‹ Traité complet de l'hypochondrieChapitre 11 sur 40 · DES MALADIES · texte numérisé non relu

DES MALADIES

Nous savons que par suite de renchaînement cpii lie et harmonise toutes les fonctions, il ne peut pas arriver la moindre altération physique ou vitale d'un organe, d'un appareil ou d'un système , sans que tout le reste de l'économie s'en ressente plus ou moins. Or , ce retentissement peut s'opérer de plusieurs manières , ou par l'altération des liquides ou par la sensation des souffrances prise dans la partie malade et transportée partout au moyen des nerfs. C'est ce dernier mode de transmission qui est le plus commun ; dans l'une et l'autre hypothèse, la maladie est , sinon propagée au loin , du moins irradiée pour produire des effets sensibles.

Il n'est donc pas étonnant que les nerfs, recevant les premiers la sensation de la douleur , puisqu'ils en sont les seuls agents de transmission au sensorium commun, soient aussi les premiers et les plus affectés. Dans les cas mêmes , où il n'y a pas de douleur , où la scène se passe primitivement dans l'altération des liquides , les nerfs en reçoivent encore la première impression , puisque seuls ils sont sensibles , et qu'ils distribuent la sensibilité à tous les autres organes , qui sans eux en seraient privés. Dès lors on comprend comment , dans toutes les maladies , le système nerveux peut , sinon devenir malade lui-même , au moins acquérir un degré de susceptibilité ou d'irritabilité de plus. On sent combien ce degré doit varier selon les maladies , attendu qu'elles ne portent pas sur le système nerveux une égale influence. Il en est qui ne font qu'une impression légère, ou bien passagère , tandis que d'autres agissent avec énergie et de manière à en modifier l'état normal. Ce n'est pas seulement la nature et le siège de la maladie qui amènent cette différence, elle est encore subordonnée à la durée de l'affection et aux dispositions idiosyncrasique spéciale de l'individu. Rarement une maladie aiguë chang<Ta pour longtemps l'état normal du système nerveux. D'autre part, quelles que soient la violence et la durée des souffrances , «;lles n'auront aucune prise sur l'ap-

pareil nerveux de certaines constitutions phlegmatiques ou musculaires, tandis qu'elles causeront, chez d'autres personnes, des ravages nerveux incalculables. On peut donc jusqu'à un certain point prévoir d'avance quelles seront les maladies qui apporteront dans le système nerveux des modifications sensibles et durables , capables de favoriser le développement de l'hypochondrie. Ce seront celles qui , d'une part , agiront longuement, et qui , d'autre part , feront éprouver au système nerveux une modification spéciale. Nous mettrons en première ligne toutes celles qui ont leur siège dans quelques parties de l'appareil céphalorachidien, et qui déterminent , soit des souffrances vives et longues , soit des spasmes plus or. moins intenses et plus ou moins prolongés. Ainsi, les névralgies , quel qu'en soit le siège , lorsqu'elles se prolongent longtemps , finissent par imprimer à tout le système nerveux un état de malaise général , qui le rend plus impressionnable et qui le dispose à sentir péniblement toutes les impressions cju'il reçoit. Ainsi , la névropathie produit le même effet. Ainsi , une affection locale , produite par une affection légère en elle-même , si elle se prolonge longtemps, ou si elle se renouvelle souvent , amène ordinairement une modification pareille dans la sensibilité cérébrale. Ainsi , les affections du cerveau peuvent toutes opérer cette modification physiologique des nerfs , en modifiant d'abord le centre , origine et aboutissant de leurs actes. Viendront en seconde ligne les affections chroniques des organes ou des appareils qui sont placés dans le bas-ventre , et surtout de ceux qui coopèrent à la digestion. Les affections chroniques du canal digestif, du foie , de la rate et du pancréas ont le triste privilège d'être souvent la cause d'une prédisposition hypochondriaque , et même quelquefois de l'hypochondrie. Ces affections agissent de deux manières. Comme toutes les autres affections , elles irritent ou agacent , pendant longtemps , les nerfs qui se distribuent dans la partie malade , et qui finissent par étendre et propager ce mode chronique d'érôthisme. En second lieu , ces organes , étant malades, n'apportent plus leur contingent d'action à la digestion , ou ne l'y apportent que dans un étcit de viciation , et

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mettent ainsi un obstacle au complément de cette importante fonction. Celle-ci alors ne peut plus fournir que des produits moins bien élaborés , qu'un chyle moins parfait. Or , ce liquide réparateur ne portant plus aux organes que des matériaux de mauvaise qualité , ceux-ci doivent souffrir de cette nutrition, et l'impression qu'ils en reçoivent est sentie d'abord par les nerfs, qui , ne se nourrissant pas différemment , y trouvent aussi des causes de viciation qui modifient leur impressionnabilité , et les disposent à être fatigués par les sensations et les impressions les plus simples.

Je ne crois pas utile d'entrer dans de plus grands détails sur ce sujet , quelque important qu'il soit. Ce que je viens de dire, et ce que j'en ai dit ailleurs suffisent pour faire comprendre la filiation par laquelle passent toutes les maladies , pour opérer, dans le système nerveux, la modification qui peut favoriser plus tard le développement de l'hypochondrie , lorsqu'une cause déterminante vient à son tour agir sur l'économie , et mettre en jeu ce système nerveux déjà si impressionnable.

Différence de la sensibilité et de la douleur.

Je dois cependant insister sur un fait bien remarquable et qui est de la plus haute importance. Nous avons dit que des souffrances vives et longtemps soutenues étaient les causes les plus ordinaires de la modification nerveuse , de cette exaltation névropathique et qui dispose à recevoir ensuite plus facilement les impressions qui agiront pour produire l'hypochondrie : Dolores fiunt in sensu et in intellectu, a ditHippocrate. Cela est vrai en f^énéral , mais cela n'est pas vrai dans tous les cas. Tous les jours nous voyons des douleurs se prolonger à l'infini et rester fixées localement dans leur siège primitif; sans produire de ces réactions générales nerveuses qui constituent soit la névropathie , soit une simple exaspération de la sensibilité. Nous connaissons une dame (jui , à la suite d'une luxation de l'humérus , ({u'clle s'était faite à l'âge de sept ans , a conservé , vers Fano^le de l'omoplate du même côté , une douleur très-aiguë

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qui , depuis 28 ans , n'a jamais cessé complètement , et qui est quelquefois assez forte pour l'empêcher de se servir de son bras et môme pour la retenir au lit. Rien ne paraît à l'extérieur et la pression ne l'augmente pas. Elle a vainement employé tous les calmants intérieurs et extérieurs , tous les rubufiants et révulsifs , et plusieurs voyages à différentes eaux minérales. Elle n'en a éprouvé aucun soulagement marqué. Elle a été mère de trois enfants , et elle n'a jamais fait de maladies graves. Son état physique et moral n'en a éprouvé aucune influence. Toujours également bonne et prévenante, elle a le don d'être à la fois une excellente épouse, la meilleure des filles et la plus tendre des mères , et de remplir avec distinction dans la société les devoirs que son rang lui impose. Ces exemples ne sont pas rares.

Tous les jours aussi, nous voyons des rhumatismes chroniques torturer , pendant de longues années , les malheureux qui en sont atteints , et ne jamais amener cet état nerveux , cette constitution névropathique dont nous parlons. Tous les jours enfin , nous voyons le cancer déchirer et dévorer le sein et les entrailles des malheureux qui en sont la proie , et leur causer des souffrances atroces pendant une éternité , sans que le système nerveux en soit ébranlé , sans qu'il passe à cette modification névropathique. Je n'en finirais pas , si je voulais énumérer toutes les circonstances dans lesquelles des douleurs persistent longtemps sans exaspérer le système nerveux, sans le modifier.

Ces faits sont bien constatés. Ils sont trop nombreux pour les révoquer en doute. Ils nous conduisent à nous demander s'il n'y aurait pas plusieurs espèces de douleurs , s'il n'y aurait pas des différences réelles dans les modifications que doivent nécessiter ces douleurs différentes. Nous consulterons vainement l'anatomie pathologique. Son scalpel n'a rien démontré qui put nous autoriser à admettre des lésions physiques différentes dans les nerfs. Il n'a point trouvé la cause matérielle ou anatomique de cette différence. Il ne peut donc pas nous donner le mot de l'énigme. Ici comme dans beaucoup d'autres circonstances, nous sommes condamnés à reconnaître et à constater le fait et à re-

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noncer à son explication. Oui il y a des douleurs différentes ou des manières différentes de les sentir. Oui ces douleurs produisent des effets bien différents , non seulement suivant les dispositions idiosyncrasiques des sujets , mais encore selon leur nature particulière. Les auteurs ont déjà signalé ces différences , en donnant des noms différents aux douleurs selon le mode de sensation qu'elles produisent. Ils en reconnaissaient surtout quatre espèces qu'ils nommaient tensive, gràvative, pulsative et pongitive. On leur a ajouté successivement les douleurs divulsives , lancinantes , déchirantes , pertérébrantes , prurigineuses , brûlantes, algides, contusives, conquassantes, corrosives, fixes, vagues, erratiques, continues, intermittentes, etc. Cotugno et André les premiers spécifièrent pour la sciatique la nature particulière de la douleur. Chaussier , en sanctionnant ces modifications partielles, les généralisa, et, quel qu'en fut le siège, il les réunit sous le nom générique de névralgie , dénomination heureuse , qu'on a généralement adoptée pour désigner un produit spécial de douleurs , sans chercher à les différencier autrement que par le siège qu'elles occupent (Tal)le synoptique delà névralgie). Cependant Bellingeri (Annal, univ. di med. avril, 1834), dans unmémoire sur la névralgie delà face,Q\\ établit trois espèces , l'inilammatoire , l'irritative et la nerveuse ; et il subdivise la première en sanguine , phlogistique et rhumatismale : division purement théorique , qui n'a pas reçu la sanction de l'expérience. Parmi les divisions de la névralgie , celle du docteur Valleix est la plus récente (Traité des névralgies ou affections douloureuses des nerfs. 1841). ïl reconnaît d'abord deux sortes de douleurs névralgiques : Vune qui est fixe, gràvative, contmive; Vautre qui ne se fait sentir que par moments et qui est lancinante. Les douleurs spontanées (82, 83) sont ou contusives et continues ou par élancements, et- elles peuvent donner lieu à des sensations diverses (88). Telles sont une sensation brûlante , ou de déchirement, onde pulsation violente, ou d'étincelle éloctricjue, ou de douleur perforante, ou d'arrachement , ou de torsion , de tension , de contusion , de piqûre , d'eau bouillante, de tiraillement, de pincement, en reprodui-

sant ainsi la plupart des dénominations adoptées avant lui. L'auteur , il est vrai , n'ajoute pas une grande importance à ces diverses espèces de sensations, de douleurs, même dans le résumé général qu'il eu fait à la fin de l'ouvrage. 11 les regarde toutes comme identiques et comme l'expression d'une maladie unique, dG la. névi-algie. Nous nous permettrons de signaler cette disposition comme une lacune dans un ouvrage d'ailleurs si riche de faits et de déductions positives.

