OURE RADICALE
Si dans la thérapeutique de la crise , considérée comme accident isolé , il était impossible de tenir un compte rigoureux des causes de Thystérie , il ne doit plus en être de même ici où nous avons a étudier la cure radicale de la maladie prise dans son ensemble.
Evidemment le traitement curatif repose d'abord , comme le traitement prophylactique , sur les soins hygiéniques que nous venons d'examiner plus haut; mais soit que l'hygiène la mieux entendue ait été insuffisante, soit surtout qu'on ne découvre pas dans le système nerveux général la raison suffisante de la maladie , l'attention devra se porter alors vers les causes dont elle dérive le plus fréquemment. Or, les nombreux faits mentionnés aux chapitres de l'anatomie pathologique et de l'étiologie ne pouvant permettre le moindre doute à l'égard de l'influence des lésions de l'appareil sexuel
sur la production de l'hystérie , il sera donc important de diriger dans ce cas toutes les ressources vers l'affection locale , sans négliger cependant les indications générales qui doivent faire la base de la saine thérapeutique des névroses.
Ainsi , tantôt il faudra calmer par le repos, les bains, les topiques , au besoin les antiphlogistiques , l'impressionnabilité excessive de l'utérus, et l'on pourra remarquer une diminution des accès proportionnée k la diminution de la maladie de matrice (i).
Tantôt , le gonflement et l'inflammation ayant disparu , il sera nécessaire , en raison de la surexcitabilité de l'organe , de maintenir l'appareil génital dans un calme parfait, et de défendre l'acte conjugal, qui ramènerait les accès (2).
Tantôt, l'attouchement seul du col utérin suffisant pour déterminer des paroxysmes, en l'absence de toute inflammation , de toute lésion organique , et par le seul fait d'une sensibilité exagérée (3), on conseillera, outre le repos indispensable des organes sexuels , les injections narcotiques froides, les lavements froids, les bains de siège ou les baihs généraux, etc.
Tantôt on aura constaté l'abaissement (^), et l'application d'un pessaire sera faite immédiatement , s'il y a simple descente , après des soins antérieurs , s'il existe un engorgement ou des érosions concomitantes (^).
(1) Obs. 21, 311, 313, 314, 31&.
(2) Obs. 312-
(3) Obs. 323 , 324.
(4) Oba. 306, 307, 308, 317, 319.
(5) Ces effets et ces indications rcsullant de l'abaisscnienl de l'utérus, quoique mieux appiTcic.-; aujourd'lmi , nclaienl cependant
Dans d'autres cas , les premiers accès se manifestant lors de l'établissement de la menstruation , diminuent k mesure que les règles sont plus abondantes , pour se reproduire de nouveau lorsqu'elles viennent à cesser , soit au début des grossesses , soit lors de la cessation critique des menstrues, soit par une émotion morale ou toute autre influence accidentelle (0.
L'indication thérapeutique est précise dans ces circonstances , et les rapports des effets a la cause ne permettent pas de douter qu'il ne faille combattre l'aménorrhée , la dysménorrhée, ou remplacer les règles par des émissions sanguines , si les moyens emménagogues sont contre-indiqués , ou chercher par des révulsifs a diminuer et à détourner l'afflux du sang et du fluide nerveux qui se portent vers les organes génitaux.
Faire l'histoire particulière de chacun de ces moyens serait évidemment dépasser les bornes que je dois m'imposer. Je dirai cependant que dans la dysménorrhée douloureuse, si souvent cause d'hystérie, M. Duparcque recommande beaucoup l'ammoniaque liquide , à la dose d'un gramme , dans un verre d'infusion de feuilles d'oranger (2). Dans une observation que cite
pas inconnus au temps de Rodrigues de Castres, qui recommande de porter son attention sur ce point dans la cure de l'Iiystérie. « Quod si utérus deorsum processer U , curabitur ut in/ra de uteri prolapsu. » ( Pars 2 , lib. n , p. 60. )
(1) Obs. 11, 85, 155, 156, 157, 159 , 160, ICI, 168, 169,323, 324 , 325.
(2; « D'après la formule suivante: Ammoniaque liquide, 1 grara..
Sirop de sucre, 90 id., enfermés dans un flacon bouché à l'émeri , à prendre dès les premières douleurs hypogaslriques. » (Dcparcque, Maladies de matrice , tom. 1, p. 103.)
l'auteur, les douleurs cessèrent comme par enchantement, et depuis les accès hystériques ne se sont plus montrés.
Très-souvent les paroxysmes se manifestent uniquement aux périodes menstruelles , ou bien s'ils se remarquent également entre ces périodes, ils sont pendant les menstrues plus fréquents ou plus intenses. Il faut alors , pour poser les bases d'un traitement rationnel , établir nettement si les accès sont dus k la difficulté de l'évacuation sanguine , à son défaut d'abondance , a la surexcitation de l'utérus produite par le travail menstruel , h la simple coïncidence d'une cause morale ayant agi accidentellement pendant la menstruation , ou enûn , à plusieurs de ces circonstances réunies (0.
Ajoutons que cette nécessité de favoriser le cours des règles ou d'y suppléer est plus positive encore quand des hématémèses, des hémoptysies ou d'autres hémorrhagies se montrent aux époques menstruelles. On s'explique facilement, par la méditation attentive des faits, comment des conditions physiologiques identiques en apparence peuvent donner lieu à des effets opposés , c'est-k-dire , comment l'âge critique peut tantôt produire ou augmenter, tantôt détruire ou diminuer l'hystérie.
En effet , chez les femmes où prédomine le système sanguin , où les moindres dérangements menstruels amènent des accidents nerveux , l'âge critique pourra produire l'hystérie , tandis qu'on la verra diminuer ou cesser entièrement chez les femmes où prédomine le système nerveux , lorsque l'âge critique aura diminué l'activité organique de l'utérus.
C'est à cette diminution spontanée de la surexcitabilité de l'appareil génital, par la seule influence de l'âge, qu'on peut attribuer ces guérisons qui avaient résisté jusqu'à la ménopause (O.
Au lieu d'être naturelle et physiologique, la cessation d'activité organique de la matrice peut être due a une influence pathologique. C'est ainsi qu'on s'explique la diminution de la violence des paroxysmes hystériques , dans quelques cas où l'utérus perd , si l'on peut ainsi dire , son individualité viscérale , a mesure que s'aggrave l'allératiou de son tissu (2). Il en serait de même dans certains cas d'hystérie , pendant la gestation, où la fréquence et l'intensité des accès diminuent k mesure des progrès de la grossesse.
Parmi les indications relatives à l'insufiisance ou à l'absence des règles , il serait superflu de signaler celles qu'amènerait une occlusion de l'utérus ou du vagin (3).
Disons seulement à ce sujet que la fréquence de l'hystérie ayant presque habitué les praticiens a regarder cette névrose comme naturelle chez la femme , ils négligent presque toujours de remonter aux causes -, aussi combattent-ils en vain par les moyens empiriques des accidents qui diminueraient promptement si , sans négliger l'hygiène et la médecine morale , on s'attaquait aux influences matérielles qui les font naître ou qui y prédisposent.
C'est ainsi qu'on voit l'hystérie disparaître après l'ex-
(1) Obs. 104 , 170.
(2) Obs. 133 , 321, 322.
(3) Obs. 328 , 331 , 339.
traction d'un pessaire au travers duquel s'était engagé le col de l'utérus ('), après la giiérisou d'une inflammation traumatique des parties génitales (2) , après l'extirpation d'un kyste épigastrique (3), après la guérison d'une piqûre du nerC médian qui avait occasionné la névrose W.
Il serait difficile, je le sais, d'expliquer ces deux derniers faits . quant aux phénomènes pathologiques et quant aux efl'ets du traitement ; peut-être même pourrait-on, pour la première observation, attribuer la guérison a l'impression morale produite par l'opération, ou révoquer en doute la certitude de cette guérison, puisque la malade n'ayant pas été suivie, les accès qui revenaient seulement tous les six mois ont pu se reproduire a l'insu de l'observateur ; mais la fréquence de guérisons analogues dans les cas d'épilepsie vient corroborer les observations particulières relatives à l'hystérie -, et sans chercher à expliquer ce qui , dans l'état actuel de la science, nous paraît inexplicable, nous donnerons toujours le conseil de faire une opération innocente, toutes les fois qu'elle aura pour but la modification d'une pattie dont la lésion ne paraîtrait pas étrangère au développement des symptômes hystériques.
Moyens pharmaceutiques. — Bien qu'à l'exemple de M. Dubois d'Amiens, je partage l'avis de Georget sur l'inutilité générale des préparations pharmaceutiques
(1) Obs. 320.
