‹ Traité complet de l'hystérieChapitre 24 sur 46 · SIÈGE ET NATURE ESSENTIELLE DE L'HYSTÉRIE · texte numérisé non relu

SIÈGE ET NATURE ESSENTIELLE DE L'HYSTÉRIE

« Un des objets les plus importants dans la recherche des névroses , c'est de déterminer celles qui ont leur siège spécial dans le système nerveux cérébral , et celles qui affectent plus particulièrement le système des ganglions. » (Bichat.)

Si nous éclairons maintenant par l'anatomie et la physiologie toutes ces données que nous a fournies la clinique, nous arrivons h regarder l'appareil génital comme siège unique de l'hystérie ; et , chose remarquahlc ! la conclusion à laquelle nous conduit l'analyse raisonnée des observations enregistrées pendant plus de vingt siècles, se trouve être la même que celle d'Hippocrate et des premiers pathologistes qui ont commencé cette longue série de faits.

A ceux qui doutaient que l'utérus pût être le point de départ des paroxysmes , Galien opposait , a défaut de raisonnement anatomique , les phénomènes qui se passent si fréquemment dans l'économie : « Quibnsvero

nequaquam persuaderi potesl exiguum succum in una parle conlenlum tanlorum accidenlium , quœ universo corpori eveniunt esse causam, ii omnino immemores esse videntur eorum quœ quotidie conlingunt. Etenima phalangii iclu toium corpus affici videiur, exiguo veneno per minimum foramen injecto. Sed longe majori admiratione dignus est scorjjionis ictus, qui brevi admodum tempore gravissinia inferl accidenlia (0. »

Heureusement , on peut joindre aujourd'hui h l'argumentatioUj si philosophique d'ailleurs, de Galien , des preuves toutes physiologiques , tirées des l'apports, inconnus autrefois , du système nerveux ganglionnaire et du système nerveux cérébral.

L'innervation utérine une fois troublée , en effet , ce trouble est transmis par le tri-splanchnique aux autres parties du système ganglionnaire abdominal, et surtout aux ganglions semi-lunaires et au plexus solaire : de là ces mouvements intestinaux, ce ballonnement du ventre, ces sécrétions gazeuses si rapides , cette boule hypogastrique , et toutes ces sensations si variées qu'éprouvent les hystériques dans la région abdominale.

Des plexus mésentériques l'intlux nerveux remontant jusqu'au plexus coronaire stomachique, au plexus cœliaque , au plexus sous-diaphragmatique , aux nerfs splanchniques, aux ganglions thoraciques, aux nerfs et au plexus cardiaques, s'irradie au pneumo-gastrique : et de là ces vomissements, ces hoquets, ce sentiment de boule épigastrique , ces menaces de suffocation, ces syncopes , etc.

Parvenue aux ganglions cervicaux , l'irradiation ner-

(I) iDe locis. af/ec, lib. vi, p. 40.

veuse semble parcourir comme les plexus(i), l'œsophage et le larynx 5 de la cette boule hystérique, ces douleurs a la gorge, ce sentiment de strangulation , cette dysphagie, cette dysphonie , et toutes ces bizarres modifications de la voix.

Enfin, extension de l'influx nerveux à l'encéphale par l'intermédiaire des nerfs issus des ganglions lenticulaires et sphéno -palatins 5 de là ces troubles intellectuels , ces mouvements convulsifs.

Les convulsions, du reste, s'expliquent parfaitement aussi sans l'intervention du cerveau , par l'extension de Fintluence nerveuse ganglionnaire aux nerfs vertébraux. Personne n'ignore , en effet , que le cerveau n'est pas le siège du principe immédiat des mouvements musculaires , mais que les nerfs président à l'excitation des

(1) "Quelques médecins ont cru , et je le soupçonne aussi , dit Bichat, queles accès hystériques qui commencent par un resserrementà l'épigasfre, dans lesquels la malade se sentremonter ensuite une boule jusqu'au gosier, peuvent tenir à quelques lésions des ganglions semi-hmaires, du plexus solaire et des communications qui, de ganglion en ganglion, vont jusqu'au cou. Cependant, deux cadavres que j'ai ouverts dernièrement ne m'ont offert aucune altération, quoiqtie pendant la vie ces sujets émissent été fréquemment attaqués de ces accès ; mais ils peuvent partir des ganglions et des plexus épigastriques , sans que ceux-ci soient affectés dans leur structure. •