Rien ne prouve mieux peut-être la différence de la nature des douleurs , que la différence des résultats obtenus par l'administration des agents thérapeutiques : car si elles ne différaient pas, le même moyen réussirait ou échouerait toujours. Or l'observation nous démontre l'infidélité fréquente de tous les agents. Beaucoup ont été préconisés. Ils ont tous obtenu des succès , et tous ont été plus souvent impuissants et cela dans des cas parfaitement semblables. Pourquoi cela ? Je n'en sais rien : voilà le fait. Il est précieux en ce sens qu'il nous révèle des modifications différentes dans la nature et le caractère de la douleur.

îl résulte des nombreuses observations de névralgies citées par M. Valleix , qu'elles ne constituent pas l'hypochondrie , et qu'elles peuvent exister bien des années sans l'occasionner. Il faut donc , comme nous ne cesserons de le répéter , qu'il y ait des prédispositions cérébro-nerveuses différentes, et qu'il y ait en même temps des douleurs de nature différente , pour opérer des effets si différents.

Ces considérations nous conduiraient-elles à reconnaître des modifications nerveuses ^j^toujours identiques , et par conséquent à établir que celui qui devient hypochondriaque ne le devient que parce que sa constitution originelle et spéciale l'y prédisposait ? Non sans doute : car nous avons vu que les modifications nerveuses pouvaient changer scsis l'influence de causes diverses. Je viens d'éprouver sur moi des changements de sensations et de douleurs bien sensibles.

Au mois de septembre dernier 1841 , je me fis , avec un instrument tranchant, une plaie de six centimètres, qui avait

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ouvert profondément la partie interne du poignet droit. Le nerfcubital avait été coupé. En conséquence , le tiers interne de la main , le petit doigt et le côté interne de l'annulaire furent paralysés. La réunion immédiate fut obtenue sans accident aucun. Au bout de dix jours un peu de sensation revint dans les parties paralysées : il semblait qu'on les touchait à travers un morceau d'étoffe. Peu à peu cette sensation devint plus vive, et au bout d'une dixaine de jours elle se transforma en un fourmillement assez incommode : trois ou quatre jours après , ce fourmillement cessa ; mais la partie interne de la main devint douloureuse au toucher ; il semblait qu'on appliquait un fer rouge sur la partie , ou qu'on touchait la surface fraîchement dénudée d'un vésicatoire , les doigts conservaient de l'engourdissement. Au bout de quelque temps , cette sensation devint moins vive , il semblait toujours qu'on touchait la sur' face vive d'un vésicatoire , mais recouverte d'un léger parchemin. Cette douleur s'est peu à peu dissipée et aujourd'hui elle n'est plus sensible , lorsqu'elle est recouverte du plus léger tissu. Les doigts ont repris à peu près , toute leur disposition normale. En même temps que le dos de la main présentait cette sensation douloureuse si vive , il se passait à la paume un phénomène non moins curieux. Le moindre toucher un peu brusque de l'éminence hypothénar , la plus légère percussion, produisait une sensation semblable à une secousse électrique , qui allait retentir douloureusement dans le dos de la main. Nulle autre partie frappée ne produisait le même effet.

De ce fait et de tant d'autres, il résulte que les sensations nerveuses ne sont pas toujours les mêmes, et qu'elles peuvent être modifiées bien des fois. En conséquence , il ne faudrait pas conclure qu'une disposition qui existe aujourd'hui existera demain , et que telle autre disposition qui ne paraît pas exister ne se développera jamais. C'est de cette manière qu'on peut expliquer pourquoi des individus souffriront de longues années , sans avoir la moindre atteinte (le rhyr)ochondri(' , <'t pourront plus tard devenir hypochon-

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driaques sous l'influence d'une douleur beaucoup moins grande et moins longue. Pourquoi cela ? L'expérience démontre ces variétés de modifications; mais le pourquoi nous échappe comme dans bien d'autres questions de ce genre.

C'est en vain qu'on en chercherait la raison dans la constitution plus nerveuse. Nous avons vu plusieurs personnes, les plus éminemment nerveuses, supporter ainsi de longues souffrances sans contracter la prédisposition hypochondriaque. Il y a là un quid ignoti que nous ne chercherons pas davantage à expliquer.

Toutes les fois qu'une cause physique, pathologique ou morale agira sur l'homme de manière à le faire souffrir et à pervertir ou augmenter l'irritabilité nerveuse , elle amènera l'hypochondrie d'autant plus facilement , que déjà sa constitution y sera physioîogiquement prédisposée , et qu'elle présentera les conditions physiques et morales les plus propres à lui faire recevoir des impressions pénibles, ou si l'on veut, les plus favoralîles au développement de la maladie. Il ne s'agit maintenant, pour trouver la solution de la question physiologique , que d'étudier comment ces causes agissent sur l'économie, et par quel enchaînement d'actes physiologiques directs ou indirects se manifestent tous les phénomènes de l'hypochondrie. L'analyse que nous avons faite de chaque observation en particuUer nous a mis sur la voie ; nous n'avons plus qu'à reprendre ces analyses partielles et isolées , et à les coordonner de manière à en former une théorie générale qui fournisse l'explication que nous cherchons.

Rappelons qu'il existe dans l'économie animale deux systèmes nerveux , que chacun de ces deux systèmes préside à un ordre particulier d'actes ou de fonctions , et que leur état normal peut tantôt présenter une disposition originelle , tantôt être modifié par différentes causes , principalement par les vices de l'éducation et de la société , par les passions et par les maladies, et devenir ainsi plus apte à contracter l'hypochondrie.

31 â TRAITÉ DE l'hYPOCHONDKIE.

ANALYSE PHYSIOLOGIQUE DE l'hYPOCHONDRIE.

Dans la première observation , Mme B... , d'une constitution nerveuse , gâtée par les vices de la société , éprouve tout le chagrin que peut éprouver une femme du monde accoutumée aux adulations de la flatterie. Pendant longtemps elle est en proie à ce dépit que cause l'âge de retour. Sans être malade, elle devient plus sensible, plus impressionnable et surtout plus susceptible. Elle voit ainsi sa constitution se détériorer ; et des accidents nerveux d'abord erratiques , puis fixés plus spécialement dans la région épigastrique , ont lieu. C'est alors seulement qu'elle fixe son attention sur ces phénomènes , et qu'elle s'occupe de les interpréter. Alors seulement commencent les premiers phénomènes de l'hypochondrie. Le chagrin , les accidents nerveux n'ont pas suffi pour la constituer , il a fallu que , par une réaction sur l'imagination, celle-ci ait ensuite joué le rôle le plus important , en transformant les phénomènes existants en une foule de maladies , en en faisant naître de nouveaux , et en se tourmentant sans cesse des dangers de ses maux.

Chez la dame de la VIF observation , nous retrouvons également l'influence puissante d'un chagrin occasionné par une passion violente qu'elle s'elTorce de surmonter : le système nerveux entier commence par en souffrir , la poitrine devient un foyer de concentration fort inquiétante. Alors l'imagination , qui jusques-là n'avait rien éprouve de lugubre , s'affecte vivement , crée autant de maladies , que la malade éprouve de sensations pénibles, de phénomènes différents. Certainement la passion a primitivement agi sur l'organe de l'intelligence, mais l'hypochondrie n'a conmiencé et ne s'est déclarée , que lorsque des phénomènes nerveux ont eu lieu pendant assez longtemps pour modifier à leur tour le centre nerveux cérébral , et finir par vicier son mode de perception et de réaction.

Ces deux faits sont le type du plus grand nombre des observations d'hypochondrie , parce que les causes les plus fréquentes de celte maladie sont prises dans la classe des percepta et

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animi pathemata du célèbre Halle. Si l'on en croit Georget et MM. Falret et Dubois d'Amiens, il n'y a pas d'autres causes. Ou peut donc leur rattacher la presque totalité des observations citées par les auteurs. Dans tous ces ers en effet, nous voyons que le chagrin ou les travaux forcés du cabinet n'ont jamais déterminé l'hypcchondrie d'emblée. Toujours ils ont commencé par agir plus ou moins lentement sur le système nerveux , dont ils ont augmenté la susceptibilité et l'irritabilité. Toujours ils ont occasionné Une névropaihie plus ou moins générale , et presque toujours aussi c'est dans l'épigastre et dans les hypo™ chondres que se sont manifestés les principaux phénomènes. Ce n'est ensuite que secondairement que le cerveau et l'imagination sont devenus malades. Ce n'est qu'après qu'ils ont eu souffert longtemps , lorsque la sensibilité continuellement irritée a été sur-excitée et pervertie, qu'alors ils se sont effrayés de leurs maux, et ils en ont fait des maladies plus ou moins graves et presque imaginaires. Les sensations qu'ils éprouvent sont vraies , quoique exagérées et dénaturées par des nerfs vicieusement affectés et par un cerveau ncié aussi par ces longues souffrances. Qu'on veuille bien y faire attention et faire une analyse physiologique telle que nous l'avons faite , on verra que dans tous les cas , les choses se passent ainsi que nous le disons : 1° action de la cause morale ou intellectuelle sur l'encéphale ; 2° réaction de cet organe sur l'économie entière au moyen des nerfs ; principalement sur quelques organes de prédilection, et surtout sur l'estomac et ses annexes ; 3° enfin viciation des actes cérébraux par l'influence qu'exercent sur lui les phénomènes nerveux plus ou moins bizarres qui se sont développés dans les différentes parties du corps ; jamais dans les cas ordinaires , dans les cas d'hypochondrie acquise , le cerveau n'est primitivement malade , c'est-à-dire qu'il ne commence pas par les idées de terreur et de bizarrerie qui caractérisent ensuile la maladie. Je ne parle que de i'hypochondrie acquise ; je ne parle pas de cette hypochondrie liée essentiellement à la constitution , comme nous en trouvons un exemple dans la XYÏP observation , parce qu'alors ce n'est plus

une hypochondrie , c'est une véritable monomanie , qui s'unit bien souvent à une sorte d'imbécillité ou de démence. C'est de cette hypochondrie que Lieutaud disait qu'elle était devenue un nom offensant dont les médecins évitaient de se servir , en lui substituant le nom vague de vapeurs.

Il faut convenir cependant , que dans certaines constitutions vaporeuses les plus favorablement disposées, et surtout lorsque la maladie a duré bien longtemps , les souffrances réelles se dissipent quelquefois , alors l'imagination , accoutumée à souffrir et à se plaindre sans cesse , conserve le souvenir de ses souffrances , s'en occupe comme par le passé et comme si elles existaient encore , et continue à se plaindre et à se créer mille maux , qui ne sont plus qu'imaginaires. C'est alors une hypochondrie constitutionnelle. L'affection s'est identifiée avec l'organe intellectuel , et il ne peut plus s'en débarrasser. Biais ce n'est point par là que la maladie a commencé; elle a toujours suivi la filière que nous lui avons reconnue pour en venir là , et une longue habitude en a fait une seconde organisation.

