‹ Traité complet de l'horticulture pour les grands et les petits jardins, précédé de la botanique simplifiéeChapitre 340 sur 425 · KKCOLTE DES PLANTES MÉDICINALES · texte numérisé non relu

KKCOLTE DES PLANTES MÉDICINALES

La récolte des plantes comprend une seconde opération non moins utile : c’est la dessiccation, sans laquelle on ne pourrait conserver même les plantes les plus ligueuses.

Les différentes parties des végétaux dont on fait usage en médecine sont les racines, les tiges ou bois, les écorces, les leu i I les, les fleurs, les fruits et les semences; mais il y a des époques différentes pour la récolte de ces diverses parties : nous devons consacrer à chacune un article à part.

De la récolte des racines. C’est au printemps ou en automne qu’on récolte les racines. Pendant le printemps, on ne doit y procéder que lorsque les feuilles se développent à peine, et que par conséquent elles n’absorbent pas les sucs nourrissants des racines. En hiver, après la chute des feuilles, les racines fournissant moins aux parties supérieuresduvégétal, c’est aussi eu ce moment qu’on peut en faire la récolte. On ne doit pas cependant récolter les racines indifféremment en automne ou au printemps. Suivant les propriétés, il faut récolter les unes de préférence dans la première deces saisons, les autres de préférence dans la seconde. Ainsi, les racines humides, qui renferment des sucs mucilagineux, sucrés, doivent être récoltées au printemps. Nous citerons en exemple les racines de guimauve , de pivoine, de grande consolide. Les racines

amères, astringentes, aromatiques, ne paraissent au contraire réunir, d’une manière complète, les propriétés qui constituent leur action médicale que pendant la saison d’hiver. Certaines racines ne doivent être récoltées que lorsqu’elles ont pris une consistance ligneuse ; il est nécessaire, en quelque sorte, qu’elles aient vieilli dans la terre. Ce sont celles dont on emploie spécialement l’écorce, comme les racines de bardane, de cynoglosse, de grenadier.

Une fois la récolte faite, il faut procéder à la dessiccation ou aux opérations indispensables pour en conserver les produits. Voici donc comment on procédera. Les racines volumineuses seront coupées par tranches, étendues sur une claie, à l’air sec, et remuées souvent pour qu’elles puissent se dessécher également sur tous les points; enfin on les enfilera en chapelet et on les suspendra dans un cabinet où l'air puisse pénétrer librement. Si les racines sont minces, petites, on les exposera en botte à demi serrée, dans un lieu aéré. Il ne faut pas laver les racines. On remplira le même soin de propreté en enlevant à la brosse sèche la terre qui les souille. Gomme cette opération n’empèche pas l’adhésion de quelques particules terreuses à la surface de la racine, on fait disparaître cet inconvénient en jetant le premier bouillon de la décoction, quand le moment se présente de faire usage du végétal. Quelques racines doivent cependant être conservées à l’état frais, dans une espèce de demi-humidité. Les racines mucilagineuses sont de ce nombre : on n’a qu’à les placer dans une cave, par exemple, pour les empêcher de sécher. Les bulbes ou oignons doivent être traités également comme les racines mucilagineuses ; on peut même les con-

server dans la terre. Mais, si le lieu dans lequel on les aurait mis n’avait pas rempli le but qu'on s’était assigné, c’est-àdire si la fraîcheur ou l'humidité ne s'était pas conservée, malgré les précautions qu'on aurait crues bonnes, il n'y aurait qu'à rejeter les écailles les plus extérieures; les parties les plus voisines du centre de la bulbe présenteraient encore

toutes les conditions désirables.

De la récolte des tifjrs ou bois. Les tiges se récoltent en hiver : c’est l’époque la plus favorable. Alors le bois n'est

plus le siège de cette circulation active qui est entretenue au printemps pour la formation des feuilles et des fleurs, et en automne pour celle des graines et des fruits. À cette époque, il est presque sec. Pour achever l’œuvre de la nature, il n’y aura qu’à l’exposer dans des lieux aérés, et à le renfermer ensuite dans des sacs en papier ou en grosse toile suspendus à l'air libre, ou le placer dans des armoires où ce fluide puisse se renouveler facilement.

