‹ Traité complet de l'horticulture pour les grands et les petits jardins, précédé de la botanique simplifiéeChapitre 8 sur 425 · DE L’IRRITABILITÉ DES FEUILLES ET DU SOMMEIL DES PLANTES · texte numérisé non relu

DE L’IRRITABILITÉ DES FEUILLES ET DU SOMMEIL DES PLANTES

Dans certaines circonstances, les feuilles exécutent des mouvements plus ou moins marqués : ce singulier phénomène tient à l’irritabilité dont ces organes sont doués. Cette irritabilité est particulièrement remarquable dans la sensitive, qui contracte rapidement ses feuilles pour se soustraire au contact des corps étrangers.

L’attrape-mouche de l’Amérique septentrionale a ses feuilles, di\isées, au sommet, en deux lobes réunis par une charnière le long de la nervure médiane. Quand un insecte, attiré par la liqueur qui enduit le sommet de ces feuilles, vient s’y placer, les deux lobes se redressent vivement, se rapprochent et le retiennent prisonnier.

Le sainfoin oscillant du Bengale a ses feuilles composées de trois folioles fixées sur un pétiole commun. La foliole terminale est très grande, et les deux latérales très-petites. Ces dernières sont agitées d’un mouvement perpétuel de flexion et de torsion sur elles-mêmes qui n’est pas toujours égal dans chacune d’elle. Cette irritabilité est indépendante de la plante mère, puisqu’elle continue dans la foliole que l'on a détachée de la tige. Un fait curieux, c’est la cessation du mouvement

des petites folioles quand la grande est agitée par une cause quelconque.

Ces mouvements sont très-sensibles dans la plupart des plantes. On les voit se manifester quelques heures après le coucher du soleil. La position que prennent alors les végétaux leur donne une physionomie si différente de celle qu’ils avaient pendant le jour, qu’il devient très-difficile de les reconnaître d’après leur port. On remarque que les feuilles s’appliquent face à face dans l’arroche des jardins; qu’elles se roulent en cornet, et renferment les jeunes pousses, l’amarante tricolore; ou elles se penchent vers la terre en formant une voûte au-dessus des fleurs inférieures, la balsamine; ou bien elles enveloppent la tige pour couvrir les boutons, l’onagre molle, etc.

C’est particulièrement dans les feuilles composées et articulées des légumineuses que l’on observe les mouvements les plus sensibles. Dans le baguenaudier, les folioles s’appliquent l’une contre l’autre, comme les feuillets d’un livre; dans le trèfle, elles forment un pavillon au-dessus des fleurs; dans le mélilot, elles sont réunies à la base, écartées au som met; dans la réglisse, elles se courbent pour recouvrir les bourgeons; dans la casse, elles s’abaissent en tournant sur elles-mêmes, tandis que le pétiole commun se relève, et s’appliquent ensuite l’une sur l’autre par leur face supérieure : notons que pendant le jour on ne pourrait leur donner cette position sans briser les pétioles particuliers.

Ce phénomène remarquable a été appelé par Linné sommeil des piaules. On peut en trouver la cause dans l’absence de la lumière, puisque c’est pendant la nuit que les feuilles affectent des dispositions différentes. En effet, on parvient, par des moyens artificiels, à faire du jour la nuit pour les plantes; mais, avant de changer ainsi d’habitude, elles luttent longtemps contre ces moyens artificiels, et finissent, à la longue, par s’y soumettre.

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