‹ Traité complet de l'horticulture pour les grands et les petits jardins, précédé de la botanique simplifiéeChapitre 7 sur 425 · DES FEUILLES · texte numérisé non relu

DES FEUILLES

Les feuilles sont une expansion ou prolongation de l'écorce de la tige. Si on les dissèque, on trouve qu'elles sont couvertes d’un épiderme et formées par une grande quantité de vaisseaux et beaucoup de tissu cellulaire. On y découvre des trachées, et la présence des vaisseaux propres s’y manifeste aussi par l’odeur, la saveur, et souvent par la couleur des sucs qu’elles contiennent.

La plupart des feuilles sont attachées à la plante par une queue, .à laquelle on donne le nom de pétiole. Les pétioles sont recouverts extérieurement par l’épiderme, et l’on aperçoit, dans l’intérieur, des vaisseaux de toute espèce, et quelquefois beaucoup de tissu cellulaire. Si l’on examine le pétiole par l’extrémité qui tient à la feuille, on verra que tous les vaisseaux qui étaient en quelque façon serrés les uns contre les autres dans la longueur du pétiole se distribuent dans la feuille en plusieurs gros faisceaux ou nervures, d’où partent encore d’autres faisceaux moins gros qui prennent le nom de veines. Ceux-ci donnent naissance «à d’autres qu’on nomme veinules ; et, par des divisions et des subdivisions répétées, il se forme une prodigieuse quantité de ramifications qui se réunissent, se soudent en une infinité de points.

et forment un réseau qui constitue le squelette des feuilles. Ce réseau est rempli d’un tissu cellulaire plus ou moins abondant qu’on appelle parenchyme. Quand les feuilles ne sont point supportées par un pétiole on dit qu'elles sont sessiles.

Les feuilles ont deux plans ou surfaces qui diffèrent beaucoup. La surface supérieure, ou celle qui regarde le ciel, est ordinairement lisse, lustrée, et ses nervures sont peu saillantes. La surface inférieure, ou celle qui regarde la terre, est pleine de petites aspérités ou garnie de poils. Ses nervures sont saillantes, et sa couleur, toujours plus pâle que celle de la surface supérieure, n’a pas beaucoup de lustre. La disposition de ces deux surfaces est constante et invariable. En effet, si on renverse une branche pour changer l’aspect des deux surfaces des feuilles, on verra qu’elles ne tarderont pas à reprendre leur première situation.

Les feuilles n’existent point dans tous les végétaux. La cuscute n’en offre aucune apparence. Dans les orobanches et les lathræa , elles sont remplacées par des écailles. Il en est de même des cactus et de plusieurs autres plantes grasses.

Les feuilles se présentent sous deux états différents; dans l'un elles sont simples, dans l’autre elles sont composées. Les feuilles simples sont formées d'une seule expansion, leur pétiole n’a point de division sensible. Les feuilles composées au contraire, sont un assemblage d’un plus ou moins grand nombre de folioles fixées au sommet ou sur les parties latérales d’un péliole commun. On dit qu’elles sont articulées, lorsqu’elles jouissent de certains mouvements remarquables qui dépendent d’une véritable articulation.

Les plantes aquatiques ont des feuilles lobées qui s’élèvent à la surface des eaux, et des feuilles submergées qui se dissent en longs filaments.

Le vert, avec toutes les nuances dont il est susceptible, est la couleur ordinaire des feuilles.

Il est cependantdes feuilles qui sont rouges, comme celles de l’alriplex rouge, d’autres quisont panachées, comme celles de l’aucuba du japon et de l’amaranthe tricolore; mais, en

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général, tonte autre couleur que le vert doit être considéiée

comme un état maladif de la plante.

La lumière paraît être le principe de la coloration des feuilles. Si l’on fait germer des graines dans une cave où la lumière ne pourra pénétrer, les feuilles prendront une teinte pâle et blanchâtre, qu'on désigne sous le nom d ctiole/nient.

