‹ Traité complet de l'horticulture pour les grands et les petits jardins, précédé de la botanique simplifiéeChapitre 85 sur 425 · DE LA DISTRIBUTION , DE L’EMPLOI ET DE L’ÉCONOMIE DU POTAGER · texte numérisé non relu

DE LA DISTRIBUTION , DE L’EMPLOI ET DE L’ÉCONOMIE DU POTAGER

Après que le terrain des espaliers et des plates-bandes a été pris, on en fait border les allées de violettes et de fraisiers. On y emploie encore le buis, parce qu’il est propre et vert en tout temps ; mais il sert souvent de retraite aux limaçons. On peut aussi garnir les bordures de quelques fleurs qui ne demandent pas trop de soins, comme les mignardises, les violettes, etc.

On garnit le milieu des plates-bandes d’arbres fruitiers en buisson, en quenouille ou en palissade, de groseilliers et autres arbrisseaux qu’on entremêle parmi les arbres fruitiers.

Les allées étant tracées et les bordures des plates-bandes étant plantées, on garnit les carrés de toutes sortes de plantes potagères.

Si le terrain- est un peu grand, s’il est par exemple de deux ou trois arpents, on peut le partager en quatre grands carrés, par une allée en croix, et subdiviser chacun de ces quatre grands carrés en quatre plus petits, par de petites allées, ou seulement par des sentiers, ce qui fera seize petits carrés qu’on emploiera de cette sorte :

Deux carrés en artichauts et un troisième pour le renouvellement.

Un carré pour les cardons d’Espagne et pour le céleri.

Un autre pour l’oseille, qu’on divisera en six ou neuf planches, pour en renouveler tous les ans deux ou trois; ou bien on fait des bordures avec cette plante.

Un carré pour les racines, telles que betteraves, carottes, scorsonères et charvis.

Un carré pour l’oignon, la ciboule et les poireaux.

Un carré pour les épinards et la poirée.

Un «mtre pour le persil, le cerfeuil, la pimprenelle, le pourpier et autres fournitures de salade, des raves et des radis.

Un autre pour les laitues à repiquer au printemps et en été. A la fin de l’été, ce carré, ainsi que tous les endroits vides, se rempliront de chicorée, pour l’automne et l’hiver.

Dans un autre carré, on mettra deux planches de chicorée sauvage, pour blanchir dans l’automne et l’hiver. On peut y faire aussi quelques couches à champignons.

Un carré pour élever à part toutes sortes de graines, afin que dans les autres carrés on ne voie rien de monté en graines, si ce n’est tout au plus de l'oseille et des épinards.

Un carré pour les asperges.

Un autre pour les choux pommés et les choux-fleurs, tant d’été que d’automne.

Un autre pour les pois verts, les fèves de marais et les haricots. Ces légumes cueillis, on emploiera le terrain en choux d’hiver.

Un pour les melons. On met dans quelque endroit écarté les citrouilles et les potirons, parce qu’ils demandent une grande étendue. Quant aux concombres, il est indispensable de les planter très-loin des melons, pour éviter que la poussière fécondante des fleurs ne se confonde entre ces différentes espèces, et ne fasse ainsi dégénérer les melons. Il serait même à désirer que les concombres, les citrouilles et les potirons fussent séparés des melons par des murs ou des bâti ments.

Enfin on destine un carré pour semer toutes les plantes qui doivent être repiquées pendant tout le cours de l’année.

Pour distribuer également le terrain des carrés, on commence par le mesurer en dedans, sans y comprendre les platesbandes qui sont à l’entour, et on donne à toutes les planches une égale largeur, autant qu’on le peut. On les fait ordinairement de 1 mètre 25 à 1 mètre 50 centimètres de large chacune, avec un sentier de 50 à 55 centimètres entre deux, fl yen a qui font des planches beaucoup plus larges; mais cela est incommode pour la culture.

