DE LA CULTURE DES ORANGERS
L’oranger, qui est une des plus jolies productions du règne végétal, est un arbre très-vivacc, originaire de la Chine, et que l’on cultive en caisse dans
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le climat de Paris. On en compte cent-vingt-buit espèces, dont les botanistes font trois genres : les orangers, les citronniers et les limons. Dans le genre orange, les espèces ou variétés les plus recherchées, tant à fruits doux qu’à lruits aigres, sont : l’orange de Grasse, l’orange de Portugal, l’orange rouge, l’orange sans pépins, l’orange de la Chine, l’orange riche-dépouille, l’orange bergamote, l’orange étoilée, l’orange pomme d’Adam , le pompoléum, le pamplemous, le mella-rosa, l’hermaphrodite, etc.
Serre pour les orangers. Nous avons déjà donné des règles relativement à la construction et à l’établissement d’une orangerie; nous n'avons plus qu’à ajouter ici quelques réflexions. L’aire de l’orangerie doit être en terre bien battue, c’est-à-dire sans plancher ni carrelage; la forme carrée est la plus commode pour y disposer les caisses. Il serait avantageux qu’une orangerie fût voûtée; autrement, on devrait disposer, au-dessus, des appartements ou des greniers.
Terre propre aux orangers. La terre qui convient aux orangers est un mélange de terreau, de crottin et de fumier. La terre des taupinières, recueillie dans les terrains noirs et légers, est aussi excellente pour les orangers, lorsqu'on l’a mêlée avec un huitième de crottin de mouton consommé, un huitième de crottin de cheval également consommé, un huitième de terreau de fumier de vache, et un huitième de poudrette. Les terres destinées aux orangers doivent être préparées plusieurs années à l’avance.
Multiplication des orangers. On multiplie les orangers par semis, par gretTes et par marcottes.
Avant de semer des pépins d’orange, il faut que la pulpe du fruit soit pourrie. Au mois de mars, on remplit des terrines ou caisses de terre préparée, et on y dépose les pépins, en y faisant, avec le doigt, des trous de deux centimè- Iresde profondeur, disposés en quinconces, et espacés à dix centimètres les uns des autres. Lorsqu’on laboure la terre, c’est avec les doigts, afin de ne point endommager les racines. La troisième année, on lève les jeunes plants en motte, et on les place séparément dans des pots. On les greffe lorsqu’ils sont devenus gros comme le petit doigt, ce qui arrive entre quatre et huit ans.
On greffe les orangers en écusson et en approche. La greffe en écusson se fait à œil dormant, de juillet à septembre, de la manière usitée pour les autres arbres. La greffe en approche ne se fait qu’en mai, et d’après les procédés que nous avons déjà eu l’occasion d'indiquer; on observera seulement de ne pas greffer d’un sujet faible sur un sujet fort; c’est le coniraire qu’il faut faire. La jonction doit être faite dans le courant d’août. Les marcottes se pratiquent pour les orangers comme pour les autres végétaux ligneux.
Encaissement des orangers. Le meilleur bois pour les caisses à oranger est l’acacia à bois jaune : il est solide et de longue durée. Une caisse de 40 centimètres suffit aux orangers jusqu à l’âge de sept ou huit ans. Alors on les replante dans une caisse de 75 centimètres. On observe, lors de cette opération, les règles que nous avons tracées dans les Principes généraux d' Horticulture, en traitant du Rempotage.
Arrosement des orangers. Les orangers n’ont besoin que d’une moiteur constante; il convient donc de les arroser souvent, mais très-modérément. Lors de la pousse et de la floraison, on les arrose amplement deux fois la semaine.
L’eau des arrosements ne doit être ni corrompue, ni bourbeuse, et l’on doit avoir le plus grand soin de ne jamais l’employer froide, autrement les orangers périraient.
Gouvernement des orangers dans la serre. On ne doit point serrer les
orangers ni durant ni apres la pluie; l’humidité qui régnerait sur les branches et sur les feuilles y causerait la chancissure .
