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CHAPITRE VII

ETIOLOGIE.

« Horum causa tzpofiyoMit-.v-ri est morbida raobilitas ( Éu/jt!TKê)./,aia ) excedens , deficiens , abaorniis , systematis nervei, facultatis praeprimis aninaalis.

» Uanc dedi t gentilia labes ; educatio delicalula ; exercitia mentis prœmatura, nimia, nocturna, acsthetica, elc. »

(Stoll, Stahis nervosus, aph. 710.)

Bien que la division des causes en prédisposantes et occasionnelles ne soit pas d'une extrême rigueur, les mêmes causes pouvant être tantôt prédisposantes, tantôt occasionnelles , soit chez des individus différents, soit chez le même individu dans des circonstances différentes, néanmoins comme celte distinction facilite beaucoup l'examen des causes , nous l'adoptons pour seule division, attachant peu d'importance, du reste, à ces cadres scholastiques , pourvu qu'ils renferment d'une manière claire et méthodique toutes les circonstances de l'étiologie.

CAUSES PRÉDISPOSANTES.

Tempérament nerveux. — Au premier rang des causes prédisposantes, nous placerons nécessairement le tempérament nerveux , mais sans nous borner k cette vague énonciation qui fait du tempérament nerveux un centre banal autour duquel viennent en même temps converger, dans la plupart des auteurs, les névralgies , les névroses , les vésanies et tous les types d'aliénation mentale.'

Ces différentes formes morbides ne peuvent toutes , en effet , reconnaître la même influence morbifique , et il faut voir dans les principales modifications du tempérament nerveux les principaux modificateurs de ces états particuliers oîi le système nerveux est plus spécialement affecté.

En analysant les phénomènes d'innervation et d'impressionnabilité, on distingue dans l'organisme nerveux plusieurs ordres d'excitations que M. Cerise (0 a ainsi formulées , avec autant de clarté que de philosophie : <( L'appareil ganglionnaire viscéral représentant les besoins et les penchants, et constituant l'élément affectif 5 les appareils des sensations spéciales représentant les propriétés sensibles des corps et constituant l'élément sensorial -, l'appareil psycho-cérébral représentant les idées et constituant l'élément intellectuel ; la centralité méso-céphalo-rachidienne ou sensorio- motrice , qui rayonne à la fois dans ces trois appareils et dans le

(1) Des fonctions et des maladies nerveuses dans leurs rapports avec l'(*ducalion , p. 14.

système locomoteur; enfin, l'appareil ganglionnaire bilatéral ou sympathique, qui semble destiné plus particulièrement à établir des relations consensuelles entre tontes les parties de l'organisme. »

Or, il est évident, d'après ce qu'on a vu plus haut , que ce n'est ni l'élément intellectuel, ni l'élément sensorial qui domine dans l'hystérie, et que les symptômes se rapportent d'une part à l'élément affectif, c'est-à-dire a l'appareil ganglionnaire viscéral , d'une autre part à l'élément affectif uni à l'élément intellectuel , c'est-adire a l'appareil ganglio-cérébral. C'est a cette variété de tempérament nerveux , dans lequel prédominent les impressions instinctives et les émotions sensuelles , les sentiments et les passions, qu'il faut rattacher principalement la prédisposition à l'hystérie.

Aussi remarque-t-on chez les hystériques moins de vivacité que de mobilité dans l'imagination; moins de profondeur que d'instantanéité dans les impressions ; moins d'excitation habituelle que d'excitabilité dans des circonstances et pour des causes données ; moins d'idées que de sentiments ; moins de sentiments que d'émotions sensuelles.

En un mot , il y a chez la plupart des hystériques mélange du tempérament nerveux et du tempérament sanguin des auteurs.

Tout ce qui tend à augmenter ce genre spécial d'impressionnabilité devra donc prédisposera l'hystérie. Ainsi n'avons-nous besoin de citer ni l'oisiveté , ni la vie et les professions sédentaires ; ni les bals, ni les spectacles, ni les concerts , ni cette coquetterie que la jeune Olle suce avec le lait; ni la culture prématurée et immodérée des arts expressifs, et surtout de la musique ; ni cette littérature passionnée et flétrissante des l'omanciers ; ni

ce mysticisme religieux qu'on substitue trop souvent à la religion ; ni l'abus des parfums , ni l'usage des boissons excitantes , du café , du thé , de la vanille, etc.; ni un régime alimentaire trop succulent et trop substantiel relativement aux habitudes inactives de la plupart des jeunes filles ou des jeunes femmes; ni, enfin, les jeûnes prolongés qui diminuent la résistance de la constitution aux agents de l'excitation nerveuse.

