VERS A SOIE
Du choix de la graine, du logement et de la couvée. La graine (c’est le nom qu’on donne aux œufs des vers à soie) doit être de l’année, naturalisée dans le lieu, ou du moins originaire d’un pays de même température que celui où on veut la faire multiplier. Le mieux est de l’obtenir des vers qu’on a élevés soi-même ; mais, si on l’achète, il faut s’assurer, autant que cela se
peut, qu’elle sort de cocons choisis et qu elle a été conservée avec les précautions convenables. Pour qu’une graine soit bonne, il faut qu’elle soit lourde, d’une couleur loncée ou noirâtre, mais vive ; il faut aussi qu’elle soit cassante et remplie d’une liqueur assez consistante pour ne point couler au dehors. La bonne graine doit tomber au fond de l’eau par sa pesanteur naturelle; si elle surnage, elle est de mauvaise qualité.
On ne doit prendre de graine qu’en raison de la quantité de mûriers que l’on possède. Vingt-cinq grammes donnent assez de vers pour consommer les feuilles de cinq grands arbres de cette espèce ou de vingt-cinq petits. On la fait éclore au printemps, à l’époque où les feuilles des mûriers commencent à paraître. Après l’avoir fait tremper pendant une demi-heure dans de bon vin , on place cette graine, par vingt-cinq ou cinquante grammes, dans des boîtes de bois mince et léger, fermant bien, et garnies en dedans de papier blanc. Une seconde feuille de papier, criblée de trous, recouvrira la boîte, qui sera disposée entre deux oreillers de plume , chauffés modérément au feu ou au soleil. On veillera à ce que la même température soit constamment conservée.
Le troisième ou le quatrième jour, on visite la boite; le ver est alors prêt à sortir; on met, au-dessus du papier criblé, des feuilles fraîches de mûrier, et au bout d'un quart d'heure les vers sont montés et sont venus se fixer sur les feuilles, que l’on retire à mesure qu’elles sont chargées de vers.
De l' éducation des vers à soie jusqu'à ce qu'ils filent. Ces vers seront transportés, aussitôt après leur éclosion, dans de nouvelles boîtes, ou sur des cribles, des feuilles de papier, ou de petites planches. On les laissera ainsi pendant quatre ou cfnq jours, sans autre soin que de leur donner des feuilles de mûrier. Une fois ce temps écoulé, on doit diminuer de jour en jour la chaleur artificielle que l’on entretenait autour des vers, pour les habituer graduellement a la température ordinaire de l’air.
Nourriture et autres soins. Les feuilles de mûrier constituent l’unique nourriture des vers à soie. On préfère les feuilles des mûriers blancs, qui sont les plus communs dans les pays où se fait la soie, à celles des mûriers noirs ou d’une autre espèce. Cependant, si les feuilles de mûrier blanc sont rares, on leur donne alternativement des unes et des autres. On doit renouveler ces feuilles deux fois le jour, à six heures du matin et à six heuresdu soir, jusqu’à l’époque de la seconde mue; et, depuis la troisième jusqu’à la quatrième mue, trois fois le jour, à six heures du matin , à deux heures et à dix heures du soir. Après celte époque, on en donne cinq à six fois le jour, à distances à peu près égales. Les feuilles doivent toujours être de l’âge des vers; on aura grand soin de rejeter toutes celles qui seraient gâtées ou mouillées. Enfin on ne distribuera jamais ensemble des feuilles de qualités différentes. Le quatrième ou cinquième jour qui suivra l’éclosion, on ôtera la litière et on la remplacera par un nouveau papier frotté avec du thym. A partir de ce moment, on la nettoiera souvent et on la composera en partie d’herbes aromatiques, telles que la lavande, le romarin, etc.
