ANÉMONES
L’anémone des fleuristes ( anemona coronciria ) a été connue de tout temps en France; on pourrait donc la considérer comme indigène, mais les belles espèces nous sont venues des Indes Orientales.
Le pampre ou la feuille de l’anémone est agréable; plus elle est frisée, plus elle est estimée; la touffe doit en être basse et bien garnie ; on prise peu les grandes feuilles. La tige ou baguette doit être d’une dimension en rapport avec la grosseur de la fleur. Le coloris doit être trèsbrillant, même dans les couleurs brunes ou bizarres. Les nuancées sont rares. Les veloutées sont les plus belles. Les
panachées sont préférables à celles qui ne le sont pas.
Une anémone, pour être belle, doit être grosse et pommée, et il faut que la panne ou peluche fasse le dôme, comme le pavot, et qu’elle soit très-garnie de b 'quillons, qui sont des ovaires changés en pétales.
Les pétales qui forment la première corolle ou le manteau doivent être épais, bien arrondis et d’une couleur franche; ils doivent aussi excéder, mais de peu seulement, le diamètre de la peluche. Lorsque les pétales sont pointus ou étroits, c’est un grand défaut. Les béquillons doivent aussi être arrondis par le bout. Plus ils sont larges, plus la fleur est belle.
Le cordon (second rang de pétales) doit s’apercevoir un peu, et ne point dépasser les premiers béquillons, ni faire le boulet par son épaisseur.
Plus les couleurs du cordon sont variées, plus la fleur est estimée. Le cordon ne doit pas avoir de grain, car cela marque ordinairement, la vieillesse de la plante, qui se dégarnit du milieu de sa peluche et qui se perd.
Le manteau ou onglet aide à connaître quand une anémone doit augmenter en coloris. Si la peluche est d’abord d’une seule couleur et le manteau de deux, il y a lieu d’espérer que le même coloris des grands pétales qui le composent pourra monter dans les béquillons de la peluche.
11 y a des anémones qui varient, qui sont panachées une année, ou qui ont les béquillons bordés ; qui, une autre année, seront larmoyées, et qui, enfin, une troisième ou quatrième année, auront les grands pétales piquetés et les béquillons unis. Ces anémones sont préférables à d’autres, car, par leurs mêmes pattes, elles formeront autant de variétés.
De temps immémorial, on tire les plus belles espèces d’anémones de Caen et de Bayeux.
Il n’y a point en France, cependant, de terre naturelle qui réunisse toutes les conditions nécessaires à l’anémone. On sait généralement que ce végétal demande cà être planté en terre légère, et qu’il lui faut en même temps de la nourriture; néanmoins le sable lui est convenable; dans ce cas, on doit donc le fortifier par des terres et des terreaux, et en une juste proportion. Les terreaux chauds et gras, de même
que les poudrettes, n’y doivent pas être employés. 11 ne faut pour engrais que du fumier de cheval bien pourri, de deux ou trois années.
On compose la terre avec cinq parties de sable noir, trois de terre franche et quatre à cinq de terreau. On fait ce mélange au commencement de l’automne, pour ne s’en servir que l’année suivante à la même époque, et après l’avoir fait passer par la claie une ou deux fois. Si le fond des planches est de terre forte ou de glaise, on doit l’oter et en remplir la première moitié de terre sablonneuse, et l’autre moitié de terre composée.
Il faut tous les ans de nouvelle terre aux anémones, car elles y viennent mieux que dans celle qui a déjà servi.
On peut mettre dans le fond des planches, à 75 centim. de profondeur, des fagots ou des plâtras pour donner de l’égout aux terres; cela empêche que les plantes ne se pourrissent, genre d’accident qui est très à redouter pour l’anémone.
On doit planter les anémones à la mi-septembre, si l’automne est sec, et seulement à la mi-octobre quand l’automne est pluvieux.
