‹ Traité complet de l'hystérieChapitre 20 sur 46 · MORGAGNI · texte numérisé non relu

MORGAGNI

Autant ces mots anatomie pathologique de l'hyslérie eussent paru autrefois impliquer un non-sens et même une idée formée d'éléments contradictoires , autant ils devront paraître naturels aujourd'hui qu'on a vu écarter déjà , par l'étude des états organiques, bon nombre d'affections dont l'essentialité était, il y a peu de temps encore, consacrée en principe.

C'est , du reste , plutôt au défaut de recherches suffisantes qu'a l'absence des matériaux qu'il faut attribuer ce silence presque complet des auteurs sur l'anatomie pathologique des névroses ; et pour l'hystérie en particulier, nous espérons prouver qu'elle reçoit des investigations anatomiques des lumières que nul autre mode d'examen ne saurait remplacer.

Si nous approlondissons, en effet, l'tUat de la science sur ce point, nous trouverons trente-quatre observations dans lesquelles il est rendu un compte souvent trèscomplet des altéralions nécroscopiqucs ; si à ces trentequatre cas nous ajoutons trois observations que nous avons recueillies nous-mêmes et consignées dans la deuxième partie de ce travail , et les trois faits relatés sans détails par M. Lisfranc (Journal de mcd. et de chir. pral., lom. iv), dans lesquels l'autopsie fit reconnaître chez des femmes hystériques des traces évidentes d'inflammation utérine, nous aurons une première série de quaranle cas d'altérations organiques constatées après la mort , et constituant des matériaux précieux pour l'étude d'un point resté jusqu'ici dans le plus profond oubli.

En classant ces faits selon les lésions qui leur sont propres, nous trouvons :

1" Méningite à la base du cerveau 5 kyste au centre du bulbe rachidien. (Ollivier d'Angers, l'railc des maladies de la moelle épinicre, tom. 11.)

2" Apoplexie cérébrale séreuse , altérations du mésentère. (WiLLis, De morbis convulsivis , cap. 10,

3" Injection de l'arbre cérébro-spiral , squirrhe de l'utérus , kyste dans l'ovaire droit. (Girard , Considéraiions philosophiques el pathologiques sur rhijslèrie , p. 45.)

4° Désorganisation d'une partie de l'utérus. (Piorry, Clinique médicale^ p. 312.)

5" Ulcère grave au col de l'utérus, sordidum ulcus. (MoRGAGNi, lib. III, epist. Al, p. 520.)

6° Ulcérations de l'utérus. (Morgagni , lib. ni, epist. S^, p. 188.)

7* Kystes dans les parois de l'ulériis , inflammation du col. (MoKGAGNi, lib. III, cpisl. 45, p. 495.)

S° Occlusion de l'orifice utérin. ( Baubiiv , Theal. onfl/., lib. I, cap. 39.)

9" Augmentation du volume de la matrice et des ovaires; érosions, granulations du col. (L'auteur, Obs. 341.)

10° Eruption a la surface interne de Futérus, squîrrhe des ovaires. (Morgagni , lib. m, episl. 45, p. 493.)

11° Altération de l'utérus et des ovaires. (Helvvich , Ephem. n. c. cent. 3 et 4, obs. 142.)

12° Développement anormal de l'utérus, des ovaires et des trompes. (Bo;set, lib. m, secl. 33, p. 51.)

13° Altération des ovaires et des trompes ; déformation de l'utérus. (Bonet , lib. m , secl. 33, p. 48.)

14" Adhérence de l'épiploon à l'utérus et au.v ovaires. (PiORRY, Traité de diagnosHc, tom. ii, p. 514.)

15° Tumeur fibreuse de l'utérus ; cancer du cœcum. (Docteur Seurre de Suippes , Obs. présentée à l'Acad. royale de médecine.)