« Porro muHeres laboriosœ et agiles, cum partes nervosas habeant firmiores , ideo molibus convulsivis et affectibus vulgo diclis hystericis minus subjiciuntur. E contra delicatulis et otiosis quia cerebnim etnervosum systema molle et imbecillum habeant, a levi qualibet occasione spirituum animalium distractiones, partiumque nervosarum motus inordinatos perpetiuntur : atque hic obiter notandum quod feminœ prœ viris , aliœque ejus sexus prœ aliis affectiones dictas hystericas sentiunt : non tam ob uteri ipsius vitia, quam propter debiliores cerebri et nervosi generis constituliones . » (Boneti Polyallhes , t. r, p. 303.)

Je passerai également sous silence les émotions morales, les chagrins , les désirs sans satisfaction , les inclinations contrariées, la jalousie (0, toutes les affections de l'âme , enfin , capables d'augmenter le genre nerveux.

Quant aux abus vénériens quels qu'ils soient, ils agissent de deux manières : d'une part, en affaiblissant la réaction de l'économie ; d'une autre part , en créant , pour ainsi dire , un foyer spécial d'impressions les plus

(1) « Et ego novi quasdam mulieres quae ita irascebanlur et affîciebantur zelotypia , ut slatim caderenl in hune uiorbum , et perpessw sintsîEvissima accidentia. ■> (Montanos , De si*/", M/ero.)

dangereuses de toutes, comme nous le verrons plus loin, et par les organes dont l'action est mise en jeu , et par les instincts et les passions qu'elles tendent a exagérer.

Saisons, climals , fréquence. — Plus commune au printemps et dans l'été que pendant les saisons froides, dans les pays chauds que dans les pays froids , chez les nations civilisées que chez les nations plus simples que nous appelons barhares, l'hystérie paraît très-fréquente dans le Levant, où les penchants des femmes ne peuvent s'épurer au foyer domestique (0.

Autant les vapeurs devaient être rares aux siècles où les reines, ainsi que le rapporte Homère, préparaient la couche et les vêtements de leurs époux et de leurs enfants , autant elles devaient s'accroître à mesure que , par les progrès ou malgré les progrès de la civilisation, s'accroissaient les pernicieuses influences du sensualisme actuel, u Tl y a déjà pins d'un siècle , dit Raulin , que les vapeurs sont endémiques dans les grandes villes; la plupart des femmes qui jouissent des commodités de la vie sont vaporeuses ; on peut dire qu'elles achètent par une suite de langueurs l'agrément des richesses. » — « Pau- )) cissimse enim fœmina3, ajoute Van-Sicieten (tom. ii, » p. 18), omnino ah hoc malo immunes sunt, et tantum » fere ilte qufe duris laboribus vitam tolérant. »

Sans tomber dans les exagérations de Raulin et de Van-Swieten , qui , h l'exemple de Sydenham, confondaient avec l'hystérie beaucoup d'autres aflections , on ne peut

(1) « Il est ordinaire de voir parmi les Turqucsses de jeunes femmes ou filles attaquées d'affections hystériques , et d'une irritation et d'une sensibilité surprenantes dans tout le genre nerveux. » (Paris. Snr les maladies de ta Turquie.)

méconnaitre combien elle est fréquente aujourd'hui dans toutes les classes de la société.

Hérédité. — L'hérédité, indiquée comme prédisposition a l'article étiologique de chaque maladie , mérite ici une mention toute spéciale , en raison de l'opinion généralement admise, et particulièrement développée par Haller et Burdach, sur l'influence du croisement des sexes dans la génération des maladies héréditaires.