De la récolte des écorces. Il faut prendre, pour la récolte des écorces, les mêmes précautions que nous avons recommandées pour celle des racines. Ni le moment de la floraison, ni le temps de la fructification ne sont les époques convenables. Il faut choisir la saison où cette partie de l’arbre ou de la plante n’est le siège d’aucun travail trop actif. Ainsi, la fin de l’automne ou le commencement du printemps sont les vrais moments pour faire cette récolte. Il est très-important aussi de ne pas s’adresser indistinctement à tous les arbres, de quelque âge qu’ils soient. Les plus jeunes ont une écorce qui n’est pas suffisamment saturée de principes actifs; les plus vieux, dont cette partie est toute fendillée et laisse par conséquent pénétrer dans sa substance, sans aucun intermédiaire, l’air et l’humidité, contiennent des principes dont les propriétés sont dégénérées. Il faut donc exclure ceux-là de la récolte, et ne choisir absolument les écorces que sur les arbres qui jouissent de toute la vigueur de l’âge et de la végétation.

De la récolte des feuilles. Au commencement du printemps, les feuilles croissent : ce n’est donc pas à cette époque qu’il faut les récolter. En automne, elles jaunissent et se détachent; cette saison n’est donc pas non plus une époque propice. C’est quand la végétation est dans toute sa vigueur, et quand la fleur commence à se montrer, qu’il faut procéder à cette récolte. La dessiccation des feuilles exige beaucoup de soins. 11 y a plusieurs manières de la faire. Ou on les groupe en petits paquets noués par leur pédicule, ou on les étend sur un drap pour les faire sécher au soleil, ou bien encore on les fait sécher dans une étuve, dont la température est portée de 20 à 25 degrés. C’est en combinant les deux

premiers moyens ensemble qu’on peut se passer de la dessiccation par l’étuve. On fait sécher d’abord sur un drap, en ayant soin de bien remuer la masse et de répéter souvent cette opération; et, lorsque la dessiccation est arrivée presque à son terme, on la continue ou on la termine par l’exposition des feuilles, liées en bouquet, à l’air libre et dans un lieu ouvert au midi. L’étuve exige des précautions; car il faut remuer souvent la masse pour que la chaleur agisse sur tous les points aussi uniformément que possible. Il y a une différence à faire dans la promptitude plus ou moins grande qu’on doit mettre à opérer la dessiccation, suivant les qualités des feuilles. Ainsi, il faut donner beaucoup de chaleur aux feuilles très-humides, et une chaleur douce à celles qui ne contiennent que peu d’humidité. La raison de cela se conçoit facilement : il faut laisser l'humidité le moins longtemps qu'il se peut dans des tissus qui s’altèrent avec une certaine facilité, La couleur brune, que prend le vert tendre ou foncé des feuilles, est un indice profond d’altération. Dans le triage auquel la masse sera soumise après la dessiccation, il faut rejeter toutes celles qui auraient contracté cette nuance.

I)e la recolle des fleurs. Comme les fleurs sont les parties les plus délicates de la plante, elles exigent les plus grands soins, autant pour la récolte que pour la dessiccation.

11 faut généralement, pour la récolte, que la fleursoit pleine et ouverte; il y a pourtant des exceptions. Les fleurs dont les pétales pâlissent facilement au moment de leur développement complet, doivent être cueillies presque en boutons. Les fleurs qui ont des principes amers ou aromatiques trèsprononcés, contiennent ces principes en plus grande quantité quand la floraison est assez avancée. C’est donc à cette dernière époque qu'il convient de les récolter. Tous les mo-

ments de la journée ne sont pas convenables pour opérer la récolte de la fleur. Il faut généralement que la rosée soit éva-

porée; mais on ne doit pas attendre que le soleil ait agi trop longtemps sur la plante. Les principes aromatiques s’épuisent, en effet, par la Nolatilisation qui résulte de l’action de la chaleur.