16° Ovaires volumineux , de consistance lardacée -, trompes rouges, remplies de pus; pus abondant entre les circonvolutions intestinales. ( Louis , Gazette médicale de Paris, année 1846, n° 16, p. 311 .)

17° Ovaires doublés de volume, noirâtres, parsemés de foyers hémorrhagiqnes sous leur tunique propre. (PiORRY, Gazette des hôpitaux, 6 juin 1846.)

18° Tumeur ovariquc ; vestiges d'une grossesse extra-utérine. (Louyer-Yillermay , Traité des vapeurs, tom. I , p. 108.)

19" Altération des ovaires. (Vesale , De corp. kum. fabrica , lib. v, cap. 15.)

20" Altération des ovaires. (Heurmus, Hist. 16.)

21° Altération des ovaires. (Diemerbkoeck , Anar., lib. I, cap. 23.)

22" Ovaires très-voluraineux. (Rlllier, Diss. inaugurale.)

23° Altération des ovaires. (Diemerbroeck, Hb. i. cap. 24.)

24" Altération des ovaires. (Bonet, Sepulch.., lib. m, seet. 33, p. 49.)

25° Altération des ovaires. (Bauhin, Anal.., lib. m , cap. 35.)

26° Altérations des ovaires . des trompes et des ligaments ronds. (Boinet, loc. , cit., lib. ni , sect. 33 . p. 49.)

27° Des ovaires et des poumons. (Rivière , cent, i,

28° Altération des glandes de Peyer. (L auteur, 06s. 361.)

29° Altération du mésentère. (Willis , loc. cit. , cap. 6, obs. 3, p. 490.)

30° Déplacement de l'estomac. (Morgagîni , lib. m, epist. 39.)

31° Lésions de l'appareil biliaire et des poumons. (Pomme, lom. 277 à 291.)

32° Tubercules pulmonaires (L'auteur, Obs. 365.)

33° Tubercules pulmonaires. (Bonet , Sepulch.. lib. m, sect. 33.)

34" Caillots dans les ventricules du cœur. (Graaf, Tract, de suc. pane, cap. 9.)

35° Rien a noter. (Essais et obs. de la Société d'Edimbourg, tom. VI.)

36" Rien a noter. (Georget, Roper. géu. des se. méd., tom. XVI, p. 179.)

37" Rien k noter. (JIacqves, Journal géti..^ tom. xxix, p. 274.)

Eu divisant ces faits par catégories , nous trouvons : trois exemples de lésions encéphaliques ('); çtmire de lésions diverses de l'appareil digestif ('^) •, trois de lésions de l'appareil respiratoire et circulatoire (3) ; vingtneuf (en y joignant les trois cas de M. Lisfranc) de lésions de l'utérus ou de ses annexes W.

Ces lésions, malgré leur nombre, ont entre elles trop peu d'identité, soit par leur nature, soit parla partie de l'appareil qu'elles affectent, pour qu'il soit possible de les regarder comme constituant les caractères anatomopathologiques de l'hystérie; mais si l'on considère que sur quarante cas d'autopsie , il en est vingt-neuf dans lesquels sont constatées des lésions du système génital, on sera amené a reconnaître que ces lésions sont dans l'hystérie infiniment plus fréquentes que les autres, prises chacune séparément (&).

Lésions organiques constatées 2)6ndanl la vie, — Si nous joignons maintenant aux résultats de l'examen des organes après la mort , les résultats fournis par l'examen des organes pendant la vie , la question s'enrichit de nouveaux éléments qui appartiennent évidemment à

(1) Obs. 336, 33" , 338.

(2) Obs. 361 , 362, 363, 364.

(3) Obs. 364, 365, 366.

