BES BOEUFS
Choix de s bœufs La couleur du poil est un des principaux caractères auxquels on apprécie les qualités d’un bœuf. Un bœuf à poil noir est toujours bon, mais à la condition d'avoir quelques parties blanches, soit aux pieds, soit à la tète. Lorsqu'il est uniformément noir dans toutes les parties du corps, il est ordinairement lourd et nonchalant. Le bœuf à poil rouge ou roux est le meilleur de tous : cette couleur est l’indice d’un tempérament bilieux et ardent. On conçoit combien les qualités inhérentes à ce tempérament sont précieuses chez un animal qui par nature est, comme tout le monde sait, lent et llegmatique. Le bœuf à poil bai participe des qualités du précédent, mais à un moindre degré; en revanche, s'il est plus lent et moins ardent au travail, il jouit ordinairement d'une plus grande longévité. Le poil moucheté, qui correspond au pommelé des chevaux, indique un tempérament mou et llegmatique , qui rend le bœuf impropre au travail; mais il se charge de chair avec une grande facilité, aussi est-ce celui que l’on choisit de préférence pour
l’engrais. Le bœuf blanc est exclusivement propre à l’engrais. Les bœufs bruns et gris sont ceux que l’on doit le moins re-
chercher.
Age. Les bœufs doivent être pris jeunes pour le labourage. Ils commencent à rendre de bons services à trois ans ; passé dix ans, ils ne sont bons qu’à l’engrais.
Étables. Les étables doivent être spacieuses, aérées, disposées de manière à laisser un cours facile aux eaux et aux im-
mondices; elles doivent être pavées, à cet effet, de sablon ou de terre grasse, en pente. Les ouvertures doivent être de préférence exposées au midi.
Nourriture et pacage. La nourriture des bœufs doit être subordonnée à l’état de repos ou de travail. En hiver, alors qu’ils sont presque constamment en repos, il leur suffit d'un peu de foin et de paille; pendant la saison du travail, il leur faut de bon foin, et, avant de les atteler, on est dans l'usage de leur donner une mesure de son sec, ou deux jointées d’avoine. À défaut de foin, on peut leur donner, en été, de l’herbe fraîche, des bourgeons de vigne, des feuilles d’orme, de frêne, d’érable, de saule ou de peuplier; la vescc, le sainfoin, la luzerne peuvent également suppléer le foin; l’orge bouillie, les pois et fèves concassés, les gerbes de froment et de seigle leur conviennent encore beaucoup. Mais, en général, toutes ces substances ne nourrissent pas et ne soutiennent pas aussi bien que le foin. Celui-ci doit donc être préféré, autant que le choix est possible.
Dans les pays à pâturages, on met les bœufs à l’herbe \ers la mi-mai ; ils reprennent le fourrage en octobre. 11 ne faut en général les faire passer du vert au sec et du sec au vert que graduellement. On les fait boire deux fois le jour en été, une fois en hiver, et toujours une eau limpide et froide.
Soins du bouvier. Le bouvier doit être attentif à bouchonner scs bœufs matin et soir, surtout lorsqu’ils sont en sueur. Il les étrillera le matin avant de les mettre au joug, et aura le soin de leur laver souvent la queue avec de l’eau tiède, et de leur mouiller de temps en temps la bouche, pendant les chaleurs, avec du vin ou du vinaigre et un peu de sel. 11 ne les attachera à l'étable que lorsqu’ils ne sueront
plus. On évitera de les faire travailler pendant les grandes chaleurs, les grands froids ou les pluies.
Bœuf de trait ou d'attelage. Les instructions qui précèdent s’appliquent particulièrement aux bœufs destinés. au trait ou à l’attelage. On conçoit que ceux qui ne font rien n’exigent point autant de soins. Quant à ceux qui sont à l’engrais, leur régime est tout différent; nous en parlerons tout à l'heure. Dans la saison d’été, c’est-à-dire de mai en septembre, les bœufs vont ordinairement deux fois par jour à la charrue, le matin, depuis la pointe du jour jusqu’à neuf ou dix heures, et, le soir, de deux à sept heures. Dans l’intervalle, on leur fait prendre du repos à l’étable ou dans des pâturages. Le reste de l’année, on leur fait faire leur journée de travail tout d’une traite.