Cette interprétation que nous donnons de faits qui ont été analysés d'une manière si différente par d'autres auteurs, prouve ce que nous avons dit au commencement de ce travail , que le même fait peut fournir des conséquences toutes différentes par la manière dont il est interprêté. Mais qu'on n'aille pas en conclure que la nature nous trompe. Non , elle ne trompe jamais. Son langage est toujours vrai. C'est nous qui nous trompons dans nos interprétations presque toujours systématiques.

Le fait est toujours là, toujours infaillible, tandis que chaque auteur trouve le moyen de lui faire parler , en faveur de sa théorie , le langage qu'il veut lui supposer , mais la nature ne s'y est point piiée. Aussi le fait reste le même , pour démontrer plus tard que le langage seul était vicieux et par conséquent contestable.

Dans les cas qui se rapprochent le plus de cette hypochondrie constitutionnelle , par les dispositions antérieures du moral et de la constitution nerveuse du sujet, comme dans les obser-

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valions IP,VP, XYIIF,XXVIPct XXX% dans ces cas,dis-jc, rimaginalion vagabonde était bien disposée à être malade ; mais elle n'est point devenue malade toute seule. La constitution nerveuse de ces malades a été sur-excitée et viciée , des phénomènes nerveux plus ou moins bizarres ont été produits et sont venus torturer leur imagination déjà si faible ; alors les sensations pénibles qu'elle a éprouvées ont achevé de la vicier , et de lui faire donner à ces sensations la tournure bizarre qu'elle avait. Il a fallu , et il faut que chez eux , des souffrances nerveuses ou physiques se fassent sentir , pour que l'imagination les élabore et les transforme. J'ai voulu bien des fois , en causant avec ces malades , les prendre en défaut sur la réaUté de leurs souffrances ; mais je n'ai pu les faire varier dans leurs dépositions ; toujours ils ont exprimé ce qu'ils sentaient , où ils le sentaient , et quelquefois le trajet que parcouraient ces sensations. Je le sens bien, disaient-ils avec humeur , lorsque j'insistais trop et que je laissais voir mon doute. Ainsi , rien n'est changé ; l'étiologie reste la même , toujours nous retrouvons la même hiérarchie entre la cause et les différents phénomènes , jusqu'à la production de l'hypochondrie.

Si nous sortons de cet ordre de causes , et que nous passions aux causes pathologiques qui ont agi directement sur le cerveau , comme dans les observations IIP et IV® , nous retrouvons encore cette succession des phénomènes et des idées. Une congestion cérébrale laisse une sensation pénible singulière dans l'encéphale ; les malades ne peuvent pas soulever la tête de dessus l'oreiller ou se lever sans être menacés de tomber. Ils craignent quelque maladie grave du cerveau. Cette crainte est toute naturelle ; elle n'est point l'hypochondrie. Mais la durée de la maladie fait développer des phénomènes nerveux dans l'épigastre et ailleurs. Alors l'imagination , déjà fatiguée par la maladie du cerveau , et par les craintes qu'elle lui a inspirées , devient la proie de nouvelles frayeurs et transforme chaque phénomène en autant de maladies. C'est alors l'hypochondrie , mais seulement alors. Ainsi , dans ces deux cas , quoique le cerveau ait été le premier organe malade , l'hy-

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pochondrie ne s'est point déclarée pendant sa maladie. Elle s été la conséquence des phénomènes nerveux consécutifs à l'affection cérébrale. Ce sont eux qui en ont été la cause réelle , et qui ensuite ont servi à l'alimenter tant qu'elle a duré. La preuve qu'il en est ainsi , c'est qae l'hy pochondrie s'est dissipée , à mesure que les accidents nerveux se sont eux-mêmes dissipés . c'est que mille fois , des affections cérébrales , aussi et plus intenses , parcourent leurs périodes sans occasionner d'hypochondrie , parce qu'elles ne produisent pas ces phénomènes nerveux consécutifs.

Quoicpie nous n'ayions cité fjue deux faits d'affection cérébrale comme cause de l'hypcchondrie , il ne faut pas croire qu'ils soient les seuls qui puissent ainsi être la cause première de la maladie. Toutes les autres affections cérébrales peuvent conduire au même résultat , par la succession des mêmes actes de physiologie pathologique , et par leur influence successive sur le système nerveux et sur l'encéphale. Nous n'avons cité que ces deux faits , parce que , venant d'être recueillis , ils se sont présentés les premi 3rs sous notre plume. Nous les avons , en conséquence , cités comme un type autour duquel venaient se ranger toutes les causes pathologiques du même ordre , pour faire un groupe commun , et non comme une cause pathologique unique d'affection hypochondriaque. Ainsi toutes les maladies du cerveau seront aptes à produire , dans des cas particuliers et peu nombreux , une aiïection hypochondriaque , pourvu toutefois qu'elles n'anéantissent ni les sensations ni le raisonnement. Car lorsque ces deux opérations de l'appareil cérébro-nerveux sont abolies , ou du moins en partie aboHes , l'hy pochondrie n'est plus possible. Il y a dans elle exaltation et perversion tout à la fois de la sensibilité et du jugement; mais non abolition ou diminution considérable. Ce dernier état implique contradiction avec les qualités hypocnondriaqucs , et il en repousse la possibilité.

Pour être nombreuses , les plus nombreuses peut-être , les causes de l'hypochondrie émanant du moral et des affections cérébrales, ne sont pas les seules. Nous avons rapporté un grand

HISTOIRE PHYSIOLOGIQUE. iUJ

nombre de faits , daus lesquels la maladie a pris sa source dans beaucoup d'autres organes , dans beaucoup d'autres affections. Les plus communes après les causes cérébrales , sont celles qui proviennent de l'estomac et des parties voisines. La gastralgie marche la première. Nous n'en avons cité que quatre observations , les V« , VIII%Xîr et XXVÏF , nous aurions pu en augmenter le nombre. Mais à q«oi bon multiplier inutilement les citations, lorsque celles qu'on a faites sont suffisantes pour fournir l'explication qu'on désire? D'ailleurs on peut en trouver une quantité prodigi^ise dans l'excellent ouvrage du D*^ Barras dans lequel nous avons remarqué , ainsi que nous l'avons dit beaucoup d'affections bypochondriaques qui ont été placées au nombre des gastralgies , parce que cette dernière affection existait en même temps. Que la gastralgie soit primitive et essentielle , ou qu'elle ait été la conséquence d'une autre affection de l'estomac et surtout d'une gastrite chronique, ainsi que Pujol l'a si bien fait ressortir , les effets sont toujours les mômes ; toujours elle agira de la même manière. Voyez comment chez le fils P... ( obs. V« ) et M. J... ( obs. XXVJF) , une gastralgie conduit le malade à î'hypochondrie. Le dérangement de la digestion est le premier phénomène apparent ; qu'il y ait ou non souffrances plus ou moins grandes , sensations diverses plus ou moins bizarres, le système nerveux est sur- excité et modifié d'abord dans les parties voisines , où il occasionne des spasmes des battements, des sécrétions vicieuses de bile ; et ensuite dans les parties les plus éloignées , où il détermine les palpitations du cœur , les spasmes de la poitrine , les toux muqueuses les douleurs variées des membres , les sensations bizarres les battements , etc. La névralgie qui était d'abord locale et renfermée dans la sphère d'un organe , s'étend peu à peu et devient en quelque sorte générale par réaction , ou plutôt par une action continue sur le système nerveux qui se modifie ainsi : et lorsqu'il a été ainsi sur-excité et modifié , alors, agissant continuellement sur l'encéphale par les sensations douloureuses et pénibles qu'il ne cesse de lui transmettre , il le fatigue bientôt ; et s'il rencontre une prédisposition naturelle ou acquise , ces

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sensations en excitent et pervertissent l'action , et de passif qu'il était , il devient actif et joue bientôt le premier rôle , le rôle le plus essentiel. Après avoir souffert plus ou moins longtemps, l'imagination est donc à la fois viciée ; elle ne reçoit plus les impressions que d'une manière pénible , tout devient pour elle cause de souffrances et d'irritation ; et , dans cet état maladif , elle réagit sur les sensations qu'elle reçoit , conformément à l'état dans lequel elle se trouve. Elle exagère et dénature ces sensations déjà douloureuses et pénibles , et elle les transforme en autant ou presque autant de maladies plus ou moins vraisemblables ou bizarres.

Ainsi nous voyons ici , comme pour le cerveau , 1" maladie primitive et surtout maladie nerveuse d'un organe important , de l'estomac ; 2° maladie générale du système nerveux consécutive à la maladie primitive ; 3" réaction sur l'encéphale , moins par ces réactions sympathiques si fréquentes dans la marche des maladies , que par une continuité de souffrances perçues qui en sur-excitent et vicient l'action. La maladie de l'imagination n'est donc encore que secondaire. Ce n'est que lorsque le système nerveux malade et bizarrement sur-excité lui transmet des sensations douloureuses , qu'elle devient malade à son tour : mais il est essentiel qu'elle le soit pour constituer l'hypochondrie ; sans sa participation , toutes les névroses, toutes les bizarreries nerveuses et fonctionnelles ne la constitueraient jamais.

Mais la gastralgie , ou toute affection de l'estomac , ne borne pas son action au système nerveux. Bien souvent elle y joint une seconde manière d'agir , qui n'est pas moins puissante et qui était la seule connue des anciens. Ordinairement la digestion est viciée. Le chyme mal élaboré ne peut en conséquence fournir qu'un chyle de mauvaise qualité. Cette matière alibile essentielle , destinée à aller se combiner avec le tissu de nos organes , ne peut donc que leur porter des sensations de malaise et des causes de trouble et d'altération vitale. Les nerfs reçoivent ces sensations et finissent par en être modifiés dans leurs actes. Tls deviennent plus irritables , plus impressionnables ,

et ils passent plus facilement à cet état de névropalhie générale. Gela est si vrai que la seule influence du ré^me , chez les personnes qui n'ont point de dérangement dans la digestion , est toute puissante. Il n'est personne qui n'ait vu bien des fois le système nerveux s'exaspérer et donner lieu à mille phénomènes nerveux par la seule action d'un régime vicieux. C'est chez les personnes déjà prédisposées à une mobilité nerveuse marquée , que se fait principalement remarquer cette influence du régime. Elle est quelquefois extraordinaire. Il suffît du moindre changement dans la qualité des aliments pour opérer des phénomènes remarquables. Eh bien I ce qui arrive chez ces personnes , arrive aussi chez celles qui sont atteintes de gastralgie. Je ne donne point cette influence des mauvaises digestions, comme la cause unique de l'hypochondrie dans la gastralgie , puisque j'ai mis en première Hgne l'affection nerveuse qu'elle occasionne , et cpie cette affection nerveuse est bien souvent la seule cause ou du moins la cause principale de la maladie. Malgré cela , je persiste à croire que les produits mal élaborés de la digestion exercent fréquemment une fâcheuse influence sur les nerfs et sur le cerveau. Ce qui me confirme dans cette manière de voir , ce sont les cas nombreux d'hypochondrie que l'on guérit tous les jours en combattant la gastralgie et en rétablissant les fonctions digestives. M. Barras a cité un nombre infini de faits de cette nature. On suit les phases de l'hypochondrie par les phases de la digestion. Aussitôt que cette fonction s'exécute mieux , les idées deviennent plus justes et moins noires. S'il y a quelque retour de mauvaise digestion , les idées se rembrunissent et reprennent la teinte hypochondriaque. Je croirais même que dans quelques circonstances , cette manière d'agir de la gastralgie par les mauvaises digestions , est la seule qui produise l'hypochondrie. Ainsi la gastralgie pourrait agir , soit par réaction nerveuse simple , soit par viciation des digestions , soit par ces deux causes réunies. Mais encore une fois , le dérangement de l'imagination est consécutif à l'affection nerveuse locale et générale. Il est essentiel pour constituer l'hypochondrie. La gastralgie seule ne pourrait

329 TRAITÉ DE l'îIYPOCIIOIÎDRIE.

jamais la constituer ; elle ne serait toujours que la gastralgie.