(4) Obs. 339, 340, 341, 342, 343 , 344 , 345, 346 , 347 , 348, 349, 350 , 350 bis , 351 , 352, 353 , 354, 354 bis, 355, 356, 357, 358, 359,

(5) E. ViRmirr dit qu'on trouve souvent du tuf dans les arliculntious des femmes hystériques; cette assertion est dénuée de preuves ainsi que celle de Tissot, qui regarde les ecchymoses intestinales comme particulières aux affections nerveuses.

l'analomie pathologique , malgré l'habitude où l'on est d'en séparer toutes les données fournies par l'examen des organes avant l'autopsie.

L'anatomic pathologique consiste, en effet, dans l'élude anatomique des parties malades; et que ces parties soient examinées , détachées ou non du reste de l'économie , pendant la vie ou après la mort, les résultats n'en ont pas moins de valeur pour la science , dès qu'ils dérivent d'une investigation complète.

Nous nous serions gardé d'en agir ainsi cependant, et nous n'aurions admis que des résultats nécroscopiques, si, sur les trente-neuf faits dont on vient de lire les titres , on avait noté plus fréquemment les lésions encéphaliques (1) -, mais ces lésions n'ayant été constatées que trois fois en loul ^ c'est-a-dire, en comptant l'observation 338, dans laquelle il existait un squirrhe de l'utérus, en même temps qu'une injection de l'axe cérébro-spinal, on est autorisé a regarder les altérations de l'appareil génital comme celles qui ont le plus de rapport avec l'hystérie.

Or, sur vingt-sept observations dans lesquelles sont notés des désordres matériels coïncidant avec des accès d'hystérie , nous trouvons, pour cette seconde série de lésions organiques , cinq cas d'inflammation simple ou compliquée de l'utérus (2);

(1) « Muliercs quasdam ab aliisraorbis defunclas passionibns intérim bystericis dura a-^grolaront valde obnoxias aperui, in quibus utero satis recte habcnte , in occipite nervorum principia sero acri madida , ac prorsus imniersa deprehendi. » (V^'^illis. )

(•2) Accès hyslcriqucs, sutîocalions , syncopes fréquentes, globe épigastriquc , etc., coïncidant avec une luétrite trauraatique chez une jeune femme de vingt-huit ans. Disparition des accidents nerveux au

Un cas d'inflammation de la muqueuse du vagin (0 ; Deux cas d'engorgement de l'utérus (2) 5 Deux cas d'engorgement avec ulcération (3) 5 Trois cas d'engorgement avec abaissement W ;

fur et à mesure de la diminution de la métrite. (L'autedr, Mémoire présenté à l'Acad. royale de médecine , ohs. 310.)

Suppression menstruelle, inflammation de l'utérus, accès hystériques. (DcPARCQDE, Maladies de matrice, tom. i", p. 105.)

Hystérie dépendante d'un état inflammatoire de l'utérus; guérison complète de la névrose au onzième mois, après le retour de la matrice à l'état normal. (Lisfuanc , Cliniq. chir., tom. ii , p. 596.)

Hystérie dépendante d'une inflammation utérine , chez une femme de dix-huit ans; guérison complète de la névrose coïncidant avec la guérison de l'affection utérine. {Id., loc. cit., p. 004.)

Premier paroxysme d'hystérie coïncidant avec l'apparition d'une métrite chez une femme de vingt-six ans. (Piorry, Gazet. deshôp., tom. VIII , n° 60.)

(1) Accès hystériques survenus après l'usage de lotions vaginales astringentes ; inflammation des parties génitales. (Nécrin, Journal de Fawdermonrfe, tom. Lxv, p. 62.)

(2) Affection utérine, accès hystériques , diminution des accès proportionnelle à la diminution de la maladie de matrice. (Lisfranc , loc. cit., p. 602.)

Engorgement du. col, névralgie utérine; accès hystériques, guérison de l'état utérin et de la névrose. (Ddparcqce, loc. cit., p. 83.)

(3) Accès hystériques nés sous l'influence de l'affection utérine; rapport constant entre la diminution des paroxysmes et la diminution de l'engorgement utérin. (Lisfranc, loc. cit., p. ooo.)