(2) Obs. 306 , .108 , 310 , 312, 313 . 314 , 315 , 310 , 332.
(3) . Obs. 333,
(4) Obs. 335.
considérées comme moyens de cure radicale , je suis loin de les envelopper tous dans la même proscription comme moyens secondaires de traitement.
Sans contredit on a étrangement abusé du mot et des choses antispasmodiques ou prétendues telles , mais c'est dans ce cas surtout que l'éclectisme est un devoir; et de même qu'un état pathologique , ou une surexcitabilité locale de l'utérus étant reconnue comme cause occasionnelle ou prédisposante de l'hystérie, le médecin n'en devra pas moins user des moyens moraux et hygiéniques pour diminuer l'impressionnabilité générale -, de même aussi l'emploi de tous ces agents moraux et hygiéniques pourra être favorisé dans certains cas par des antispasmodiques rationnels.
Le point important est de ne pas sacrifier l'indication principale a l'indication secondaire. Mais de ce que les polypharmaques auraient fait exclusivement la médecine des symptômes , faut-il les négliger entièrement?
Quel inconvénient y aurait-il donc à administrer la digitale, si l'on reconnaît que l'action du centre circulatoire est exagérée , et l'on sait combien l'hypertrophie du cœur coïncide fréquemment avec le tempérament nerveux.!'
Quel inconvénient de chercher, dans les préparations opiacées convenablement administrées , le moyen de ramener un sommeil réparateur 5 de diminuer par la belladone ou ses succédanés une excitation générale ou locale ?
Le grand inconvénient serait, je le répète , de se laisser absorber par cette thérapeutique secondaire , et de négliger celle qui ressortirait de l'analyse des causes. Toute la question est de savoir si l'abus doit faire interdire l'usage. Or, nous pensons que les moyens radi-
eaux ne sont ni assez communs ni assez puissants pour qu'on ne cherche pas k calmer des symptômes qui , après avoir été de simples effets de la névrose (comme la suractivité du cœur, par exemple), peuvent exercer à leur tour une influence notable sur la maladie qui les a déterminés.
Loin de nous néanmoins d'étendre les conséquences de ces prémisses , et surtout de renouveler la liste de ces formules banales qu'on regrette de trouver dans les livres de Joseph Frank , de Louyer-Villermay, et même dans un excellent ouvrage plus moderne encore , le Compendium de médecine pratique. Il est temps de mettre a proflt les progrès des sciences physiques et de cesser de propager ces vieilles habitudes de polypharmacie ignorante , en se faisant leur historien complaisant. Il semble qu'un auteur ferait une œuvre incomplète , s'il ne citait , en leur accordant quelques bons effets, tout ce qu'il trouve de potions et de pilules dans les anciens et les modernes.
Je comprends autrement la tâche imposée par l'Académie , et je pense qu'il faut être très-sobre de cette stérile érudition avec laquelle on remplirait des volumes, rien qu'en reproduisant toutes les formules adoptées par Sennert , 1° in paroxysme , 2° extra pa~ roxysmum.
Qu'on pardonne en cuisine ces mélanges multiples qu'une hygiène éclairée tend même à faire disparaître chaque jour, cela se conçoit h la rigueur, mais non en médecine, dans ce siècle d'observation et de positivisme. N'est-on pas surpris , par exemple , de voir Frank, qui recommande aux hystériques de se garder des élixirs et des charlatans (0, qui reproche à F. Hoffmann , comme
(0 Traité de palh.yM. 1838 , p. 448,. .
une faiblesse honteuse , de donner la poudre de vers lombrics , ne pas hésiter à conseiller lui-même la ihériaque de Venise, et toutes les teintures balsamiques et stomachiques connues? Et comment ne pas s'étonner qu'un homme du mérite de M. Brachet , de Lyon , recommande comme souverain un breuvage composé de sept médicaments déjà composés eux-mêmes (0 ?
Il faut lire les anciens auteurs pour se faire une idée des innombrables recettes inventées contre l'hystérie. L'une des plus infaillibles consistait en un petit sachet contenant des testicules de renard pulvérisés. Placé au cou , ce sachet triomphait à l'instant de toute affection hystérique ; pris chaque matin à l'intérieur, il guérissait l'épilepsie (2).
Il n'est pas jusqu'au pénis humain, qui, desséché et pris en poudre , n'ait été proclamé souverain contre cette maladie. Basurani menlulœ maritalis in vcliiculo sumsit prœseûtissimo cuni levamine (3). Qu'on ne croie
(1) De l'hypochondrié et de l'hyslérie , ]i. 131.
(2) « Ad affectus hystericos sequens medicamentum ex Henrici Screlee curalionibus manuscriplis communicat Rosinus Lentilius. » (Miscellan. mcd.fract., part, 3., p. m. 136.)
R. P. Testicul. vulp. pulveris 3 Radie, pencedan. Z B.
Croc. ij. M. rédige in pulverer)ï, qui ligelur in syndonem cl iuspendahir in collointra mammas.
. Hoc sacculo ab occulta qualitate et vi specific.i, tauquaui magnetica, curantur omnes aiîectus hystcrici et ex drachma semis ojus introassumpli singulis inatulinis lemporibus, curalumlur epilcpskv et furores utcri. » (Scuhrigius, p. 343.)
(3) « Ne aulem de priapi seu pénis humani usu medico plane silea- CQUS, contra passionem hystcricam cl hysteromaniam , quandoque pcnem vivi et validi juveuis prodcsse, jam supra adduximus , mentulaj autem viri defuncti pro hoc scopo usus sane rarissimus erit>
pas, du reste, que ces incroyables moyens aient été proposés seulement par des hommes sans valeur; Rivière, tant vanté par Haller, recommande, comme d'un effet certain , l'arrière-faix d'une première couche séché au four, pulvérisé et donné à la dose d'un gros W ; et Hoffmann, le plus illustre praticien du xvii^ siècle, voulant h toute force qu'on insiste chez les hystériques sur les remèdes composés de substance humaine, ajoute pour l'extérieurleliniment suivant, qu'il regarde comme le meilleur : « (Prœstantissimum, quod sic se habet) : » R. axungise humanse, olei nucis, ââ unciam semis ; » olei hyoscyami , drachmam unam ; balsami pernviani, » etc., etc. (2) ».
Quant à moi, je n'ai, je l'avoue, ni potion, ni pilules,
uisi quod de mentula , summo in hysterica passione secreto, recenset Christianus Frauc. Paullini. (Obs. med. phys., cent I, observ. 16^ p. m. 24. Et il/. iV. C. , dec. 11, an 6, app., pag. 6.) Pro certo, inquiens , mihi relatum est , in quadam confœderati Belgii urbc, fœminam laudabilis vitœ et honestœ gentis , ex inaudito erga defunctum maritum amore , cum quo amicissime , licet in sterili conjugio ultra octodecim annos vixerat , membrum , quo vir fucrat . nemine sciente ei abscidisse et inter pretiosiora sua argenteae pyxidi inclusum sancte custodivisse. Senior tandem facta, crebrius passa est dolores hystericos, ad quos profligandos , cum nescio apud quem siugulariter commendatum reperisset pulverem de priapo cervino, subito rata, rariorem sibi in scriniis esse thesaurum. Fecit ergo periculum et rasuram mentulaj maritalis in vehiculo sumsit, prœsentissimo cura. levamine. Tcntavit saipius, nunquam infeliciter. Confluuiit alise mulierculac, in eadcm navigantes navi, et sempcr resliluta; sunt, ut hoc remedio tandem celcbrcm sibi pepererit faranm. Post obitum tandem uxoris arcanura hoc ab ipsomct ejus fratre dcteclura est , ut vir fido dignus , rcrumque naturalium curiosus indigator jurato asseruit. » (SCHURIGIUS, loc. cil. , pag 356 et 367. )
(1) Praxcos med, , lib. xv.
(î) Pathol., pars m, sec. 1, cap. 5, §7.
ni pommade anti-hystérique, et je n'ai aucune confiance dans celles des autres.
Je ne parlerai donc , ni de l'essence anti-hystérique de Lemore , ni de la poudre de Guttète, ni de la poudre dorée de Zelle , ni du julep musqué de Fuller, ni des pilules de Selle, dont un auteur moderne, M. Nauche, vante cependant les excellents résultats, ni du souscarbonate de fer, dont on a mal interprété les effets (0, ni de l'assa fœtida, ni du castoreum, regardés comme infaillibles par un si grand nombre de médecins (2), ni même de la liqueur d'Hoffmann , qu'on voit encore ordonnée chaque jour (3).