Nous pouvons appliquer à l'entéralgie tout ce que nous avons dit de la gastralgie. Le sujet de la IX*' observation , M. M... , nous en offre un exemple. Car chez lui l'entérite avait laissé une enterai gie assez prononcée et accompagnée de quelques autres phénomènes- Mais si l'on en veut des observations plus circonstanciées , plus limitées dans le domaine de l'entéralgie, on e:i trouvera plusieurs dans l'ouvrage de M. Barras , nous ne nous répéterons donc pas.

Si l'affection première siège dans un autre organe que l'estomac , par exemple , dans le foie , comme dans l'observation XP , ou dans la rate , ou dans le pancréas , ou dans le mésentère, les épiploons ou toute autre partie qui coopère plus ou moins à la digestion , nous pourrons encore lui appliquer le raisonnement que nous avons fait pour l'estomac. Prenons le foie pour exemple. Non seulement une maladie chronique de cet organe agit sur le système nerveux , en l'irritant et l'agaçant de manière à le modifier et à déterminer cette disposition névropathique qui produit les mille sensations douloureuses que le sujet éprouve ; mais encore la bile viciée rend la digestion plus laborieuse et moins complète ; et le chyle qui en résulte , moins bien préparé , ne peut plus produire sur l'économie son incitation normale. Il en résulte donc , comme dans les affections de l'estomac , un double effet nuisible dans l'économie et dans le système nerveux. Peut-être aussi la bile ainsi viciée est-elle absorbée en partie et va-t-cUe agir directement sur les tissus et sur les nerfs pour les irriter et en modifier la sensibilité.

La maladie des autres organes désignés apporte aussi un trouble plus ou moins grand dans la digestion , et nuit par conséquent aux bonnes quaUtés du chyle, d'une part ; et d'autre part, elle agit à la longue sur l'incitabilitô nerveuse qu'elle modifie en l'exagérant et la viciant , de manière à favoriser les différentes sensations nerveuses qui ont lieu.

Quoique les maladies de ces organes de la digestion , et surtout celles de l'estomac et du foie , soient celles qui occasionnent le plus souvent rhypocht)ndrie , cependant , elles ne la

HISTOIRE PHYSIOLOGIQUE. 32 î

produisent pas toujours. Le plus souvent môme on les voit durer des mois et des années , sans occasionner la moindre disposition hypocliondriaque. Le malade devient à peu près constamment morose , plus irritable ; c'est là le propre de toutes les longues souffrances. Mais il y a loin de cet état à l'hypochondric. Il faut donc, et nous ne saurions trop le répéter, qu'elles déterminent une modification spéciale , à laquelle ne se prêtent pas également les différents états physiologiques du système nerveux.

Les maladies des organes appartenant à l'appareil de la digestion ne sont pas non plus les seules qui puissent faire développer l'hypochondrie. Toutes les affections des autres organes peuvent aussi en devenir des causes déterminantes , lorsqu'elles se prolongent assez pour agir sur le système nerveux, de manière à en modifier l'irritabilité. La chose est plus rare ; mais elle se rencontre encore assez fréquemment. Les auteurs en citent des exemples , et nous avons vu une métropéritonite dans la X^ observation, une cardialgie dans la XIIP , une affection du poumon dans la XIV^ , une affection de la bouche dans la XV*^ , et une menstruation dans la XX VP. Dans tous ces cas , le mode de souffrance de l'organe et surtout sa durée , déterminent à la longue une sur-excitation spéciale des systèmes nerveux. Ces systèmes , devenus malades à leur tour , font éprouver toutes les sensations de douleurs et de bizarreries possibles. Ce n'est que longtemps après , que l'imagination, à force de se trouver en face de sensations pareilles, finit par les commenter et par les analyser à sa manière , d'abord avec des craintes justement fondées et puis avec tout le travers d'un jugement vicié. Tant qu'il n'y a que maladie locale , tant qu'il n'y a même qu'affection nerveuse , quelque intense qu'elle soit , il n'y a pas hypochondrie. Par conséquent le siégeréel de l'hypochondrie ne peut pas être placé dans aucun organe particulier , pas même dans le système nerveux exclusivement. Pour que l'hypochondrie ait lieu , il faut dans ce cas , comme dans tous ceux que nous avons mentionnés , que l'encéphale devienne malade à son tour. Ce n'est qu'alors que la

322 TRAITÉ DE l'hYPOCHONDIîIE.

maladie est constituée, qu'elle est l'hypochondrie ; mais elle présente toujours ces conditions indispensables : 1° souffrance d'un organe ; 2° état névropathique spécial consécutif; 3*^ vicia tion de l'imagination et du jugement.

Ici bien plus encore que dans les maladies précédemment examinées , on peut faire la rem.arque si vraie , que l'inflammation , la névrose ou toute autre maladie d'un organe , quelque longue qu'elle soit, ne suffit pas pour produire l'hypocliondrie. Si elle suffisait , l'hypochondrie serait bien plus fréquente. Les maladies chroniques de l'utérus , du cœur, du poumon, etc., sont , on ne peut pas plus communes , et cependant il est rare qu'elles occasionnent l'hypochondrie. Il faut donc, lorsque cela arrive , ou bien que la modification nerveuse de l'organe malade soit viciée d'une manière spéciale , ou bien , ce qui est le plus probable, que le système nerveux en général se trouve dans des conditions de physiologie pathologique spéciale qui favorisent la modification morbide, dont la réaction sur l'encéphale amène à la fin la viciation, le désordre de l'imagination. Je ne saurais trop insister sur ce point, il est de la plus haute importance. Ce n'est qu'en l'admettant , qu'on peut expliquer pourquoi la même maladie cause l'hypochondrie dans une circonstance et ne la cause pas dans une autre.

Puisque les maladies locales des organes ne peuvent pas occasionner directement l'hypochondrie, puisque pour y parvenir , il faut qu'elles agissent d'abord sur le système nerveux , sur l'économie en général, et qu'elles en modifient les dispositions normales, les actes physiologiques , afin de leur imprimer un cachet particulier et toujours identique , on doit en coiiclure que toutes les causes qui pourront agir sur l'économie de manière à en modifier ainsi le système nerveux , pourront aussi occasionner consécutivement l'hypochondrie. Ce que nous disons là n'est point une supposition gratuite , ce n'est que l'exposition de la vérité , d'un fait , puisque dans les observations WI", XVn'et WiY", nous avons vu les excès de la masturbation et des pl.iisiis de l'amour , énerver d'abord la constitulion et conséculivetnent rimaginalion , de manière à produire

HISTOIRE PUYSIOLOGIQUÎÎ. 323

d'abord des soiisatioiis l)izarrcs et pénibles , et surtout une gêne, une faiblesse dans rexccution de la plupart des fonctions, et ensuite une (iùblesse de jugement; et une bizarrerie, un désordre de l'imagination dans l'interprétation des sensations qui lui arrivent. Les excès vénériens ne sont pas les seuls qui puissent opérer ces modifications nerveuses et intellectuelles. Nous avons la conviction que tous les excès et surtout que toutes les évacuations excessives et prolongées, doivent agir de même, d'abord en produisant une modification nerveuse spéciale, et ensuite une modification dans les facultés de l'intelligence. Une hémorrhagie chronique , des sueurs longtemps soutenues, une suppuration abondante , une diarrhée interminable , un ptyalisme immodéré , un travail corporel excessif , des veilles prolongées trop avant dans la nuit et trop longtemps , doivent d'i bord affaiblir l'économie ; et , par la raison même de cet affaiblissement, elles doivent en modifier la sensibilité nerveuse, la surexciter , la vicier de mille manières , et opérer surtout la viciation spéciale de l'hypochondrie , dont la réaction se fait d'autant plus volontiers sentir à l'imagination que son organe a lui-même été affaibli , surexcité et modifié par les mêmes causes. Je n'en ai aucune observation présente à la mémoire ; mais je suis persuadé qu'en compulsant les auteurs il ne serait pas difficile d'en trouver.

Ainsi , nous retrouvons partout les mêmes causes , les mêmes effets et la même filiation dans la succession et dans la détermination des phénomènes : toujours sensations et modifications spéciales du système nerveux , toujours modification et viciation spéciale de l'imagination et du jugement, le dis modification spéciale du système nerveux , parce que , ainsi que nous en avons fait plusieurs fois la remarque, il faut cette sorte de spécialité morbide , sans elle il n'y a point d'hypochondrie. Nous avons vu , dans les observations XX® et XXP , des exemples de névropathie chronique , sans que l'imagination ait rien perdu de son activité, ni le jugement de sa précision et de sa rectitude. Nous avons souvent rencontré des névralgies qui ont duré avec des degrés variables d'intensité , pendant des années

324 TBAÎTÉ DE l'hYPOGHONDRÎE.

entières , sans amener le moindre trouble dans les actes du jugement. On en trouve plusieurs observations dans l'ouvrage de M. Valleix. Je dis aussi modification et viciatson spéciale de l'miagination et du jugement, parce que Fintelligence peut éprouver dans ses attributions, cent modifications différentes qui ne sont point l'hypochondrie. Mais n'anticipons point , nous reviendrons sur ce sujet.

La forme intermittente qu'a présentée l'hypochondrie dans les observations XX VP et Xn% ne se soustrait point aux explications que nous avons données jusqu'à présent. Elle vient au contraire les confirmer. Certes , il faut bien qu'il y ait dans l'économie et surtout dans les agents qui lui distribuent la vie , une disposition particulière et spéciale qui favorise l'hypochondrie , pour que celle-ci revienne périodiquement , à des époques à peu près déterminées , et toujours delà même manière, toujours par le même enchaînement de causes et d'effets , sans qu'il soit possible de trouver une cause première au développement de la maladie. Quant à la cause de l'intermittence, je ne m'en occuperai pas ; je n'aurais rien à dire de plus satisfaisant que ce qu'en ont dit tous les auteurs , à moins de vouloir ajouter une hypothèse ou une erreur de plus à celles , déjà si nombreuses , qui encombrement la science.

DU SIÈGE DE l'hypochondrie.

