GREFFE EN ÉCUSSON
Cette greffe est la plus facile et la plus usitée ; elle convient à tous les arbres qui ont l’écorce épaisse et qui se détache facilement.
Quand on la pratique au printemps, ou la nomme cà œil poussant , parce qu’elle pousse aussitôt. An mois d’août, elle se nomme à œil dormant , parce qu’elle ne pousse qu’au printemps suivant. Le sujet, ainsi que l’arbre qui fournira la greffe, doivent être bien sains.
Quand on opère au printemps, on prend les yeux ou écussons sur des branches de l’année précédente; si l’on n’opère qu’au mois d’août, il faut les prendre sur des branches de l’année même. Dans ce dernier cas, on enlève à chaque écusson la majeure partie de sa feuille, de manière que le pétiole ou la queue n’en conserve plus que le talon.
Pour enlever l’écusson, dont l’œil doit être bien aoûté et bien nourri, on pose la branche sur le doigt majeur et le
doigt annulée, qui lui servent de point d’appui; on place le tranchant du greffoir à quatre ou six lignes au-dessus de l’œil , suivant la grosseur de la branche ; on l’enfonce très-obliquement en descendant, jusqu'à ce que l’on ait entamé légèrement l’aubier; alors on continue à le faire descendre verticalement, et sans l’enfoncer davantage dans l'aubier, jusqu’à ce qu’on ait dépassé l’œil de trois ou quatre lignes; on allonge encore l’écusson de quelques lignes, mais en obliquant légèrement le tranchant de l’instrument du côté de l’écorce, laquelle se trouve ainsi détachée. Si on a enlevé trop d’aubier, on en coupe une partie avec le greffoir, en prenant garde d’offenser l’œil et d’emporter le germe qu’il contient, ce qui empêcherait l'écusson de pousser.
On dispose le sujet, et on lui fait, dans la partie où l’écorce est bien unie et sans nœuds, une incision horizontale jusqu’à l’aubier, un peu plus large que la greffe. Au milieu de cette incision, on en établit une autre verticale, de la longueur de l’écusson.
Ces deux incisions présentent la forme d'un x renversé, quand on écussonne au printemps, parce que l’incision verticale se fait au-dessus de l’horizontale, et celle d'un T droit, après la première sève, parce que l’incision verticale se fait au-dessous de l’autre.
On soulève légèrement l'écorce avec l’ivoire du greffoir,
et seulement autant qu'il est nécessaire pour faire glisser, par dessous, l’écusson, dont on laisse seulement une ligne en dehors. On applique le tranchant du greffoir sur l’écusson, dans la même direction que l’incision horizontale, et de manière, qu’en appuyant un peu , le tranchant coupe la portion de l’écusson qui n’est pas insérée sous l’écorce et le fasse entrer complètement dans l’incision horizontale.
Alors on rapproche le bord de l’écusson de cette incision, pour que son écorce touche celle du sujet, dans cette partie. On appuie un peu sur l’écusson avec le plat de l’ivoire, pour l’appliquer plus immédiatement sur l’aubier du sujet.
Enfin on lait une ligature eu laine non tordue, qui doit recouvrir tout l’écusson, à l'exception de l’œil. On doit faire
deux ou trois tours de ligature au-dessus de la coupe, pour empêcher l’eau de pénétrer dans la fente.
Si on a greffé ail printemps, on coupe tout de suite la tète du sujet; dans le cas contraire, on attend le printemps suivant. On est assuré de la reprise, quand le pétiole se détache naturellement et promptement. A mesure que le sujet grossit, on relâche la ligature, et on l’enlève tout à fait lorsque l’écusson est bien repris. On a le soin d’ôter tous les bourgeons qui poussent sur le sujet, mais seulement lorsque la greffe a poussé quelques feuilles.