‹ Traité complet de l'horticulture pour les grands et les petits jardins, précédé de la botanique simplifiéeChapitre 55 sur 425 · AMENDEMENTS · texte numérisé non relu

AMENDEMENTS

1° Les terres portées, ou terres neuves de plusieurs sortes, la terre franche et le sable, la terre ou le terreau des rues, les cazons, les gravois ou décombres des bâtiments bâtis en chaux, et ceux des murs bâtis en terre, la vase ou le limon des marais, des fossés et des étangs, mûris et reposés un an ou deux à l’air.

2° La marne et la craie.

o° La chaux.

4° Le plâtre et les plâtras.

11 nous reste à faire connaître en détail l’emploi de ces différents engrais et amendements suivant la nature des terres.

Le sable pur ou sablon aride, infertile, ne peut s’améliorer qu’en y rapportant de la terre franche, et môme de la terre forte, visqueuse ou argileuse, jointe au fumier de vache, gras et bien consommé. Les terres ou terreaux des rues, et les balayures des places où l’on tient des foires et marchés de bestiaux, étant reposés deux ans à l’air, doivent être considérés comme le plus excellent engrais dans tous ces terrains, et celui qui convient le mieux à toutes sortes d’arbres, même aux orangers. Les cururcs des mares, des fossés et des étangs, reposées aussi, doivent être regardées à peu près de môme, si ce n’est que cet engrais étant plus froid convient mieux dans les sables chauds et secs. Les décombres des murs bâtis en terre font aussi, dans les sables chauds ou froids, môme sans addition de fumier, un excellent engrais, en les mêlant par un bon labour, avant l’hiver. On peut ainsi, d’une mauvaise terre en faire une bonne, en y rapportant de meilleure terre; et

même, du mélange de deux mauvaises on peut en faire une passable, pourvu qu’elles soient toutes les deux de qualités contraires, comme le sablon et la glaise, et qu’on ajoute à ce mélange les fumiers convenables, et en dose suffisante. Car les terres rapportées, quoique bonnes et neuves, et la marne même, ont encore besoin du secours des fumiers pour améliorer les terres sur lesquelles on les emploie; il n’y a que la vigne à qui la terre neuve puisse suffire.

La terre sableuse blanche, froide, est toujours aride, légère, sans consistance; il en est de même de tous les sables mouvants. Ces terrains sont aussi brûlants en été qu’ils sont froids au printemps et en automne* en un mot, des plus difficiles à traiter. On ne parvient aussi à les améliorer qu’à force d’engrais et de fumier. Le fumier de mouton, qui a plus de chaleur que celui de vache, et qui est moins humide, convient mieux dans ces terres quand elles sont humides et froides ; mais quand elles sont sèches, on mêle le fumier de mouton avec celui de vache.-

Dans les terres humides et froides , en général , qu’on n’ouvre point par le labour avant l’hiver, ce qui les refroidirait encore, ainsi que nous l’avons dit en parlant des labours, c’est un bon procédé que de répandre le fumier sur la terre avant cette saison rigoureuse, afin de ne pas donner entrée aux frimas ; c’est ce qu’on appelle fumer sur terre. Dans ce cas, on n’enfouit le fumier qu’au printemps. Cette opération ne paraît pas assez connue. !i faut plus de fumier dans ces terres froides que dans d’autres, et les fumer plus souvent. Quand les sables froids ont du fond et un peu de corps, le pommier et le poirier même y réussissent.

Dans les terres sableuses, chaudes, caillouteuses, particulièrement propres à la vigne et aux fruits à noyau, toutes les primeurs, les pois et les légumes viennent. On a soin de les ouvrir par un bon labour avant l’hiver; on les amende avec le fumier de vache, en général, mais le fumier de cheval et le terreau rendent encore les primeurs plus hâtives.

La terre des vallées, sableuse, noire, douce, maniable, telle qu’elle est dans les prés et les marais, est très-favorable aux arbres et aux plantes potagères; elle a moins besoin d’engrais

et clc fumier que les autres. Six bonnes charretées de fumiei suffiront à chaque arpent; trop de fumier, pour les unes et les autres, peut être nuisible, et trop peu ne fait pas assez d’effet.