Diminution de la violence des paroxysmes au fur et à mesure que l'altération de l'utérus s'aggrave. (Duparcquu, tom. \",p. 108.)

(4) Descente de l'utérus, engorgement chronique du col, guérison de la névrose hystérique dès le retour delà matrice à l'état normal. (Ddparcqce, loc. cit., p. 350.)

Abaissement et gonflement de l'utérus, guérison complète do la névrose après l'application d'un pessaire. (L'autiiur, loc. cit., ohs. 306.)

Abaissement et engorgement de l'utérus, hystérie, convulsions générales, etc. (Bobilier, .Tournai univ. des se. médic, Août 1825.)

Trois cas d'abaissement (0 ;

Deux cas d'abaissement de l'utérus avec altération du col (2) ;

Un cas de squirrhe de l'utérus (3) 5

Un cas de hernie du col à travers un pessaire W;

Trois cas d'occlusion du col i^) ;

(1) Accès hystériques consécutifs à une liescente de matrice ; guérison dès l'application d'un pessaire. (L'auteur, loc. cit., obs. 307.)

Hystérie entretenue par une descente de l'utérus; guérison de la névrose aussitôt l'usage d'un pessaire. ( Suffert, Journal des pratischen. Mars 1830.)

Hystérie sans convulsions , consécutive à un abaissement notable de l'utérus , dysphagie spasmodique, etc.; diminution graduelle des symptômes nerveux après le repos et des bains prolongés. (L'autêur, loc. cit. , obs. 309 bis.)

(2) Accès hystériques lors de l'établissement de la menstruation ; diminution des crises à mesure que les règles deviennent plus abondantes ; nouveaux paroxysmes pendant six grossesses, au début ; altération du col, descente de matrice. (Girard, loc. cit., p. 42.)

Début de l'hystérie après une métrorrhagie , chez une femme de quarante-deux ans ; engorgement , abaissement de l'utérus; tuméfaction, érosion ducol. (L'aoteur, loc. cit., obs. 317 bis.)

(3) Accès hystériques consécutifs à un cancer encéphaloide de l'utérus ; diminution graduelle et disparition des crises au fur et à mesure des progrès de l'altération utérine. (L'auteur, loc. cit., obs. 321. )

(4) Hystérie provoquée par une hernie du col de l'utérus à travers un pessaire, et ayant complètement disparu dès la disparition de la cause. (L'auteur, loc. cit., obs. 32o.)

(5) Accès hystériques correspondants aux époques menstruelles ; rétention des règles par l'oblitération du col utérin. (Barré , Clin, méd. de Piorry, p. 314.)

Accès hystériques à chaque époque menstruelle ; oblitération du col utérin. (Dance, Tardieu , T/icse du concours d'agrcgotion, 1844.)

Symptômes d'hystérie chaque mois; rétention des règles par locclusion du col utérin. (Docteur Seurrb, deSuippes, Obs. coinmuniguée à l'Acad. royale de méd.)

Une tumeur de la cloison recto-vaginale (•) ;

Une tumeur au sein (2) 5 ^Une tumeur au-dessous du pubis (3) ;

Enfin une tumeur à l'épigastre W.

Voil^ donc vingt-six faits sur ving-sept^ dans lesquels la lésion organique siège dans l'appareil générateur (&).

Et si l'on considère combien peu on a recours encore a l'exploration de l'appareil sexuel chez la femme ! combien peu de médecins cherchent à approfondir le diagnostic h l'aide de l'examen de l'étal organique ! combien il est d'observations dans lesquelles la leucorrhée, qui n'est qu'un symptôme , se trouve notée comme seule maladie sans plus amples recherches , on sera naturellement amené à regarder les désordres matériels de l'utérus et de ses annexes , comme devant être dans l'hystérie beaucoup plus fréquents qu'on ne l'a constaté jusqu'alors (e).