Ce qui frappe surtout, lorsqu'on lit les observations des anciens, c'est l'incroyable assurance avec laquelle ils attribuent à l'action de leurs moyens des guérisons qui s'expliquent le plus souvent par la disparition spontanée de la cause. Ainsi une jeune fille éprouve des accès hystériques après une suppression menstruelle causée par la frayeur ; plusieurs saignées sont faites, les règles reviennent , la névrose disparaît, et Hoffmann ne manque pas d'attribuer la disparition du mal îi sa poudre et à ses pilules. « Pilulas meas balsamicas ac j)ulverem antepilecticum propinavi, quarum ope perfeclœ restilula fuit sanitati . »
(1) Obs. 263, 285.
(2) « Quod nuper in uxore mea experli sumus prsefoeatione matricis graviter laborante. ... ut cruciatus repente omnes toUat ; jactationes reprimat , viatricem in sedem suam retra/iaf !!! » (Andréas DUDITH , p. 303.)
(3) M. Nardo , dans les deux formes d'hystérie qu'il appelle génitale simple et génito-encéphalique, dit avoir obtenu des effets merveilleux de l'ergot de seigle à une doso qui ne dépasse jamais 15 décigrammes en 24 h., et en laissant un jour de repos tous les trois à quatre jours. {Gaz. méd., 1843.)
La plupart des observations finissent par de semblables conclusions !
Ce défaut de critique est loin, d'ailleurs, d'être particulier aux anciens, et nous sommes étonnés de voir des médecins de nos jours attribuer aux pilules de Meglin, ou h des calmants analogues les effets évidents , soit de la guérison d'une affection utérine , soit de la cessation spontanée de toute autre cause (0.
Nous ne terminerons pas ce qui a trait aux antispasmodiques sans parler des bains internes et externes conseillés par Pomme , à l'exclusion de tout autre moyen , car on peut presque considérer comme bain interne ces lotions d'eau de poulet dont il gorgeait le tube digestif.
Cette doctrine, ou plutôt cette manie thérapeutique a eu , du reste , le grand mérite de contribuer a l'abandon de l'ancienne polypharmacie anti-hystérique; mais elle avait aussi le grand défaut de ne remplir qu'une seule indication et d'opposer un moyen unique a l'affection la plus multiple.
Pomme faisait rester ses malades dans le bain depuis six jusqu'à vingt-quatre heures , et encore, parce qu'il ne pouvait obtenir qu'elles y restassent davantage. « Je ne pus obtenir que dix heures de bain^ dit-il, en parlant d'une de ses malades, je voulais qu'elle restât dans l'eau jusqu'à la guérison W . »
Avant Pomme, les bains prolongés étaient déjà re^ commandés dans l'hystérie, car Fabrice de Hilden parle de malades qu'il a vues, 'a Pteffers, rester dans le bain jusqu'à entière guérison.
(1) Obs. 21, 318.
(2) Tom. I, p. 222.
Il est impossible , du reste , de tirer de l'ouvrage de Pomme aucune donnée précise sur les moyens dont il célèbre la vertu, car, outre sa Ibéorie sur le racornissement , et ses divagations hydrostatiques sur le surnagement , la plupart des faits qu'il intitule hystérie n'ont réellement aucun des caractères de cette affection.
Une chose bizarre dans la doctrine de Pomme , qui contient d'ailleurs tant d'autres bizarreries, pour ne pas dire plus , c'est que les eaux minérales s'en trouvent exclues. Pomme ne voulait que les bains domestiques.
Nul doute cependant que les bains de mer et les eaux minérales ne puissent avoir, et par eux-mêmes, et par les circonstances qui les accompagnent, d'excellents effets dans un grand nombre de cas d'hystérie.
Les lavements froids doivent être également rangés aunombre des meilleurs antispasmodiques., administrés, comme le conseille M. Foville, a 14 ou 15° -f- 0 d'abord, puis a une température successivement abaissée jusqu'à 0; ils produisent dans l'hypogastre une sédation des plus favorables a la guérison , surtout lorsqu'une hypérémie de l'utérus ou des ovaires ne paraît pas étrangère a la production de la maladie.
Emissions sanguines. — Outre les indications que remplit la saignée dans les cas d'aménorrhée , de dysménorrhée, de suppression lochiale, de prédominance du tempérament sanguin, à l'âge de la puberté, h l'âge critique, etc., indications sur lesquelles nous nous sommes expliqué plus haut, on l'a si souvent employée comme traitement empirique, que nous devons quelques réllcxions â ce sujet.
Ou la saignée sera pratiquée dans les circonstances
que nous venons d'énumérer, et alors le rapport du moyen h la cause pourra faire espérer le succès (0, ou ces conditions n'existent pas , et alors les émissions sanguines seront plus nuisibles qu'utiles.
Il est une foule de cas , en effet , où les menstrues n'exercent pas la moindre influence sur l'hystérie , ni l'hystérie sur les menstrues -, ofi malgré les paroxysmes les plus longs et les plus fréquents, les règles viennent au jour dit, avec leur abondance normale. Ajoutons k ces circonstances l'absence du tempérament sanguin ; supposons une cause morale , ou une cause organique locale , comme l'abaissement de l'utérus, par exemple , et quel effet peut-on alors attendre de la saignée, sinon, je le répète, des effets désastreux , l'impressionnabililé du système nerveux étant presque toujours en raison directe de l'affaiblissement général ?
Dans l'observation 69, la mort arrive malgré trois cents saignées.
Dans l'observation 275, l'hystérie résiste à deux cents saignées.
(1) Obs. 103, 104, 132, 154, 156, 108, 190, 263, etc.
* J'ai été consulté cet hiver avec mon confrère le docteur Richard d'Hermonvillc, pour un cas d'hystérie compliqué de lypéraanie, dans lequel les émissions sanguines ont amené une prompte amélioration.
Il s'agit d'une jeune fille de dix-huit ans chez laquelle l'hystérie avait déterminé une monomanie suicide telle, que plus de dix fois elle tenta de se donner la mort.
L'analyse attentive de toutes les circonstances de la maladie ne permettant pas de douter qu'elle ne fût due à la dysménorrhée , on eut recours .'i la saignée ou à des sangsues répétées chaque mois à l'époque des règles. Les menstrues reprirent bientôt leur abondance et leur régularité normales ; tous les accidents disparurent alors, mademoiselle X. reprit sa gaité , et il ne reste plus aujourd'hui que quelques légers symptômes hystériques qu'une hygiène bien entendue suffira sans doute à détruire complèlément.
A plus de huit cents dans l'observation 2o (0 ;
A cent soixante-seize dans l'observation 91 ('•) ;
A mille vingt dans l'observation 70 (3).
Dans ces deux derniers cas, l'indication que n'avaient pu remplir les émissions sanguines est remplie par le mariage, et la guérison est assurée-, aussi, certains observateurs regardant toujours, ainsi que nous le faisions remarquer tout-à-l'heure, le succès comme le résultat manifeste de leurs conseils, les auteurs de ces deux faits ne manquent pas d'attribuer la guerison kla saignée, là où son moindre inconvénient avait dû être d'empêcher l'emploi des moyens rationnels. Insigne lavamen! déclare Schmidius , en parlant de ses cent soixante^ seize saignées , sans s'étonner que sa malade ne soit pas morte.
Sulfate de quinine. — D'après les principes thérapeutiques posés plus haut , on conçoit que nous ne regardions pas le sulfate de quinine comme plus efficace que les autres médicaments . puisqu'il ne combat pas la source primitive de l'affection. Mais les accès hystériques peuvent persister après la disparition spontanée ou provoquée des causes occasionnelles et prédisposantes, par cette tendance bien connue des phénomènes nerveux a se reproduire périodiquement sous forme d'habitudes pathologiques ; et l'on s'explique alors facilement l'indication et le succès des antipériodiques.
Nous avons dit plus haut qu'en ce qui regarde l'hys-
(1) Trois à quatre fois par mois pendant vingt ans.
(2) Deux et trois fois par jour, deux cents grammes de sang chaque fois.
(3) Quatre-vingts fois du pied , neuf cent quarante fois du bras.
térie nous entendions seulement par périodicité celle qui a lieu en dehors des époques menstruelles. C'est Ih une des principales conditions k établir , et c'est pour négliger cette distinction importante qu'on voit les sels de quinine si souvent nuisibles ou inefficaces.
Cette périodicité constituée par le renouvellement des mêmes accidents spasmodiques sous forme d'habitudes , a , du reste , lieu très-souvent pendant la persistance de la cause hystérique , et nul doute que le sulfate de quinine ne soit dans ce cas un puissant adjuvant du traitement dirigé contre la source première de l'affection.
