HYSTÉRIE COMPLIQUÉE DE CATALEPSIE
L'hystérie est si souvent compliquée de symptômes cataleptiques, que les deux affections ont été et sont encore regardées comme identiques par plusieurs pathologistes.
Cette complication affecte plusieurs formes différentes : ainsi , la catalepsie peut ne se manifester qu'à la fin de l'accès hystérique dont elle semble alors constituer le degré le plus élevé ; elle peut se combiner, dès le début , avec les symptômes hystériques -, enfin , elle peut s'associer a l'hystérie déjà compliquée d'épilepsie.
Les deux premiers genres de complication sont trèsfréquents (') -, nous avons cité un exemple remarquable du troisième dans l'observation 93.
D'après M. le docteur Bourdin , qui a donné une excellente thèse sur la catalepsie , les accès hystériques se combinent avec les accès cataleptiques de deux manières : ou bien l'attaque générale débute par des mou- Ci) Obs. 83, 84, 85, 86, 87, 88 , 90, 91 , 92 , 93.
vements convulsifs qui sont remplacés immédiatement par une immobilité absolue , ou bien la rigidité cataleptique se montre la première, pour faire place aux accidents hystériques. « On a prétendu, ajoute l'orateur , que les accès pouvaient se montrer successivement , soit en suivant un ordre particulier et en alternant , soit en survenant h des époques variées. Ainsi un accès de catalepsie, par exemple, aurait lieu la première fois après le cinquième accès hystérique , la deuxième fois après le douzième ou quinzième. Les auteurs de cette proposition n'ont pas cité d'exemples , ils en parlent comme d'un fait constaté. Cependant, parmi les observalions coimues de catalepsie, nulle ne vient appuyer ces idées, qui me semblent dériver deconceptionslhéoriques. Je crois qu'on peut, jusqu'à démonstration plus ample et plus péremptoire , rester dans le doute (0. d
Un fait remarquable dans cette combinaison de la catalepsie et de l'hystérie , c'est la surexcitation morale et l'état d'extase ou de somnambulisme dans lesquels sont souvent plongées les malades.
Du reste , quant a la marche des paroxysmes compliqués, quant a l'influence qu'ils reçoivent des périodes menstruelles, quant à leur durée , à leur terminaison, à ^eurs suites, aux accidents divers qui peuvent les signaler, nous n'aurions qu'à reproduire des détails dont les unssontdéjàconsignés plus haut, et dont les autres viendront plus k propos lors du diagnostic différentiel (2).
(1) De la catalepsie , 18/14, ihèse , n" lo, p. 71.
(2) Mon savant confrère, M. le docteur de Savigny, ma fait voir dans un pensionnat de Reims une jeune fille de quinze ans qui eut. pendant tout le cours d'une fièvre typhoïde grave, des accès d'hystérie cataleptique d'une extrême intensité et d'une longue durée.
HYSTÉRIE COMPLIQUÉE u'hYPOCHONDIUE .
J'avais vainement cherché au lit du malade des exemples d'hystérie compliquée d'hypochondrie , et j'étais arrivé a croire que j'avais été mal servi par le hasard ou inexact dans mes observations, lorsqu'après avoir lu et médité tous les faits particuliers d'hystérie hifpochondriaque consignés dans les auteurs, j'ai été forcé de conclure que la science, ou plutôt que les pa- Ihologistes sont tombés sur ce point dans une erreur profonde.
« L'hystérie et l'hypochondrie sont souvent associées l'une à l'autre , dit Louyer-Villermay (p. 102), et cette réimion a sans doute contribué à faire admettre leur prétendue identité. »
Je crois , contre l'opinion de Louyer-Villermay , d'abord, que l'hystérie et l'hypochondrie sont très-rarement associées ; ensuite, que la pensée de leur identité a fait admettre cette complication , bien plutôt que cette complication n'a fait admettre leur identité. - L'erreur de Louyer-Villermay vient évidemment de sa confiance en F. Hoffmann, qui, aveuglé lui-même par Sydenham , nous a laissé comme exemples d'hystérie hypochondriaque des observations dépourvues des symptômes les plus élémentaires d'hypochondrie.
Louyer-Villermay , comme nous l'avons déjà montré dans les préliminaires de cet ouvrage , accepte sans critique (i) les observations d'Hoffmann ; M. Voisin les en-
(I) Lnc.cUal.. p. !();< Pt 7 'il.
registre à son tour (0 d'après Loiiyer-Yillermay ; et MM. Monnerct et Fleiiry (2) répètent après eux que l'iiypochondrie est au nombre des complications qui se lient d'une manière étroite a l'hystérie.
C'est que l'observation , même individuelle , est une puissance difficile k combattre ! C'est que telle opinion basée sur l'induction la plus logique pourra n'avoir qu'un jour de durée , tandis que telle autre basée sur un fait incertain pourra durer des siècles , si l'on commence par admettre le fait , sans en constater préalablement la valeur !
Les auteurs qui ont adopté les faits donnés par Hoffmann d'après leur titre et d'après l'ordre qu'ils occupent, au lieu de les analyser d'abord et de les classer d'après l'analyse , s'exposaient donc nécessairement a étayer leurs doctrines sur les bases les plus fragiles.