Mon savant arai, le docteur Longet, qui cite ce passage , blâme Bichat d'avoir rapporté ]es phénomènes hystériques au grand sympathique au lieu de les attribuer au nerf vague; mais si le pneumogastrique peut, à la rigueur, suftire à expliquer la marche des symptômes jusqu'au niveau du plexus solaire , il n'en est plus de même pour les symptômes hypogastriques. Or , en rapportant le resserrement épigastrique et la boule hystérique au nerf trisplanchnique, Bichat me parait avoir entrevu la véritable marche de l'influx nerveux dans l'hystérie, bien qu'il ignorât l'action réciproque du grand sympathique et des nerf» cérébro-rachiiiicns.

contractions ; la moelle épinièrc à la liaison de ces contractions en mouvements d'ensemble ^ le cervelet h la coordination de ces mouvements en marche, saut, etc. (0; et le cerveau, enfin, a la volition de ces mouvements , ainsi qu'aux sensations et aux perceptions qui s'y rapportent.

On n'objectera pas que l'hypothèse de cette marche de l'influx nerveux se trouve détruite par l'existence fréquente delà boule épigastrique, en l'absence de toute sensation à l'hypogastre , car les troubles de l'innervation retentissent plus ou moins dans telle ou telle partie de l'organisme, selon les idiosyncrasies ;. et, d'ailleurs, le prurit nasal existant presque toujours, en l'absence de toute sensation intermédiaire , dans les affections vermineuses et dans la cystite calculeuse, il faudrait renoncer alors à regarder le tube digestif et la vessie comme siège des entozoaires ou des calculs vésicaux.

Les faits physiologiques et pathologiques relatifs à l'appareil génital confirment ici, du reste , de la manière la plus précise, les données anatomiques^ ainsi ces déviations de l'intelligence et des instincts , ces vomissements , ces troubles de toute espèce qui accompagnent la grossesse, n'ont-ils pas pourpoint de départ primitif les modifications survenues dans le système utérin ? Songera-t-on a rapporter à un organe autre que celui qui entre en fonction, c'est-à-dire l'utérus, le point de départ de ces suffocations, de ces spasmes , de cette mobilité nerveuse qui précèdent et accompagnent le développement de la puberté ou les périodes menstruelles ?

Evidemment, dans ces cas, si le système encéphalique

(1) Voir les belles expériences de M. Floureiis sur les propriétés du syslèrae nerveux.

se trouve mis en jeu, c'est par l'intervention du système ganglionnaire.

Coliques hystériques. — Il est, d'ailleurs, un fait passé sous silence par tous les pathologistes , et qui tend à prouver d'une manière irréfragable le siège de l'hystérie : c'est l'ensemble des phénomènes locaux et généraux qui se manifestent lors de ces douleurs utérines appelées coliques hystériques , si fréquentes chez certaines femmes, soit avant, soit pendant les règles (0. Excepté les convulsions , les pleurs, les rires, on trouve dans ces coliques hystériques les principaux symptômes de l'hystérie : douleur vive a l'hypogastre , suffocations, conslriction à la gorge , perte de connaissance , quelquefois même syncopes , enfin , par exception , des spasmes ou de véritables convulsions, et tout cela chez des femmes complètement exemptes d'accès hystériques ou d'accidents hystériformes , en dehors de ces coliques utérines (2).

Placez ces coliques hystériques chez une femme à tempérament nerveux , ou faites-les survenir dans ces conditions que nous avons reconnues comme les plus favorables au développement de l'hystérie, et vous

(1) « Sur trois cent soixante femmes dont nous avons recueilli les observations, deux cent soixante-dix-liuit éprouvaient des coliques, des tranchées à chaque retour. • (Buierre de Boismont, De lamenstruation, p. 82.)

(2) . Il y a des coliques cssentiellemcul nerveuses, dit Blchat, qui sont indépendantes de toute affection locale des systèmes séreux, muqueux et musculaire des intestins; ces coliques résident manifestement dans les nerfs des ganglions semi-lunaires qui se répandent dans tout le trajet des artères abdominales ; elles sont de véritables névralgies du système nerveux de la vie organique. » [CH. /)fu-LoNGET, (om. u,p. C39.)

aurez riiyslciie avec son cortège séméiolique complet.