En résumé , nous conseillons le sulfate de quinine, soit associé aux moyens généraux, si la cause persiste ; soit associé a quelques moyens particuliers, s'il existé des complications a combattre 5 soit seul enfin , si la névrose n'est plus constituée que par des accès résultant de l'habitude du système nerveux.
Des guérisons remarquables en ce genre ont été signalées par MM. Piorry, Chomel, Dubedat, etc., et nous en mentionnons un grand nombre d'exemples à la fin de cet ouvrage (1).
Une observation qui résulte de notre expérience personnelle, c'est que le sulfate de quinine échoue constamment, lorsqu'avec un ou plusieurs accès évi-demment périodiques , il existe d'autres accès irréguliers.
Inutile d'ajouter que l'action du sulfate de quinine sur le système nerveux, d'une part , et l'impressionnabilité des malades, de l'autre, prescrivent la plus grande prudence dans son administration.
(») Obs.95, 97, 98,09, 100, 100, 108, 110, lll, 112, U4, 191, etP.
Eleclricilè , magnétisme. — L'électricilé a été trop peu employée jusqu'ici pour qu'il soit possible de se prononcer d'une manière rigoureuse sur ses efiets. En raisonnant a jmori , c'est-à-dire par les seules inductions qu'on peut tirer de l'analogie existant entre le fluide nerveux et le fluide électrique, on serait tenté d'accorder a l'électricité plus d'attention qu'on ne l'a fait jusqu'alors, dans ses applications à la thérapeutique de l'hystérie.
A en juger d'ailleurs par un mémoire récent de M. Person , de Bordeaux; par l'observation 209, dans laquelle un collier d'ambre arrêtait immédiatement les contractions spasmodiques; par l'observation dans laquelle les accès manquaient chaque fois que l'électropuncture était pratiquée dès les premiers signes prodrômiques , cette méthode devrait être expérimentée de nouveau.
Il en est de même du magnétisme minéral, qui , dans certains cas , s'est montré impuissant ou nuisible (0 , tandis que dans d'autres il a paru calmer la douleur des accès (2) .
Quant aux effets du magnétisme animal , il serait téméraire peut-être de se prononcer en ce moment sur leur valeur. C'est là une de ces questions tellement complexes, qu'on nesaurait trop en ajourner le jugement définitif.
Toutefois , si l'on considère l'idiosyncrasie des hystériques et l'extrême vivacité de leurs impressions physiques , morales ou physiologiques , on hésitera peut-être à employer, sans les plus mûres réflexions ,
(1) Obs. 209.
(2) Journal de Hufdand, Juillet 1834.
un moyen dont l'activité s'exerce particulièrement en raison de la différence des sexes et des constitutions -, on redoutera surtout , a moins de circonstances toutes spéciales, l'intimité profonde qui doit s'établir entre le magnétiseur et la magnétisée , et qui est de nature k augmenter plutôt qu'a diminuer la susceptibilité du système nerveux en général , et cette sensibilité spéciale que nous avons reconnue comme l'une des causes les plus fréquentes de l'hystérie.
Mariage. — Vient enfin le mariage, que nous avons placé en dernier lieu , non que nous ne le considérions comme le remède le plus certain dans certains cas déterminés plus haut (1), mais parce que, d'une part, ce remède n'est pas applicable a toutes les malades ,. et que , d'une autre part , un pareil conseil est d'une telle gravité qu'on ne pourra jamais se résoudre à y recourir sans avoir épuisé d'abord les autres moyens indiqués.
Nous nous sommes trop étendu, au commencement du chapitre, sur ce point capital pour y revenir ici , et, d'accord avec les médecins qui regardent l'hystérie comme une névrose génitale , et avec ceux qui la regardent comme une névrose cérébrale (2), nous conseillons le mariage toutes les fois que les accidents paraissent dus à une continence irrationnelle (3).
(1) Pages 264 à 269.
(2) Georget, tome 11 , p. 264.
(3) « Ego impero virgines his viorbis affectas quam cilissime tum viris conjungi. ■ (Hippocrate , De Virginibics.)
Hippocratc revient plus loin sur le même précepte au deuxième livre des maladies des femmes : « Virgini vero vt viro jungatur persuadeto. • {Edit. Foes., p. C46.)
Resterait k déterminer quel doit être l'avis du médecin consulté sur la question de savoir si l'on peut épouser avec sécurité une hystérique.
Nul doute que s'il s'agissait d'un de ces cas où l'hystérie semble évidemment dériver d'un désordre matériel ou fonctionnel de l'appareil génital auquel on pût facilement remédier , le médecin ne dût considérer cette affection comme dépourvue de mauvaises conséquences probables pour l'avenir.
Mais qu'on suppose des accès intenses ou de longue durée , revenant par l'effet des moindres causes , sans paraître influencés par les périodes menstruelles , ni par les soins hygiéniques les plus éclairés-, qu'on soupçonne le moindre mélange de symptômes épileptiques et surtout de symptômes de nymphomanie; qu'on ajoute à ces circonstances une disposition nerveuse héréditaire , et le médecin n'hésitera pas à faire connaître toutes les mauvaises chances auxquelles on s'exposerait, soi, et peut-être ses enfants, en prenant pour femme une jeune fille , quelque bien élevée qu'elle pût être , chez laquelle l'hystérie revêtirait un semblable caractère.
THÉRAPEUTIQUE DES ACCIDENTS PRINCIPAUX DE l'hystérie.
Douleurs. — Si l'on se rappelle ce que nous avons dit plus haut des douleurs hystériques , on comprendra que leur variété , leur inégalité, leur mobilité déjouent incessamment les secours de la thérapeutique.
La première obligation, dans ces cas difficiles, est donc de renoncer tout d'abord aux moyens douloureux , et en particulier, aux révulsifs cutanés avec lesquels on s'exposerait à poursuivre en vain un accident erratique.
A plus forte raison, ne tombera-t-on pas dans ces graves erreurs signalées par sir Brodie (') , et qui coûtaient aux malades jusqu'à l'ablation d'un membre , sans le moindre soulagement.
« Je fus consulté en 1818, dit le célèbre chirurgien, par une dame qui avait une maladie de genou que j'attribuai a une inflammation de la membrane synoviale qui aurait considérablement diminué , mais à laquelle aurait succédé une altération des surfaces articulaires, et je recommandai le traitement convenable. J'ignore si aujourd'hui je prescrirais le même traitement ; mais le premier résultat fut un léger soulagement. Au bout de quelque temps cependant tous les symptômes s'aggravèrent , les douleurs devinrent plus intenses qu'elles ne l'avaient été, et la malade me pressa de lui pratiquer l'amputation ;
(I) MénQoire sur quelques nffcctions locales qui dépendent de rhystcrie. {Gnz.méd., 18.37.)
mais, après uu mûr examen,. je m'y refusai , persuadé qu'il n'existait pas d'altération organique qui exigeât une semblable opération. Deux autres chirurgiens consentirent cependant à la pratiquer et furent très-étonnés quand , en examinant le membre amputé , ils ne trouvèrent pas d'autre altération que la destruction du cartilage sur un point peu étendu. Le moignon fut bientôt cicatrisé, mais la malade n'avait obtenu aucun soulagement. Je la revis plusieurs mois après l'opération souffrant plus que jamais , éprouvant des douleurs extrêmement aiguës dans le moignon et de fortes convulsions dans les muscles qui meuvent la cuisse sur le bassin. »
Nous avons cité l'observation d'une malade à laquelle Mayo pratiqua l'amputation du genou pour des douleurs qui furent plus tard reconnues de nature hystérique. Ces douleurs reparurent peu de temps après. Une nouvelle amputation fut faite au-dessus du moignon, sans diminuer les souffrances, qui résistèrent également a la section du nerf sciatique et qui ne parurent céder enfin qu'après l'extraction de la tête du fémur.
J'ai été consulté l'été dernier par une jeune dame hystérique depuis trois ans, et qui éprouvait depuis un mois de très-vives douleurs limitées au sein droit. Bien que j'eusse déjà observé plusieurs exemples de ces douleurs purement nerveuses , et qu'en cherchant à préciser le diagnostic, j'eusse songé aux effets de l'hystérie, cependant cette douleur était tellement violente, tellement située au centre même de la glande, elle s'exaspérait tellement au moindre contact , que je rejetai la possibilité de la seule influence hystérique dans ce cas. Convaincu qu'il y avait la un commencement de travail pathologique dans la glande mammaire , je me bornai à prescrire les topiques habituels , jusqu'à ce que le mal ré-
clamât ropéralioii chirurgicale. La persistance des douleurs en l'absence de modification appréciable dans l'ëtat du sein ne me permit pas de rester longtemps dans l'erreur, et, depuis deux mois, j'avais fait cesser tout remède, lorsque les douleurs diminuèrent presque touth-coup, et cessèrent bientôt complètement sans crise menstruelle , sans métastase. Depuis un an elles n'ont pas reparu.