L’éducation des jeunes bœufs destinés au trait n'est pas sans quelque difficulté. On ne les plie au joug et à l’attelage qu’après de nombreuses épreuves, qui consistent à les habituer graduellement à avoir les cornes liées, à traîner des roues, des chaînes, etc. On ne les amène là qu’en les caresressant et les flattant beaucoup, et en ne faisant que peu ou point usage de l’aiguillon. Du moment où le jeune animal commence à être familiarisé avec le joug, son éducation s’achève en l’accouplant avec un bœuf dressé. Cette éducation doit commencer dès l’âge de trois ans au plus tard ; passé cet âge, on ne le dompterait que très-difficilement. On ne fera faire aux jeunes bœufs que des demi-journées, et on 11e les appliquera qu’au labour de terres légères. Enfin, quand un jeune bœuf est complètement dressé, il ne faut l’accoupler, autant que possible, qu’avec un bœuf de même taille et de même force.
Parcage des hèles à cornes. On tire un grand parti du parcage des bêtes à cornes pour l’amendement des terres. Les vaches, surtout, à cause de la grande quantité de fiente et d’urine qu’elles rendent, y sont particulièrement propres. Quand on veut amender une pièce à labour, on y fait parquer un certain nombre de vaches, changeant le parc toutes les nuits, de proche en proche, jusqu’à ce que toute l’étendue de la pièce se trouv e fumée. 11 suffit de renouveler cette
opération tous les cinq ans, pour fertiliser les terres les plus maigres. On amende aussi de la sorte les potagers et vergers, pour en fortifier l’herbe et les arbres fruitiers.
Nourriture des bêles à cornes en hiver. Les pâturages, herbes et fourrages venant à manquer pendant l’hiver, on y supplée par les raves, les navets, les pois, fèves, lupins, etc. Les raves et navets engraissent mieux le bétail et produisent surtout plus de lait chez les femelles. Dans les pays et dans les cas où l’on ne pourrait point se procurer ces racines, on y suppléerait par du jonc marin cultivé, plus connu sous le nom de lande ou sainfoin d’Espagne.
JtLiujraissemeul des bêles à cornes. Du moment ou l’on veut mettre des bœufs ou des vaches à l’engrais pour la bou-
cherie, ou ment vers
doit leur faire cesser tout travail, L’est ordinairel’àge de dix ans qu’on commence ce régime. Voici
en quoi il consiste : on choisit pour cela, de préférence, la saison d’été. Dès que le jour paraît, on mène les bêles au pâturage où on les laisse paître jusqu'à la grande chaleur du jour. Après quelques heures de repos à l’étable, on les ramène au pâturage jusqu’à la nuit. Pour exciter leur appétit, on les fait boire trois ou quatre fois le jour, et on leur lave de temps en temps la langue avec du v inaigre salé. Lue poignée de sel qu’on leur jette dans la gorge les oblige à boire
et stimule aussi h?ur appétit. On les dispose très-bien à tirer le plus grand profit de cette nourriture, en leur faisant boire, pendant les premiers jours, un mélange composé d'un seau d’eau tiédie au soleil, dans laquelle on jette deux mesures de farine d’orge mêlée avec des pommes de terre en petite quantité; le soir, au retour des champs, on leur donne une bonne litière et une botte d'herbe fraîche. Quatre mois de ce régime suffisent ordinairement pourobtenir le résultat désiré.
Dans les pavs où il n'v a point de pâturages, l’engrais se fait en hiver; il exige alors beaucoup plus de soins et de dépense. Après avoir préparé les animaux comme il vient d’être dit, on les nourrit abondamment de bon foin ou d’herbes sèches, et le soir on leur donne des pelotes de farine de seigle, d’orge ou d'avoine, pétries avec de l'eau tiède et mêlées avecun peu de sel.
Dès qu’un bœuf est mis à l’engrais, il faut cesser de lui donner de la paille à manger, non plus que de l’orge, et remplacer ces substances par du son sec, soir et matin, et une écuellée de seigle à midi. On se trouve bien aussi de mettre dans le breuvage de grosses raves cuites, ainsi que des navets et du jonc marin cultivé. Enfin, dans quelques pays, on est dans l'usage de faire prendre aux bêtes 50 grammes de poudre d’antimoine dans une mesure de son ou d’avoine, pour faciliter les digestions et entretenir le bon état de la transpiration.
tll, S Y U. H K S.