Quel est, dans ce cas , le siège des phénomènes pathologiques? La région utérine est douloureuse profondément , douloureuse au toucher 5 ces douleurs seules marquent, avec les coliques, le début des accidents^ les ètouffements, les serrements d'estomac , la constriction thoracique , la constriction cervicale viennent ensuite et sont en rapport exact d'intensité avec ces coliques , qui sont souvent elles-mêmes en rapport avec la marche du flux menstruel .

Evidemment, si l'on ne peut nier que l'utérus soit le siège des coliques utérines a l'époque menstruelle , et des tranchées après l'accouchement , il est tout aussi impossible de nier que les autres phénomènes concomitants dérivent de cette première source ; or, ces principes admis , la conséquence est forcée pour l'hystérie.

Affections de l'utérus. — Une observation qui nous est aussi toute personnelle et qui nous paraît propre à jeter une certaine lumière sur le siège de l'hystérie , c'est la fréquence de certains symptômes hystériques , mais particulièrement de la constriction a la gorge, de la suffocation, des douleurs vagues dans les affections de l'utérus en général, dès que les malades éprouvent la moindre impression physique ou morale. J'ai vérifié ce fait tant de fois et avec tant de soin , que je le regarde comme rigoureusement prouvé.

Je ne me borne donc plus k dire maintenant , comme je l'ai fait plus loin , qu'il existe une fréquente relation pathogénique entre les accès hystériques et les maladies de matrice 5 mais je pose en principe général que la constriction et la suffocation hystériques se remarquent dans la grande majorité des affections utérines , et que

quand ces phénomènes ne sont pas habituels pendant la maladie , ils éclatent fréquemment pendant sa durée , tantôt sous une influence morale , tantôt sous une influence physique, tantôt après une saignée, tantôt après une cautérisation, tantôt, enfln, sans cause appréciable.

Métrile. — Un autre fait non moins important, c'est l'analogie, omise jusqu'à présent, entre les symptômes de l'hystérie et ceux de la métrite ou de la métro-péritonite. Ce n'est pas dans les descriptions nosologiques des auteurs que j'irai puiser pour appuyer cette proposition, car chacun sait qu'on y trouve , en fait de symptômes , tout ce qu'on y cherche pour desservir toutes les théories possibles; mais je prendrai les observations elles-mêmes d'un médecin dont l'exactitude et la précision sont incontestables. Or, dans dix observations publiées par Dance(i), nous trouvons, parmi les symptômes de la métrite, des mouvements convulsifs généraux, le tremblement des lèvres , le serrement des mâchoires , le strabisme, des cris, des rires désordonnés, une excessive irritabilité morale , enfin , un ensemble de phénomènes fort analogues, on le voit , à ceux de l'hystérie. Aussi , sans croire, comme Pujol et certains médecins de l'école physiologique , que la métrite soit nécessaire au développement de cette névrose , encore moins qu'elle la constitue , nous pensons cependant que l'inflammation utérine , de quelque nature qu'elle soit , est une prédisposition à l'hystérie.

Nous rappellerons enfin ces deux observations remarquables de Willis et de Heynaud, dans lesquelles les accès hystériques se montraient en rapport avec la dou-

(i) xviii' vol, (les Archives.

leur consécutive à des tumeurs du sein , et ce fait d'une jeune femme chez laquelle le début , la marche et la terminaison de l'hystérie suivirent rigoureusement le début , la marche et la terminaison d'une métrite iraumatique (i).

Ces réflexions sur les symptômes dérivés de l'appareil reproducteur impliqueraient-elles de notre part l'idée de rattacher k ces lésions l'hystérie dans son essence? En aucune façon. La nature intime de la modification organique qui constitue cette névrose échappe à nos moyens actuels d'investigation. Nous disons seulement que si l'innervation génitale peut être troublée en l'absence de toute altération apparente des viscères , h plus forte raison lorsqu'ils sont déjà le siège d'une lésion reconnue.

Hystérie chez l'homme. — L'un des principaux arguments contre la localisation du siège de l'hystérie dans l'utérus repose sur l'existence de celte névrose chez l'homme. Avant d'examiner la valeur de l'objection , nous constaterons d'abord la valeur des faits sur lesquels elle est basée.

Id vero quoque viris evenire solet^ a dit Galien(2), et après lui Arétée (3) , Graaf W , Van-Swieten (5) , Hofl-

(2) De locis a/fectis, lib. vi, xxxix.

