusqu’à ce que le fumier soit bien mêlé avec la terre, car, s’il demeure entassé, il s’échauffe et gâte les racines. Ensuite, il faudra remettre un second lit de terre, de la même hauteur que le premier, et, par-dessus, un second lit de fumier, et encore les bien mêler ensemble. Enfin, s’il en est besoin, on ajoutera un troisième lit, préparé comme les deux premiers, de manière à remplir le trou jusqu’à 15 centimètres au-dessus de la terre ordinaire, car le fumier s’affais^p en pourrissant.
Quelques jardiniers s’ os ent à ce qu’on mette du fumier dans les trous des arbres, en les plantant; ils n’y veulent que de la terre du dessus des carrés ou des allées, et disent que le fumier est inutile pour la reprise des arbres, qu’il peut en altérer les racines, y causer du vide et de la moisissure, ou y engendrer des vers. Nous reconnaissons la vérité de tous ces inconvénients; mais nous ajouterons que l’on doit se conduire, à cet égard, suivant la qualité du sol et selon les circonstances dans lesquelles on se trouve place.
Dans les terroirs humides et qui n’ont pas grand fond, il est préférable de ne pas faire de trous lorsqu’on doit y planter; mais, après avoir bien labouré la terre et l’avoir amendée, selon son besoin, il faut poser les arbres dessus sans
les enfoncer; souvent môme il est nécessaire d’y planter sur mottes, faites de terres d’apport, et on recouvre les racines de terre de gazon hachée et bien déliée, d’un demi-mètre de hauteur. Comme on doit empêcher, autant que possible, dans ces terres, que les racines ne pivotent, principalement celles des poiriers, il faut observer, en les plantant, de couper carrément, et non point en pied de biche, toutes les racines de dessous, et celles qui descendent. Les arbres qui seront ainsi plantés sur terre pourront, trois ans après, dans le mois de novembre, être fumés commodément par-dessus les racines.
Pour bien planter des espaliers contre les murs, il est essentiel d’ouvrir une tranchée de deux mètres de large sur 75 centimètres de profondeur, et prendre garde, en la creusant, de ne l’approcher que de 15 centimètres du mur, et môme de la couper en talus de ce côté, pour ne point toucher aux fondements. En fouillant cette tranchée, il faut séparer la bonne terre d’avec la mauvaise, en ôter toutes les pierres et les racines, puis on remplit la tranchée, comme nous l’avons dit pour les trous. Les espaliers exigent encore plus de soins à cet égard que les autres plants.
Lorsqu’on plante des arbres en buissons ou en quenouilles, il est quelquefois nécessaire d’ouvrir des tranchées, et de les remplir avec le meme soin que celles des espaliers; quelquefois aussi il suffit seulement de faire des trous d’un mètre et demi en carré, et d’en bien amender la terre. Tout cela est subordonné, du reste, à la qualité du sol.