‹ Traité complet de l'horticulture pour les grands et les petits jardins, précédé de la botanique simplifiéeChapitre 70 sur 425 · DE LA MULTIPLICATION PAR MARCOTTES · texte numérisé non relu

DE LA MULTIPLICATION PAR MARCOTTES

On donne le nom de marcotte à une branche que l’on couche en terre, et que l’on ne sépare de la plante à laquelle elle appartient que quand elle a pris racine. 11 est des arbres qui ne reprennent pas de bouture, et que l’on multiplie par les marcottes; tels sont l’aune, l’olivier. On recouvre de terre le tronc garni de jeunes branches ou surgeons; au bout de quelques années, chaque surgeon devient une plante enracinée.

On peut être surpris qu’une branche produise des racines; mais il ne faut pas perdre de vue que la nature a distribué dans toutes les parties des plantes des germes féconds qui forment des racines ou des branches, selon la position dans laquelle ils se trouvent, c’est-à-dire, que telle partie qui, dans l’air, serait devenue branche, devient racine, étant déposée dans la terre; de même que les racines exposées à l’air deviennent des rameaux. C’est une vérité que Duhamel a démontrée : il renversa un arbre, de manière que ses branches étaient dans la terre et ses racines en l’air; l’arbre vécut, ses branches produisirent des racines, et ses racines se couvrirent de feuilles.

Si les branches dont on veut faire des marcottes ne peuvent pas être abaissées en terre sans risque d’être rompues, ou si elles sont d’une reprise difficile, on fait entrer la marcotte dans un cornet en fer-blanc ou en plomb, ou dans un petit panier, pot ou mannequin qu’on remplit de bonne terre, et qu’on attache à une branche ou sur une fourchette.

On pratique le marcottage principalement au moisd’août, en novembre après la chute des feuilles, et au printemps avant la pousse. On les replante en automne ou au printemps.

Dans les grands hàles et pendant les fortes chaleurs, il faut arroser avec soin les marcottes nouvellement faites ou nouvellement transplantées, surtout celles d’œillets.

La marcotte simple n’exige d’autres soins que de coucher en terre la branche à laquelle on veut faire prendre racine,

après l’avoir dépouillée de ses feuilles, suivant la saison, et à une profondeur qui varie suivant la nature de la plante; car l’expérience apprend que certaines plantes s’enracinent presque à la surface du sol, tandis que d’autres ont besoin d’être recouvertes de 5, 10, 20 ou 50 centimètres de terre.

La grosseur de la branche que l’on veut enraciner, et la nature du sol, commandent aussi des profondeurs différentes. Ainsi, une branche faible sera moins rccouverle qu’une branche forte, et l’on creusera toujours un peu plus profondément; dans une terre légère et sèche, que dans une terre forte et humide.

On maintient, à l’aide d’un crochet en bois, la branche qui a été couchée; on redresse le mieux que l'on peut l’extrémité qui sort de terre, et à laquelle on ne laisse que deux ou trois yeux, s’il s’agit d’un arbre ou d’un arbuste, tandis que les arbrisseaux et les plantes herbacées doivent conserver leur rameau entier; cela fait, on trépigne légèrement le sol, pour resserrer la branche contre la terre.

La marcotte par strangulation ne diffère de la première que parce qu’on serre la branche cireutairemenl, avec un fil de fer, dans l’endroit où l'on veut qu'elle prenne racine.

La marcotte par torsion se fait avec line branche que l’on tord, jusqu’à faire fendre l'écorce, avant de l’enfoncer dans la terre, où on la maintient à l’aide du petit crochet en bois, comme la plupart des marcottes.

La marcotte par circoncision se pratique en enlevant un anneau d’écorce à l’endroit où l’on veut que la branche donne des racines.

La marcotte à talon , ou par incision, se fait en fendant la branche par le milieu, avec un canif, jusqu’auprès d’un nœud; et on fourre un morceau de bois, d'herbe ou de caillou dans l'incision, pour la tenir ouverte. Ce procédé est le plus usité pour les œillets, et paraît du reste avantageux pour toutes sortes de plantes. Une antre manière de pratiquer la marcotte par incision, consiste à enlever, sur la branche, la partie supérieure ou extérieure d’un nœud, et, à cet effet, on jficise la branche jusqu'à la moitié de son épaisseur.

La marcotte par amputation est ainsi nommée parce

qu’elle s’opère, comme la précédente, au moyen d’une entaille «à moitié bois, d’une longueur de 1 à o centimètres, que l’on pratique sur la branche; mais on n’enterre la branche que lorsque le bourrelet commence à être formé.

La marcotte par cépée consiste à couper la tige d’un arbre ras de terre, un peu au-dessus du collet, et de couvrir ce collet de 6 cà 8 centimètres d'une terre meuble; il ne tarde pas à émettre des rejets, qu’on lève quand ils sont suffisamment enracinés.

La marcotte par butte est généralement employée- pour doubler les touffes des arbrisseaux et des arbustes qui ont deux ou trois ans; elle consiste à former, autour de la touffe, une butte arrondie de terre très-grasse et susceptible de conserver l’humidité. On entasse cette terre autour des jeunes tiges , qu’il est bon de couper à peu de distance au-dessus de la butte, pour faciliter la formation des racines. La plupart des végétaux qu’on multiplie de cette façon sont fournis de racines au bout d’une année; alors on les coupe an ras du sol ; la touffe mère repousse comme de coutume, et on a de plus autant de jeunes plants qu’il y avait de tiges.

La marcotte chinoise , peu connue en France, sert principalement à la propagation des arbres fruitiers. On entortille une branche, près du tronc, avec une corde de paille couverte de bouse de vache, d’un diamètre sextuple de celui de la branche. Immédiatement au-dessous du tampon, on coupe l’écorce sur les deux tiers de la circonférence de la branche. On suspend, au-dessus du centre du tampon, un vase percé au fond d’un petit trou, qui, en laissant tomber goutte cà goutte l’eau dont il est rempli, conserve l’humidité nécessaire à la formation des racines. On entretient l’eau dans le vase pendant un mois. Au bout de ce temps, on enlève le tiers de l'écorce qui reste, et l'on fait pénétrer dans le bois la première incision. On renouvelle cette opération un mois après. Quand on voit des racines se former à la surface du tampon, on sépare la branche, cà l’aide d’une scie, cà l’en droit de l’incision, sans ébranler le tampon, dont la paille est presque pourrie. Alors on plante la branche comme un jeune arbre.

Page 1