(3) . II ne faut pas chercher la cause de la suffocation utérine dans la nouvelle position de la matrice, puisque les hommes peuvent l'éprouver. » (Arétée, cit. par Dubois d'A7niens.)

(4) . Cui (Graaf) non absurdum videtur viros aliquando sulfocatione hysterica consiniili laborare posse. » (Bonnet.)

(:>) . Imo et plurimi viri qui sapientia; sludiis dediti scdentariam vitara agunl his morbis obnoxii sunt.>'(VAN Swieten, loin, ii, p. 180.)

maun, Pison, Willis , etc. Parmi les médecins de nos jours, MM. Andral(i), Piorry (2), Cerise (3) , ColombatW, GonoUy (s), Trotter (6), Georget, etc., professent les idées de Galien sur ce point, et pensent que l'iiomme peut être affecté d'hystérie. Mais ces opinions, exprimées pour la plupart sans la détermination précise des faits qui ont pu les faire naître , ne sauraient être discutées utilement ; ce sont de simples assertions qu'on ne peut ni admettre ni rejeter, aussi devions-nous puiser dans les observations seules les éléments de la question.

Sur trente exemples d'hystérie chez l'homme , que nous avons rassemblés après de longues recherches , une quinzaine sont réduits a de simples énonciations ou dépourvus de tout détail : tels ceux cités dans les dernières notes ; tels ceux rapportés par Raulin, Muller,

(1) « L'hystérie s'observe quelquefois chez les hommes, ce qui prouve que l'utérus n'est pas son point de départ indispensable. » (Andral, loc. cit., p. 401.)

(2) « Je n'ai vu qu'un seul exemple d'hystérie chez l'homme, c'était chez un jeune peintre qui venait d'éprouver un vif chagrin d'amour.» (PiORRY, Mémoii-e sur les névroses, p. 31G.)

(3) « Nous avons vu des accès parfaitement semblables à ceux que nous venons de décrire chez un de nos amis , à la suite d'une émotion très-vive et très-pénible. » (Goise, loc. cit., p. 512.)

(4) « Nous avons vu un exemple de spasme hystériforme en 1833, sur un garçon limonadier, et un second, il y a peu de jours (15 Avril 1838), sur un jeune homme, fondeur en caractères chez M. J. Didot » (GoLOSiBAT , m' vol,, p. 1067.)

(5) The Cijclop of pradcal medicine, tom. ii, p. 557.

(6) « Trotter assure avoir vu des matelots atteints de véritables accès hystériques , caractérisés par les spasmes convulsifs des membres , les cris , les rires , les pleurs sans motifs , la boule ascendante , les convulsions, etc. » (Gopi.and , DicL 0/ prnlical medicine, art. hyst.)

Pomme , etc. ; tels ceux, recueillis dans les salles de MM. Fouquier, Husson, Rostan, Paycn, etc. (').

D'autres renferment bien des symptômes hystériques, mais il eût fallu beaucoup plus de précision pour qu'il fût possible d'établir nettement le diagnostic différentiel , chose capitale dans des faits exceptionnels : tels ceux rapportés par Louyer-Villermay, Monet, Scipion Pinel (2). D'autres constituent évidemment des affections étrangères à l'hystérie 5 ainsi , le cas relaté par Barthez appartient à l'asthme convulsif (obs. 232). Celui de Gardien (obs. 227), relatif à un jeune homme qui se croyait menacé d'un sort , est un simple fait de constriction pharyngienne déterminée par une vive émotion (3). Celui de Willis (obs. 228) peut être rapporté a l'épilepsie , malgré la présence de ce globe que l'auteur dit avoir suivi et comprimé avec la main : Hujus modi motum egomet manu venlrcm ejus comprimens plane persensi et quamdiu palmis totis viribus obtentis istius globi ascensum inhibèrent , se mediocriter habuil ; quam primum vero intimescentia istœc sensim superius obrepens ad caput perligerit, illico membra tolius corporis immaniter convellebantur . L'ensemble de cette observation prouve d'ailleurs qu'elle a été faite

(3) Cet œsopbagisme , qui en a souvent imposé pour la couslriction hystérique , est très-fréquent dans les cas d'impression pénible. Nous avons vu tout récemment, M. le docteur Griffon, d'Ay, et moi, le mari d'une dame à qui nous venions défaire une opération grave, en proie à une émotion telle , que pendant huit jours il n'avalait qu'avec la plus grande difliculté. Portant sans cesse les mains au cou , il se plaignait d'un serrement Ircs-douloureux à la gorge. Plusieurs fois même il nous pria de lui visiter l'arrière bouche, persuadé qu'elle était le siège d'une violente inflammation.

de mémoire et qu'elle n'a aucun cachet d'exactitude.