Nous venons de voir comment les phénomènes ou les actes morbides s'enchaînent et se succèdent pour arriver à constituer l'hypochondrie. Il nous reste à examiner quel en est le siège. Celte (|uestion n'est guère moins importante que la précédente : elle lui tient pur des liens intimes ; elle en fait le complément.

D'après tout ce que nous avons dit, il est évident que, si nous avions voulu faire comme la plupart des auteurs , il nous eût été ra<ile d'en [(hiccr le siège dans (|uelques-uns des organes qui nous ont paiii être le j)oint de départ des premi(;rs ])hénomènes <'t la cause des autres. De cette; manière, nous aurions pu choisir, et tout rapporter à la théorie de prédilection

que nous aurions adoptée. Ou bien encore , si caressant la manie du jour , nous nous fussions contenté d'un tait pour le déclarer le type de tous les autres, et pour lui rattacher tout ce qui a été dit sur la maladie et tous les phénomènes dont elle se compose , il nous eût été bien aisé de faire tout plier à cette idée de conviction , en ne prenant dans les autres faits que ce qui pouvait lui être favorable. Mais ce n'est point ainsi que nous voulons et que nous devons procéder. Pour être vrai , pour établir une doctrine qui s'applique à tous les cas , qui en contienne l'expression et qui fasse connaître ce qui est et non ce que nous voudrions qui fût , nous ferons une analyse des faits qui n'en exclue aucun , qui s'harmonise avec tous , qui les explique tous , et pour laquelle on ne soit pas obligé d'en mutiler aucun. De cette manière , et de cette manière seulement , nous pourrons concevoir la flatteuse espérance de ne pas nous être écarté de la vérité.

Dans toutes les observations que nous avons citées , comme dans toutes celles que les auteurs ont recueillies avec des détails suffisants , il est facile de constater trois ordres de phénomènes. Les uns appartiennent à l'intelligence ou à l'imagination. Les seconds sont des phénomènes nerveux proprement dits , ou des vapeurs , et appartiennent au système nerveux cérébral. Les troisièmes comprennent les actes de la vie organique , qui sontvenusse joindreaux autres, ils sont, avons-nous dit, sous la dépendance du système nerveux ganglionaire , nous les appellerons en conséquence phénomènes organiques ou ganglionaires.

Nous récapitulerons brièvement quels sont les phénomènes qui appartiennent à chacun des ordres que nous venons d'établir.

Aux phénomènes intellectuels se rapportent toutes les viciations , tous les désordres de l'imagination ; la perversion de la conception qui exagère et dénature toutes les sensations , et les fait transformer en maladies diverses aussi nombreuses que les phénomènes faussement interprétés peuvent en fournir ; la faciUté avec laquelle , d'une maladie dont on vient d'entendre parler ou de prendre lecture , l'imagination en fait déve-

326 TBAITÉ DE l'hYPOGHONDEIE.

lopper les sensations , en fixant l'attention sur l'organe qui en est le siège, et sur le groupe de phcBomènes qui la constituent. Cette exagération perpétuelle des souffrances, cette crainte méticuleuse de la mort avec le désir en apparence prononcé de la voir venir mettre fin à cette longue carrière de douleurs ; cet empressement à parler sans cesse de ses souffrances , à chercher à en entretenir tout le monde , pour trouver des personnes qui souffrent aussi et sur lesquelles on enchérit toujours ; ce choix des expressions les plus énergiques et les plus pittoresques pour peindre les maux qu'on endure ; ce caractère le plus ordinairement sombre et chagrin, qui rend maussade, péniblp et mécontent de tout : tout prouve le rôle important , nous pourrions dire le rôle essentiel , que joue l'imagination dans cette affection. Mais en conclurons-nous que cette imagination ou l'esprit constitue seule la maladie , et que celle-ci consiste comme le dit M. Dubois , d'Amiens , dans une tournure particulière de l'esprit indépendante de son organe , de l'encéphale? Nous nous sommes expliqué à cet égard , et nous avons formulé l'impossibilité d'isoler l'organe de ses facultés et les facultés de leur organe , Fimposibilité de voir le moral malade sans la participation du physique. Nous ne nous arrêterons donc pas davantage sur une discussion métaphysique, bien grave sans doute , mais trop nébuleuse encore pour nous faire espérer de la voir juger et encore moins de la faire juger. Qu'on se reporte à ce que nous avons dit plus haut , et nous n'aurons pas besoin de recommencer cette réfutation. Nous reconnaissons sans hésiter , que l'imagination est malade ; mais en même temps nous constatons qu'elle l'est avec le corps et par le corps.

Cependant Pison , Georget , et MM. Falret , Gérard, Dubois , d'Amiens , et Michéa , à cause des phénomèn<^s cérébraux placent la maladie exclusivement , les uns dans le cerveau, les autres seulement dans rinlelligence. Dans uoire réfutation de ces deux opinions, nous avons démontré et les faits le démontrent , que les phénomènes cérébraux et intellectuels seuls no peuvent pas constituer la maladie, (jue toujours ils

UISÏOIRE PHYSIOLOGIQUE. 327

sont précédés de phénomènes nerveux variés , qui , à force de réagir sur l'encéphale., en modifient Faction et la pervertissent avec toutes ses dépendances intellectuelles, en imprimant, et à l'organe et à l'imagination , une modification toute particulière , hien facile à reconnaître. Oui , sans doute, le cerveau est malade. Oui , aussi il joue le rôle principal , le rôle essentiel dans la maladie ; mais encore une fois il ne la consti-^ tue pas seul. JIl lui faut d'autres phénomènes soas l'influente desquels il est devenu malade , avec lesquels la maladie marche, et dont elle ne peut se passer. Voilà ce que l'observation journalière nous a appris , voilà ce que l'analyse sévère des faits nous confirme. Si l'on nous objectait que Lieutaud , Georget et MM. Falret et Dubois , d'Amiens , ont pensé que dans certains cas , on pourrait rencontrer bien isolés et indépendants de toute autre cause , des phénomènes cérébraux et des viciations de l'imagination ; nous ferions observer , qu'alors ce ne serait plus l'hypochondrie, ce ne seraient plus des sensations perverties. Ce seraient de véritables hallucinations qui, ne reposant plus sur rien , constitueraient une manie , ou plutôt une monomanie , comme le font toutes les hallucinations de ce genre. Nous l'avons déjà dit , et nous ne saurions trop le répéter , afin qu'on se fasse une idée bien juste et vraie de l'hypochondrie dans toutes ses nuances, et des affections avec lesquelles elle peut présenter de l'analogie.

Les phénomènes dus au système nerveux cérébral sont nombreux. Cependant ils sont renfermés dans une modification très-circonscrite de ce système. Ils se rapportent uniquement à la sensibilité cérébrale exagérée ou bizarrement viciée. Ce sont des sensations excessivement variées et se manifestant dans presque toutes les parties du corps, tantôt sous la forme de douleurs différemment exprimées, lancinantes, déchirantes, etc., tantôt sous la forme de sensations bizarres de fourmillement, de bètes sous-cutanées, de marche de souris, ou de coquilles, etc. Quelle que soit la nature ou la forme de la sensation transmise, c'est toujours une sensation. Que le siège en soit à l'estomac, au cœur, dans l'abdomen, dans les membres, n'imporfe, le

phénomène est le même partout. C'est toujours une sensation douloureuse ou anormale. Or, comme c'est là ce qui occupe le plus le malade, et que son imagination est sans cesse aux prises avec ses sensations, il n'y a rien d'étonnant que ce phénomène multiple ou protée, paraissant molester presque seul le malade, ait déterminé la plupart des auteurs à placer le siège de l'hypochondrie dans le système nerveux. AVhytt et Tissot, Louyer- Yillermay et M. Barras ont fécondé cette opinion en la développant avec un talent remarquable. Quand on a suivi avec attention les raisonnements qu'ils déduisent de l'observation des faits, il est impossible de se défendre d'une sorte d'entraînement, et de ne pas placer avec eux le siège de la maladie dans l'organe ou le système qui fait seul éprouver la souffrance. Ils ont raison : le système nerveux cérébral est toujours malade et très-malade. C'est lui qui est l'agent de tous les phénomènes dont le malade se plaint et surtout de toutes les sensations douloureuses qu'il ressent, mais n'oublions pas que ces sensations, bien que réelles et vicieusement exagérées, ne constituent pas la maladie. Tant qu'elles existent seules, tant qu'elles ne sont pas accompagnées de cette modification spéciale de l'imagination qui les commente à sa guise, il n'y a pas hypochondrie, il y a simplement maladie nerveuse, névropathie, comme dans les deux observations XX et XXI. Dans ces cas la névrose peut durer une éternité, sans être l'hypochondrie, pourvu qu'elle ne vicie point le jugement et l'imagination.

Ainsi le système nerveux cérébral n'est pas plus que le cerveau ou l'imagination, le siège exclusif de l'hypochondrie. Il en est si l'on veut l'agent principal, il y joue un rôle essentiel , mais il n'est pas le seul. Par conséquent, tout en reconnaissant la part bien grande qu'il prend aux phénomènes de la maladie, nous sommes forcés de rejeter l'opinion qui en fait l'agent unique et exclusif et le siège absolu de l'aflcction.

Il importe donc beaucoup de ne pas se laisser séduire par la prétention de donner à Thypochondrie un point de départ unique, auquel viendraient se rattacher tous les phénomènes et toutes les altérations.

Dans l'analyse des faits que nous avons rapportés, nous avons pu signaler toujours un ordre de phénomènes ou d'actes physiologiques et morbides, indépendants du cerveau et des nerfs cérébraux. Nous avons vu se manifester, dans tous les cas, une série de phénomènes dépendant, de la vie organique, ou soumis à l'influence du système nerveux ganglionairc. Les principaux de ces phénomènes sont les battements qui se font sentir dans plusieurs parties du corps et surtout dans l'épigastre ; les palpitations du cœur et quelquefois la lenteur de ses contractions; la viciation de plusieurs sécrétions et surtout de la mucosité gutturale, de la bile et du mucus intestinal ; et enfin la viciation de la nutrition. Les battements que le malade éprouve dans l'épigastre et qu'il est facile de sentir par l'application de la main et par l'auscultation, sont regardés comme artériels. Ils sont quelquefois si forts, qu'ils ont pu faire croire à l'existence d'un anévrisme surtout dans le tronc cœliaque, où le battement est presque continuel quoique bien variable ; tandis que partout ailleurs, il n'y a rien de fixe ni pour le siège, ni pour la durée , ni pour l'intensité. Il se montre tantôt dans un endroit du tronc ou des membres , tantôt dans un autre. Il ne dure jamais bien longtemps , et avec une intensité si variable qu'il n'est parfois sensible qu'au malade. Nous en plaçons le siège dans les troncs artériels, avec Bonnet, Senac, Morgagni, Sauvages, Perry, Albert de Brème et beaucoup d'autres médecins. Ce dernier surtout explique fort bien comment les spasmes artériels peuvent donner lieu à ce battement. Cependant cette opinion a été rejetée par quelques auteurs en très-petit nombre, entre autres par Schmidtmann et par M. Allais Burns, qui placent le phénomène dans les contractions musculaires, et dans celles du diaphragme pour les battements de l'épigastre. Pour cela ils se sont fondés sur la facilité avec laquelle cette pulsation se déplace et sur l'inspection anatomique, qui, à l'autopsie, n'a point démontré de dilatation artérielle suffisante pour expliquer le phénomène ; mais l'anatomie médicale ne dévoile pas toujours le siège et la nature de la maladie. Ses prétentionsde vouloir tout expliquer l'ont souventexposée