Si j'ai cité ces exemples , ce n'est pas, h coup sûr, pour engager a s'abstenir de toute thérapeutique , mais pour en montrer d'avance les difficultés.
Le traitement qui paraît le meilleur contre les douleurs générales ou contre les douleurs locales erratiques, consiste dans les narcotiques k haute dose, les bains froids , les bains de vapeur , les fortes frictions sèches ou humides , l'exercice des membres endoloris , malgré les douleurs, et surtout le massage. Mais pour que ces moyens réussissent , la condition essentielle est de ne pas les abandonner dès les premières tentatives, et surtout de ne pas se laisser effrayer par l'augmentation apparente du mal.
J'ai vu en consultation , il y a deux ans , une dame qui éprouvait depuis plus de six mois des douleurs atroces, sans réaction fébrile , dans les lombes , les hanches, les genoux , les pieds , avec faiblesse des membres , difficulté de se mouvoir, etc. Plusieurs médecins avaient déjk été appelés. Je vis, comme eux, dans ces symptômes une maladie de la moelle , et je conseillai d'insister sur les premiers moyens employés , sangsues , vésicatoires volants, moxas , cautères, sétons dans les gouttières vertébrales, application endermique de la morphine , etc. , etc. La morphine seule paraissait apporter un soulagement notable. Plusieurs fois j'avais
revu la malade, el chaque lois j'étais sorti persuadé qu'il y avait là une affection de la portion lombaire de la moelle , lorsqu'enfin , je fus appelé de nouveau près d'elle, a l'époque où je venais d'étudier les douleurs hystériques d'une manière toute spéciale pour la partie symptomatologique de cet ouvrage.
En présence de ces douleurs violentes sans aucune modification de tissu , sans le moindre signe local , je songeai que peut-être nous nous étions tous trompés. Effectivement , après un examen approfondi , je ne pus douter que ces douleurs multiples ne dussent être regardées comme hystériques, bien que cette malade n'éùt jamais éprouvé que des symptômes généraux d'hystérie, sans véritables accès.
Nous recommandâmes de sécher les exutoires, do cesser les topiques, de prendre beaucoup d'exercice à pied ou en voiture, de supporter ses souffrances sans se mettre au lit, sans interrompre les promenades ou les occupations commencées. La malade, qui demeurait à deux lieues de Reims, y vint chaque jour dans une voiture mal suspendue. Tantôt elle souffrait uniquement pendant l'aller, tantôt uniquement pendant le retour; un jour elle n'éprouvait aucune douleur , le lendemain elle en avait de très-violentes et sans qu'on pût jamais expliquer ces • circonstances. Toutefois, la moindre émotion morale suffisait pour déterminer les crises.
Depuis plus d'un an les douleurs ont complètement perdu la forme continue qu'elles revêtaient avant ce régime ; Madame X. qui passait quelquefois quinze jours de suite sans sortir du lit, n'y a pas été retenue une seule fois. Les moindres contrariétés , les moindres orages dans l'atmosphère ramènent les douleurs , aussi vives qu'auparavant-, mais ces douleurs durent deux ou trois
heures, au lieu de durer quinze jours ou plusieurs mois, comme au temps où nous les rapportions a une maladie de la moelle ; h part les soins hygiéniques propres à les prévenir ou h les diminuer, jamais on ne leur oppose aucun traitement , tous les moyens calmants , locaux ou généraux ayant été cent fois employés infructueusement.
« Je fus consulté, il y a bien des années , dit sir Bro~ die, par une jeune dame pour une maladie douloureuse du coude-pied dont je ne pus, a cette époque, comprendre la nature, mais qui , je le reconnais aujourd'hui , n'était qu'une névralgie hystérique -, elle reçut ensuite les soins de plusieurs autres chirurgiens qui ne connurent pas mieux la nature de la maladie, et ne lui procurèrent aucun soulagement. A la fin, vaincue par la douleur et ayant appris qu'un individu obtenait des cures merveilleuses par l'emploi des bains de vapeur et du massage, elle courut a Brigthon pour y essayer ces remèdes. La première séance lui procura un soulagement manifeste, la seconde la guérit complètement. Depuis , elle m'a consulté pour une maladie nerveuse du bras et de l'avant- bras. »
Loin de moi, je le répète, de tirer de pareils faits des conclusions exagérées , et de prétendre que le médecin convaincu d'avance de l'impuissance de l'art, doive rester spectateur inactif des ces souffrances souvent horribles, en attendant l'intervention prochaine delà nature !
Le point important est de bien prévenir les malades du peu de secours que produiront toutes les médications, et surtout de ne pas les fatiguer de potions anodines, de topiques insignifiants et de cette médecine emplastique qui n'a jamais soulagé i)ersonne , encore moins les hystériques.
A part l'hygiène, qui doit dominer le traitement des douleurs , comme celui des accès, comme celui du principe morbide, on peut résumer ainsi la thérapeutique des douleurs hystériques : exercice des parties endolories ; réfrigérants ; usage interne des préparations d'opium ou de jusquiame ; usage externe de l'acétate de morphine (').
Est-ce à dire qu'on doit condamner dans tous les cas les sinapismes, les vésicatoires, les sangsues, etc.? Non sans doute, mais ces agents doivent être exclusivement réservés contre les douleurs fixes qui auraient résisté au\ moyens moins violents.
(1) • De tous les agents thérapeuliques , il n'eu est aucun, dit » M. Gendrin , qui soit plus approprié à la curation de l'hysléric que
• l'opium à haute dose. En commençant par 50 centigrammes par
• jour, on arrive à 60, 75 centigrammes progressivement, avant
• d'avoir un effet narcotique ; dès que cet effet se produit, tous le» » accidents hystériques décroissent, et l'on est obligé de diminuer » chaque jour les doses d'opium qui provoquent alors la somnolence.
• Je guéris par ce moyen plus de la moitié des hystériques. • {No!e lue à V Académie royale de médecine , le 11 Août 1846.)
Je suis parfaitement d'accord avec M. Gendrin sur les bons effets des narcotiques , et j'ai insisté plusieurs fois au chapitre du traitement sur l'utilité incontestable des préparations d'opium ou de jusquiame dans l'hystérie. J'ai vu, comme le médecin de la Pitié , des hystériques supporter sans narcotisme plus de vingt-cinq centigrammes de chlorhydrate ou d'acétate de morphine par jour; mais j'en ai vu bien davantage chez lesquelles les opiacés excitaientdes vomisseraeiits constants, quoique l'estomac fût en très-bon état; j'en ai vu surtout un grand nombre chez lesquelles l'opium administré à dose forte ou minime produisait des syncopes incessantes , et je suis trèsloin de le regarder comme pouvant guérir la moitié des hystériques.
Malgré tout le mérite des travaux de M. Gendrin, on peut penser qu'il se sera laissé illusionner par une série de faits que le hasard n'aura pas assez variés, car l'observation est là, et , après clic, l'appréciation éliologique , pour montrer que l'opium , à quelque dose qu'il soit administré , doit être considéré comme un calmant momentané , et non comme le remède spécifique do l'hystérie.
Le point sur lequel nous insistons , c'est la nécessité d'ajourner toute opération chirurgicale destinée à combattre des soufîrances dues uniquement a une répartition inégale du fluide nerveux -, ainsi ne saurait-on proscrire avec trop de sévérité chez les hystériques les sections de nerfs, les sections de muscles ou de tendons, les ablations de glandes ou d'autres parties dans lesquelles, les altérations ne seraient pas de la dernière évidence.
L'exemple du chirurgien anglais (0 pratiquant la désarticulation d'une cuisse déjà amputée deux fois, pour une douleur nerveuse qui a peut-être reparu depuis, est heureusement, sans doute, la seule énormité de ce genre que l'art aura jamais a déplorer.
Les applications d'éther ou de glace sur la tête, les quarts de lavements laudanisés, les potions de jusquiame suflîsent le plus souvent à diminuer les céphalalgies si communes dans l'hystérie, et nous rejetons comme barbares, et surtout comme inutiles, les incisions profondes du cuir chevelu recommandées par le docteur Blackmore d'Edimbourg, d'après Abercombie (2).