La terre franche brune, limoneuse ou à blanc limon, étant la terre par excellence, n’a pas besoin, non plus, du rapport d’autres terres ; il suffit de l’amender de temps en temps par quelques fumiers de chevalet de mouton, mêlés et bien consommés; mais, comme il est rare de trouver des terres d’un parfait tempérament, les unes étant un peu plus froides, les

autres un peu plus chaudes, il faut forcer un peu en fumiers chauds ou froids, selon leur qualité.

Il y a une terre franche rougeâtre, douce, fine et froide, qui se délaie facilement par les pluies et devient gâcheuse, qui s’ameublit trop dans les gelées et les dégels secs, et qui se resserre, se durcit et se fend dans l’été : le fumier de cheval, celui de mouton et celui des boucheries l’améliorent.

Les terres grouetteuses, caillouteuses, un peu visqueuses ou mêlées d’argile, conséquemment un peu fortes, et quelquefois dures et sèches, recevront pour engrais du fumier de cheval et de mouton mêlé, ou, à défaut de ce dernier, du fumier de vache, mais bien consommé; et dans celles qui sont fort argileuses ou grasses, et dès lors plus froides, on emploiera le fumier de cheval seul. Mais si cette terre au contraire est un peu sableuse, la vase ou le limon, les terres des rues reposées deux ans à l’air, ou le fumier de mouton ou de bêtes à cornes, y feront très-bien. Les arbres fruitiers y prospéreront.

La terre forte, pesante, serrée, humide et froide, qui retient l’eau, et conséquemment tardive, n’est cependant pas encore une mauvaise terre pour les fruits à pépins et les gros légumes; mais il faut l’améliorer par différents amendements qui la divisent et la réchauffent, qui la rendent plus meuble, plus menue et plus mouvante, afin qu’elle soit plus piopre a se lier aux racines des plantes. On couvrira cette terre d’une bonne épaisseur de fumier avant l’hiver, pour la garantir des pluies et de la trop grande fraîcheur, de sorte qu'en ne labourant qu’au printemps, on la trouvera saine sous cette couverture; en enterrant ensuite ce fumier dans

le labour, il la soulagera et la rendra légère. Le terreau des couches lui est aussi favorable, de même que le sable, la cendre et le fumier de cheval. La marne est surtout le grand amendement de cette terre ; il est le plus durable et le plus efficace, et par conséquent le moins coûteux. 11 serait à désirer que l’on trouvât la marne partout où elle peut être utile; elle est quelquefois à la surface de la terre, mais on ne la trouve le plus souvent qu’à une assez grande profondeur, ce qu’on reconnaît avec la sonde. La marne ouvre les terres trop serrées, qui retiennent l’eau, et surtout les terres blanches; elle ne les engraisse point, comme le vulgaire l’imagine, car elle ne dispense pas de fumer en même temps, avec de bons fumiers consommés; mais sa propriété étant de ne pas se lier aux autres terres, et de rester par petits globules, elle divise les terres, les rend plus meubles et plus saines, facilite ainsi l’évaporation et la filtration des eaux; par son moyen, la chaleur pénètre les terres, et l’activité qu’elle leur donne les dispose à la fécondité que le fumier achève de leur procurer. Pour se régler sur la quantité de marne que l’on doit employer, il faut consulter le sol et l’expérience ; on évitera ainsi tout excès : car, de ne pas marner assez, c’est s’exposer à recommencer bientôt, et de marner trop est encore pire ; l’effet de cet engrais étant d’échauffer, il rendrait la terre brûlante si on passait la mesure. Une demi-marne et bien fumer, vaut mieux, dans de certaines terres, qu’un marnage entier.

Dans les terres qui resteraient encore trop fraîches et trop humides, même malgré la marne, ou bien qu’on n’aurait pas la facilité de marner, et qui seraient trop argileuses et visqueuses, ou gâcheuses, le chaume, les cosses de pois, la paille peu consommée en fumier, que l’on nomme du paillé, quelquefois un peu de chaux, le noir animal, la poudrette, ou le fumier de volailles et de pigeons, sont de bons amendements qui absorbent l’humidité, allègent, échauffent et font fructifier les terres. Le marc de raisin et celui des pommes les soulèvent et les échauffent aussi.

Mais on doit, avant toutes choses, dans un jardin potager, commencer, quand la terre s’y trouve trop humide, par éle-

ver les carrés du potager, ainsi (jue les plates-bandes des ai bres, bomber les allées, et pratiquer, au bord et le long des plates-bandes, des ruisseaux qui égouttent les eaux et les conduisent hors du jardin, s’il y a de la pente, pour les jeter dans quelque fossé à l’extérieur.