L'hérédité serait nulle . en elTet , comme cause prédisposante, si les filles héritaient plus de leur père que de leur mère. Mais quoique les documents statistiques actuels soient insuffisants pour résoudre directement la question de l'hérédité appliquée à l'hystérie , on peut , des résultats obtenus par M. Baillarger (0, conclure contre l'opinion de Haller, et induire jusqu'à un certain point l'analogie des résultats que fournirait l'hystérie. Or, on voit , d'après ces recherches faites sur six cents malades environ : 1° que la folie de la mère est plus fréquemment héréditaire que celle du père , et qu'elle paraît, toutes choses égales d'ailleurs, atteindre un plus grand nombre d'enfants ; 2° que les garçons tiennent à peu près aussi souvent la folie de leur père que de leur mère, mais que les filles, au contraire, héritent au moins deux fois plus souvent la folie de la mère que celle du père.

Si d'un autre côté nous nous reportons aux observations 84, 263, 265,317, etc., dans lesquelles l'hystérie frappe tantôt cinq sœurs dans une même famille,

(1) Recherches slalisliques sur l'kérédild de la folie. (Académie de médecine, 2 avril [M'i.)

tantôt les sœurs d'un frère cataleptique, tantôt les filles d'un père aliéné , d'une tante épileptique , etc. , etc. , et si nous ajoutons ^ ces données les résultats fournis par MM. Boucher et Casauvillh , qui sur soixante-dix épileptiques en ont trouvé vingt-trois nés de mères hystériques, on arrivera facilement à ranger parmi les causes prédisposantes de l'hystérie , non-seulement l'hérédité directe ('), c'est-k-dire l'affection hystérique de la mère, mais les autres névroses qui se sont manifestées chez les parents consanguins.

Il faut dire en résumé de l'hystérie ce qu'Hippocrate disait de l'épilepsie , avec cette intuition du génie qui prévenait les résultats de la statistique : « Elle a son » principe dans l'hérédité comme toutes les autres ma- » ladies ; car si des parents phlegmatiques mettent au )) monde des enfants phlegmatiques, les bilieux des en- » fants bilieux, les phthisiques des enfants phthisiques; » si ceux dont la rate est engorgée et dure ont des en- » fants dont la rate est engorgée et dure, riea n'em- » pêche que les parents qui sont atteints de l'épilepsie )) aient des enfants qui en soient également atteints, » puisque la semence émane de toutes les parties du )) corps , viciée si elle émane des parties viciées, saine » si elle émane des parties saines (2). »

Puberté. — L'hystérie, de l'aveu des auteurs les plus opposés quant au siège et à la nature de la maladie , ne se manifestant jamais avant les approches de la pu-

(1) « In fœminis malum hystericum in liberos per nati-

vitatem transire, conslanlis semper et perpelufe fuit experientiae. » iF.HoFF., cap. iO, De gênerai.,^ i.)

(2) De la maladie sacrée, traduction de M. î)A!<.EMBmG.

berté, on était amené presque nécessairement à regarder celte période comme l'une des prédispositions principales. On peut reconnaître alors, en effet , ime excitation nerveuse générale produite par le travail <]e l'économie qui accompagne la mise en œuvre d'une fonction nouvelle, et une excitation spéciale née de la nature même de cette fonction.

De ce que nous regardons l'époque de la faculté procréatrice comme l'une des sources de l'hystérie , est-ce a dire que la prédisposition dérivera nécessairement des sentiments et des passions? Nullement. L'appareil générateur peut , quoique dans sa période de développement , n'exercer aucune action sur le cerveau ; il y a alors simple impression physiologiquë, simple émotion sensuelle , indépendante de toute impression sentimentale, et qui se traduit à l'extérieur par un certain embarras indéfinissable, par l'abattement, par une vague mélancolie, signes précurseurs assez fréquents des accidents hystériques.

Ce qui prouve l'empire de la puberté, en dehors de toute circonstance propre h exciter les sens , c'est qu'on la voit provoquer l'hystérie chez de jeunes filles soustraites a toute influence extérieure , élevées , pour ainsi dire, dans le sein de leur mère , avec toutes les précautions que peut suggérer la tendresse la plus éclairée. Nous aurons occasion , du reste, de revenir sur ce point, au sujet de la menstruation.

Age. — Sur trois cent cinquante-une observations dans lesquelles l'âge se trouve indiqué d'une manière précise (soit parmi celles dont nous donnons le sommaire k la fin de cet ouvrage, soit parmi celles qui se

trouvaient trop incomplètes pour y trouver place), les

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