Quant au fait(obs. 371) communiqué par le docteur Fabre à M. Scipion Pinel , il serait difficile aussi de le juger d'une manière catégorique, en raison de l'omission de certains détails indispensables au diagnostic différentiel. Il s'agit d'un capitaine atteint en 1809 d'une balle qui traversa l'abdomen vers la région lombo-sacrée.

Pris , k la suite de cette blessure , d'une fièvre intermittente qui se termina par une hémorrhagie urétrale , le capitaine demeura dès-lors soumis tous les mois à ce flux sanguin dont la suppression ou le retard amenait tous les symptômes de l'aménorrhée. Trois ans après , survinrent des attaques convulsives qui se reproduisaient chaque mois avant l'hémorrhagie. Dans ces attaques, le malade perdait connaissance-, il y avait mouvements convulsifs des membres, mais sans roideur, sufl'ocation , délire , ralentissement de la respiration , vomissements, etc.

Entourée de toutes les circonstances qu'exige la relation des faits exceptionnels , cette observation serait presque, comme le dit M. Pinel , « de la physiologie expérimentale appliquée à l'étude du siège de l'hystérie (0, » tandis que, réduite aux termes de la rédaction, il serait impossible d'en tirer aucune conclusion rigoureuse.

Restent l'observation de F. Hoffmann et celles de MM. Breschet, Mahot et Alègre(2). Les accès décrits dans ces relations ont évidemment une grande analogie avec les crises hystériques-, mais si l'on remarque que,

(1) Traité de pathologie cérébrale , \i. 424.

(2) Obs. 225 , 226 , 234, 235.

outre certains signes qui ne manquent presque jamais chez la femme , tels que la miction après l'accès , les pandiculations, les pleurs sans motifs, on ne trouve pas chez les hommes réputés hystériques cette susceptibilité nerveuse , cette mobilité particulière qui constitue , en dehors des crises , l'habitude hystérique , on hésitera peut-être à désigner ces faits sous le nom d'hystérie.

Enfin , en joignant à toutes ces observations le cas d'hystérie épileptiforme rapporté par M. OUivier d'Angers (obs. 237), et ceux observés par M. Billod , chez des jeunes gens de dix-neuf, vingt, vingt-un et vingtcinq ans (1), on aura réuni la plupart des faits que pos- , sède la science sur ce point.

Dans le cas rapporté par M. OUivier, le malade , âgé de soixante-trois ans , épileptique depuis douze ans , était pris tous les quinze jours d'accès qui commençaient par un hoquet très-violent 5 la perte de connaissance n'était pas immédiate; à l'autopsie, on trouva deux tubercules au milieu du bulbe rachidien.

Dans les quatre observations de M. Billod , les convulsions sont partie cloniques , partie toniques , et les malades ne perdent pas connaissance pendant les paroxysmes.

En résumé , de ces trente cas épars dans les auteurs et donnés comme exemples d'hystérie chez l'homme , il en est quatre seulement dans lesquels les symptômes offrent une grande analogie avec l'hystérie chez la femme. Quant aux cas d'épilepsie hystérique, la persistance de la conscience notée dans quatre de ces cas

tendrait aussi h leur donner beaucoup d'analogie avec l'hystérie épileptilbrme du sexe féminin.

Ces observations sont donc, on le voit, trop peu nombreuses et surtout trop incomplètes pour mener à une conclusion rigoureuse, et il y aurait témérité à prononcer , avec des éléments aussi insuffisants , sur un des points les plus délicats de la science. Il me serait . sans doute , aussi facile qu'à tout autre d'accepter ou de nier catégoriquement ces faits \ mais voulant procéder uniquement par les voies de l'expérience , je devais m' abstenir la où l'expérience fait défaut , convaincu que basées sur des observations insuffisantes, les déductions médicales ne sont plus qu'un vain jeu de dialectique et de discussions plus nuisibles qu'utiles.