La terre de meulières, la tourbe et la terre marécageuse ou aquatique, sont des terres grasses; les moulières, surtout, «ont des terres molles, glutineuses, remplies de sources qu’on ne peut faire perdre que par des saignées ou des fossés qui en détournent les eaux, par de fréquents labours, par un marnage plus fort que dans les autres terres, ou par le rapport de terres plus sèches, de gazons pris dans des terrains sableux, joints à des fumiers chauds et secs mêlés. Le noir animal et la poudrette sont encore ici d’un grand secours. Avant de semer, dans des terrains de celte nature, il est à propos de bien chauler toutes les graines.

La tourbe, dont la plus grande partie est une dissolution des herbes ou végétaux des marais, ne peut guère s’améliorer; les labours ne la divisent que difficilement. Les fumiers chauds de pigeons , de poules, de mouton, de cheval, les cendres, la marne coquillière, la chaux, les sangsues ou saignées, les fossés qui en détournent les eaux, sont les moyens qu’on emploie pour lui faire porter des fèves et des fourrages, mais difficilement; les arbres y peuvent à peine réussir. Nous ajouterons, à l’occasion de la chaux toute pure, que c’est un engrais de peu de durée dans toutes les terres en général ; l'effet n’en est même bien sensible que la première année, et se trouve anéanti à la troisième. Après la chaux, le noir animal, la poudrette, le fumier de pigeon ou colombiue, et celui des poules, sont les engrais qui donnent le plus de chaleur; on les sème sur les terres froides avant 1 hiver, et on les enfouit au printemps.

La craie ou le crayon marneux, soit friable, farineux et sec, soit argileux et frais, s’améliore avec des gazons pris dans de meilleures terres, grasses ou légères, selon que la craie est sèche ou argileuse, et avec les fumiers de cheval et de vache mêlés et à demi-consommés; mais ce terrain n’est pas fa- 'oial.de aux ai bres , il vaut mieux l’abandonner aux lé°u-

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mes. Le crayon serré, et infertile par lui-même, a la propriété, comme la marne, de diviser les autres terres et de les fertiliser, mais il a moins de vertu que la marne.

• Le tuf est une matière sèche et dure, tenace, ordinairement blanchâtre, quelquefois d’autre couleur, qui n’a pas même l’apparence d’une terre; c’est pourquoi ou est obligé d’en faire l’extraction totale, pour le remplacer par la terre qui convient aux arbres qu’on veut planter. On ne saurait améliorer le tuf, pour les plantes potagères, que par les fréquents labours, le rapport de terres, de gazons, de cur ures de mares, et une prodigieuse quantité de fumiers, sans quoi les végétaux n’y trouveraient aucune nourriture et n’y feraient que languir. En général, toutes les mauvaises terres, comme les terres trop sèches et les terres trop fraîches, consomment beaucoup de fumier et ne s’en ressentent pas longtemps; c’est pourquoi, au lieu de les employer en jardins, on les met tant qu’on peut en prairies artificielles pour s’en débarrasser; elles s’en trouvent un peu améliorées pour quelque temps.

La marne et la glaise sont aussi infertiles par elles-mêmes que la craie; mais la marne est l’engrais le plus parfait des terres fraîches qui retiennent l’eau. La glaise pure ne peut être d’aucun usage pour l'horticulture; mais quand la terre n’est que glaiseuse ou argileuse, il y a du remède.

La marne et la glaise ont beaucoup de rapport ensemble, à la vue. La manière de les distinguer est de les éprouver à la gelée : si c’est une bonne marne, elle se réduira en poussière; si ce n’est qu’une glaise, elle ne fera que se fendre, sans se diviser entièrement dans la même année.

Dans l’argile rouge, ou terre à bâtir, â faire la brique et les poteries, les arbres à racine pivotante, comme le poirier sur franc, l’amandier, et le pêcher greffé sur amandier y réussissent. Elle convient assez aux fèves de marais, aux pois, aux haricots, aux navets, surtout quand, pour ces derniers, on y a mêlé du sable. Cette terre naturellement froide, qui se sèche et se durcit beaucoup en été, serait peu favorable aux plantes, si on ne l’amendait convenablement. Le sable un peu gros ou graveleux, les coquillages, le sable noir de marais, avec le fumier de cheval consommé, sont les meilleurs en-

grais qu’on puisse y rapporter. Si l’argile est trop humide et froide, les fumiers de mouton et de pigeon seront les plus favorables.

