DE LA SERRE-CHAUDE
Pour peu que l’on soit amateur, il faut que le jardin et l’orangerie soient accompagnés d’une serre-chaude, non-seulement pour y élever et conserver les plantes tropicales, mais encore pour y cultiver pendant l’hiver des ananas et toutes sortes de primeurs, telles qu’asperges, artichauts, pois, choux fleurs, cardons, racines potagères, salades, radis et fournitures; elle sert encore pour y faire germer quantité de fruits, tels qu’amandes, pêches, abricots, noix, etc.
L’exposition qu’on doit rechercher, autant que possible, pour une serre-chaude, c’est le midi, parce qu’elle reçoit Je soleil pendant la plus grande partie du jour; qu’ainsi il peut échauffer davantage par la durée de sa chaleur, et dissiper mieux l’humidité qui pourrait s’y introduire. L’exposition du levant est «à préférer après celle du midi, parce que le soleil y pénètre depuis son lever jusqu’à deux et trois heures après midi. Enfin, on peut encore établir une serre au couchant, qui jouit des rayons du soleil depuis midi jusqu’au soir, lorsqu’il n’est pas possible d’avoir l’une des deux autres expositions. Mais, à l’égard de celle du nord, elle est trop dangereuse, à cause des mauvais vents et de l’absence totale du soleil.
Le mur qui est au fond d’une serre-chaude doit être épais et très-élevé, afin que la pente du toit, composée de châssis vitrés, soit toujours accessible au soleil. La façade, construite perpendiculairement, est composée, comme le toit, de châssis vitiés disposés de manière à s’ouvrir et à se fermer facilement. Ainsi, l'on comprend que, excepté le côté du nord, tout le reste de la construction est en charpente garnie de châssis vitiés. Celte charpente doit être ajustée avec le plus grand soin, et, tout en n’ayant pas trop d’épaisseur pour ne pas intercepter les rayons, elle doit être assez solide pour ne se déjeter en aucun sers : elle doit être peinte à plusieurs couches, et cette peinture renouvelée à peu près chaque an-
née, afin que la pluie n’y cause pas de dégradations. Au reste, rien n’est plus important pour une serre que l’entretien du bâtiment et sa parfaite clôture, puisque de là dépend la conservation de la chaleur. Des paillassons doivent se trouver continuellement à la partie supérieure, pour être jetés sur les châssis au moindre changement de température et à la moindre apparence de grêle; car la grêle est le plus grand inconvénient de ces constructions a toit de verre, les seules praticable pour les serres-chaudes ; en effet, une grêle d’un instant peut tout détruire. Une surveillance de tous les moments est donc indispensable.
Les fenêtres de la façade doivent prendre toute la hauteur de la serre, à l’exception de l’appui, qui, pour l’ordinaire, est haut d’un mètre. La porte doit avoir une hauteur et une largeur suffisantes pour le passage des arbres.
11 serait très-utile que les portes fussent doubles et à deux battants, de manière que l’une s’ouvrît en dehors et l’autre en dedans, pour abattre la première sur soi quand on entre ou que l’on sort, et empêcher ainsi le froid de pénétrer dans la serre.
Il faut aussi que le sol en soit élevé de 7o centimètres audessus du sol extérieur, afin de préserver les plantes de l’humidité, qui est aussi dangereuse que le froid. Il est mieux que le sol soit planchéié que d’être de plâtre ou de sable battu. Si on pouvait pratiquer des caves en dessous, la serre en serait plus saine, et conserverait bien mieux un degré uniforme de chaleur.
Quant à la longueur et à la largeur d'une serre, chacun peut la régler suivant sa volonté et la quantité de plantes que l’on doit y renfermer. Une serre de 8 mètres de largeur, et d’une longueur proportionnée, peut convenir à la plupart des amateurs.
Il serait avantageux qu’il y eût un vestibule à l’un des bouts de la serre, par la raison que les plantes ne peuvent être renfermées trop longtemps sans qu’il en périsse plusieurs, faute d’air nouveau; et l’hiver est quelquefois si rude, qu’il est impossible de pouvoir leur donner de l’air directement, par la porte ni par les fenêtres, sans les mettre en danger; c’est
lâ
pourquoi il n’y a pas do meilleur moyen, pour renouvelei ou besoin l’air de la serre, que d’avoir un vestibule par lequel on puisse passer pour y entrer. Chaque fois qu’on entrera, ce vestibule se fournira d’air nouveau, et, en ouvrant la porte qui donne dans la serre, cet air, se mêlant avec celui du dedans, qui est vicié par l’absorption des végétaux, donnera à ce dernier les principes nécessaires à la végétation et à l’aeeroisssement des plantes.