(1) Hystérie coïncidant avec une tumeur de la cloison recto-vaginalc. (Tardieo, loc. cit., p. 54.)

(2) Accès hystériques après une tumeur au sein; rapport entre les convulsions nerveuses et les douleurs du sein. (Wii.us , De morb. eonv., cap. 6, obs. 1.)

(3) Accès hystériques, tumeur au-dessous du pubis. (Bonet, Sepul. mat., lib. m, sect. 38, obs. 5.)

(4) Accès hystériques après une contusion à l'épigastre; petites tumeurs consécutives d'où s'élève la boule hystérique. (Reïnaui), Jmirnal hebd . , n° 5 1 . )

(5) Obs. ,300, 307, 308, 309, 309 bis, 310, 310 bis, 311, 312, 313, 314, 315,316, 317, 317 bis, 318, 319, 320, 321, 322.

(6) .l'opérais , il y a quelques jours, avec M.lo docteur Féné do )3eaurieux, une femme de cinquante ans, affectée d'un polype fibreux de l'utérus, qui nous déclara avoir éprouvé, depuis l'origine de celle

Déjà les anciens avaient signalé les altérations des ovaires comme propres à l'hystérie :

« In hystericis virginibus , dil Riolan , deprehendi » testes pugno grandiores, serososemine turgentes,quin » eliamtnbam uteri amplidcatam et valde dilatatamCi).»

Bonet nous a laissé aussi sur ce point plusieurs observations d'autant plus précieuses , qu'il plaçait dans le cerveau exclusivement le siège de l'hystérie.

Une remarque des plus importantes à faire , c'est que quand l'altération organique de l'utérus est arrivée à un certain degré d'accroissement , il y a diminution et même disparition complète des accès. L'organe est trop malade alors pour manifester la sensibilité fonctionnelle qui lui est propre , et il semble en être , dans ce cas , de la matrice comme de l'estomac. Au début de certaines lésions de l'estomac , l'appétit augmente de fréquence et d'intensité ; plus tard , il se pervertit sans disparaître, puis il diminue et finit par s'anéantir entièrement h mesure que la lésion s'aggrave. On pourrait presque appliquer, dans cette circonstance, aux affections de l'utérus et de l'estomac , ce que Sénèque appliquait aux affections morales :

Curœ levés loqminlur, ingénies stupenl (2) /

maladie, les principaux symptômes de l'hystérie non-convulsive, et en particulier la boule hystérique s élevant de la région épigastrique au cou.

(1) Anth.-i, 632.

* In varils aliis quas in vita suiTocalionibus uterinis fréquenter laboraverant, plerumque inveni aliquem quidcm, scd tamen pra?dicto longe minorem magnitudinis excessiim , in eorumque modo uno , modo ulroque , liquorem qucmdam asruginosum , vel croccura , aul flavescentem , seminis in cocorrepti indicem. (Diemerbroeck , Op. omn. de vetiiri in/., lib. i, p. 190..)

(2) J'ai vu, en consultation avec M. le docteur Hanrot, une dame

Nous n'avons pas à comprendre dans l'anatoniie pathologique certains cas dont nous avons donné les observations ('), et dans lesquels des phlegmons , des fractures, etc., paraissent avoir déterminé l'invasion des accès, car il faudrait alors parler de toutes les causes traumatiques ou pathologiques qui peuvent produire les accès d'hystérie.

