AÜRICULES OU OREILLES D’OURS
L’auricule (; primula auricula) est une plante vivace, indigène, qui croit naturellement dans les prairies de plusieurs de nos départements, et particulièrement dans les Alpes; les Hollandais se sont appliqués les premiers à cultiver les auricules, et ils en ont obtenu un nombre infini de belles variétés.
Pour qu’une auricule soit estimée des amateurs, la tige doit être forte et haute; la fleur doit être large, ronde; les pétales doivent être épais et brillants, au nombre de six, parfaitement égaux entre eux, et ne point goudronner ni se replier. Il faut aussi que la fleur s’ouvre bien, que l’œil en soit grand, net et bien distinct; le bouquet doit être beau et droit. Les pédoncules trop longs font baisser les cloches; c’est un défaut qui, dans une auricule, la fait rebuter ou la place dans un rang inférieur.
On divise les aurieules en trois catégories : 1° les françaises ou flamandes, dont les couleurs sont veloutées et très-vives ; 2U les anglaises ou poudrées, à limbe couvert d’une poussière blanche ; 5u les doubles, parmi lesquelles on distingue la mordorée.
Cette plante jette beaucoup de racines, qui sont fort longues; il lui faut une terre composée de terre franche, de terre de pré et de terreau.
On tient les aurieules à l’ombre dès que la fleur est passée, et on n’arrose que lorsque les pots sont secs. Au mois d’octobre, on remet les pots à une exposition chaude pour y passer l’hiver, et ils y restent jusqu’à la fleur. A mesure que les cloches s’ouvrent , on enlève les pots pour les replacer à l’ombre , la fleur en est plus colorée. On ôte alors les œilletons dégénérés, car, indépendamment de ce qu’ils sont désagréables à la vue, ils feraient dégénérer toute la plante.
Si l’on veut forcer les aurieules, il faut, au mois de février, les rempoter et les placer sous un châssis entouré d’une litière à moitié consommée, en guise de réchaud.
Lorsqu’on veut multiplier l’auricule par les œilletons, on
attend que la fleur soit passée. Alors on dépote et on détache les œilletons, qu’on place à l’ombre. On met de la terre neuve aux anciens plants, et on s’assure que la racine est saine : dans le cas contraire, on la couperait jusqu’au vif, car pour peu qu’il en reste, le plant reprendra. Lorsqu’on voit des œilletons ou de vieux plants qui languissent , c’est que la racine est malade; il faut la visiter et couper le pourri.
Mais c’est par la graine que l’on obtient les plus beaux plants, et que l’on multiplie les variétés à l’infini. On recueille la graine sur les plus belles plantes, des plus grandes cloches, de celles qui sont le mieux conformées, et surtout des plus veloutées. On évite de prendre la graine de celles qui sont panachées, car elles ne se reproduisent que pour dégénérer. Il faut être attentif à recueillir la graine, qui se perd dès que la coque jaunit. On sème en terrine, de septembre en décembre; ce dernier mois est le meilleur. On ne recouvre pas la graine, qui est très-menue. Le plant lève à la fin de mars, et on le repique en mai, quoiqu’il soit encore trèspetit ; autrement, les jeunes plants périraient dans la mousse de la terrine.
Voyez Primevère (culture des plantes d’ornement rangées