Il n’est pas impossible que malgré tous ces soins les plantes ne soient pas encore en sûreté contre le froid ; l’hiver peut être si rigoureux, et le froid s’insinuer d’une manière si imperceptible, que le dedans de la serre s’en ressente. Pour connaître quand le froid pénètre, on met des thermomètres en différents endroits de la serre, surtout auprès des portes et des fenêtres; et, dès que l’on s’aperçoit que la température a baissé, on doit sans différer, tâcher d'y rétablir le degré de chaleur perdu.
On est aujourd’hui dans l’usage de remplacer la charpente, dans la construction des serres, par des châssis en fer, ce qui les rend plus solides, plus dégagées, et donne par conséquent un accès plus libre aux rayons du soleil. On remplace aussi les carreaux mastiqués dans des châssis en bois, par des vitraux ajustés dans des rainures en plomb. Ce moyen rend les fractures plus rares et moins dangereuses.
La disposition des plantes dans la serre est la même que dans l’orangerie. Les plantes les plus hautes sont placées au centre, dans le sens de la longueur, et entre deux couloirs. Sur le devant de ces plantes, on place celles d’une dimension moindre, et les plus petites sont établies le long de la façade. Le mur du fond est garni par des plantes grimpantes.
Les caisses ou les pots qui contiennent les plantes de serrechaude doivent être posés dans des couches de tannée ou de feuilles, pour entretenir une certaine chaleur autour des racines. Ces couches sont établies dans des intervalles en maçonnerie, pratiqués exprès dans le sol de la serre, et à la hauteur d’un mètre.
La température d’une serre-chaude ne doit jamais descendre au-dessous de 48 degrés de Réaumur. On y entretient la
chaleur par des fourneaux placés au-dessous de la serre, ou à l'extérieur, et qui y envoient l’air chaud au moyen de tuyaux, ou de bouches de chaleur placées de distance en distance. On chauffe encore les serres au moyen de calorifères à vapeur. Ce procédé paraît le meilleur, en ce qu’il ne produit pas, comme les autres, le dessèchement des plantes, circonstance qui oblige à arroser souvent et à seringuer le feuillage. Le chauffage par les poêles est moins avantageux que tout autre, parce qu’en outre du dessèchement qu’il produit, la chaleur est beaucoup plus inégale. Il est extrêmement dangereux de laisser refroidir la serre pendant la nuit : le feu, sans être trop vif, ne doit donc jamais s’éteindre, même la nuit.
L’entretien de la serre, en hiver, exige des soins continuels. On renouvelle l'air lorsque la température extérieure te permet, mais seulement par l’ouverture d'un châssis. On arrose légèrement les plantes qui ont besoin d’eau ; on en détache les feuilles gâtées ; on lave avec précaution les feuilles de celles qui sont couvertes de poussière, et l’on fait une ouerre continuelle aux insectes. On ne doit pas négliger non plus de gratter légèrement la terre à la surface des caisses et des pots.
C’est le thermomètre et non le calendrier qui doit déterminer l’époque à laquelle on peut sortir les plantes de la serre chaude. Cette opération ne doit se faire que lorsque la température des nuits est de 15 degrés Réaumur au-dessus de zéro.
On dépote les plantes avant de lés sortir de la serre, comme avant de les rentrer. Pour dépoter, on renverse le pot, on frappe légèrement sur ses bords, et la plante se détache avec sa motte de terre; on rempote dans un vase plus grand, et on renouvelle la terre en totalité où en paitie.
Les végétaux d’une grande dimension exigent une opération plus difficile. H faut, à l’aide d’une poulie, enlever la caisse et la renverser; alors on démonte la caisse, on la nettoie, on rafraîchit les racines les plus extérieures, s'il en est besoin, et l’on renouvelle la terre. La caisse ayant été redressée, on arrose abondamment, et on garantit la plante du so-
leil pendant quelques jours. On donne les mêmes soins aux plantes qui, à cause de leur nature, ne sortent jamais de la serre.
Pendant les grandes chaleurs de l’été, il est quelquefois nécessaire de couvrir la serre avec des toiles ou des paillassons, pour éviter que les plantes ne souffrent des coups de soleil dont les vitraux augmentent la violence.
On profite du temps où les plantes sont hors de la serre, du moins pour le plus grand nombre, pour y faire les travaux d’entretien et de réparations nécessaires, et pour renouveler les couches de tannée.
Les serres dans lesquelles on cultive les primeurs, en hiver, ne diffèrent en rien dans leur construction des autres serres-chaudes, sinon qu’elles ont infiniment moins d’élévation : de simples bûches suffisent même pour ce genre de culture. Au lieu de tannée, l’on y établit des couches, qui doivent être composées exactement comme les couches à air libre, à l’exception qu’elles doivent être contenues, comme la tannée, dans des compartiments en maçonnerie.