Nous dirons seulement avec M. Andral : « Ce n'est pas dans le point où l'on découvre une lésion que réside toujours la cause directe des effets qu'elle produit ; mais suivant qu'elle retentit sur tel ou tel autre point , spécialement destiné a l'accomplissement d'un certain acte, c'est celui-ci qui se trouvera modifié (2). »

C'est pour avoir négligé cette observation que tant de pathologistes ont fait varier le siège de l'hjstérie, c'està-dire, le point de départ des symptômes, selon les causes déterminantes de l'accès, croyant qu'il fallait nécessairement regarder comme lésion pathognomonique toute celle qui produisait les accès oîi qui coïncidait avec eux , et confondant la cause de la manifestation des symptômes avec le centre même des opérations morbides.

de trente-cinq ans , chez laquelle des accès hystériques , précédés pendant plusieurs mois d'une constriction permanente à la gorge , coïncidèrent avec le début d'un squirrhe de l'utérus. Ces accès diminuèrent de fréquence et d'intensité au fur et à mesure des progrès du cancer, et ils cessèrent complètement six mois environ avant la mort, c'est-à-dire, alors que le mal avait creusé dans l'utérus un infundibulum profond, qui avait fait disparaître la totalité du col.

(1) Obs. 234, 236, 245.

(2) Clin, méd., 1834, p. 734.

Nous discuterons plus loin , en étudiant le siège et la nature de l'hystérie , la relation entre les lésions organiques et les lésions fonctionnelles , et nous montrerons la névrose se manifestant (dans tous les cas que nous venons de passer en revue) dès que se manifeste l'altération de l'appareil générateur , cessant dès que cette altération cesse , reparaissant si elle reparaît.

Ici nous nous bornons à constater que sur soixantesept faits anatomo-pathologiques , cinquante-cinq fois l'hystérie a coïncidé avec des altérations matérielles de l'appareil générateur , et que dix-huit fois elle a guéri dès la guérison de l'affection génitale.

Loin de nous de trouver dans ces résultats la spécificité des caractères anatomiques de l'hystérie.

Ces lésions, quoiqu'appartenant toutes au même appareil , varient trop , soit quant à leur nature intime , soit quant a la partie de l'appareil qu'elles affectent , pour qu'on puisse en regarder aucune en particulier comme pathognomonique. Nous les considérons seulement comme entraînant dans l'innervation génitale des troubles dont il est impossible de préciser le caractère , et qui deviennent spécifiques sous certaines conditions d'âge , de tempérament et d'évolution sexuelle.

Est-ce à dire que les cas dans lesquels on ne rencontrerait aucune lésion appréciable de l'appareil sexuel , infirmeraient les résultats fournis par l'anatomie pathologique ? Nullement. Pour qu'il y ait hystérie, selon nous , il faut qu'il y ait trouble de l'innervation génitale; or, comme ce trouble peut exister en dehors des altéralions appréciables capables de le produire , il serait hors de raison de prétendre , dans l'état actuel de la science, trouver des lésions visibles dans tous les cas d'hystérie.

Que si l'on voulait regarder ces lésions comme étrangères a l'hystérie , parce qu'elles ne suffisent pas à expliquer les symptômes, il faudrait alors regarder les ulcérations du tube digestif comme étrangères a la fièvre typhoïde, la lésion des bronches et des vésicules pulmonaires comme étrangère à l'emphysème, les entozoaires comme étrangers aux convulsions vermineuses, etc. , etc.

Prétendre qu'une lésion constante donnerait lieu k des phénomènes constants eux-mêmes , n'est-ce pas oublier ces dyspnées intermittentes qui accompagnent l'épanchement pleurétique , ces accès spasmodiques qui accompagnent les affections du cœur , l'œdème ou l'hydropisie qui accompagnent les affections du foie , etc., etc?

Ces effets intermittents d'une lésion permanente se manifestent dans tous ces cas , comme dans l'hystérie, par suite des modilications diverses apportées à tout instant à l'économie , modifications que nous résumons en trois mots pour l'hystérie : âge, tempérament, influences sexuelles.

Sans contredit , la lésion anatomique appréciable a nos moyens imparfaits d'investigation n'est pas tout , mais c'est une partie du tout, et une des parties les plus importantes à signaler et à approfondir.

Nous reviendrons du reste sur ces différents points , lorsqu'au chapitre 8" nous chercherons à déterminer la nature et le siège de la maladie.

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