‹ Traité complet de l'hystérieChapitre 25 sur 46 · V.V.L «TToptaj · texte numérisé non relu

V.V.L «TToptaj

• Même pour les bous médecins , les ressemblances amènent des méprises et des embarras. » (UippocRATE, EpuL, liv. VI, 8« secl., § 26.)

Le diagnostic ne doit pas se composer seulement des éléments fournis par la symptomatologie, l'anatomie pathologique et l'éliologie (i), mais encore du parallèle raisonné des affections avec lesquelles la maladie en question a le plus de rapports ; aussi , une fois élaguées par cette étude comparative , les principales névroses avec lesquelles l'hystérie pourrait être confondue , on arrive facilement à préciser les signes principaux qui la caractérisent.

(1) Si nous omettons ici la thérapeutique , ce n'est pas que nous iK! la considérions comme moyen de diagnostic, dans certains cas, mais parce que les secours qu'elle peut fournir sous ce rapport sont Ircs-faiblcs dans les névroses.

Epilepsie. — L'épilepsie est de toutes les névroses celle avec laquelle il est le plus facile de confondre, et avec laquelle on a le plus souvent confondu l'hystcrie; d'une part , en raison de l'oubli où l'étude des maladies nerveuses est restée plongée jusqu'alors; d'une autre part , en raison des graves difficultés du sujet (0.

« L'épilepsie, ditGeorget, a une telle ressemblance avec la cérébropathie spasmodique ou prétendue hystérie, qu'on peut hardiment avancer que celle-là n'est qu'un degré plus avancé de celle-ci. Outre l'analogie qui existe entre leurs caractères, la transformation de l'une en l'autre ne laisse aucun doute sur la vérité de cette assertion. Cependant, d'après l'idée que l'on se fait de chacune de ces maladies, à peine se doute-t-on, même dans le monde médical , des difficultés ou de l'impossibilité qu'il y a d'établir dans tous les cas une différence bien tranchée entre elles (2). »

Malgré ces obstacles, il est néanmoins, comme nous allons le voir , des données a l'aide desquelles on arrive , dans la grande majorité des cas , a la détermination rigoureuse du diagnostic.

Ainsi , l'hystérie ne se déclare jamais avant les approches de la puberté ; l'épilepsie est le plus souvent congénitale.

L'épilepsie acquise reconnaît pour cause la plus fréquente une émotion brusque et surtout la terreur , ou des lésions de l'encéphale-, l'hystérie, des impressions affectives ou des troubles organiques du système génital.

(t) lutei-im tamen affinia admodum hœc mala sunl, et pnssio liyslerica sœpiusobservala fuit in epilcpsiam raulari. (Van-Swiktrn , tom. m, p. 417.)

(2) Loc. cil.,]). .390.

L'invasion de l'épilepsie est subite, instantanée j çelle de l'hystérie , précédée , quelquefois assez longtemps, d'une surexcitation nerveuse toute spéciale.

Les révolutions lunaires qui paraissent avoir une action marquée sur les paroxysmes épileptiques, n'en ont aucune sur les paroxysmes hystériques.

L'influence des périodes menstruelles est beaucoup plus manifeste dans l'hystérie que dans l'épilepsie.

L'union sexuelle (si elle a lieu dans les conditions normales) diminue l'hystérie, tandis que le plus souvent elle augmente l'épilepsie.

La céphalalgie , accidentelle chez les hystériques , est habituelle chez les épileptiques.

Les accès épileptiques arrivent souvent sans prodromes : quand les prodromes existent , ils précèdent a peine l'attaque ; les prodromes sont constants dans les crises hystériques: ils sont en général éloignés, c'est-adire fort distants du paroxysme : si parfois ils en sont rapprochés (ce qui a lieu surtout dans les courts accès) , ils sont toujours assez manifestes cependant pour être perçus par le malade et par l'observateur.

L'épileptique n'a aucun empire sur son mal : qu'importent le lieu ou la circonstance dans lesquels il se trouve , il tombe immédiatement sans pouvoir retarder l'accès d'une seconde -, l'hystérique ralentit par les efforts de sa volonté l'invasion de l'attaque , et peut choisir , jusqu'à un certain point , un endroit convenable pour le temps de sa crise.

Dans l'hystérie, l'accès est précédé ou accompagné de constriction à la gorge ou d'une boule qui monte d'un point de l'abdomen au cou: dans l'épilepsie, ces phénomènes manquent complètement , et il n'est aucun symptôme qui puisse les simuler.