Les feuilles qui se détachent de la plante immédiatement après leur mort, sont appelées caduques, comme dans 1 ormeau. Lorsque le tissu des vaisseaux, devenant ligneux, les feuilles restent sur l’arbre plus d’une année, on les nomme persistantes, comme dans le buis et les arbres toujours verts. On les appelle marcescentes lorsqu'elles sèchent avant de tomber, comme dans le chêne.

Dans les pins, les sapins, et en général dans les arbres toujours verts, les feuilles persistent en tout temps. On explique ce phénomène en disant que les feuilles sont nécessaires à la maturité des fruits, et qu’il n’est point d’exemple d’arbre qui se dépouille de ses feuilles avant cette époque; or, comme les pins et les sapins ne produisent leur semence que la seconde année, ils ont nécessairement besoin plus longtemps du service de leurs feuilles.

Les feuilles reçoivent en outre différents noms qui résultent de leurs nombreuses modifications de situation , de forme, de direction, de nature, etc.

Relativement au lieu où elles naissent, les feuilles sont séminales, quand elles sont produites par l’expansion des cotylédons; primordiales, celles qui naissent les premières après les feuilles séminales; radicales, quand la tige est rabougrie, souterraine, et que les feuilles semblent naître de la racine; caulinaires, quand elles partent d’une tige bien visible; raméales, quand ce sont les rameaux qui leur donnent naissance; florales, quand elles avoisinent les fleurs.

Suivant la manière dont elles sont fixées sur la tige ou les rameaux, les feuilles scssiles sont semi-amplexicaules quand elles embrassent la tige à moitié; amplexicaules, lorsqu’elles l’embrassent entièrement, comme le pavot blanc; engainantes, quand leur base forme une gaine qui enveloppe la tige (la gaine est fendue dans les graminées); entières

ou non divisées, comme dans les cypéracées ; décurrentes, quand le limbe se prolonge plus ou moins sur la tige, en formant comme des ailes membraneuses (la tige alors est dite ailée, comme le bouillon blanc); perfoliées, celles dont le disque est traversé par la tige. On appelle connées ou conjointes, les feuilles opposées, réunies par leur base, de sorte que la tige passe au milieu des limbes soudés; ex. le chèvrefeuille, le chardon à foulon.

Si nous considérons la position des feuilles relativement à la tige et aux rameaux, nous les dirons : opposées, quand elles sont disposées, une à une, sur deux points diamétralement opposés, la sauge; opposées en croix, quand les deux paires de feuilles superposées se croisent en formant des angles droits, l’épurge; alternes, naissant seule à seule sui différents points de la branche; verticillées, lorsqu’elles naissent plus de deux à la même hauteur, autour de la tige ou des rameaux, comme le laurier-rose, la garance (les veiticclles peuvent être de trois, quatre, cinq, six ou huit teuilles); géminées, naissant deux à deux, l’une a cote de 1 autie, du même point; distiques, disposées sur deux rangs opposes, ex. l’orme; unilatérales, tournées d’un seul et meme cote; imbriquées, se recouvrant comme les tuiles d’un toit, ex. le thuya; roselées ou en rosette, ex. la joubarbe; elles peuvent être encore écartées, rapprochées, fasciculées, terminales ou couronnantes. Ces mots n’ont plus besoin d’explication.

La ligure et la forme des feuilles déterminent encore des noms particuliers. Ainsi les feuilles sont: orbiculées ou ar rondies en cercle ; ovales ou en forme d’œuf ; obovales, quand le sommet est plus large que la base; elliptiques, allongées, les deux bouts arrondis et égaux entre eux, le muguet ; oblongues et terminées en pointe, le laurier-rose; linéaires, lanceo lées, mais très-étroites, les graminées; subuléesou enalene, le genévrier; acéculées, en aiguille ou en soie de porc; capillaires, déliées et flexibles comme des cheveux, l’asperge; filiformes, déliées, grêles et minces comme un fil, la renoncule aquatique; spatuléc, en spatule ou en cuiller, la pâquerette; cunéiformes ou en coin, à base très-étroite, sommet élargi et tronqué; falciformes, ou en fer de faux, etc.