Paralysie. — La paralysie, que nous avons vu succéder si fréquemment aux accès hystériques, réclamera un traitement différent selon les circonstances dans lesquelles elle se sera produite, c'est-a-dire , selon qu'elle dérivera de la cause elle-même de l'hystérie ou seulement des phénomènes auxquels l'hystérie a donné lieu (3).
()) Loc. cit., \). 184.
(2) Lond.méd.gaz.clJoîir.descon.méd., I8iâ , ]).3i;j.
(3) . Dans tous les cas d'hystérie, sans exception, depuis le dcùtit de la maladie jusqu'à sa terminaison , il existe, dit M. Gendrin , vu t-tut d'insensibilité générale ou partielle. Anplus léger degré l'nncs-
Dans le premier cas, c'est vers la cause première de la névrose qu'il faudra diriger la médication, suivant les préceptes donnés plus haut. Dans le deuxième, c'est
thésie n'occupe que certaines régions de la peau ; au plus haut degré, elle occupe toute la surface tégumentaire et celle des membranes muqueuses accessibles à nos moyens d'investigation , telles que la conjonctive , la pituitaire, la muqueuse bucco-pharyngienne ; celle du rectum , du canal de l'urètre, de la vessie, du vagin. Il n'est pas très-rare que l'anesthésie existe dans les organes des sens, et qu'elle s'étende da7is les parties profondes. Certaines malades perdent jusqu'à la conscience de la position de leurs viembres et des actes de la locomotion.
• Toutes les particularités , en apparence merveilleuses , qui peuvent être raisonnablement admises dans les accidents provoqués par le magnétisme animal , seproduisenl dans des hystéries spontanées . Ainsi l'insensibilité qui permet de souffrir sans doulezir des opérations qui brûlent, coupent, lacèrent les parties, se trouve dans toutes lesforvies même légères de l'hystérie; elle est au plus haut degré, et elle est superficielle et profonde dans l'extase hystérique. » (Note à rAcadcmie royale de médecine. )
Cette proposition de symptomatologie parait aussi exagérée que la proposition de thérapeutique relative à l'opium.
Nous l'aurions discutée en temps opportun, avec toute l'attention que comporte le haut mérite de l'auteur, si elle eût été publiée plus tôt.
Nul doute qu'on ne trouve un grand nombre de cas , et nous en avons cité beaucoup au chapitre tll, dans lesquels il existe un état d'insensibilité générale ou partielle; mais la règle, c'est que la sensibilité soit augmentée chez les hystériques en dehors de l'accès , pendant l'accès, et surtout au début des accès.
Quel médecin n'a vu chez la plupart des hystériques le moindre bruit, la moindre odeur, le moindre contact augmenter les paroxysmes?
Sans contredit le mélange des accidents hystériques avec la manie, la catalepsie , l'extase , l'épilepsie même produit cet état d'insensibilité qui permet de souffrir sans douleur les opérations les plus cruelles. Ce sont probablement ces cas complexes que M. Gendrin attribue à l'hystérie , tandis qu'ils en constituent seulement les conipiications spéciales.
raccideul en lui-même qu'il faudra attaquer, sans négliger cependant les indications spéciales formulées trop souvent dans ce travail pour que nous ayons à y revenir. Cette distinction établie, nous n'avons pas a nous occuper des agents thérapeutiques auxquels on doit avoir recours, et qui rentrent dans la série des moyens employés contre la paralysie en général.
On remarquera néanmoins dans la paralysie consécutive h l'hystérie des douleurs locales qui n'existent pas dans les autres formes de paralysie ou d'anesthésie , et qui peuvent exiger l'addition des moyens calmants.
On distinguera aussi , pour le choix du traitement ^ entre la paralysie durable, c'est-à-dire celle qui persiste longtemps, quels que soient les accès qui surviennent, et la paralysie momentanée qui suit les paroxysmes, et quitte un membre ou un organe, dès l'invasion d'un nouvel accès , pour se jeter sur un autre membre ou sur un autre organe, qu'elle abandonnera de nouveau à la première attaque W.
Les paroxysmes constituent dans ce cas , on le voit , de véritables crises qui , prévues à l'avance , doivent rendre inutiles les médications ordinaires , surtout les médications douloureuses, et doivent faire substituer le traitement général de l'hystérie au traitement local de la paralysie.
On peut comparer cette paralysie à l'arthrite aiguë qui envahit brusquement et successivement toutes les articulations, et on devra l'attaquer comme elle , d'une manière générale, se gardant bien de la poursuivre vainement d'un lieu k un autre.
(i) Obs. 272, -Àlb, 291, ele.
L'ischurie hystérique dont nous avons parlé plus haut ne réclame pas le traitement énergique de la paralysie de vessie qui survient dans les circonstances ordinaires. Presque toujours elle coïncide avec d'autres paralysies et dure trop peu de temps pour nécessiter l'emploi de moyens spéciaux.
C'est surtout dans cette forme de paralysie que la thérapeutique générale de l'hystérie doit être employée. L'innervation de la vessie , en effet, paraît plutôt viciée qu'affaihiie , et la preuve, c'est qu'on voit fréquemment l'accès suivant rétablir les urines , et que certains malades urinent spontanément dès qu'on approche la sonde du canal.
Dans les cas, cependant , où l'ischurie persisterait de manière à réclamer des soins particuliers, les grands bains, les fomentations abdominales, les lavements froids, les injections froides dans la vessie, etc., formeraient la base du traitement.
C'est dans cette espèce d'ischurie hystérique que M. Récamier a recommandé le massage du col de la vessie à travers le rectum. Nous n'hésitons pas a blâmer très-énergiquement une pareille méthode, et parce que les moyens simples suffisent ordinairement contre cet accident , et par d'autres considérations faciles à deviner, tirées de ce mode de massage en lui-même, et surtout des personnes auxquelles il doit le plus habituellement s'appliquer.
Sir Brodie conseille de n'employer la sonde, dans l'ischurie hystérique, que quand la paralysie peut faire craindre une distension trop forte de la vessie. Nous sommes très-loin de partager l'avis du célèbre chirurgien anglais, et nous pensons au contraire que, si les bains, les fomentations émollicntes, les lavements
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simples ou légèreineiU pdi gatils, les frictions et les einbrocalions sur l'Iiypogastre ne rétablissent pas le cours des urines, il est très-important de pratiquer le cathétérisme dès que la vessie fait la moindre saillie au-dessus du pubis. La distension de la poclie urinaire diminue en effet de plus en plus la contractilité de la tunique musculeuse, le ressort des autres membranes, et peut produire aussi une inflammation qui viendrait compliquer sérieusement le premier accident.
M. Hocken conseille contre l'amaurose hystérique les purgatifs doux, le calomel uni a l'opium, et surtout des lavements composés de quinze à trente grammes de térébenthine et d'huile de riccin. Lorsque les minoratifs échouent, il veut qu'on insiste sur les drastiques, et particulièrement sur l'aloès, pourvu toutefois que les voies digestives le permettent.
Mais le travail de M. Hocken est basé, comme je l'ai montré ('), sur des données pathologiques trop peu exactes , pour qu'on puisse accorder une grande valeur à ses déductions thérapeutiques.
Pour moi , j'ai observé deux cas d'amauiuse hystérique , les plus tranchés qu'on puisse voir , et il m'a paru que tous les moyens employés contre l'amaurose simple échouent contre l'amaurose hystérique.
Dans le premier cas (2), après trois mois d'un traitement infructueux, la paralysie de l'œil disparut tout-àcoup, en même temps que survenait une paralysie du bras. Dans le deuxième (3), l'amaurose , après avoir of-
(I) Pages 119 et suivantes.
(■).) Obs. 288 bis.
.1) Obs. 288.
ferl de fréquentes alternalives de dimiiiulion et d'aggravation, affecte toujours, à peu près au même degré, l'oeil gauche qui a été pris le premier, tandis qu'elle a quitté subitement l'œil droit qui a été pris le second (').
Je regarderais donc comme prématurées les idées qu'on voudrait émettre aujourd'hui sur le traitement de l'amaurose hystérique -, mais dans le cas où cette paralysie occuperait les deux yeux et persisterait d'une manière inquiétante, je conseillerais l'électropuncture comme le moyen le plus rationnel (2),
(1) J'ai revu (hier, 29 août) avec M. le docteur Moser de Verzy , cette malade, vrai type de toutes les formes d'hystérie et de paralysie hystérique. L'œil droit amaurolique depuis dix mois est entièrement revenu à l'état normal ; mais l'œil gauche amaurotique depuis près de deux ans reste toujours au même degré de paralysie, malgré quelques améliorations momentanées.