Ce n'est pas , d'ailleurs , dans la vue d'éluder une difficulté que j'ajourne la solution de cette question, car, quelle qu'elle soit, elle ne peut constituer une objection sérieuse contre le siège de l'hystérie.

De ce que l'hystérie se manifesterait chez l'homme , serait-ce donc, en effet, une raison de nier que l'appareil générateur en fût le siège chez la femme ? L'appareil ganglionnaire génital ne peut-il être affecté chez l'homme d'une manière analogue à celle dont il est affecté chez la femme .^^ et si l'on prouvait que les cas d'hystérie chez l'homme doivent être attribués à un trouble de cette portion du tri-splanchniquc qui forme les ganglions et les plexus lombaires et sacrés, ne seraitce pas, au contraire, un argument de plus en faveur du système génital, considéré comme siège de l'hystérie? Or, dans presque toutes les observations d'hystérie chez l'homme consignées a la fin de ce travail , on peut rapporter au système génital le point de départ des symptômes; h tel point même que la plupart des adver-

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saires de Georget regardent ces faits comme appartenant tantôt au salyriasis , tantôt à un affaiblissement , tantôt à une maladie organique de l'appareil générateur.

Siège et nature intime de l'hystérie. — Une dernière objection sur laquelle on a beaucoup insisté, c'est que le mariageexaspéreraitriiystérie. Nous nous sommes expliqués plus loin, et nous reviendrons au chapitre du traitement sur la valeur de cette assertion 5 mais en admettant cette hypothèse comme démontrée, ne serait-ce pas, au contraire, une raison de placer le siège de l'hystérie dans l'appareil génital , puisque l'excitation des organes par l'union sexuelle aurait provoqué la névrose.

L'argument de Pomme , tiré de ce que plusieurs femmes en proie à des attaques d'hystérie toutes les fois qu'elles avaient satisfait au devoir conjugal, avaient cessé d'en éprouver dès qu'elles étaient devenues veuves , n'est pas plus logique 5 car qui ne voit la un effet dû h la cessation de la mise en activité de l'appareil générateur? Et d'ailleurs, que les organes sexuels soient enflammés (0, il est clair que l'acte conjugal ramènera les paroxysmes de la névrose. C'est presque dans ce cas de la physiologie expérimentale !

Enfin, de ce que les troubles intellectuels ou moraux, de ce que les penchants, les passions peuvent déterminer l'hystérie , s'ensuit-il qu'on doive la rapporter au cerveau? Nullement! La névrose peut aussi bien dériver, dans son principe de causalité , de l'influence cérébroganglionnaire , que de l'influence ganglio-cérébrale ; mais les sectateurs de Georget confondent manifestement h chaque pas la cause avec le siège.

(1) Obs. 311, 323.

Dire avec MM. Bracliel (0, Cerise j et beaucoup d'autres palhologistes anciens et modernes (2), que le siège de l'hystérie est susceptible de varier autant qu'il y a d'organes dont la lésion primitive peut donner lieu aux divers phénomènes qui constituent la névrose , n'est-ce pas dire que le délire a pour siège le péritoine dans la péritonite? le tube intestinal dans la lièvre typhoïde? le système veineux dans la phlébite? le système cutané dans les exanthèmes? etc.

Evidemment on confond dans ces cas , je le répète , la causalité , l'irradiation générale des phénomènes morbides , les troubles sympathiques avec le siège de la maladie ; et quand nous disons que l'hystérie a pour siège l'appareil générateur, c'est comme si nous disions pour point de départ. La cause première pourra être rapportée tantôt a une partie, tantôt à une autre, tantôt à plusieurs en même temps , mais le point de départ des phénomènes d'irradiation morbide , le centre primitif des opérations pathologiques , si l'on peut ainsi dire , ne variera pas. L'observation de chaque jour ne montre-t-elle pas la maladie d'un organe provenant d'un autre organe? et n'en est-il pas ainsi dans toutes les affections appelées sympathiques, symptomatiques, etc.? S'ensuit-il que les indications thérapeutiques doivent se borner uniquement a ce point de départ , à ce centre d'action morbide ? En aucune façon 5 et pour l'hystérie

(1) De l'Ivijslérle et de Vhypochondrie, p. 137 ,

(2) « Non unam sedem habet, sed lotius corporis est. [Méad.)