Il est difficile, en effet, de mettre moins d'ordre que n'en amis Hoffmann dans ses observations 5 ainsi, tandis qu'au chapitre de malo hysterico , les observations 10 et 11 n'appartiennent en aucune façon a l'hystérie , l'observation 2 du chapitre de molibus convulsivis renferme des symptômes évidents d'affection hystérique. Le chapitre de epilepsia renferme plusieurs observations qui n'appartiennent en rien a l'épilepsie (5, 9), tandis qu'on trouve, de malo hypochondriaco ^ deux observations (8, 13), l'une d'hystérie avec paralysie, l'autre d'hystérie avec mélancolie et nymphomanie , sans la moindre complication d'hypochondrie.
L'observation suivante , la seule dont Louyer-Villermay fasse suivre sa proposition sur l'hystérie hypochon-
(1) Det causes des qf/ect. nerveuses , p. îofi.
(2) Compendiutn , tom. v., p. 79.
jlriaque , donne une idée de la facilité avec laquelle il acceptait , sur la seule foi de leur titre , les faits dont il avait besoin pour appuyer ses déductions théoriques :
« Une jeune veuve, âgée de trente ans, ne fut pas pendant ses couches exemple de ses accès hystériques. Quelque temps après la mort de son mari , elle se livre à une Vie dissipée, danse avec excès, s'expose à des refroidissements subits en s'asseyant presque nue sur le gazon , fait ses délices des fruits de la saison et des acides. Bientôt ses forces et son estomac s'affaiblissent au point qu'elle éprouve des anxiétés précordiales, de la gêne à respirer, des douleurs dans le dos et de la constipation ; une sérosité visqueuse , qui coule à l'époque des règles et même après, remplace cette hémorrhagie, et s'arrête elle-même à la suite d'un froid vif ressenti dans le basventre ; une tumeur large de quatre doigts et longue d'une palme, avec douleur pongitive, survient à l'aine; il s'y joint d'autres symptômes graves ; tout-à-coup la malade tombe à terre, privée de mouvement, de sentiment et de connaissance; la figure était gonflée et rouge, les seins très-enflés et sa sueur teignait le linge en rouge ; le ventre était distendu par des vents, le pouls plein et fort, les pieds étaient froids. Une saignée dissipa promptement cette attaque; le même accès se renouvela plus de cinquante fois, avec plus on moins de force, en moins d'un mois , sans toutefois amener une grande perte de forces , bien qu'on ne pût diminuer ou dissiper les accidents qu'à l'aide de la saignée. Hoffmann défendit des saignées si fréquentes et surtout du bras ; il conseilla les pédiluvcs tièdes, les lavements huileux et carminatifs, des poudres tempérantes, etc. Bientôt la malade se trouva un peu mieux , et s'étant mariée , elle fut dès lors parfaitement guérie.
» Je suis très-porté à croire que le mariage a fortement
Contribué à la guérison de celle veuve , et celte opinioù nie confirme dans l'idée d'une affeciion liystérico-hypo* chondriaque. »
Louyer-Viliermay avait déjà donné , au commencement de son traité des vapeurs (p. 23 et 25) ^ deux observations d'hystérie hypochondriaque également empruntées a Hoffmann, et qui, sauf le titre, ne laisseraient jamais à penser qu'il existe dans ces cas la moindre complication d'hypochondrie.
Loin de moi de nier la possibilité de cette complication ; je nie seulement que la science en possède aucun exemple ; et comme après avoir observé un grand nombre de faits, et après avoir analysé la plupart de ceux qui sont consignés dans la science , je n'ai jamais rencontré l'hystérie associée a l'hypochondrie , je pense qu'au lieu de regarder cette complication comme fréquente , on doit la tenir pour excessivement rare,
On pourrait opposer , je le sais , à cette manière de voir l'opinion d'Esquirol (0, si l'autorité d'un nom pouvait jamais être mise en parallèle avec l'autorité des faits.
Il faut distinguer d'ailleurs entre les opinions raisonnées , basées sur la méditation des faits , et les simples assertions répétées sans discussion préalable , et reproduites tout simplement parce que tout le monde les a émises jusqu'alors.
Du reste , k défaut de l'expérience , l'induction eût presque suffi pour montrer qu'avec la différence im-
( 1 ) - Les hystériques ont des accès de manie ; presque toutes sont hijpochoiulriaques ; mais elles ne tombent pas dans la démence. . {De mal. ment., lom. i, p. 284.)
mense , si ce n'est l'opposilion radicale qui existe entre le tempérament des hypochondriaques et le tempérament des hystériques, la réunion des deux affections est, sinon impossible, du moins excessivementrare.
Mais si ces erreurs étaient faciles à l'époque où écrivait Louyer-Villermay et où l'ouvrage de J. Frank était encore inconnu , elles ne sont plus pardonnables aujourd'hui que cette partie de la pathologie a acquis , grâce surtout au travail de M. Dubois, d'Amiens , une rigueur et une précision presque mathématiques.
Dans le cas où l'hypochondrie s'associerait à l'hystérie, nous la considérerions donc comme une complication tout-k-fait accidentelle , analogue k celles dont nous avons parlé au commencement de ce chapitre.