Choix des vaches. Le choix d’une vache doit être subordonné a sa double destination, faire du bon lait et avoir beaucoup de veaux. Aussi, les qualités qu’on recherche en ('Ile diffèrent-elles de celles du bœuf ; c’est moins la force, qu’on doit consulter, que l’embonpoint et le tempérament. Voici les caractères que l’on assigne à une bonne vache laitière : elle doit avoir le corsage grand, le ventre gros, le front large, les yeux noirs et ouverts, les cornes belles, polies et brunes, les oreilles velues, les mâchoires serrées, le fanon grand, ainsi que la queue, la corne du pied petite et les jambes courtes. Mais c’est surtout à l’âge, à l’embonpoint, à l’œil, à la conformation du pis et des trayons, et à la constitution de son lait qu’il faut apporter la plus grande attention. Elle doit être jeune ; au delà de dix ans elle n'est bonne que pour l’engrais. Son mil doit être vif. Elle doit avoir le pis gros et grand, les trayons gros et longs. Son lait doit être épais, crémeux et pas trop blanc. Quant à son poil, il doit être court et doux; les vaches (pii ont le poil d’un noir moucheté, ou tout à fait noir, passent pour fournir le meilleur lait. Les blanches en donnent une plus grande quantité, mais il est moins riche en matière butyreuse. Les rouges ont plus de force, mais elles sont moins bonnes laitières, et plus propres au tirage.
On prendra en grande considération le pays d’où viennent les vaches. Celles des pays froids et humides sont beaucoup plus grosses que celles des pays chauds; mais en revanche eel-
les-ci sont beaucoup plus fortes et plus vivaces. Les meilleures de toutes sont les vaches dites flandrines , venant des Indes. Elles donnent une fois plus de lait et de beurre que les vaches communes de France. On ne les élève que dans des pays à pâturages gras et abondants, comme la Bretagne ou la Normandie. *ElIes se distinguent des vaches communes par une taille plus élevée et moins d’embonpoint. Elles sont d’autant plus recherchées qu’en ne consommant pas plus de nourriture que les autres, elles donnent un produit beaucoup plus riche.
Etables à vaches. Les étables à un seul rang, permettant d’attacher les vaches d’un côté et leurs veaux vis-à-vis, sont les plus commodes. Quant aux autres dispositions, elles doivent être les mêmes que pour les étables à bœufs.
Nourriture et pacage. Ce que nous a\onsdit à propos de la nourriture et du pacage des bœufs et des bêtes à cornes en général, s’applique également à la nourriture des vaches. Cependant, il n’est pas inutile de rappeler ici quelques-unes des recherches récentes des chimistes pour la détermination des meilleures conditions d’alimentation des vaches laitières et des animaux à l’engrais. Les substances les plus aptes à favoriser la formation de la graisse et du lait sont celles qui contiennent tout à la fois le plus de matières grasses, de sucre et d’amidon. Celles qui ne contiendraient exclusivement que l’un de ces principes seraient impropres à une bonne alimentation. C’est donc dans l’association de ces divers principes qu’on trouve les meilleures conditions possibles. Voici les substances et les proportions que l’expérience a démontré être les plus convenables pour atteindre ce résultat :
Regain de foin 42 kilogr.
Pommes de terre 8,50
Betteraves 42
Tourteaux huileux de colza 4
Paille hachée, à discrétion. Le tout pour vingt-quatre heures.
Avec un pareil régime une vache peut fournir, en moyenne, de 8 à 40 litres de lait par jour.
L’eau qu’on leur donne à boire doit être claire et dégour-
die. On y détrempe avec avantage des tourteaux de colza ou de navette. On les fait boire, en tout temps, deux fois le jour.
Soins des vaches. On trait les vaches deux fois le jour en été, et une fois en hiver. Aussitôt après la première traite, en été, on les mène au pâturage où elles seront autant que possible placées à l'ombre. Après avoir passé à l’étable les heures de la plus grande chaleur, elles seront ramenées aux champs jusqu’à la nuit. En hiver, on ne les mènera au pâturage qu'une fois, entre onze et trois heures. Le vacher devra avoir le soin, dans toutes les saisons, de les faire boire aux mêmes heures, d’entretenir la litière en bon état, d’ôter les fumiers, de ménager les vaches pleines et de faire tetter les veaux avant que les mères ne sortent; enfin de les panser souvent et de les maintenir dans l’état de propreté nécessaire à l’entretien de leur santé.