Des maladies des vers à soie. On appelle mues ou maladies les transformations que les vers subissent pendant le premier mois de leur existence, et qui sont au nombre de quatre, s’opérant de huit en huit jours. Chaque mue dure trois jours; pendant ce temps, les vers ne mangent point et se tiennent cachés sous leur litière. On ne doit pas les toucher pendant les mues. Chaque fois qu’ils sortent de dessous leur litière, on leur donne a manger en se conformant aux heures et aux quantités indiquées ci-dessus. Les
dernières mues font périr un assez grand nombre de vers. Indépendamment de ces maladies naturelles, les vers ont aussi des maladies accidentelles, qui sont produites, soit par la mauvaise qualité des feuilles, soit par la rigueur de la saison, le défaut de soins ou la malpropreté du local. Aussi doit-on apporter une grande attention à tenir ces insectes dans uri lieu bien dos, où ils soient à l’abri du froid, des vents et des mauvaises odeurs. Le bruit leur est également contraire. Quand on s’aperçoit qu’ils ne grossissent pas et qu’il en périt un grand nombre, on doit changer leur litière et frotter leurs boîtes ou leurs planches avec des herbes fortement aromatiques.
Des vers en fraise Six ou huit jours après la quatrième mue, c’est-à-dire vers la sixième semaine de leur existence, les vers sont en disposition de mûrir et de former la soie; c’est ce que l’on désigne en disant qu’ils sont en fraise. Les plus vigoureux restent quatre ou six jours en fraise, avant que de rendre la soie ; les plus faibles sont huit jours dans cet état. Il faut , dès ce moment, les tenir au large, leur faire bonne litière, et leur donner d’heure en heure de la feuille forte et en abondance.
Des vers filants. Après être restés de quatre à six ou huit jours en fraise, les vers commencent a üler la soie et a bâtir leur cocon, dans lequel ils s’ensevelissent pour se transformer en sève et plus tard en papillon Quand on n’a qu’une petite quantité de vers, on les met filer dans des cornets de papier ou dans des coins de boîte. Mais si l’on en a une grande quantité, on leur confectionne, avec des rameaux de chàlaignierou de bruyère, dans l’entre-deux de chaque étage des tablettes à vers.des cabanes en forme de voûte, adossées contre la planche de la tablette supérieure. Les vers sont étendus dans ces cabanes sur des feuilles de papier bien nettes ; on leur donne à manger peu et souvent, et on diminue graduellement leur nourriture, qu’ils finissent même par abandonner tout à fait pour s’enramer.
Le premier jour de son travail, le ver pose la base de son cocon, c’est ce que l’on appelle l’araignée. Le second jour, il forme son cocon sur cette, araignée et s’y couvre de soie. Le troisième jour, il est complètement enveloppé et épaissit graduellement sqp cocon. Il faut laisser filer le ver sans l’interrompre ni l'ébranler. 11 met ordinairement huit jours à celte occupation.
Des vers en papillons. Manière d’en conserver la graine. Après une dizaine de jours environ de séjour dans leur cocon , les vers percent leur enveloppe, et en sortent sous forme de papillon ; c’est leur troisième et dernière transformation. On ne laisse parvenir à cet état que le nombre de cocons nécessaires pour avoir de la graine. Les autres sont livrés au filage pour en retirer la soie. Pour obtenir la graine des papillons, il faut, aussitôt qu’ils sont éclos, les prendre par les ailes, les mettre, chaque mâle avec sa femelle, sur des feuilles de noyer ou sur des clayons de jonc, et les rapprocher pour faciliter leur accouplement. Ils doivent rester accouplés durant l’espace de cinq à six heures avant de rendre la graine. Passé ce temps, on les sépare avec précaution, s’ils ne se sont point séparés d’euxmêrnes, et on jette le mâle. C’est le moment où la femelle rend scs graines, ce qui veut dire scs œufs. La graine, en sortant du papillon , est blanche ou jaune; elle devient verdâtre, puis rouge; et peu à peu elle revêt celte couleur brune et brillante qui caractérise sa bonne qualité. On conserve la graine j usqu’au temps de la couvée suivante, dans des boites bien fermées cl tenues dans un lieu où la température est douce et toujours uniforme.