(2) Plusieurs fois déjà, dans le traitement de l'amaurose ordinaire, j'ai employé avec grand avantage l'électrisatioii, au moyen des nouvelles piles galvano-magnétiques ou de la machine de Clarke.
Tout récemment encore, j'ai obtenu de celte méthode un succès inespéré , chez un cultivateur de Saint-Germainmont , que j'ai vu en consultation avec mes confrères Urban d'Isles et Godart de Gomont. Le malade ne distinguait pas le soleil le plus ardent de la nuit la plus profonde, une bougie approchée des pupilles ne déterminait pas le ^moindre mouvement de l'iris ; aussi, après être allé consulter à Paris et avoir reçu de mon savant raaitre , M. Sichel , l'assurance qu'il n'y avait rien à tenter, M. X. avait-il renoncé à tout espoir, lorsque je commençai l'électrisation , aidé de M. Strappart , interne à l'Hôtel- Dieu de Reims, sans espérer beaucoup moi-même , et pour ainsi dire par acquit de conscience.
Nous employâmes la machine électro-magnétique de Clarke.
En moins de vingt séances , iM. X. commençait à distinguer les objets qui l'entouraient, et retourné dans son pays, il voyait assez distinctement pour illier seul dans ses écuries, dans les différentes parties de sa ferme et même dans les champs.
.Sans doute on obtiendrait des succès plus fréquents do l'élcclrisa-
Dans tous ces cas de paralysie hystérique , je le répète, l'analyse exacte des phénomènes, et surtout la constatation de la cause sont les conditions indispensables de tout traitement , car les épiphénomènes varient autant que les phénomènes principaux. On voit en effet l'ischurie causée par un commencement de grossesse , par l'établissement du flux menstruel, par des affections dn l'utérus ; on voit l'araaurose causée par l'aménorrhée, parla grossesse, parles affections vermineuses , et l'on conçoit, par ces variétés d'étiologie, combien on se tromperait dans les indications curatives, si l'on ne commençait par procéder avec une extrême rigueur a l'analyse pathogénique.
Hoquet, vomissements, méléorisme. — Le hoquet et les vomissements qui accompagnent ou qui suivent l'hystérie sont quelquefois, comme on l'a vu, assez continuels et assez persistants pour nécessiter une attention spéciale. On aura recours alors à l'ingestion fréquente de boissons glacées a petites doses, aux onctions sur le cou, le sternum et l'épigastre, avec les pommades narcotiques ou belladonées, à un vomitif dans certaines circonstances , très-rarement à l'acupuncture, au cautère actuel (Diipuytren), à l'application d'un ou de plusieurs petits vésicatoires pansés avec l'acétate de morphine, etc.
M. Récamier dit avoir employé (0 avec grand succès, dans le cas de hoquet et de violentes coliques hysté-
lion dans l'amaurosc indépendante de toute compression des nerfs , si, comme il arrive la plupart du temps, on ne se laissait pas décourager par l'inutilité des premières tentatives.
riques, la compression soit k l'aide de la main, soit à l'aide de bandages variés selon les indications particulières.
« Il y a plusieurs années que je fus mandé pour une » dame de quarante-cinq ans , que je trouvai dans les » tortures d'une colique nerveuse atroce et apyrétique. » Elle se roulait dans son lit et jetait les hauts cris. » L'ayant fait placer en supination , j'étendis mes deux M mains ouvertes sur son ventre, et je commençai une » compression graduée , sous l'influence de laquelle » l'atrocité des douleurs diminua immédiatement. La » même chose m'était déjà arrivée auparavant. Je fis » approcher la femme de chambre , et après l'avoir fait » monter sur un tabouret auprès du lit , je la fis douce- » ment asseoir sur le ventre de sa maîtresse, dont les » douleurs cessèrent peu à peu. Elles recommencèrent » pendant la nuit suivante, la malade sonna sa femme » de chambre, qui les dissipa immédiatement par la » compression , et elles ne reparurent plus. »
Bien que je ne veuille pas le moins du monde contester a M. Récamier le mérite de ce mode de traitement, qui semble réellement réclamer une attention sérieuse , je dois dire que les anciens l'avaient employé avant lui; ainsi , Monardes , médecin du xvi" siècle , conseillait de placer une pierre sur le ventre (0, comme M. Récamier y place une femme de chambre ; et Boerhave comprimait l'abdomen au moyen d'un coussin soutenu par une ceinture. « Huic malo summum et fere unicum remedium est conslringere abdomen in inilio, uli de aliis epilepsiis deuleropathicis diximus : mulieres sumuntglo-
(1) « Si cum lapidcni pcrpcluo gestenl nunquam simili morbo corripiuiitur. »
bum puyno majorem; hune supponiinl vacuo spatio inter tiUimas coslas spurias et marginem ossis iiii; super inducunt striclim ligaluram; et sic moUia abdominis hic intercepla prémuni introrsum et sic suffocant quasi motum et sensum ('). »
Du reste , M. Récamier étend celte compression et ce massage a toutes les douleurs provoquées par les contractions ou les contractures musculaires , aux coliques spasmodiques , aux spasmes permanents des sphincters (2).
Sans pouvoir juger rigoureusement cette méthode, qui n'a pas encore été suffisamment expérimentée, nous sommes convaincus qu'on consultera avec le plus grand fruit les observations insérées dans la revue médicale (3), et nous n'hésitons pas à regarder comme très-injuste le dédain avec lequel elles ont été traitées. Nous blâmons, comme les critiques de M. Récamier, l'application qu'il a faite et qu'il propose de faire de sa méthode aux contractions de la vessie , de l'utérus ou du rectum , particulièrement chez les jeunes tilles ; mais de ce qu'il ait exagéré , comme tous les auteurs d'un procédé , les applications qu'on en peut faire, il ne s'ensuit nullement qu'on doive le répudier.
La thérapeutique des désordres de l'innervation estelle donc tellement certaine et tellement étendue qu'on puisse rejeter sans un examen approfondi des moyens que le raisonnement ne peut combattre et que l'observation semble justifier ?
(1) Démordis nerv., 11 , 847.
(2) Obi. 204, 212, 260.
(3) Extension , massage elpercussion cadencée dans le traitement des contractures musculaires. (Janvier 1838, p. 74.)
Nous avons vii , au chapitre de la symptoraatologie , que l'abdomen devient parfois assez raétéorisé pour causer des douleurs vives ou une dyspnée incommode , on devra, dans ces cas, tenter de chasser les gaz par un tube élastique introduit très-haut dans le rectum, et au moyen de pressions modérées sur l'abdomen. Brodie conseille pour parer a cet accident des lavements stimulants avec l'extrait de rue. Nous n'avons jamais été témoin de cas qui aient exigé l'emploi de ce moyen, et nous préférerions les simples préparations magnésiennes en potions ou en lavements , à un médicament capable d'exciter le système utérin.
La constriction a la gorge , l'œsophagisme, qui empêchent quelquefois la déglutition longtemps encore après l'accès W. l'aphonie, qu'on voit durer de quelques minutes a plusieurs mois (2), pouvant être rapprochés, tantôt des phénomènes de paralysie, tantôt des contractions cloniques ou toniques , tantôt de la paralysie et de la contraction réunies, seront traités selon les principes que nous avons posés plus haut. On n'oubliera pas d'ailleurs que, quelle que soit leur durée, ces
(1) Le spasme de l'œsophage cède en général très- facilement au cathétérisme œsophagien.
(2) Le docteur LUienhain assure qu'il réussit , à l'aide d'émétiques administrés sur-le-champ, à rendre la parole à cinq jeunes filles frappées d'aphonie à la suite d'«n accès de frayeur ou de colère. (Valleix , Guide du médecin praticien , tom. i, p. 526.)
Nous avons cité plus haut une observation recueillie par M. Cerise, et dans laquelle un vomitif fit imméiliatement disparaître une aphonie survenue à la suite d'accès hystériques.
Cette influence des vomissements sur la guérison de l'aphonie ne s'explique-t-elle pas facilement par l'influence que peuvent exercer les contractions de l'estomac et de l'œsophage sur les branches laryngiennes du pneumo-gastrique et du spinal ?
accidents finissent toujours par se dissiper spontanément, et que l'état général ayant sur eux la plus grande influence , réclame plutôt l'attention que les épiphénomènes locaux (0.
Syncopes. — • Certains accès d'hystérie s'accompagnent , comme nous l'avons vu , de syncopes tellement prolongées, qu'elles vont jusqu'à simuler la mort(2). Bien que le médecin ne puisse guère se laisser effrayer par des phénomènes'',dont il connaît la nature et dont il prévoit en général la durée , il est des cas cependant où il doit faire tous ses efforts pour rendre aux principales fonctions leur activité normale.