I! est absolument nécessaire de

faire sécher le plus promp-

tement possible les Ileurs les plus délicates. On ne doit pas laisser le temps a l’humidité de détruire la texture de ccs tissus et de produire encore un mouvement de décomposition qui neutralise ou fait dégénérer de précieux principes. Les Heurs à pétales larges sont divisées pour la dessiccation, c’esttà-dire qu’on rejette le pédoncule, les calices, les organes du centre, et qu on ne garde que les pétales dont on retranche l'onglet, c’est-à-dire la portion par laquelle le pétale tient à la tige. Les petites fleurs comme la violette, par exemple, sont soumises en entier à la dessiccation. Le pédoncule seul est lejeté. Les fleurs, qui s’étalent en grappe ou en corymbe, comme l’hysope, le sureau, le millepertuis, sont récoltées en masse. Ces masses s’appellent des sommités fleuries, et c’est en cet état qu’on les dessèche et qu’on en fait usage. Quand toutes ces operations sont terminées, on doit renfermer les Heurs dans des sacs de papier, et les placer dans de grandes armoires absolument privées d’humidité.

De la recolle des fruits. On divise les fruits en deux classes : les fruits charnus et les fruits secs.

On ne doit pas attendre, pour récolter les fruits charnus qu ou veut fai i e secher, qu’ils aient atteint toute leur maturité. Si on devait les employer à l’état frais, il faudrait les choisir tres-abreuvés de sucs. On reconnaît cette qualité, sur les fruits à pulpe épaisse, lorsqu’ils cèdent facilement à la pression. Les framboises, les mûres, les fraises, qui sont également des fruits charnus, ne peuvent être conservées que dans l’eau-de-vie ou à l’état de condiment sucré. Par eux-mêmes, ces fruits ne pourraient résister à la décomposition. Les fruits charnus et à pulpe molle et presque difHuente, qui ont de l’analogie par leur structure avec les fraises ou les framboises, comme les ligues, se conservent avec la peau ou sans la peau. On les dessèche sur une claie, aux rayons du soleil, et la matière sucrée qui les compose devient, par son abondance, un excellent moyen de conservation. D’autres fruits charnus, comme la pèche, l’abricot, la prune, se conservent en les divisant par quartiers et en les exposant à Pair sec et au soleil, disposés en chapelets.

Les fruits à capsules, comme les tètes de pavot, exigent,

pour leur conservation, qu on les récolté a leur pai faite ma— turité , mais avant la chute des graines. C’est cette transition dont il faut profiter.

Il y a des fruits dout on ne conserve que le zeste pour l’usage médical. Ce sont le citron, l’orange, le limon. Il n’y a pas d’autre précaution à prendre que de détacher avec soin l’enveloppe du fruit, et de l’exposer au soleil jusqu’à dessiccation. On serre les zestes dans des sacs de papier, comme les paquets de feuilles ou les collections de fleurs.

De la récolte des graines ou semences. Pour être assuré qu’une graine est mûre et bonne, il faut la récolter sur des fruits très-mûrs, bien nourris et bien conservés. C’est donc d’après l’état des fruits qu’on se guidera pour la récolte des graines.

On n’a pas besoin d’user d’aucun procédé de préparation pour la conservation des graines à coque, comme la noix, l’amande. La nature leur a donné un vêtement suffisant pour qu’elles soient à l’abri de l’humidité. Les semences émulsives, c’est-à-dire celles qui contiennent une huile, comme l’amande, mais qui n’ont pas comme elle une coque, doivent être desséchées avec soin. Il faut les étendre par couches très-minces, dans des greniers à courant d’air, et puis les enfermer dans un lieu où l’air se renouvelle, et qui soit absolument privé d’humidité. Les semences émulsives ne doivent jamais être conservées au delà d’une année, qu’elles soient protégées d’une coque ou qu’elles ne soient couvertes que d'une légère pellicule. La matière huileuse, qui forme la partie essentielle de la graine, se détériore par la vétusté, passe au rance, et acquiert une àcreté qui change complètement les propriétés de la substance. Ainsi, par exemple, la graine de lin, qui est de nature oléagineuse, excite la peau, au lieu de produire une influence adoucissante, lorsque la farine, appliquée à l’état de cataplasme, a été altérée par le temps.

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