DE LA MULTIPLICATION PAR BOUTURES
Les boutures sont des branches qu’on prend sur un végétal, et qu’on fiche en terre pour produire de nouveaux individus. On choisit les branches les plus vigoureuses, et il faut les planter toutes fraîches, taillées par le bout en pied de biche, ou bien écartelées. Il est avantageux de les laisser tremper quelques jours dans l’eau ; elles en feront des racines plus vite. On pourra même exposer en plein soleil les vases où elles tremperont, pour mieux préparer le développement des racines.
Tous les végétaux reprennent de bouture, avec plus ou moins de facilité, selon les espèces, à l’exception cependant de ceux dont la tige est creuse sans être nouée, et de ceux dont la moelle est aussi dure que le corps ligneux. On a remarqué que, parmi les plantes herbacées, celles qui ont les tiges charnues reprennent plus aisément que les autres, et que, parmi les arbres et les arbrisseaux, ce sont ceux qui ont l’écorce la plus succulente et la plus épaisse, et l’étui médullaire le plus large.
La partie de la bouture qui s’élève hors de terre, et qu’on appelle plantant, ne doit conserver que quelques centimètres de hauteur, peu de boutons et peu de brandies, afin de ne pas consommer trop de sève et de ne pas épuiser la bouture; il faut aussi l’abriter contre l'ardeur du soleil et les rigueurs de l’hiver.
11 y a plusieurs sortes de boutures que nous allons faire connaître.
La bouture simple est la pius facile et la plus employée. l)ès le mois de février, au moment de la taille des arbres, on peut commencer à préparer des boutures; pour cela, on coupe, immédiatement au-dessous d'un œil, des branches de l'année précédente, en tronçons longs de quinze à vingt centimètres, plus ou moins; on les réunit en petites bottes, et on les enterre à G ou 8 centimètres, dans du sable humide, à l’abri du vent et de la gelée, jusqu’au moment de la plantation. On peut encore, si l'on veut, couper les boutures au moment meme où on doit les planter, ce qui a lieu dans une terre bien ameublie et préparée convenablement, à l’exposition du levant. Si on ne met pas en place de suite, on fait, en avril, un trou avec le plantoir ; on y enfonce la bouture, de manière à ce qu’elle ait trois ou quatre yeux hors de terre; on remplit le trou avec du terreau, que l'on comprime légèrement; on arrose, et on paille, pour empêcher le haie de dessécher la surface du sol. 11 ne reste plus ensuite qu’à arroser pendant les chaleurs et les sécheresses.
Si l’on coupe une jeune pousse d’un arbre greffé, et qu’on lu plante en bonne terre après l’avoir lichéedans une pomme de terre, le tubercule nourrit la tige, dont les racines se dé-
veloppent et produisent un bel arbre sans le secours de la greffe.
La bouture en plançon est exactement la même que la précédente, mais avec cette différence qu’elle se forme de la branche entière, longue de 5 à 4 mètres, comme cela se pratique pour les saules et les peupliers. On enlève tous les rameaux; on coupe l’extrémité inférieure en pied de biche, et l’on enfonce la branche dans un trou, que l’on a fait avec une barre de fer pointue.
La bouture à talon , ou en pied de biche, se fait avec une branche qui a été éclatée de la tige mère, de manière qu’il reste à cette branche un petit morceau de vieux bois.
La bouture à crosselle peut être longue d’un mètre. Après avoir été préparée comme la bouture simple, on la couche dans une rigole pratiquée dans de la terre de bruyère mêlée de terreau, et d’une profondeur de 8 à 10 centimètres, puis on l’abrite avec un châssis ou un paillasson.
La bouture à bourrelet se prépare un an à l’avance. Au mois de juin, on fait une incision annulaire, immédiatement au-dessous d’un nœud, sur les branches qu’on voudra bouturer l’année suivante, ou bien on les lie avec un fil de fer, pour déterminer un bourrelet mamelonné. Avant l’hiver, on les coupe à quelques centimètres au-dessous, pour mettre le bourrelet en terre, afin qu’il s’attendrisse; et, au printemps, on supprime tout ce qui est au-dessous du bourrelet, on raccourcit la branche à quatre ou six yeux, et l’on opère, du reste, comme il a été dit à l’article précédent.
La bouture de racine est l’une des plus faciles. On coupe une racine, on la place dans de bon terreau, sous châssis et sur une couche bien échauffée; elle ne tarde pas à donner un beau sujet.
La bouture en pot se fait de h' manière suivante : on prend un pot ordinaire, qui soit percé d’un large trou au milieu de son fond; on prend ensuite un autre pot plus étroit, mais autant que possible aussi haut que le premier, et on le place debout, dans celui-ci. Il reste alors, entre les pots, un intervalle qui doit être de 2 à 5 centimètres, et que fou remplit de terre appropriée au genre de boutures que l’on se pro-
pose de faire ; on exécute les boutures, on plonge le tout dans de la tannée, et l’on met une cloche par-dessus.
La bouture dans beau, plus curieuse qu'utile, consiste à placer, dans des carafes remplies d’eau, des rameaux d'arbres ou d’arbustes, avant qu’ils entrent en sève. On les tient dans un lieu où la température ne descend pas au-dessous de zéro et ne s’élève pas au-dessus de 25 degrés ; il faut aussi les faire jouir du plus de lumière possible. Dès qu’on voit se former les rudiments des racines, il faut mettre de la terre dans l’eau et en augmenter tous les jours la quantité. Lorsque la terre a formé un corps solide autour des racines, on casse le vase et on replante. Les lauriers roses reprennent facilement de boutures faites par ce procédé.
La bouture sous cloche est en usage principalement pour les arbustes des zones tempérées et des tropiques. Des cloches, placées sur des boutures d’arbres verts, que l'on fait en pleine terre, en facilitent singulièrement la reprise.
La bouture étouffée peut seule assurer la reprise de certains végétaux, et particulièrement de ceux dont le bois est sec, cassant et a peu de moelle. On fait, dans une bâche ou sous un châssis, une couche chaude, dont on tâche de maintenir la chaleur à 25 degrés du thermomètre de Réaumur. Sur cette couche, on enfonce des pots ou des terrines remplis de terre de bruyère; on coupe les boutures, on dégarnit leur base de feuilles, mais on conserve intactes celles de la partie qui doit être hors de terre; on plante les boutures dans les pots ou terrines, on leur donne un léger arrosement, et on les couvre avec une cloche, si elles sont grandes, ou simplement avec un verre à bière ou un entonnoir, si elles peuvent tenir dessous. On jette des toiles sur les panneaux de la bâche ou du châssis, afin de n’entretenir, pendant les premiers jours, qu’une faible lumière, à peu près semblable à celle du crépuscule. Chaque jour, il faut avoir soin d'essuyer avec un chiffon l'humidité qui s’attache aux parois des cloches. Lorsque les plantes commencent à donner quelques signes de végétation, on ne place plus les toiles que pour les garantir contre les ardeurs d'un soleil trop vif, et on leur donne de l’air peu à peu, en soulevant tous les jours davan-
tage les cloches, jusqu’à ce qu’elles y soient entièrement accoutumées.