330 TRAITÉ DE l'hyPOCHONDRIE.

a de grandes déceptions. Il nous semble bien prouvé que les actes pathologiques ne se traduisent pas tous par l'altération physique des organes, et qu'il faut chercher quelquefois leur interprétation ailleurs que dans l'anatoraie de la matière. Il nous semble que, dans bien des circonstances, l'analyse physiologique est au moins aussi certaine et plus peut-être que l'inspection d'un organe mort et sans action. C'est de cette analyse physiologique que nous allons faire usage. Les artères et les muscles peuvent seuls faire éprouver cette sensation de battement. Or toutes les fois que nous l'avons rencontrée, quelque part que ce fût, et c'est presque toujours à l'épi gastre , nous l'avons trouvée sur le trajet d'un tronc artériel. Il est facile, à l'épigastre surtout, de circonscrire l'étendue du battement etde le rapporter au tronc de la cœliaque et à ses principales divisions. Les contractions des parois de l'abdomen, du diaphragme ou de l'estomac seraient seules capables d'induire en erreur. Or les contractions des parois de l'abdomen y sont étrangères ; il est toujours facile de les mettre dans un état de relâchement tel, qu'il soit impossible de s'y méprendre. Les contractions du diaphragme n'y sont pas moins étrangères. Si le mouvement spasmodique de ce muscle produisait la pulsation , cela ne pourrait pas se faire sans que la respiration s'en ressentît. Il en résulterait une secousse ou une sorte de hoquet péniljle qui n'a pas lieu , puisque la respiration est libre et aisée comme dans les cas les plus naturels. L'estomac aussi pourrait par des contractions spasmodiques produire ce phénomène, et paraître en être le siège. Mais s'il en était ainsi , la digestion serait bien autrement troublée qu'elle ne l'est. Cette contraction par secousses se ferait ressentir dans toute l'étendue de l'organe , et elle ne se limiterait pas à un point assez restreint , comme elle le fait. La sensation qu'elle produirait serait tout-à-fait contraire à celle qui a lieu. Chaque contraction produirait un rcsserremeat , une sorte de rétraction et de diminution de l'organe ; tandis que c'est l'inverse qui a lieu ; la partie en mouvement fait éprouver une pulsation par la dilatation , une expansion brusque bien sensible, qui, au lieu de fuir sous le doigt, le repousse avec force.

ïl serait en outre difficile Je concevoir comment celte contraction musculaire pourrait être constamment isochrone aux contractions du cœur.

D'après ces considérations , il ne peut plus rester de doute , les battements sentis sur le tronc de la cœliaque , ou de tout autre artère, sont des battements artériels. Etcomme àVautopsic, l'anatomie ne démontre pas d'altération organique , d'augmentation de volume dans le calibre de l'artère, il est évident que la pulsation ne peut y devenir plus forte , qu'en vertu d'un acte vital anormal qui fait augmenter momentanément l'action de l'artère dans un point de son trajet, de la même manière que cela a lieu dans certaines fièvres de mauvais caractère , ataxiques, typhoïdes ou autres. Jamais dans ces cas, on n'a eu la pensée d'attribuer à un anévrisme les battements violents que les artères font quelquefois sentir dans un point très-variable. On a regardé ce phénomène comme un acte anormal ou ataxique. Eh bien î ce qu'on observe dans ces fièvres a lieu aussi dans l'hypochondrie. C'est en vertu de la me:re anomalie que la cœliaque ou tout autre tronc artériel bat avec force et de manière à faire croire à un développement morbide, à une hypertrophie , qui n'est qu'apparente. Pour montrer combien l'erreur peut être facile , il nous suffira de dire , que Bayle et Laennec l'ont commise ; ce qui a peut-être induit en erreur Schmidtmann et Allais, et surtout ce dernier, c'est qu'ils ont confondu les battements artériels véritables avec des spasmes musculaires. Nous sommes portés à le penser ainsi , lorsque nous voyons ce dernier nous dire que ces battements ne sont pas isochrones à ceux du pouls. Ils auront ainsi généralisé quelques faits exceptionnels.

Du reste , cet acte est tout~â-fait indépendant du sysème nerveux cérébral , puisqu'il a lieu dans un point d'un appareil qui lui est soustrait et qui ne reconnaît d'autre influence directe que celle de la vie organique et de son organe spécial , le système nerveux ganglionaire.

Les viciations physiologiques dont l'organe central de la circulation est le siège, nous présentent absolument les mêmes objets

332 THAITÉ DE l'hYPOCHONDRIE.

à considérer, les mêmes raisonnements à faire. Ce serait donc nous exposer à des répétitions inutiles que de recommencer cette discussion. D'ailleurs , il est tout naturel qu'un organe , dont l'action est soumise à l'influence directe et exclusive du système nerveux de la wie organique , ne reçoive pas d'autre influence dans ses actes de physiologie pathologique.

En disant que les contractions du cœur sont soumises à l'influence directe du système nerveux de la vie organique , je ne prétends pas le soustraire à d'autres influences secondaires. Je sais trop bien que , de tous les organes , il est peut-être celui qui en reçoit le plus , celui dont les relations sympathiques sont les plus nombreuses et les plus variées. Mais il faut bien distinguer cette influence et cette dépendance secondaires, qui sont nécessaires pour entretenir l'harmonie entre toutes les fonctions pour en faire un tout identique, dans lequel chaque partie, solidaire et dépendante l'une de l'autre , agit cependant isolément et selon son organisation spéciale. C'est faute d'avoir bien compris cette distinction, que Legallois et quelques autres physiologistes ont placé le cœur sous la dépendance directe de la moelle épinière. Si ce physiologiste distingué eût fait attention que le cœur se développe et se contracte dans l'embryon avant la moelle épinière ; s'il eût remarqué aussi que, chez les anencéphales , cet organe se contracte pendant huit à neuf mois en l'absence du cerveau , qui n'existant pas ne peut pas l'influencer, il n'aurait vu dans sa paralysie par la destruction artificielle de la moelle, qu'une influence secondaire, très-prompte, il est vrai , mais qui ne fait que démontrer l'union intime qu'il y a entre les deux vies organique et cérébrale. La mort du cœur par la destruction de la moelle , n'indique pas plus la dépendance directe du cœur , que la mort subite du cerveau par la rupture du cœur , n'indique la dépendance directe du cerveau des contractions du cœur. Ces effets décèlent l'union , la solidarité et le concours des organes et surtout des principaux organes à cet ensembh^ harmonique qui constitue l'unité ou le moi physioiogi(|ue. Ainsi , [)()int de doute , les palpitations du cœur sont un [)bénoniènc dépendant de la vie organique.

Plusieurs sécrétions nous ont paru assez constamment troul)Iées. Nous avons vu surtout cette expectoration muqueuse particulière, sur laquelle Pome, entre autres, avait appelé une attention toute spéciale. Elle est évidemment l'effet d'une modification dans la sécrétion muqueuse gastro-bronchique. Je ne chercherai point à déterminer si c'est une irritation , une phlogose , un catarrhe , etc. Mais j'ai vu qu'il y avait altération dans le produit normal de la sécrétion , et que ce mode d'altération avait un caractère assez constamment le même pour pouvoir être regardé comme spécialement affecté à la maladie.

Les urines sont le plus souvent incolores , comme dans les maladies nerveuses ; mais il n'y a pas là d'altération assez notable pour que nous devions la compter au nombre des phénomènes spéciaux de l'hypochondrie.

La sécrétion de la mucosité intestinale est presque toujours modifiée au moins dans sa quantité. Il y a constamment une diminution d'action des follicules sécréteurs , par conséquent , diminution du produit sécrété. La constipation en est la conséquence inévitable, à moins qu'un état pathologique de l'intestin ne vienne intervertir cette disposition , qui a été signalée dès 1 a plus haute antiquité.

Je ne parlerai pas de la sécrétion anormale de quelques produits , tels que les gaz de différente nature. Ils accompagnent si fréquemment , on peut dire si ordinairement l'hypochondrie , qu'ils ont mérité la dénomination de morbus flatulentus, parce qu'on la faisait consister dans la fermentation et la présence des gaz , et dans les effets qu'ils produisaient ensuite sur l'économie.

Voilà un assez bon nombre d'actes morbides soumis uniquement à l'influence de la vie organique ou du système nerveux ganglionaire. On aurait pu les faire servir pour établir le siège de la maladie dans la vie organique ou dans le système nerveux qui en est l'organe. M. Barbier , d'Amiens , seul l'a fait avec assez peu de succès. Mais en revanche plusieurs de ces actes ont servi isolément à faire placer le siège de l'hypochondrie dans différentes parties dépendantes de la vie organique. Ainsi , le

334 TRAITÉ DE l'hYPOGIIONDRIE.

système circulatoire abdominal, et la formation des gaz dans l'estomac ont joui de cette prérogative. Mais en restreignant ainsi l'hypochondrie dans un point très-circonscrit de l'économie, on n'en présente point la totalité et l'ensemble, on ne donne qu'une partie pour le tout ; elle est alors une maladie incomplète ou tronquée. Quoi qu'il en soit de ces prétentions systématiques , les actes de la vie organiqne n'en jouent pas moins un rôle important et bien essentiel dans l'hypochondrie.

Il résulte de cet examen analytique et critique , une vérité palpable, c'est que les facultés intellectuelles personnifiées dans le cerveau, le système nerveux cérébral et la vie organique, ou le système nerveux qui préside à ses actes , participent également à l'hypochondrie. Aucun n'en est le siège exclusif , tous y ont une part active , si bien qu'il nous est facile de comprendre comment les auteurs ont pu , sans s'écarter de la vérité, admettre des opinions différentes. Chacun a concentré son attention sur un point unique et a tout fait dépendre de ce point. Leurs assertions reposent donc toutes sur la vérité , sur l'observation. Elles ne sont contestables et erronnées que parce qu'au lieu de les laisser restreintes au point limité où se passent les phénomènes qui les ont fait naître , on les a généralisées. C'est à cause de cette multiplicité de phénomènes et d'organes affectés , que Mercurial dit : in hypochondriis complura sunt viscera , et qu'il ajoute qu'on ne sait de quelle lésion parlent les auteurs : et quo affecta afficiantur viscera ( De Mélan. cap. ÏV. ).

