DES MOUTONS , BREBIS ET BÉLIERS
Choix des bêtes à laine. Le choix doit porter principalement sur les brebis, qui font tout le prix d’un troupeau. Une bonne brebis doit avoir le corps grand, les yeux ouverts et éveillés, la queue et les tetines longues, le ventre large, la démarche alerte, les jambes bas-jointées, la têtu, le cou, le dos et le ventre bien fournis de laine blanche, longue, soyeuse et luisante. On ne doit les choisir ni trop vieilles, ni trop jeunes, c’est-à-dire de deux à trois ans.
Les béliers doivent avoir le corps long et élevé, le ventre grand, la queue longue, les testicules volumineux, le front large, les yeux noirs, les oreilles grandes, l’encolure large, et être bien chargés de laine, même jusque sur la queue, sur les oreilles et autour des yeux. Le bélier à cornes est plus estimé que celui qui n'en a pas. Il faut que le bélier ait au moins
deux ans et pas plus de huit. — On a ordinairement un bélier pour cinquante brebis.
Différentes espèces de brebis. Les meilleures bêtes à laine de France se trouvent dans le Berri et le Beauvoisis. Outre les brebis communes, on y élève des brebis étrangères supérieures en qualité et qui y réussissent bien. Les principales espèces les plus estimées sont les brebis dites Flandrines , amenées des Indes en Hollande et en Flandre, les brebis du pays Bressan, près de Mantoue, celles du pays Tesin et les brebis de Barbarie.
Bergeries. Les bergeries doivent être exposées au midi, avec des fenêtres de chaque côté pour donner du jour et de Pair à propos. Les dimensions communes d’une bergerie doivent être de 15 à 18 mètres de long sur 8 à 10 de large, et de 5 mètres et demi de haut, pour cinquante brebis avec leurs agneaux. Indépendamment des fenêtres, on fera bien de ménager, de distance en distance, des ouvertures dans les murs, que Fon bouchera avec de la paille lorsque Pair aura été suffisamment renouvelé. L’aire d’une bergerie doit être unie et avoir de la pente, afin de favoriser le cours des urines.
Sows du berger. La bergerie devra être nettoyée une ou deux fois Pan. On choisira pour cela les mois mars et d’aoùt, ou le mois de juillet, si on ne le fait qu’une fois. Pour prévenir les maladies, le berger aura le soin de leur donner chaque jour un peu de sel; on sait que les brebis aiment beaucoup cette substance, qui leur est très-salutaire. Quand il les mè-
nera paître, il choisira de préférence les collines, parce que les brebis s’y plaisent particulièrement; il évitera les endroits marécageux ou trop gras.
Nourriture cl pacagr.D ans la bergerie, on nourrit les bêtes à laine avec des herbes, du foin, de la paille et du son. On leui donne aussi des raves, navets, joncs marins hachés, de la vesee, du sainfoin et de la luzerne. En cas de disette de ces substances, en hiver, on leur substituerait des feuilles sèches d’ormeau, de frêne et de bouleau, des cosses et feuillages de légumes, des choux, etc.
Pu ete, on les nourrit exclusivement aux champs; c’est là que les bêtes à laine trouvent leur meilleure subsistance. On
les y mène deux fois par jour, dès le grand matin, et dans l’après-midi, jusqu’au coucher du soleil. On les fait boire dans l’intervalle, et à leur rentrée dans la bergerie. Pendant les autres saisons, on ne les mène paître qu’une fois le jour, sur les neuf heures ; le reste du temps, on les nourrit comme nous l’avons dit plus haut.
Parcage. Le parcage des bêtes à laine a pour objet l’engrais des terres arables, Vergers, prairies, etc. Tous les genres de culture s’en trouvent bien, à l’exception de celle du sainloin. Le parc consiste en un carré, grand en proportion du nombre de bètcs qu’on y enferme, et entouré de claies ou de châssis de bois de fente, traversés par des pieux et soutenus en dehors par des piquets. Pour un troupeau de cent brebis, le parc doit avoir 6 ou 8 mètres de large sur 25 de long. Les parcs sont dressés successivement à côté les uns des autres, jusqu’à ce que toute l’étendue de la terre soit convenablement fumée. On est dans l’usage d’en dresser deux, adossés l’un à l’autre, de manière à laisser le troupeau dans le premier jusqu’à minuit, et de le faire passer ensuite dans l’autre, à la pointe du jour, pour l’y laisser jusqu’à ce que le soleil ait dissipé la rosée. On parque depuis le mois de mai jusqu’au mois de novembre. Un parc de cent moutons suffit pour fumer tous les ans 5 hectares de terre.