L’argile jaune est à peu près de même nature que la rouge, et s’améliore par les mêmes engrais ; elle est moins favorable aux arbres qui, sur cette terre, sont sujets à la mousse.

Dans l’argile blanche, le noyer est le seul arbre qui réussisse. Cette terre est celle qui avoisine le tuf.

DES AKKOSEMENTS.

La sécheresse est l’ennemie mortelle de la végétation. Les arbres, les légumes et toutes sortes de plantes ont à pousser, croître et produire justement au printemps et en été, époques auxquelles le haie et les chaleurs leur font la guerre; et ils ne peuvent acquérir ni grosseur, ni saveur, ni délicatesse, si on ne les humecte abondamment. Les pluies, quand elles sont fortes et continues, peuvent bien suffire pour certaines petites plantes, comme fraisiers, pois, fèves, salades, oignons et autres verdures; mais outre qu'on a rarement de telles pluies, les arrosements sont d’une nécessité indispensable pour toutes les autres productions du jardin potager, entre autres les artichauts d’un an ou deux, qui veulent avoir régulièrement, deux ou trois fois la semaine, un plein arrosoir d’eau à chaque pied; en effet, si on s’en tenait aux pluies qui pourraient tomber, les moucherons se mettraient bien vite aux artichauts, et la pomme en demeurerait petite, dure et sèche. Le jardin fruitier et le jardin à Heurs réclament aussi de bons arrosements.

C’est donc une condition absolument nécessaire, que d’avoir de l’eau dans les endroits où l’on établit des jardins, et de ne point épargner les arrosements pendant le printemps, l’été, et une partie de l’automne.

Il est avantageux, pour la facilité des arrosements, que l'on ait les eaux, soit naturelles, soit artificielles, établies plus haut (lue les lieux que l’on veut arroser; car il n’y a alors qu’à laisser couler l’eau doucement en telle quantité qu’il est besoin, par des canaux, soit de bois, soit de plomb,

soit de terre cuite, soit même par les terres, eu y faisant des rigoles qui conduisent l’eau dans les sentiers des planches et le long des bordures. Cette irrigation abreuve la terre insensiblement, et les plantes en sont rafraîchies, sans que les racines en soient dénudées, comme il arrive quand l’eau est versée tout à coup avec l’arrosoir. Cet instrument d’ailleurs ne peut être percé si mince, que l’eau qui en sort abondamment n’affaise la terre, et ne s’écoule souvent plus bas qu’il ne faut.

Cependant, si on ne peut faire mieux, on ne laissera pas de prévenir les maux que cause la sécheresse, en se servant d’arrosoirs, ou de pompes et de seringues, dont les trous seront percés le plus menu qu’il soit possible. Cette dernière façon d’arroser est surtout fort avantageuse pour laver les branches et les feuilles des arbres chargées de poussière ou infestées de chenilles et autres insectes. Mais, à l’égard des potagers, il faut, encore un coup, que ce soit là la dernière ressource, et que, dans ce cas, les puits auxquels on aura recours soient peu profonds; autrement, l’eau coûtant beaucoup à tirer, il serait à craindre que les arrosements ne fussent que trop médiocres.

il y a régulièrement sept ou huit mois de l’année pendant lesti uels on doit arroser tout ce qui est dans un potager. Les asperges seules en sont exemptes, parce que, ne venant à produire qu’à l’entrée du printemps, l’humidité de l’hiver leur suftit, et elles n’en ont plus besoin passé les mois d'avril et de mai. Mais, comme ces deux mois sont les temps de haie et de sécheresse, on est assez souvent obligé d’arroser alors jusqu’aux arbres nouvellement plantés, et ceux qui, ayant retenu une grande quantité de fruits, paraissent médiocrement vigoureux. Cette opération est surtout indispensable, dans les terres sèches et légères, quand on est au solstice d’été. Les maraîchers connaissent . si bien l’importance et la nécessité des arrosements, que, quelque pluie qu’il fasse pendant l’été, ils ne cessent guère d’arroser, surtout les concombres, les choux-fleurs, et même tout leur jardin; de là viennent la grosseur et la beauté des légumes qu’ils obtiennent. Aussi, disent-ils, par une espèce de proverbe, que le jardi-

nier qui arrose emplit sa bourse, pour marquer que ce n est qu’à force d’arroser qu’ils font leur compte dans les saisons arides.