Les planches étant labourées et dressées au râteau, il faut tirer dessus, au cordeau, des traits en long, séparés par 15 centimètres d’intervalle, et refendre ces traits par d’autres en travers, espacés aussi à 15 centimètres, afin que les pattes étant placées aux endroits où les traits auront croisé, elles soient à une égale distance les unes des autres.
Lorsque les dimensions à donner aux planches ne sont pas limitées, il convient de les faire d’un mètre de large, et ou leur donne la longueur que l’on veut. On mettra cinq pattes de front sur la largeur, et l’on aura ainsi plus de facilité pour décrire les plus belles. On assignera à chacune de ces dernières un numéro d’ordre, pour les reconnaître lorsqu’elles seront arrachées.
Les anémones ne doivent pas être mises en terre à plus de trois bons doigts de profondeur. Il faut faire leurs places avec la main, dans la terre, de crainte de rompre les pattes.
Afin de remplacer dans les planches les pattes qui pourrissent, il faut en planter aussi plusieurs dans des pots, une
patte seulement clans chaque pot. L’anémone sortant de terre trois semaines après y avoir été mise, on voit bien alors où il en manque. On ôte les pattes pourries de leur place et on regarnit les planches avec celles qui sont dans les pots et qui ont poussé.
Plus les anémones sont belles, plus elles demandent de soins; elles doivent être arrosées lorsqu'il y a de la sécheresse, et, quand il pleut trop, on les couvre avec des toiles cirées soutenues par des piquets ou des cerceaux.
Il ne faut pas se presser de les couvrir de paillassons, dès les premières gelées; elles s’en portent mieux d’être un peu endurcies au froid, mais, dans les fortes gelées, il laut les couvrir fortement, par-dessus les paillassons, avec du fumier sec, et, quand l’hiver redouble, on redouble aussi la coucertuie. Il ne faut pas négliger de donner de l’air aux anémones quand le temps est radouci; mais, de crainte de surprise, on les recouvre tous les soirs-jusqu’à la fin des gelées.
Pour conserver les feuilles et pour la propreté des planches, on coupe avec l’ongle toutes les leuilles qui sont pourries. Quand il y a des tiges faibles sur quelques pieds, on les coupe avec des ciseaux, afin que les autres tiges aient une nourriture plus abondante.
Lorsque les planches sont en pleine fleur et que l’ardeur du soleil est extrême, on les abrite trois ou quatre heures ; elles en durent bien plus longtemps.
Pour rendre les planches plus agréables par la variété, on mélange les couleurs en plaçant d’abord les anémones incarnates, ensuite les couleurs-de-feu, les blanches, les violettes, les brunes, les bizarres, les panachées, les piquetées, les nuancées.
Le temps convenable pour déplanter les pattes d’anemones, c’est lorsque la feuille jaunit pour sécher. Il ne faut pas la laisser sécher entièrement, car, lorsque la plante n’a plus de sève, elle s’échauffe dans la terre et pourrit a la moindre humidité. 11 faut, après les avoir déplantées, les laisser sécher dans une chambre, à l’air, avant que de les enfermer dans leurs boîtes. Ensuite on les épluche, en leur ôtant tout le pourri et tout ce qui est étranger au tubercule, en ne craignant pas de couper jusqu’au vif.
Les pattes d’anémones peuvent se conserver hors de terre deux ou trois ans sans se gâter, en les mettant dans un lieu sec, parce qu’elles ne poussent point comme les plantes à bulbe; on en obtient môme de plus grosses fleurs.
Les anémones doubles ne portent pas de graine; il suffit de recueillir celle des simples pour en avoir de doubles.
Il est bon de remarquer les anémones simples, qui ont un très-grand vase, une bonne forme dans les pétales, des couleurs éclatantes et bizarres, un coloris lustré, satiné ou velouté; c’est de celles-là qu’il faut ramasser la graine, lorsqu’elle quitte la tète de la tige et qu’elle est prête à s’envoler ou à tomber; on la met dans une boite et on la conserve sèchement jusqu’au mois d’aout, pour la semer.