Tonte des bêles à laine. On tond les brebis vers le mois de mai, et les agneaux en juillet. La veille du jour où l’on doit faire la tonte, on lave tout le troupeau à la rivière ou dans un ruisseau d’eau claire. On doit renouveler la litière de la bergerie, pour que la laine se salisse le moins possible. Le jour de la tonte, on prend les bêtes une à une, on les lie par les pieds et on les étend sur un van ou une nappe. La laine est coupée ras de la peau avec de grands ciseaux. En France, on tond rarement les moutons plus d’une fois l’an. Lorsqu’on les tond deux fois, la première tonte se fait en mars, la seconde en août. La laine de la seconde tonte ne vaut jamais celle de la première.
Engraissement des bêtes à laine. On engraisse les moutons et les brebis en les faisant paître à la rosée, en leur donnant beaucoup à boire, et en les faisant glaner dans les champs
aussitôt après que le blé en a été récolté. Ainsi, on les mènera aux champs, pendant l’été, dès les premières lueurs du jour; on les ramènera à la bergerie vers huit heures du matin, et, aussitôt la chaleur passée, on les reconduira paître jusqu’au soir. Trois mois de ce régime suffisent. En hiver, on les nourrira de bon foin, d’avoine et de pelotes de farine d’orge, et on les fera boire abondamment, en ajoutant du sel à leur eau.
Quant aux béliers, on devra les chAtrer ou les tourner avant de les mettre à l’engrais.
On n’engraisse que les bêtes que l'on veut vendre; car, une fois engraissées, elles ne supporteraient pas longtemps un pareil embonpoint : les premières chaleurs les feraient périr.
DF. I.A RF.PRODFr.TIOX.
On fait ordinairement saillir les brebis au mois de septembre, pour avoir des agneaux en février ; et, comme les brebis sont en chaleur depuis le commencement de septembre jusqu’en avril, on peut avoir des agneaux pendant six mois de l’année. Pour donner delà vigueur aux béliers, on les nourrit tous les jours avec i 25 grammes de pain d'avoine et de graine de chanvre. On ne laisse le bélier avec la brebis que durant le temps nécessaire pour la conception. Quand l’époque de mettre bas approche, il faut être attentif au moment de la délivrance, car elle est souvent laborieuse chez les brebis. On la tacilite beaucoup en leur faisant avaler un gramme et demi d antimoine dans un verre d’eau. Dès qu’elles auront agnelé, on les entérinera, et on les nourrira, pendant quelques jours, avec de bon foin et du son mêlé d’un peu de sel, et on leur fera
boire de l’eau tiède blanchie a\ec de la farine de froment.
DK S A i; .N K A r \ .
Agneaux nouveau-nés Avant que de laisser téter l’agneau, il faut tirer et jeter le premier lait de la brebis. L'agneau sera enfermé pendant quelques jours avec sa mère, afin d’être tenu chaudement. Les agneaux sont sevrés ordinairement à un mois ou si\ semaines. Quelque temps auparavant.
on commence à leur donner de l’avoine, du sainfoin, des feuilles de saule et de peuplier ou de la farine d’orge.
Pour faire profiter promptement les agneaux, on leur coupe la queue dès qu'ils sont un peu forts. On ne commence à les envoyer aux champs, en général, que vers la fin de mars. Du moment où ils sont complètement sevrés, on les mène paître avec les brebis.
Agneaux que Von conserve. On garde rarement les agneaux de la première portée, parce qu’ils sont toujours faibles. On choisit de préférence, pour les élever, les plus forts et les plus chargés de laine. On les châtre à cinq ou six mois, à moins qu’on ne veuille les réserver pour la reproduction. Quelques personnes préfèrent les châtrer dès les premiers jours de la naissance. Cette opération se pratique en faisant une incision à travers laquelle on faitpasser les testicules, qui se détachent d’eux-mêmes en serrant la bourse entre les doigts.
La nourriture habituelle des agneaux se compose d’avoine ou d’orge en grain; l’avoine mêlée avec du son est celle qui leur convient le mieux.