On doit, pour la même raison, et pour la beauté du jardin.

proportionner la longueur des planches à leur largeur, et il faut toujours les reborder un peu avec le rateau, pour retenir l’eau des pluies et des arrosements, surtout dans les terres légères, sablonneuses ou sèches ; mais dans celles qui sont humides, il faut au contraire que le milieu des planches et des plates-bandes soit un peu plus élevé que les extrémités, et que les sentiers et allées aillent un peu en pente, ou bien y faire des rigoles, afin que les eaux s’écoulent. En dressant les planches, on ôte en même temps toutes les pierres que le rateau rencontre.

C’est dans ces planches bien fumées et bien labourées, ou sur les couches, qu’on sème ou qu’on repique toutes les plantes potagères, chacune en sa saison, comme nous le dirons en traitant de la culture de chaque plante en particulier.

Tout ce qu’on replante ou transplante doit être arrosé aussitôt, et on continue d’arroser assidûment pendant le printemps, l’été et l’automne.

Tout ce qu’on sème, on le fait par rayons, ou à plein champ.

On rayonne les planches en les traçant avec le bout d’un béton, ou en y appuyant le manche d’une bêche couchée de son long, pour y semer certains légumes, comme oseille, poirée, persil, cerfeuil, épinards :on remplit les rayons de terre, sans herser.

Mais à l’égard des autres plantes potagères, comme oignons et racines, il vaut mieux les semer en pleine planche, et ensuite on les herse légèrement, ce qui se fait d’ordinaire avec une fourche en fer. Semer en pleine planche, à plein champ ou à la volée, c’est la même chose : c’est semer comme on fait pour le blé.

Les maraîchers, qui louent leurs terres fort cher, trouvent plus de profit à semer sans rayonner; mais les amateurs, qui veulent plus de propreté, sèment en rayons.

Il faut porter du terreau sur chaque planche qui aura été semée, pour la terroter de l’épaisseur de 3 à 4 centimètres, afin que les graines germent et lèvent plus aisément, et que la terre ne soit ni battue par les pluies et les arrosements, ni desséchée par les bêles, les vents et la chaleur.

Si la planche ou couche n’est pas mouillée quand on sème,

on l’arrose aussitôt, pour que les graines prennent racine, et on continue d’arroser tous les jours, tant qu’il fait chaud et qu’il ne pleut pas.

Quand les semences sont levées, il faut les arroser, les sarcler avec soin, les serfouir, pour que la terre profite bien de la pluie et des arrosements; et l’on continue d’arroser exactement pendant les bêles du printemps et la chaleur de l’été, surtout les plantes qui ont le plus besoin d’eau, comme les laitues pour pommer, les concombres, les raves, les oignons blancs du mois de mai, les artichauts, les cardons d’Espagne, la chicorée, le céleri.

Il faut placer auprès de l’eau les plantes qui ont le plus besoin d’arrosements, comme artichauts, fraisiers, céleri, laitues, chicorées, radis, etc.

On doit toujours se souvenir de ne mettre en vue du logis, et à l’entrée du jardin, que ce que le jardinage a de plus gracieux pour la vue et pour l’odorat, et de placer à l’écart les plantes fortes, les choux, les fumiers, etc.

Les amateurs veulent aussi entremêler les planches dedifférentes sortes de plantes, mettre des planches de verdure parmi des planches de racines, et ainsi du reste, pour que la variété des planches du carre plaise mieux à la vue, et que les plantes de mêmes espèces ne s’affament pas les unes les

autres; car la nature ne se plaît pas moins dans la diversité

que la vue.

On doit s’appliquer à ne mettre dans son jardin que

les plantes qui sont propres au terroir et au climat; par

exemple, des artichauts, des choux-fleurs, des cardes poirées, des cardons, des oignons, du céleri, des betteraves et autres racines dans les terres bonnes et fortes; et de l'oseille, du pourpier, des laitues , des chicorées et autres menues plantes, dans les terres légères et sablonneuses.

On ne doit jamais, tant qu’on le peut, semer ni repiquer deux années de suite une même plante dans un même endroit.

Enfin on doit tenir toujours la terre bien meuble, et y prodiguei les engiais, parce que les plantes potagères 1 usent beaucoup.