On disposera les orangers en lignes, pour faciliter le passage, et on les placera à deux mètres des murs, afin d’éviter l'humidité. On devra s’appliquer à détruire les punaises et les pucerons et à garantir les orangers des vents coulis, qui leur sont très-nuisibles. On donnera de l’air et on arrosera à propos. On aura aussi le soin de labourer ou de gratter de temps en temps la surface des caisses, pour empêcher le développement des mauvaises herbes. Nous avons dit, en traitant des Serres et de l'Orangerie, les précautions qu’il faut prendre pour prévenir l’introduction du froid.
Le chauffage avec les mottes de tannée, brûlées dans un poêle, maintient facilement l’égalité de température qui est nécessaire à l’entretien des orangers. Le thermomètre, dans une orangerie, doit marquer constamment de quatre à cinq degrés centigrades.
Gouvernement des orangers hors de la serre. Lorsqu’on sort les orangers de la serre, on doit, pour ranimer leur végétation qui a été longtemps interrompue, leur donner un fort arrosage avec un mélange d’eau et d’une quantité égale de crottin consommé de cheval.
Ce moment est le meilleur pour tailler les orangers. On coupe sur un bon œil les branches de la pousse précédente et celles qui sont le produit des bourgeons nésdurant leséjour des orangersdans la serre, car ces sortes de branches sont trop tendres pour résister au grand air. On taille encore toutes les branches qui s’emportent et toutes celles qui s’abaissent trop, et on les arrête au-dessus d’un bon œil. On préfère, dans l’oranger, aux branches qui donneraient du fruit, celles qui, étant bien placées, contribueront à la régularité de sa forme.
Si l’oranger pousse plus d’un côté que de l’autre, on se conduira comme nous l’avons dit en traitant de l’arbre épaulé (voyez Taille des arbres ).
Lorsqu’il se trouve dans un oranger des vides causés par la mortalité ou la fracture des branches, on y remédie en rapprochant les branches voisines au moyen d’un fort osier.
Fructification des orangers. Les orangers commencent à montrer leurs boulons à la mi-juin. Les premières tleurs sont celles qui poussent sur le vieux bois. Ces Heurs sont groupées et entassées, se nouent rarement, et les orangistes les jettent à bas, prétendant qu’elles épuisent les arbres. Les Heurs écloses sur les branches de la dernière pousse sont grosses, longues, bien nourries, et plus communément placées aux extrémités que dans le bas. C’est pour les conserver que beaucoup d’horticulteurs ne taillent les orangers qu’au printemps.
Un oranger qui n’aura point été épuisé par la soustraction annuelle de son bois ne peut trop porter de Heurs; mais il n’en taul pas laisser a celui qui est fatigué. La quantité de fruit qu’on fera rapporter à un oranger doit être en rapport avec la force de sa végétation. Plutôt que de détruire un si grand nombre de bourgeons de Heurs, comme on le pratique d’ordinaire, dans la crainte d’épuiser les arbres, ce qui n’empêche pas la sève de se porter dans le bois, nous pensons qu’il serait plus avantageux d’employer cet excès de sève à la production des fruits. La quantité de fruit qu’un oranger doit produire se règle donc sur son âge, sa force, sa santé, et les diverses circonstances qui décident de son état. Les Heurs réservées pour le Huit doivent être laissées dans le bas des branches; dans le centre de l’arbre, le fruit serait trop ombragé; a l’extrémité des branches, il pourrait occasionner la frac-
Chapelle rustique,
Grotte .
Bac suspendu.
Pont -su s p eu du .
lnrc du bois. Les fleurs qui se portent vers le haut, qui sont plus allongées, qui ont la queue plus grosse que les autres, sont bonnes à conserver. On laissera nouer une plus grande quantité d’oranges que celle qu’on jugera nécessaire de conserver, parce que l'arbre en rejette beaucoup.
On cueillera la fleur d’oranger tous les jours , mais seulement par un temps sec, le soir, vers le déclin du soleil; elle devra être encore fermée, mais près de s’ouvrir. On la détachera en coupant avec l’ongle , et par conséquent sans rien casser.
Du moment où les oranges nouent, jusqu’à celui de leur maturité, elles restent ordinairement quinze mois sur l’arbre. Lorsque les oranges sont à leur grosseur, on les tire faiblement; si elles quittent l’arbre, elles sont mûres; si elles résistent, on doit les laisser encore sur l'arbre.