GREFFE HERBACÉE
La greffe herbacée n’est autre chose que la greffe en fente, qui se pratique lorsque les parties sont encore molles et d’une nature succulente et herbacée. On l’emploie avec le plus grand succès pour la multiplication des arbres résineux, et, dans ce cas, voici comment on opère :
Lorsque le bourgeon terminal d’un arbre vert, tel que pin, sapin , mélèze, araucaire, etc., sur lequel on veut prendre une greffe, a atteint 8 ou 10 centimètres de longueur, on le coupe et on le taille en coin, à sa base; on coupe le bourgeon terminal du sujet, mais dans sa partie encore herbacée ; on fait sur l’aire de la coupe une entaille triangulaire, que l’on prolonge en descendant au milieu de la tige, et l’on insère la greffe dans l’entaille du sujet, de manière à la remplir exactement.
Ensuite on fait une ligature très-peu serrée, que l’on a grand soin de desserrer encore lorsque la reprise est opérée, ce que l’on reconnaît à la végétation de la greffe; ou mieux, ou la maintient avec de la cire à greffer dans laquelle on a mis beaucoup de cire et de suif pour la rendre plus molle et lui donner la faculté de s’étendre à mesure que la tige augmente en épaisseur. On la recouvre d’un petit cornet de papier pour la préserver, jusqu’à parfaite reprise, du contact de l’air et de la lumière.
Cette greffe a, sur toutes les autres, l’avantage d’être extrêmement solide; la raison en est qu’elle se soude au sujet par toutes les fibres du bois, au lieu que les autres ne tiennent que par l’écorce et quelques couches d’aubier. On peut l’effectuer, non-seulement sur les arbres verts, mais encore sur tous les végétaux, arbres ou herbes qui poussent une tige verticale et principale.
Si l’on veut greffer une plante herbacée, vivace ou annuelle, comme, par exemple, des artichauts sur des char-
dons, des tomates sur des pommes de terre , l’opération se fait avec quelques modifications.
On choisit le moment de la plus grande végétation du sujet , c’est-à-dire quelques jours avant sa floraison ; on coupe sa tige net au-dessus d’une feuille, le plus près possible de l’attache de son pétiole, et l’on pratique une fente sur l’aire de la coupe. On prend , auprès de la racine , un bourgeon de l’espèce que l’on veut multiplier, on taille sa base en biseau , et on l’insère dans la fente du sujet en ménageant bien la feuille, parce que c’est elle qui doit nourrir le bourgeon jusqu’à sa parfaite reprise, en y maintenant la circulation de la sève. On fait une ligature, et l’on couvre les scissures avec la cire à greffer. Lorsque la reprise est assurée, ce qui se reconnaît à l’accroissement que prend la greffe, on défait la ligature , on coupe la feuille et l’on abat les bourgeons inférieurs.
Pour faire parfaitement comprendre la théorie des greffes herbacées , nous allons en donner encore un exemple. Supposons que l’on veuille greffer des melons sur des concombres : on choisit, sur la tige du concombre, un endroit vigoureux et muni d’une feuille bien développée ; on coupe horizontalement la tige , au-dessus et très-près de cette feuille, et l’on incise l’aire de la coupe par une petite fente longitudinale, comme nous venons de le dire, puis on prend sur le melon un rameau d’égale grosseur, auquel on ne laisse qu’un œil; on le taille en biseau à sa base, et on l’insère dans l’entaille du sujet, toujours en ménageant la feuille jusqu’à la reprise parfaite ; on fait la ligature, et l’on conduit l’opération comme la précédente.
Quand on doit faire l’opération sur une plante à feuilles opposées , on la modifie ainsi : au milieu de la tige, entre deux yeux opposés, on fait une incision longitudinale et angulaire, traversant la tige de part en part; on taille la greffe en coin , de sa base à son sommet, et on l’insère par le milieu , de manière à ce que les deux yeux se trouvent sur le même niveau que ceux du sujet, et forment un verticille avec eux; on fait la ligature, on applique la cire, et l’on conduit jusqu’à la reprise comme les précédentes.