L'hypochondrie ne gît donc point exclusivement dans le cerveau , ni dans le système nerveux cérébral , ni dans le système nerveux ganglionaire ; elle gît à la fois dans ces trois ordres d'organes ou de systèmes. Tous les trois sont compromis en mémo temps , et chacun y joue un rôle si important , que s'il venait à s'en abstenir , la maladie cesserait d'être l'hypochondrie. Mais dans cette association trinitairc, l'un de ces appareils peut se mettre plus (m évidence que les autres et paraître concentrer sur lui l'ensemble des phénomènes. Cette assertion n'est que l'expression de ce qui est , de ce que l'on voit tous les

HISTOIRE PHYSIOLOGIQUE. 33o

joors; tantôt ce soîit les phénomènes intellectuels, d'autres fois ce sont les phénomènes nerveux , hien souvent aussi ce sont les actes de la vie organique , t[ui ont une prédominance telle , qu'il est alors presque impossible de ne pas les regarder comme les phénomènes constituants de la maladie. C'est alors qu'ils ont bien facilement induit en erreur pour concentrer toute l'attention sur eux , surtout si plusieurs analogues se sont présentés de suite à l'observateur.

Peut-il maintenant rester quelque doute sur le siège multiple et non limité de l'hypochondrie? Avant de quitter ce sujet, nous ferons une dernière réflexion : elle est relative au système nerveux cérébral. Nous avons prouvé qu'il était un des agents principaux des phénomènes et qu'il en était par conséquent le siège. Nous aurions pu examiner à quel ordre de nerfs sensitifs et moteurs appartiennent ces phénomènes ; en d'autres termes , lequel de ces deux ordres de nerfs était plus spécialement le siège de la maladie. Les belles expériences de MM. Bell et Magendie , sur la distinction des nerfs du sentiment et des nerfs du mouvement , affaiblies parles expériences contradictoires de Roîando et par quelques actes phj^siologiques, viennent de recevoir de nouvelles preuves qui ne paraissent pas douteuses, et contre lesquelles cependant Bellingeri s'élève encore en établissant l'inverse de ce qu'ont démontré les deux physiologistes anglais et français. Cette recherche est peut-être plus curieuse qu'utile. Cependant , comme elle est essentiellement physiologique , nous ne croyons pas devoir la passer sous silence. C'est par l'analyse des phénomènes que nous obtiendrons des données satisfaisantes.

Nous avons vu que les phénomènes qui émanaient du système nerveux cérébral étaient tous des sensations. Tantôt ce sont des douleurs de différente nature ; tantôt ce sont des sensations bizarres de grimpement , de vide , de clou , de coquille, d'animaux. Quelques variées que soient ces formes de sensations , elles sont toujours des sensations. Or, comme chaque organe , ou chaque système est exclusivement chargé d'un acte spécial , il s'en suit f|ue les nerfs sensitifs seuls peu-

336 TRAITÉ DE l'hYPOCHONDRIE.

vent percevoir ces sensations , et les transmettre au cerveau ; par conséquent ils peuvent seuls être le siège des phénomènes qui émanent, du système nerveux cérébral. La conséquence est de rigueur. Qu'on y réfléchisse bien en effet , les vapeurs où les sensations de l'hypochondrie , ne sont point des spasmes, il n'y a point de convulsion , point de contractions musculaires anormales. Elles diffèrent essentiellement des vapeurs de l'hystérie , excepté dans les cas où il y a complication.

Elles diffèrent aussi essentiellement de la névrite , maladie beaucoup plus rare qu'on ne l'a pensé dans ces derniers temps. Non, il n'y a pas d'inflammation des nerfs dans l'hypochondrie. Boerhaave s'en était déjà expliqué d'une manière bien positive dans ses Prselectiones academicœ , de morbis nervorum ; Nemo , dit-il , forte unquam vidit inflammationem in nervo ; hœc vero si contingat , in sola tunica vaginali hœret,

DE LA NATURE DE l'hYPOCHONDRIE.

Pour compléter l'histoire physiologique de l'hypochondrie , il nous reste à examiner une question qui est de la plus haute importance , c'est la nature de la maladie. Dans cette affection , comme dans la plupart des autres , elle est la pierre d'achoppement des auteurs. Il est plus aisé de dire ce qu'elle n'est pas que de dire ce qu'elle est ; aussi toutes les théories imaginées pour l'expliquer ont toujours été faciles à renverser. Nous n'aurons donc pas beaucoup de peine à démontrer la futilité de la plupart des hypothèses , et le côté faible de celles qui sont les plus rationnelles. On le comprend aisément , lorsqu'on envisage que la plupart sont moins le fruit de l'observation , que le produit d'une imagination active et brillante.

Nous ne reviendrons pas sur h viciation des humeurs par les acres, les ferments, les acides, les sels sulfureux, etc., nous ne parlerons pas davantage de ces vapeurs de différentes ([ualités , qui s'élèvent des régions hypochondriaques et autres , le règne de cet humorisme est passé. Personne

n'y croit plus. Nous ne nous étendrons pas non plus sur les qualités nuisibles qu'acquièrent les esprits vitaux, sur leur explosion , leur accumulation désordonnée. Avant d'en étudier les maladies , nous aurions demandé que l'on commençât par nous en démontrer l'existence. Il n'est pas nécessaire de réfuter sérieusement l'assertion de Pome , sur le recoquillement et le raccornissement des nerfs. Ne serait-ce pas perdre son temps que de combattre l'opinion de Révillon qui place la nature de la maladie dans l'électricité atmosphérique et dans la transpiration cutanée , parce qu'étant hypochondriaque lui-même , il recevait une influence extraordinaire des moindres changements de temps , des moindres phénomènes météorologiques ?

Mais ne perdons point notre temps à disserter plus longuement sur ces erreurs de l'esprit humain. Nous connaissons le siège de la maladie , il ne s'agit plus que d'en étudier le caractère et la nature , en d'autres termes , la modification pathologique. Chaque époque imprime une direction particulière aux esprits. C'est là une vérité que l'histoire des sciences physiques et morales confirme chaque jour davantage. La médecine, comme les autres , en a reçu toutes les impulsions. Aujourd'hui, à la recherche des causes premières a succédé l'étude des lésions des organes , afin d'arriver à connaître le travail morbide qui s'opère dans leur texture. Lors même que l'anatomie pathologique ne réahserait pas toutes ses prétentions, son but n'en serait pas moins louable, et elle n'en aura pas moins rendu de grands services à la science.

Il convient donc de nous livrer d'abord à l'étude préliminaire de l'état anatomiquc des parties qui sont le siège du mal, afin d'en déduire , s'il est possible , la solution de la question. Déjà plusieurs auteurs s'en sont occupés. Pison crut, dans une circonstance, trouver une altération dans le cerveau. WilUs plaça au premier rang les altérations encéphahques ; il dit avoir trouvé le plexus choroïde décoloré et macéré par une sérosité abondante. Mais Willis, préoccupé d'une idée préconçue , n'a-t-il pas vu ce qu'il voulait voir ? Ces premiers essais étaient trop insignifiants pour encourager les recherches

338 TRAITÉ DE l'hYPOCHONDRIE.

de l'anatomie pathologique. Les auteurs n'osèrent pas l'invoquer , parce qu'ils ne trouvèrent rien qui pût leur fournir des données certaines pour une explication satisfaisante , et ils la cherchèrent dans les théories physiologiques. Car nous ne devons pas compter les altérations qu'on a trouvées dans le foie , la rate, le pancréas, etc. Elles n'appartiennent pas à l'hypochondrie. Nous en dirons autant de l'inflammation chronique de l'estomac et des intestins , constatée par Whytt , Lieutaud , Morgagni , Pujol, Prost, Broussais, etc.; dans ces cas il y avait complication ou succession delà maladie, et l'altération de l'organe représentait une affection différente de l'hypochondrie. Aujourd'hui personne ne voudrait rendre ces altéralions responsables de la maladie. Quoiqu'on ait trouvé , dit Whytt, l'estomac, le foie, la rate, l'épiploon, le mésentère, la matrice obstrués, squirrheux, néanmoins, comme l'examen de ces viscères n'a bien souvent fait découvrir aucune de ces altérations , il est permis de conclure que les symptômes nerveux peuvent venir d'autres corps. De tous les faits recueillis, les seuls qui méritassent de fixer l'attention , sont ceux de Compare tti. Cet auteur a trouvé plusieurs fois des nerfs et des ganglions gonflés et rougeàtres. Voilà certainement un résultat des plus heureux, et s'il se présentait dans tous les cas il concourrait puissamment à la solution du problème. Mais combien nous sommes encore éloigné de ce moment désiré! Comparetti ne se fait point lui-môme iUusion. Il pense que bien souvent les lésions physiques ne sont pas apparentes, et qu'ils n'en sont pas moins malades pour cela. Il en fait même l'application aux maladies des autres organes dans lesquelles on ne trouve aucune lésion physique apparente. Quot vîtia hepatis lienis , pancrealis , mesenterii , nedum ventricuU et intestinorum inveniuntiir quin ullum œgritudinis vagœ vestigium appareatP aliquid ergorequiritiiroila prœcise in partihus viscerum abdltioribus, nempe in nervis eorumdem , aut ah horum origine incerehro, el in gangliis , aut pcr horum progressum in funiculis aut in horum desinentiis intra eadem viscera ; oh quarum vitium vis nervca dchilis , aherram, perturhata sit; et ah hujus

tnfirmitate , et perturhatione etiamaliœ insilœ partium vires, et functioncs lœdantar , et simiil lœsiones ad alias parles remotissimas propagentur (p. I69). Nous avons déjà dit plus haut que M. Barbier, d'Amiens, avait trouvé, comme Compareiti^ les ganglions et les nerfs du plexus solaire rouges et gonflés : mais cette disposition ne s'est pas représentée au scalpel des autres observateurs. Les idées de maladies sans lésions apparentes (sme ma^erm), admises anciennement, repoussées par l'école de Broussais , reprennent chaque jour plus de faveur, à mesure que de nouveaux faits viennent confirmer l'absence des lésions pathologiques dans beaucoup de cas. On ne doit donc pas s'étonner que l'hypochondrie , dont le siège est si complexe , ait à-peu-près déjoué les recherches des plus habiles anatomistes et celles de tous les auteurs qui avaient le plus d'intérêt à lui trouver des lésions organiques. Georget n'a point fait d'autopsie. Il cite des faits de Pison et de Willis ; mais sans leur ajouter aucune importance. M. Falret en fait autant , et il regarde les trois faits d'altération organique du cerveau, comme des complications d'une maladie organique. Louyer- Villermay s'exprime avec franchise. « On doit s'attendre, dit-il, à ne trouver le plus souvent aucune altération dans le tissu des organes de la digestion , ni dans celui des nerfs qui s'y distribuent, nulle trace d'une lésion quelconque. On est réduit à supposer une exaltation des propriétés vitales inhérentes aux nerfs , en un mot une irritation. » M. Dubois , d'Amiens , n'est pas plus avancé ; le cerveau , dit-il , ne présente aucune altération.