Si Ton considère la base des feuilles, elles sont cordi formes, ou en cœur, le nénuphar; réniformes, ou en forme de rein, l’asaret; lunulées, ou en croissant; sagittées, ou en fer de flèche, la sagittaire; hastées, à base fendue en deux lobes aigus, très-écartés en dehors, le pied de veau ou gouet, etc.

Relativement aux indications fournies par le sommet des feuilles, on donne à ces organes les noms suivants : aiguës, le laurier-rose; piquantes, terminées par une pointe raide, le petit houx ; acuminées, quand les deux bords changent de direction vers le sommet, et se prolongent en formant une pointe, le noisettier ; mucronées, surmontées d’une petite pointe grêle, la joubarbe des toits; échancrées, quand le sommet offre un sinus rentrant, en forme de crénelure, le buis; obeordées, en cœur renversé, l’alleluia; bifides ou bipartites, fendues au sommet en deux lanières aiguës, peu ou très-profondes ; bi lobées, quand les deux lanières sont séparées par un sinus arrondi, etc.

Si Ton observe les contours de la feuille, on y remarque de grandes différences. Les feuilles sont appelées rhomboïdales, quand elles ont quatre angles, dont deux opposés, plus aigus, l'ansérine vulvaire; deltoïdes, ou presque en forme de triangle, un des quatre côtés étant très-court; trapézoïdes , ou en trapèze, quand elles ont quatre côtés inégaux, etc.

Certaines feuilles simples ont des incisions plus ou moins profondes sans être considérées pour cela comme composées; elles sont trifides, quatrifides, multifides, suivant qu’elles présentent trois, quatre ou un plus grand nombre de divisions étroites et peu profondes; trilobées, quadrilobées, multilobëes, quand les divisions sont plus larges et séparées par des sinus obtus; tripartites, quadripartites, multipartites, quand les incisions arrivent aux deux tiers au moins du disque de la feuille; laciniées, à divisions profondes et inégales; palmées, quand les nervures, partant du sommet du pétiole, se dirigent chacune vers le milieu des divisions, le ricin; auriculées, ou portant à la base deux oreillettes, la sauge; panduriformes, approchant de la forme d’un violon, oblongues, arrondies aux deux extrémités avec une échancrure de chaque côté; sinueuses, à échancrures et saillies arrondies,

le chêne ; pinnatifides, divisées sur les côtés en lobes plus ou moins profonds; pectinées, ou en forme de peigne (pinna tifides à divisions étroites et rapprochées); lyrées, pinnatifides terminées par un lobe arrondi plus grand que les autres, la benoîte; roncinées, pinnatifides dont les lobes latéraux sont aigus et recourbés en bas, le pissenlit, etc.

Suivant leur forme et la disposition des nervures sur le contour des feuilles, elles sont entières, quand elles n’ont ni incisions, ni dents, ni crénelures, le lilas; crénelées, quand le bord offre des saillies arrondies, séparées par des angles rentrants, la bétoine; doublement crénelées, quand chaque crénelure principale en porte de plus petites; dentées, à bords découpés en petites dents aiguës, ne s’inclinant ni vers la base ni vers le sommet, le séneçon; dentées en scie, quand les dents s’inclinent vers le sommet des feuilles, la violette; rongées, quand les dentelures sont inégales, de sorte que le bord semble avoir été rongé par un insecte, la moutarde blanche; épineuses, quand les dentelures sont aiguës et pi ■ quantes, certains chardons; ciliées, à bord garni de poils disposés comme les cils des paupières, la bruyère ciliée, etc.

Les feuilles présentent aussi par leur expansion des caractères différents. Elles sont onduleuses, offrant des saillies et des enfoncements irréguliers comparés aux ondulations de l’eau agitée; striées, quand elles ont des stries ou lignes peu saillantes en différents sens; convexes, ou bombées par leur face supérieure; concaves, planes, etc.