' Hystcricos affeclus ea vocamus symptomata , eosquc tnorbos qui non in utero ipso, sed in aliis partibus coiilingunt ob consensum quem habent cura utero. Ulerus cnim cum omnibus partibus aliquem consensum habet. (Pkimerose, De morb. tnuL, iib. m, ch. 5, p. 178.)

comme pour toutes les affections qui réagissent sur les principaux organes, il y aura des indications générales à remplir , puisqu'il existe des phénomènes généraux à combattre.

Une fois admis le système sexuel comme siège de l'hystérie , il resterait a déterminer, quelle partie de ce système est spécialement affectée, si, d'une part, l'examen approfondi de cette question était possible dans l'état actuel de la science, et si , d'une autre part , il n'y avait pas un certain danger pour la vraie philosophie médicale a pousser ainsi l'analyse hors de ses limites , et à vouloir concentrer dans une seule partie d'un même appareil des troubles évidemment complexes.

Comme s'il était possible de scinder, en pathologie, les différents éléments d'une fonction.^ comme si tous les viscères d'un appareil organique n'étaient pas connexes? comme si, le système nerveux d'un appareil étant affecté en un point isolé , il ne pouvait en résulter une réaction générale sur tous les autres points de l'appareil? et comme si, réciproquement, l'une des parties de l'appareil étant lésée , cette lésion ne pouvait réagir sur le système nerveux de l'appareil tout entier?

Que les différences principales qu'on remarque entre les symptômes hystériques, selon les différents types de de cette névrose, tiennent k la différence des parties de l'appareil génital affectées , ou au degré de cette affection ; que tel degré ou tel siège de lésion amène plutôt la forme convulsive , tels autres la forme syncopale, tels autres l'habitude hystérique sans accès convulsifs , tels autres la forme cérébrale , cela est très-probable ; mais nous manquons de données suffisantes à la discussion

de ces problèmes que des recherches cliniques ultérieures et multipliées pourront seules résoudre.

C'est donc l'appareil sexuel de la femme, pris dans son ensemble, que nous regardons comme siège de l'hystérie, et non tel organe de l'appareil en particulier 5 et si, plusieurs fois dans cet ouvrage , nous avons employé le mol iitérus pour signifier le siège et le point de départ des phénomènes hystériques , c'était comme synonyme d'appareil génital , et uniquement pour ne pas changer prématurément le langage des écoles. La plupart des pathologistes qui placent le siège de l'hystérie dans l'utérus , avaient sans doute la même idée que nous , bien qu'ils aient négligé de l'exprimer, et Hippocrate et Vanhelmont, quand ils disaient ; Ulerus sexcentorum morboriim causa, — propter solumuterum mulier est id qiiod est , voulaient dire, à coup sûr, l'appareil sexuel en général , et non l'organe gestaleur en particulier.

Ce n'est pas , je l'avoue , sans un grand étonnement que j'ai vu M. Bouillaud déclarer « qu'en supposant que le cerveau lui-même ne fût pas , comme le pense Georget , le point de départ des phénomènes hystériques , c'est dans les organes génitaux de la femme , autres que l'utérus, qu'il faudrait le placer W. » Bien que le célèbre professeur ne fournisse aucune preuve à l'appui de cette simple assertion, on voit néanmoins que s'il refuse 'a l'utérus toute part dans la production de l'hystérie, c'est surtout parce que « le système nerveux cérébro-spinal n'exerce aucune action sur ce viscère , auquel il ne fournit pas de nerfs . »

Or , en admettant ce qui est, du reste , contesté et

(I) Pfoxngraphie mMicale, tom. ni, p. r,2l.

coiUestableC), que l'utérus ne recùl aucun nerf du plexus sacré, s'ensuivrail-il qu'on dût refuser h cet organe tout phénomène expressif ? En aucune façon , car l'intestin grêle , qui , comme la matrice , ne reçoit aucun nerf de la vie de relation, est cependant le siège de douleurs violentes , indépendamment de toute inflammation du péritoine.

Considérer les organes dépourvus de nerfs cérébrorachidiens comme privés de transmettre leurs impressions, c'est ne tenir aucun compte des beaux travaux de Magendie, Flourens, Longet, pourrevenir aux théories de Winslow et de Bichat; c'est oublier les connexions anatomiques si intimes, et l'influence réciproque si bien prouvée aujourd'hui du grand sympathique et du système nerveux cérébro-spinal.