Dans l'épi lepsie, l'attaque se manil'esle à peu près aussi souvent la nuit que le jour-, dans l'hystérie, elle ne se manifeste guère que le jour.

L'épileptiquc pousse un cri de surprise en tombant , et non-seulement il ne fait entendre aucune plainte , aucun gémissement, mais revenu à lui, il reste longtemps muet et silencieux ; dans l'hystérie, les crises ont lieu plutôt à la fin de l'attaque : ce sont des cris plaintifs, bizarres , comme articulés , souvent prolongés , en un mot, radicalement différents du cri unique qui annonce la chute de l'épileptiquc.

Dans l'hystérie, la perte de connaissance est ordinairement incomplète (0, la malade entend , perçoit les intentions et les mouvements des personnes qui l'entourent , et se souvient en partie des circonstances de l'accès ; s'il y a, dans certains cas , perte totale de connaissance, elle arrive, par gradation, jusqu'au degré le plus élevé ; dans l'épilepsie , la perte de connaissance est complète , profonde immédiatement , et il ne reste aucun souvenir de ce qui s'est passé pendant l'attaque.

Dans l'épilepsie, la sensibilité est immédiatement anéantie ; dans l'hystérie , la sensibilité est tantôt conservée en tout ou en partie, tantôt augmentée ou diminuée en tout ou en partie , tantôt augmentée en un point et diminuée en un autre 5 mais jamais elle ne disparaît complètement, à moins de syncopes profondes onde complications comme l'épilepsie , la manie , l'extase, la catalepsie, etc. ; dans ces cas mêmes, l'anesthésie hystérique diffère de l'anesthésie épileptique en ce qu'elle n'est pas immédiate.

Dans l'épilepsie , les convulsions sont toniques , léta-

(I) Nous iiavous pas besoin de dire que nous prenons ici les cas généraux.

uiques, les mouvements roides , peu étendus , saccadés , plus prononcés d'un côté du corps que de l'autre : les doigts sont rétractés, demi-fléchis sur le pouce, les muscles de la (ace se contractent et altèrent profondément la physionomie ; dans l'hystérie , les mouvements spasmodiques sont plus étendus, plus rapides, plus uniformes, également faciles dans la flexion et dans l'extension : ils semblent rester, jusqu'à un certain point , soumis h la volonté , quoiqu'ils soient évidemment involontaires.

Dans l'épilepsie , la face est toujours tuméfiée, livide, violacée; dans l'hystérie, ces modifications n'existent pas, et quand dans certaines crises on les voit survenir, elles sont infiniment moins prononcées.

Dans l'épilepsie , la respiration est rare , stertoreuse , ronflante : toujours une salive écumeuse sort de la bouche par saccades; dans l'hystérie, ces phénomènes sont des exceptions.

Les paroxysmes épileptiques les plus longs ne dépassent guère dix minutes-, les paroxysmes hystériques durent rarement moins d'une demi-heure et presque toujours beaucoup plus longtemps.

Les accès épileptiques sont ordinairement simples , c'est-h-dire, qu'une fois terminés, les malades reviennent a l'état normal jusqu'à une nouvelle crise, plus ou moins séparée , mais entièrement distincte de la première; les accès hystériques sont aussi souvejit composés que simples, c'est-k-dire que, la période de la plus grande violence accomplie , il y a seulement rémission sans retour complet à l'état normal , et que les crises sont liées les unes aux autres par quelques symptômes prédominants qui semblent les continuer.

Après les accès épileptiques surviennent un étal co-

mateux, un sommeil lourd et fatigant, une certaine hébétude : si la maladie se prolonge , la mémoire s'affaiblit, les facultés physiques et intellectuelles s'altèrent, et cette altération peut aller jusqu'à la démence ; l'accès hystérique terminé , l'intelligence reprend son empire : il y a quelquefois perversion , souvent exaltation , mais jamais prolapsus des facultés intellectuelles 5 cette perversion peut aller jusqu"a la manie, jamais elle ne va jusqu'à la démence.

Enfin, l'épilepsie est constituée par des accès; l'hystérie peut exister sans accès. Ce qu'on appelle , en langage d'hôpital, clal de mal (chez les épileptiques), est toujours précédé ou suivi de convulsions -, l'èlal hystérique , l'habilude hyslêriquc , l'hysléricisme peuvent se produire, durer fort longtemps et disparaître sans convulsions et même sans spasmes.

Voici , du reste , afin de rendre ces distinctions plus palpables , un tableau succinct où nous avons mis en regard les principaux symptômes différentiels de l'hystérie et de l'épilepsie :

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