On mettra les herbes fines en bordures. Les plates-bandes pourront être garnies, dans le temps, de laitues à pommer, ou d’autres plantes. Le terrain des espaliers, s’il a une exposition favorable, sera employé, dans le commencement, à quelques ados pour les pois, ou autres productions hâtives et qui usent peu la terre; ensuite on laissera ce terrain vide, de peur de nuire aux arbres en fatiguant la terre.

Pour l’économie du terrain, on devra faire un bon usage des places qui seront laissées vides par les plantes passagères. Ainsi, le carré des laitues à repiquer pour le printemps et l’été, peut être employé ensuite en chicorée blanche pour l’automne et l’hiver; celui des pois et fèves, pour les choux d’hiver et les navets; celui du cerfeuil, du pourpier, etc., pour des épinards, à la fin de l’été, et ainsi du reste.

Cette fructueuse économie du terrain sera d’autant mieux comprise , si l’on sait combien de temps chaque plante occupe l’endroit où elle est mise, afin d’en préparer d’autres pour succéder aux premières sans interruption, de manière qu’il ne reste jamais de terre inutile dans le potager.

Il faut donc observer que les asperges sont les plantes qui durent le plus longtemps. On peut les laisser en place jusqu’à dix, douze et quinze ans; mais on ne détruira l’ancien plant que lorsque le nouveau portera de grosses asperges, ce qui n’arrive guère que la quatrième année après qu’on les a semées, ou la troisième après qu’on les a replantées. C’est pourquoi il est bon d’avoir la précaution d’en faire de nouveaux carrés trois ou quatre ans avant la décadence des anciens.

On doit renouveler un carré d’artichauts tous les quatre ans au plus tard, et quelquefois dès la troisième année.

Les framboisiers et groseilliers durent huit à dix ans, et les fraisiers trois ans.

Les bordures d’absinthe, d’hysope, de lavande, de marjolaine, de rue, de romarin, de sauge, de thym, de violettes , etc., peuvent subsister en place trois ou quatre ans, pourvu qu’un hiver extraordinaire ne les endommage pas. Il n’y a qu’à les tondre un peu ras à la fin de chaque été.

Le baume, le cerfeuil musqué, l’alléluia, l’oseille, la patience, l’estragon, la passe-pierre, le persil de Macédoine, la

tripe-madame, etc., peuvent aussi durer trois ou quatre ans.

L’anis, le persil ordinaire, la pimprenelle, le fenouil, la scorsonère, le salsifis blanc et la chicorée sauvage subsistent deux ans.

La poirée, soit à couper soit à cardes, et les ciboules durent d'un printemps à l’autre.

Les betteraves, les cardons d’Espagne, les carottes, les chervis, les choux pommés, les choux de Milan, les chouxfleurs, les citrouilles, les potirons, les panais, les poireaux, la bourrache, la buglose, la corne-de-cerf, etc., occupent leur place environ neuf mois, à compter du printemps, époque où ils ont été semés, jusqu’à la fin de l’automne.

Les oignons, l’ail, les échalotes, les concombres, les melons, et les premiers navets, n’occupent la leur que le printemps et l’été; ainsi, au bout de ce temps-là, on peut y substituer quelque autre chose pour l’automne et pour l’hiver.

Les pois hâtifs, depuis novembre qu’on les sème, sont en place six à sept mois; et les autres pois y sont quatre à cinq mois seulement, aussi bien que les fèves de marais et les haricots.

Les raves, le pourpier, le cerfeuil commun, n’occupent leur place que cinq ou six semaines; aussi on doit en semer, l'été, tous les quinze jours.

Les chicorées blanches, la bonne-dame, le cresson alénois, et toutes sortes de laitues, tant à pommer qu’à lier, occupent la leur environ deux mois.

Les couches à champignons sont trois mois à chancir, c’està-dire à faire leur moisissure, et trois mois à donner du fruit : ainsi, au bout de six mois, la place est libre; mais on peut les recommencer dans toutes les saisons.

Enfin les mâches et les épinards sont mis à la place de ce qui ne reste pas après l’été, et occupent le terrain l'automne et l’hiver, dé même que les choux d’hiver et autres plantes de cette saison.

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