Je ne comprends pas , d'ailleurs, cette argumentation de M. Bouillaud, consistant à dire que « l'utérus n'est point, à proprement parler, un des élémenls essentiels de l'appareil génital , puisqu'il manque chez l'homme, qui possède néanmoins un appareil génital complet. » Eh quoi ! la gestation n'est-elle pas la fin de la fonction génératrice? Et à quoi donc serviraient les autres parties de l'appareil génital, les mamelles, par exemple, en l'absence de l'organe sans lequel la reproduction de l'être ne peut se faire normalement? Dire que l'utérus n'est pas essentiel à l'appareil génital , parce qu'il

(I) Hunier, Robert Lée, Tiedemann, Velpeau admettent dans l'ulcrus des nerfs issus du plexus sacre. MuUer et Remak ont découvert d'ailleurs dans le tri-splanchni(iue et dans les nerfs cérébro-spinaux des fibres spéciales, qui , d'après M. Longet , puiseraient le principe de leur action à la fois dans l'axe ccrébrn-rachidicn, dans les ganglions du Iri-splancliniquc et dans les ganglions des nerfs de la vie de relation.

manque chez l'homme , n'est-ce pas dire que le pénis n'est pas essentiel a l'appareil génital de l'homme, parce qu'il manque chez la femme?

Bien loin donc de penser, comme M. le professeur Bouiilaud, qu'il faille placer dans les organes génitaux autres que l'utérus le point de départ des phénomènes dont l'ensemble constitue l'hystérie, je crois, au contraire , qu'aucune des données pathologiques que nous avons passées en revue ne permet de douter que l'utérus ne soit l'une des parties de l'appareil sexuel les plus affectées dans cette névrose.

Quant a la nature intime de cette lésion des organes génitaux, nous n'essaierons pas de la déterminer.

Les nombreux exemples d'affection du système reproducteur que nous avons rapportés ne peuvent, en effet , conduire à regarder comme spécifique aucune de ces lésions, et nous les considérons uniquement , ainsi que nous l'avons dit plus haut, comme entraînant dans l'innervation génitale des troubles dont il est impossible de préciser le caractère, et qui deviennent spécifiques sous certaines conditions d'âge, de tempérament et d'évolution sexuelle.

C'est dire , par conséquent , que l'hystérie consiste dans une altération du système nerveux génital, altération que nous nous garderons bien de chercher k qualifier, car là où s'arrête l'observation , nous devons nous arrêter nous-même , persuadé, comme Montaigne, que « la vraie science est une ignorance qui se sait. »

Je n'insisterai donc pas davantage sur ces questions purement théoriques et qui pourraient nous conduire si loin. J'en ai éloigné a dessein toutes les argumentations qui se trouvent déjà dans les livres. Je passe également sous

silence l'examen des anciens systèmes si nombreux sur ce sujet, et jugés sans appel par M. Dubois d'Amiens -, car, ainsi que je l'ai dit dans les considérations préliminaires, un point de la science, et surtout un point d'érudition, une fois traité avec toute la supériorité qu'il comporte, il est plus simple de renvoyer à l'auteur que de s'exposer a faire moins bien, ou de le copier, ce qui est malheureusement trop fréquent.

Conclusions. — En résumé, qu'on se rappelle ce point de départ si fréquent des douleurs aux régions utérine ou ovariques; ces mouvements automatiques des malades portant constamment la main h l'hypogastre; ces nombreux cas d'hystérie déterminés par des désordres matériels dc'l'utérus ou des ovaires, ou par le toucher direct de ce premier viscère, ou par des troubles physiologiques de l'innervation utérine; ces paroxysmes cessant dès que cesse la stimulation des organes génitaux, reparaissant dès qu'elle reparaît 5 cette relation si frappante entre l'hystérie et des tumeurs du sein; ce rapport si fréquent entre l'état de la menstruation et l'état des accès; ce type particulier des coliques hystériques ; ces influences sexuelles si évidentes; cette habitude hystérique, a défaut des paroxysmes, chez les femmes atteintes d'affection utérine ; enfin , cette analogie si manifeste entre les symptômes généraux de l'hystérie et ceux de la métrite ou de l'éclampsie puerpérale ! Qu'on médite toutes ces circonstances, et on restera convaincu que l'appareil génital est souvent la cause et toujours le siège de l'hystérie.

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