On est quelquefois réduit à imiter les maraîchers, c’est-àdire à en venir à un arrosement général de tout le jardin. Il faut, dans ce cas, une grande abondance d’eau, et bien delà commodité pour la répandre ou la faire couler sur les terres. Il est nécessaire aussi que cette eau puisse avoir son écoulement facile, par une pente qui la porte dehors, et qui empêche son séjour et le dégât des ravines. C’est pourquoi on a dit qu’il est essentiel que le jardin ait quelque pente naturelle ou artificielle, des arrêts, des rigoles et des décharges pour l’écoulement des eaux. 11 serait à désirer que 1 on pût placer le jardin sur une douce colline, du haut de laquelle soi t it quelque source vive ou quelque ruisseau; le bas de la colline servirait pour l’écoulement des eaux superflues. Cette demiélévation donne aussi un air meilleur et plus tempère, au

lieu que celui des vallées est ordinairement étouffé par la réverbération des rayons du soleil, causée par les hauteurs voisines, qui empêchent lèvent de purifier l'air et de le rafraîchir. Le sommet d’une colline ne serait pas plus propre qu’une vallée à faire des jardins; la force des vents y est trop violente, les arbres y souffrent trop d’agitation dans leurs branches et dans leurs fruits, et ils n’y peuvent jeter d’assez profondes racines, pour peu que le terroir soit mal conditionné. Il n’y a donc point de meilleure situation de jardin qu’une demi-hauteur de colline, où il se trouve du plain, soit naturellement, soit par artifice. Les allées y étant à peu près de niveau, s’il survient des ravines et des pluies trop fortes, elles n’entraîneront pas les terres et n’endommageront pas les plantes.

A l’égard des eaux, elles doivent être exemptes de toutes mauvaises qualités, parce qu’elles ne manqueraient pas de les communiquer aux plantes. Celles des sources de coteaux sont ordinairement les meilleures. On demande, pour qu’une eau soit bonne, qu’elle ait de la fraîcheur et une saveur ferme, passant légèrement sans laisser aucun goût. Elle ne doit avoir aucune odeur, et être si claire, que sa couleur ne

masque point celle du vase où elle est contenue. On juge de sa bonne qualité lorsqu’en bouillant elle s'évapore aisément, et qu’étant refroidie elle ne laisse au fond du vaisseau aucun limon ou gravier. On la reconnaît encore, si, en jetant des gouttes d’eau dans un vase bien net, elles n’y laissent aucunes taches quand elles viennent à se sécher; comme aussi quand les légumes y cuisent facilement et qu’elle dissout bien le savon. Il se trouve des puits où l’eau a toutes ces bonnes qualités, aussi bien que dans les sources des collines et autres. A défaut de l’avantage de posséder de pareilles eaux, il suffira, pour les arrosements, d’en avoir de celle qu’on pourra se procurer avec le plus de facilité. Il faut observer seulement que celle de citerne et de pluie doit tenir le premier rang, pourvu qu’elle soit réchauffée dans des réservoirs, avant d’être employée. On la rassemble ordinairement dans des tonneaux posés en terre, sous les gouttières des bâtiments ; ccs tonneaux se communiquent de proche en proche, et se remplissent l’un après l’autre ; et, quand le dernier est plein, on peut encore y joindre un canal ou une pierre, qui conduira l’eau des pluies survenantes dans un réservoir. Celle de rivière vient après, et son bon tempérament se remarque assez aux arbres plantés au bord de ces rivières, qui, sans exception, sont toujours les plus sains. Celles de puits et de mares sont les moins estimées, quoique la dernière soit engraissée par les égouts des terres et par la fiente des bestiaux qui s’y abreuvent.