La surface des feuilles peut se présenter sous différents aspects, et les feuilles sont dites : glabres, ou dépourvues de poils; scabres, ou rudes au toucher; glanduleuses, ou chargées de petites glandes ; glutincuses, ou visqueuses ; perfuses, ou percées de trous sensibles; cancellées, quand elles n’ont pas de parenchyme et que les ramifications des nervures forment une sorte de treillage, comme dans l’hydrogète des fenêtres, etc.

Observées sous le rapport de la consistance du tissu, les feuilles sont membraneuses, ou molles et sou pies; scarieuses, sèches et demi-transparentes ; coriaces, ou épaisses et assez consistantes; raides, coriaces et résistant à la flexion; char-

nues, fistuleuses, etc. On distingue encore les feuilles cylindriques, l’oignon; linguiformes, ou ayant l’épaisseur et la forme d’une langue, la joubarbe des toits; triquètres, allongées en prisme à trois faces, le jonc fleui i.

Les feuilles sont un des organes qui offrent le moins de variations dans leurs teintes, excepté dans la couleur verte dont elles présentent toutes les nuances; quelquefois cependant on y remarque des couleurs particulières et on les dit : glauques ou vert de mer (cette coloration est due à une couche légère de matière résineuse semblable à la Heur des prunes ou du raisin); discolores, quand les deux faces sont de couleur différente ; tachetées, à taches de couleur autre que celle de la feuille; panachées, comme l’amarante tricolore; rayées, la variété du calamagrostis coloré; zonées, si elles ont des bandes colorées et concentriques, comme certains géraniums.

Les feuilles composées forment deux divisions principales, suivant la position des folioles qui les composent : ces folioles partent du sommet du pétiole commun, comme dans le marronnier d’Inde, le trèfle, etc.; ou bien elles naissent sur les parties latérales de ce même pétiole, comme dans le bague naudier, l’acacia, etc. Dans le premier cas la feuille est digitée, c’est-à-dire que les folioles présentent une disposition analogue à celle des doigts de la main, lorsqu’ils sont écartés; dans le second cas, les folioles sont rangées latéralement sur le pétiole comme les barbes d’une plume sur leur tme commune, et la feuille est pennée. Dans les feuilles digitées le nombre des folioles est très-variable, de trois, de quatre, de cinq, de sept, etc. La feuille est dite irifoliolée, quadrifoliolée ou multifoliolée, suivant que ses folioles sont au nombre de trois, de quatre ou davantage. Les folioles, dans une feuille pennée, peuvent être opposées l'une à l’autre et par paire: dans ce cas, on dit qu’elles sont oppositipennées ou conjuguées; unijuguées, quand il n’y en a qu’une paire; bijuguées quand il y en a deux; trijuguées, quand il y en a trois; multijuguées, si les paires de folioles sont en nombre indéterminé. Les feuilles oppositipennées sontditcs : pennées sans impaire, quand l’extrémité du pétiole ne porte

pas de foliole solitaire, ni de vrille qui en tienne lieu ; pennées avec impaire, quand le pétiole est terminée par une foliole solitaire, l’acacia. On appelle pennée avec interruption, la feuille dont les folioles sont alternativement grandes et petites, l’aigremoine. Quand le pétiole commun est divisé en pétioles secondaires, la feuille est décomposée. On dit alors qu’elle est digitipennée, si les pétioles secondaires représentent des feuilles pennées partant toutes du sommet du pétiole commun; bigéminée, quand chacun des pétioles secondaires porte une seule paire de folioles; bipennée, quand les pétioles secondaires sont autant de feuilles pennées partant du pétiole commun. Enfin, les feuilles sur-décomposées sont celles où sont les pétioles secondaires qui se divisent eux-mêmes en pétioles tertiaires portant les folioles.

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