On ne doit semer cette graine que sur une terre bien préparée; on pourra se servir, pour repiquer le jeune plant, de la terre composée dont nous avons déjà parlé, mais, surtout, il faut qu’elle soit bien remuée et bien unie au râteau.
Les graines d’anémones sont tellement liées les unes aux autres, qu’il faut les séparer. Pour cela, on met dans un vase ce que l’on veut en semer, et l’on jette dessus du sable bien sec ou de la terre très-déliée; on les manie et on les remanie jusqu’à ce qu’elles soient bien séparées.
On sème la graine fort clair, et quand on en a couvert environ deux mètres de terre, on la saupoudre de terre et de terreau mêlés ensemble, de peur que le vent ne la bouleverse ; mais on ne la couvre qu’à moitié, de manière seulement à l’arrêter; puis, on continue à semer comme on a fait d’abord. Quand les semences sont toutes répandues et à demi couvertes, on recommence à les saupoudrer encore avec le même mélange, jusqu’à ce qu’elles soient couvertes entièrement, c’est-à-dire de l’épaisseur d’un centimètre.
Après cela on unit la terre avec une baguette, et on la couvre de grande paille, de l’épaisseur d’une paille ou deux seulement, car le soleil brûle cette graine, tant elle est délicate. On jette ensuite quelques baguettes sur cette paille pour empêcher que le vent ne l’enlève, on arrose légèrement par-dessus, et l’on retire l’arrosoir dès que l’eau cesse de se répandre sous forme de pluie.
Ce premier arrosement doit être de cinq à six arrosoirs pour deux mètres de plates-bandes ayant un mètre de large. On continue à arroser, mais moins abondamment, tous les cinq tà six jours, quand il ne pleut pas, et on laisse la paille quinze jours; la graine germe par-dessous. Lorsqu’on ne voit pas lever la graine, on ne laisse pas cependant d’oter la paille, mais l’on prend garde que la terre ne se sèche.
En procédant de cette façon, une partie du jeune plant fleurira dès le mois de mars et le reste en avril.
Il faut nettoyer soigneusement les planches, et les couvrir pendant les gelées.
Lorsqu’au printemps les jeunes pattes sont devenues grosses comme des pois, et que les fleurs commencent à se faner, on les déplante avec précaution; on les met sécher avec leurs fleurs dans un lieu très-sec, puis, en les frottant avec les mains, les fleurs et les racines s’en vont en poussière. On replante par planches, l’automne suivant, et, lorsque ces jeunes pattes fleurissent de nouveau, on remarque les doubles, que l’on décrit quand elles en valent la peine, et on conserve ces élèves avec tous les soins que nous avons indiqués.
On cultive de la même manière les espèces suivantes : anémone oeil de rAON (a. pavonià ), fleur belle, large de 6 à 7 centimètres, d’un cramoisi clair et vif ; — des bois ou Sylvie (a. nemorosa ), fleurs blanches; — a fleurs jaunes ( a . ranunculoïdes)) fleurs jaunes; — sauvage ( a . sylvestris), fleurs blanches; — pulsatile (a. pulsatilia), fleurs assez grandes, d'un bleu violet; — a fleurs bleues ( a . apcnnina ), fleurs bleues ; — a fleurs en ombelle (a. narcissifolia ), fleurs à cinq pétales blancs et «à disque jaune ; — hépathique ou hépathique des jardins (a. hep ali c a) ; cette espèce est charmante aux mois de février et mars, par une quantité de jolies fleurs blanches, rosées ou bleues, simples ou doubles. On la multiplie par la séparation des pieds, comme toutes celles qui conservent leurs feuilles, et on la couvre de litière pour la garantir des grands froids. Cette plante craint d’être attaquée par un instrument tranchant; quand on éclatera les touffes, il faudra le faire avec les mains et par un simple déchirement.