Les arrosements doivent être plus ou moins fréquents et plus ou moins amples, selon la force de la chaleur, le besoin de la terre et le volume de la plante. Si on surchargeait la terre d’eau, on empêcherait l’action de la végétation ; et les plantes ou arbres nouvellement plantés périraient. Cependant, il vaut mieux être prodigue qu’avare d’arrosements, surtout dans les potagers. Souvent, il vaudrait mieux ne point arroser du tout que d’arroser peu; cela ne fait qu’altérer la terre qui s’est attendue à ce secours, lequel, pour être trop faible, ne sert qu’à la gercer et à ranimer les mulots, les taupes et autres animaux terriers que cette douce fraîcheur attire, car, durant la sécheresse de l’été, ils en sont aussi avides que les

végétaux ; ils fouillent ^ soulèvent la terre et déracinent les plantes , et la chaleur, qui pénètre ensuite plus aisément, achève de les dessécher. Cet inconvénient n’aurait pas lieu si on n’épargnait pas l’eau.

Pendant les grandes chaleurs, les arrosements ne pourraient être trop fréquents, parce (pie l’humidité continue donne delà vigueur à la sève, la rend plus abondante pour la nourriture des plantes; elle empêche, en outre, qu’il ne se fasse une cessation subite de sève, qui serait capable de faire mourir tous les végétaux, arbres et autres.

En effet, dans les années où la chaleur et la sécheresse sont excessives, on remarque qu’il arrive souvent une cessation spontanée de la sève dans les arbres, ou, en <1 autres termes, la sève cesse tout à coup d’y circuler. Ce qui arrête son cours, c’est la chaleur excessive, qui a pénétré les feuilles et les branches de l’arbre, sans faire le même effet sur les racines, parce que les arrosements, ou du moins la fraîcheur de la terre, les conservent toujours un peu; au lieu que les branches étant tout exposées à l’action brûlante du soleil se dessèchent, et les pores s’en resserrent si fort que la sève n’y peut plus circuler. Ainsi, un jeune arbre qu’on aura vu bien v ort et vigoureux le matin, sera tout fatigué le soir même de la journée, quoiqu’on l’ait arrosé la veille, et aura les feuilles penchantes, comme celles d’un arbre qui va mourir; et il mourra en effet, si on compte sur la rosée de la nuit, ou si on l’arrose seulement par le pied, quelque ample que soit l'arrosement. L’unique remède contre la cessation de sève, qui a causé cet accident, c’est d’arroser aussitôt l’arbre en forme de pluie, par-dessus les branches, sans attendre au lendemain ; cela rétablira la circulation de la sève dans tout l’arbre, et le lendemain il sera aussi vif que s’il n’avait point du tout souffert la veille.

Dans tous les étés chauds et secs, qui se passent sans pluie, il arrive de pareilles cessations de sève, quoique plus lentes et moins sensibles. On voit alors la plupart des fruits, surtout les pêches, (pii ont le plus besoin de sève pour acquérir leur point de perfection et de maturité, tomber ou avorter. Le remède auquel on a recours est de cerner la terre au-

tour du pied de l’arbre, et d’y jeter un seau' d’eair pour ouvrir les pores et ranimer la sève. Ces exemples prouvent combien les arrosements et la vigilance sont nécessaires dans le jardinage.

Quant à l’heure à laquelle on doit faire les arrosements, soit le matin, soit à midi, soit le soir, il ne doit point y avoir d’incertitude sur cela.

On peut arroser le matin ; mais on arrose surtout le soir pendant les grandes chaleurs. On ne doit arroser que le matin, au printemps et en automne, parce que les nuits sont fraîches.

Au reste, nos maraîchers de Paris, qui passent pour les meilleurs jardiniers potagistes de France, arrosent leurs légumes pendant tout le jour, souvent môme pendant la nuit, indistinctement, suivant le temps qu’ils ont, et suivant la sécheresse, et ils ne s’en trouvent pas mal; ils emploient môme sans façon de l’eau chauffée, ou crue, comme elle se présente, quoique l’on prétende que l’eau tiède soit funeste à toutes sortes de plantes. Mais quand on arrose en hiver les plantes qui sont dans la serre, où elles ont quelquefois besoin d’être humectées, on doit arroser la terre doucement, deux heures après le soleil levé, et ne mouiller jamais la plante. Ce serait mieux de se contenter de mettre dans l’eau, à la hauteur de trois doigts, le bas du pot où est la plante.

Les grilles qui forment le goulot des arrosoirs ne peuvent être trop serrées, parce que l’eau, tombant en pluie menue, pénètre doucement la terre, sans la battre et sans la noyer.

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