M. Barras a fait tous ses efforts pour découvrir des lésions organiques , propres à conduire à quelque résultat , mais les faits dans lesquels il a pu constater par l'autopsie les lésions des organes malades , ne lui ont rien appris sur l'état pathologique des nerfs et du cerveau , comme on peut s'en convaincre en lisant les observations LV, LVI, LVIT, LVIII, LIX et LX du premier volume. ïl trouve chez une fille de 44 ans , qui fait le sujet de la XX^ observation du second volume (p. 256), une légère injection sanguine dans le cerveau

3i0 TSÂITÉ DE l'hYPOCHONDRIE.

et une cuillerée tout au plus de sérosité rougeâtre dans les ventricules latéraux. Mais il y avait d'autres altérations analogues dans différents organes. Les ganglions et les plexus du trisplanchnique étaient sains. Lorsqu'il a trouvé des obstructions , des engorgements , des phlcgmasies chroniques , etc. c'étaient toujours des complications, qui le plus souvent même étaient des conséquences de la longue durée de la maladie. Le peu d'accord qui règne entre les auteurs sur les résultats des autopsies en général , lui fait faire cette réflexion juste mais pénible. « J'ai assisté , dit-il , à des ouvertures de corps dans lesquelles des médecins très-éclairés prétendaient qu'il y avait eu inflammation , tandis que d'autres non moins instruits soutenaient le contraire. Si on n'est pas d'accord, lorsqu'on a les pièces sous les yeux, on ne le sera jamais en pathologie , et nos différentes manières de voir la même chose arrêteront toujours les progrès de la science. » Aussi il voudrait que l'anatomie pathologique ne constituât pas toute la médecine , et que l'étude de l'étiologie , de la symptoraatologie et de la thérapeutique surtout marchassent de front avec la recherche des altérations de assus.

Des réealtats aussi peu satisfaisants de l'anatomie pathologique sont désolants , parce qu'ils ne peuvent être d'aucune utilité. Tl semble même qu'on devrait renoncer à l'espérance de pouvoir jamais en obtenir rien de satisfaisant. L'ouvrage de M. Valleix sur les névralgies vient fortifier nos trop justes craintes. îl décline la compétence de l'anatomie pathologique dans l'explication des névralgies ; et cependant ces affections sont tout-à-fait locales. Elles siègent sur un tronc ou sur un filet nerveux bien déterminé. Il fait voir l'impossibilité de rien conrlure d'après les observations de Cotugno sur le gonflement lymphatique des nerfs , d'après celle de Rousset et Dupuytren sur le volume plus considérable du nerf malade , celle d'Aslloy C()op(>r et de Thomas , dans laquelle le nerf malade atroi)hié est beau<oup plus petit, et d'après un plus çrand nombre dans lesquelles les nerfs malades n'ont pas présenté de différence sensibhî avec les nerfs ((ui étaient sains.

Peut-on sur des renseignements aussi vagues et même aussi contradictoires tirer des conséquences positives? Laissons parler M. Valleix lui-même. « Parlerai-je des lésions anatomiques que l'on a attribuées aux névralgies ? Ce serait une peine superflue. Qu'il me suffise de dire que dans le très-petit nombre de cas qui ont présenté quelques lésions un peu évidentes , les altérations anatomiques étaient de la nature la plus diverse ; qu'elles étaient loin d'appartenir en propre à l'affection nerveuse; et que, d'ailleurs, des faits en plus grand nombre prouvent que la névralgie peut exister à un haut degré , et pendant plusieurs années, sans aucune espèce de lésion appréciable. » Lorsque sur une maladie aussi locale , aussi restreinte , on voit l'anatomie pathologique faire défaut, il est, à plus forte raison , impossible de s'en promettre quelque chose pour l'hypocbondrie. Chaque jour révèle de nouveaux cas , dans lesquels elle est impuissante. Chaque jour aussi elle fournit des résultats qui conduisent à des conclusions diamétralement opposées sur la même maladie. Ainsi que nous l'apprend M. Thomas , dans une note fort piquante de sa physiologie des tempéraments : « Il n'y a que depuis que j'ai observé avec soin et sans prévention , les maladies et les altérations des organes, que j'ai pu résoudre une contradiction apparente dans la manière de voir de quatre médecins les plus célèbres des hôpitaux de Paris, dont j'ai pu suivre exactement les visites, et assister avec eux aux ouvertures de cadavre. L'un trouvait toujours principalement le cœur malade , l'autre le poumon , le troisième l'estomac et les intestins , le quatrième le cerveau ; chacun d'eux faisait remarquer avec beaucoup de soin , et découvrait avec la plus profonde sagacité, l'altération même la plus légère de son organe favori. »

Convenons-en, l'histoire de l'hypochondrie ne peut tirer aucun fruit, d'observations et de recherches aussi stériles et par conséquent aussi peu concluantes. Nous n'en doutons point, l'altération générale ou partielle d'un nerf, ou celle d'un point de l'encéphale peut , en provoquant des douleurs et des sensations différentes , devenir cause de l'hypochondrie; mais elle

342 TRAITÉ DE l'hTPOCHONDRIE.

n'en constitue pas la nature , l'essence , puisque cette altération produira le même eiïet , quel qu'en soit le caractère , de la même manière que l'altération de tout autre organe pourra la provoquer aussi. Il y a bien certainement une lésion ; mais cette lésion est inappréciable. Nous ne dirons pas pour cela que le tissu nerveux est dans son état normal. Le trouble de ses fonctions annonce quïl a éprouvé un changement morbide. Mais ce n'est point une phlegmasie, ni toute autre altération organique, si nous pouvions les compter, nous trouverions entre la faiblesse pure et l'inflammation vraie , une foule d'états morbides qui refusent de se prêter aux divisions arbitraires de nos systématiques.

Puisque l'anatomie pathologique est muette , et qu'elle ne peut rien nous apprendre encore , nous sommes obligés de chercher , dans l'analyse physiologique , des raisons qui puissent nous aider dans notre solution. Heureusement cette recherche ne sera point stérile , parce qu'il y a dans notre organisation autre chose que des organes matériels. Il y a la vie, des actes et des fonctions. Or celui (pii s'occupe de l'étude de la maladie , doit entendre le langage des preuves vitales , tout aussi bien au moins que celui des preuves physiques. Quoique les autopsies n'apprennent rien , nous n'accuserons pas l'anatomie pathologique d'impuissance ou d'imperfection. Son silence prouve qu'il y a des maladies sans lésions organiques appréciables. Et en nous apprenant que la maladie n'est pas telle ou telle lésion , elle n'est pas moins instructive , que lorsqu'elle démontre les altérations des tissus. Ce n'est donc pas l'anatomie pathologique qui est coupable , puisqu'elle fait tout ce qu'elle peut faire ; ce sont les médecins qui lui demandent plus qu'elle ne peut donner, et qui , pour ftiire entrer de vive force les faits dans leur système de médecine organique , voudraient absolument trouver ce qui n'existe pas, et se trompent eux-mêmes en trompant les autres.

Le soin que nous avons pris de faire l'analyse de chaque observation nous sera d'un grand secours. Ainsi , nous avons vu que dans aucun cas la maladie ne pouvait être inflamma-

HISTOIIIE PIIYSIOLOGIQIE. 343

toire , non seulement parce que les nerfs ne paraissaient pas enflammés ; mais encore , parce ([ue les organes dont la maladie avait été la cause provocatrice de Thypochondrie , n'étaient pas cnnainraés eux-mêmes. Nous avons vu aussi , qu'il n'y avait pas altération constante ni abirritation ou faiblesse, puisque les sensations ne sont ni des douleurs ni des engourdissements.

Après avoir ainsi éloigné toutes les hypothèses , après en avoir déblayé le champ , nous sera-t-il possible d'émettre une opinion qui nous fasse espérer de réunir les suffrages ? nous n'osons pas nous en flatter. Cependant nous espérons que l'analyse des faits nous conduira à des données plus satisfaisantes, parce que nous ne ferons qu'exprimer ce qui est , que traduire dans une pensée tous les phénomènes sans exception.

Or , qu'avons-nous vu dans tous les cas ? des souffrances , des douleurs aiguës , des sensations bizarres, des commencements de paralysie , des battements anormaux , des sécrétions variées , et des idées plus bizarres encore ; en un mot une foule de phénomènes qui annoncent un grand dérangement dans le rythme normal des fonctions des deux ordres de nerfs et dans l'imagination. C'est ce désordre qu'avait si bien saisi Sydenhara, lorsqu'il créait son ataxie des esprits. Sa théorie pouvait être fausse sur le rôle qu'il faisait jouer à ces esprits , et surtout sur l'identité de l'hypochondrie et de l'hystérie qui a répandu la plus grande confusion sur l'histoire de ces deux maladies. Mais il a émis une grande vérité , en consacrant ce désordre , cette bizarrerie du système nerveux, et en créant le mot ataxie pour l'exprimer. Noi:s nous rangeons à son opinion, parce qu'elle est vraie, parce qu'elle dit tout , parce qu'elle renferme tous les phénomènes qu'on a remarqués jusqu'à ce jour , et tous ceux qu'on pourra observer encore. Oui il y a désordre , bizarrerie, ataxie en un mot ; c'est l'expression qui convient. Elle renferme tou'e la doctrine de l'hypochondrie. Cette vérité ressort assez de toutes les observations que nous avons rapportées et des réflexions que nous y avons jointes.

344 TlîAITlÉ DE l'hYPOCHONDRIE.

On voit combien sont vicieuses les dénominations qu'on a imposées à l'hypochondrie. Delà il résulterait la convenance de réformer ce langage si peu en harmonie avec les progrès de la science et surtout avec la nature mieux connue de la maladie, et de créer une dénomination qui en exprimât mieux le caractère. Malgré ce besoin bien senti de réformer ces dénominations , nous n'entreprendrons point cette tâche. Depuis trop longtemps le mot hypochondrie est consacré , pour qu'il soit possible de se tromper sur sa valeur. Quand on dit hypochondrie , personne ne songe aux hypochondres ; on se représente de suite la maladie qui porte ce nom. Il n'y a pas d'erreur possible. D'ailleurs il ne serait pas facile de créer une dénomination qui pût rendre à la fois le siège de la maladie et le mode de désordre nerveux et intellectuel. Quand on dirait bien , je suppose, névrataxie ou cérébrataxie , on n'aura rien exprimé de complètement satisfaisant , non seulement parce que cette dénomination n'embrasse pas tous les phénomènes et tous les tissus malades , mais surtout parce qu'elle pourrait s'appliquer à d'autres modifications de désordre du système nerveux et de l'encéphale , aussi bien qu'à l'hypochondrie. Nous pensons donc qu'il convient de conserver la dénomination sanctionnée par vingt siècles d'usage , parce qu'elle exprime une maladie , comme tout autre mot exprime une autre idée.

Ces réflexions feraient naître d'autres difficultés si nous voulions assurer une place précise à l'hypochondrie dans un cadre nosologique. On ne peut en faire exclusivement , ni une maladie de l'encéphale , ni une maladie du système nerveux , il y a des phénomènes morbides de l'un et de l'autre. Il faudrait donc créer une classe de maladie qui appartiendrait aux deux appareils , et qu'on pourrait qualifier par la dénomination de cérébro-nerveuse. Elle ne serait pas la seule maladie qui s'y rattacherait. Au reste , dans une monographie , cette recherche de l'ordre, de la classe , de la famille à laquelle appartient une maladie , est un travail reconnu assez stérile et par conséquent inutile.

TK©1SÏJEME PAUTÏE.

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