C'est surtout contre la syncope hystérique que les médecins de l'antiquité et du moyen-âge recommandaient d'arracher violemment les cheveux des tempes ou les poils du pubis (3).
« Qu'on luy tire le poil des temples, dit Ambroise Paré 1 et de derrière le col, ou plustost celuy des parties honteuses, afin que par la douleur excitée en bas, la vapeur qui monte en haut et fait la suffocation soit retenue et rappelée en bas par révulsion W, »
Il serait superflu de combattre aujourd'hui les conseils du célèbre chirurgien. Les excitations des sens et
(1) Obs. 29 , 90 , 133 , 156 , 217, 278.
(2) Obs. 32, 34, 35, 40, 41, 42, 43, 46, 47, 48, 50, 350, etc
(3) • Id quidem factum a chirurgo nimis impudenter , dum fami;la quœdam subito suffocata solo prostrata jaceret, multis praeterea in cubiculo existentibus vidimus ; et illa mox cum verecundia excitata, videntibus aliis, discessit sanata. » (Forestus.)
(4) Obs. 32 , 33 , 34 , 35 , 36 , 37 , 38 , 39 , 40 , 41 , 42 , 43 , 44 , 45, etc.
de la peau au moyen des vapeurs spiritueuses, de l'aramoniague , des aspersions froides , des frictions, des sinapismes, la titillation des fosses nasal es ou de la luette avec les barbes d'une plume -, au besoin l'électrisation, soit par les commotions avec la bouteille de Leyde, soit par l'électropuncture et les courants galvaniques ; dans certains cas une saignée de cinquante k soixante grammes seulement , pour aider au rétablissement normal de la circulation 5 le massage des muscles thoraciques pour ranimer les mouvements respiratoires , telles sont , en résumé , les principales ressources de la thérapeutique dans ces cas difficiles.
Le point important est de ne pas se laisser imposer par l'insuccès des agents les plus énergiques. Le médecin se rappellera, dans ces synqppes effrayantes (0, le malheur dont Vésale fut l'auteur et la victime; les observations d'Asclépiade, de Pison, de Raulin, qui virent ensevelies des hystériques rappelées ensuite à la vie , et il ne quittera la malade qu'après avoir épuisé patiemment tous les moyens que peuvent suggérer la science et la raison.
Accidents tétaniques ou cataleptiques. — Mais si l'on . peut abandonner aux seules ressources de la nature les symptômes qui n'ont qu'une gravité apparente, il ne peut en être de même de certains paroxysmes dans lesquels la suffocation et les phénomènes tétaniques ou cataleptiques sont si violents que la vie semble à chaque instant menacée
Bien que ces accidents soient , dans la grande m a-
(1) Liv. XXIV, ch. 57 , p. CM.
(2) Obs. 93, 97, 190, 201 , 338.
jorilé (les cas, comme la syncope, beaucoup plus effrayants que dangereux , néanmoins il suffit au médecin de savoir qu'ils peuvent être suivis de mort, pour chercher de tout son pouvoir à en diminuer la violence (').
Les révulsifs cutanés , les saignées dérivatives ou déplétives, l'ingestion des boissons froides en aussi grande quantité que possible , les lavements froids et surtout les bains généraux prolongés, avec affusions froides sur la tête , telles sont les principales ressources dans ces ciconstances.
Une condition que M. Bourdin signale comme de la plus haute importance dans le traitement de la catalepsie compliquée de tétanos, et qui s'applique parfaitement aux cas dont nous parlons , c'est que les bains soient d'une très-longue durée. « Les bains ordinaires d'une demi-heure ou d'une heure n'ont presque aucune valeur; à peine donne-t-on a la peau le temps de s'imbiber. Il faut au contraire retenir les malades dans l'eau pendant des heures entières, six, dix, quinze heures, et même davantage. M. Lepelletier de la Sarthe fit prolonger un bain pendant trois jours entiers, et il eut fort à se louer de cette pratique , puisque son malade guérit. Selon ce pathologiste , il faut que le malade reste trèslongtemps dans le bain , et qu'il n'en sorte que guéri ou mort. Pour obtenir de ce moyen tout le succès désiré , il est important de tenir l'eau k une température constamment au-dessous de la température normale de l'individu , afin que la soustraction du calorique soit lente et mesurée (2). «
C'est dans de semblables circonstances, et lorsque tous
Ci) Obs. 339, 342 , 345, 346, 348, 353, 355, 368, etc. (2) Traité de la catalepsie, p. 190.
les autres moyens auront échoué , que le médecin , en présence d'accidents redoutables , peut tenter ces médications énergiques que le succès ne saurait justifier ailleurs. Ainsi, dans un cas d'hystérie tétanique, M. Coindet ne craignit pas d'injecter dans les veines une préparation d'opium. Le succès momentané qui résulta de l'emploi de ce moyen téméraire ne se soutint pas, car après six semaines, la maladie se manifesta de nouveau (0.
L'opium est loin d'avoir , d'ailleurs , dans ces crises violentes, l'efficacité qu'on lui accorde généralement (2), et nous avons vu (Obs. 260) des contractures hystériques persister malgré l'emploi de plus de quatre grammes d'opium en vingt-quatre heures.
Principales complications. — Toutes les affections du cadre nosologique pouvant compliquer l'hystérie, ce serait étendre hors de raison notre sujet déjà si vaste , que d'indiquer pour chacun de ces cas une thérapeutique particulière.
(1) GoLOMBAT, Maladies des femmes, tôtn. iri, p. 1063.
(2) Mwlta renasccntiiT , quœ jam cecidere : cadentque Quœ nunc stmt in honore !
Ces vers d'Horace peuvent s'appliquer à la plupart des paiiacées. L'opium , donné aujourd'hui par M. Gendrin comme guérissant /)iît5 de la moitié des cas d'hystérie , a joui déjà à plusieurs époques de celte grande réputation qu'il perdra de nouveau , sans doute, jusqu'à ce qu'on en ait netlement précisé les indications et les effets. Bichat administrait jusqu'à 150 gouttes de'Jaudanum par jour aux hystériques , et avant lui, Hoffmann l'avait ainsi préconisé :
. Laudanum liquidum, si pathematibos hystericis, quœ univer- . sum corpus exagitant, spasticis, datur, mox mirabile] sequitur • Icvamen. » (F. Hoffmann, Dejcons. part, nerv., sect. l.cap. 5 .)
L'épilepsie, la catalepsie, la chorée ne réclament pas, ce nous semble, quand elles sont unies a l'hystérie, un traitement assez différent de celui qu'elles réclament isolément, pour mériter une mention spéciale (0. Quant à la mélancolie, à la nymphomanie, quelles indications à remplir qui n'aient été signalées pour l'hystérie, soil au chapitre de la prophylaxie , soit à celui de la cure radicale?
C'est toujours l'hygiène et la médecine morale modifiées selon les causes , les tempéraments , les positions, et ce serait reproduire sous une autre forme tout ce que nous avons dit plus haut sur les modifications à imprimer aux habitudes , sur la direction à donner aux idées , aux sensations ou aux sentiments , sur tous ces moyens enfin que le médecin puise plutôt dans la physiologie et h psychologie que dans la matière médicale. Aussi , avant d'entreprendre tout traitement, et pour trouver les vrais moyens de sa thérapeutique, et pour éviter des tentatives inutiles ou contraires, est-il indispensable que le médecin des névroses pénètre non-seulement dans Fesprit et le cœur de ses malades , afin d'y découvrir leurs penchants , leurs passions , leurs pensées et leurs peines , mais encore dans l'intérieur de leur famille elle-même, soit afin de mieux connaître tous ces secrets de l'âme qui font souvent la maladie du corps , soit afin de trouver dans les parents eux-mêmes les plus puissants auxiliaires de la guérison .
(1) On peut se demander pourquoi les auteurs du Compendhm de médecine défendent dans l'hystéro-cpilepsie « les rapports sexuels longtemps encore après la guérison. » Il serait tout aussi irrationnel, ce nous semble, de les défendre que de les conseiller a priori, et sans avoir établi d'avance, comme pour l'hystérie simple , la nature des indications thérapeutiques d'après la nature spéciale de la cause.
Terminons par une remarque qui doit dominer le traitement de l'hystérie; c'est qu'il est un grand nombre de malades dont les accès s'exaspèrent évidemment sous l'influence des médications les plus innocentes en apparence, et qui éprouvent une amélioration manifeste dès qu'ils ont cessé tout remède.
« On peut se montrer grand praticien sans ordonner » de médicaments ; le meilleur remède est souvent de » n'en prescrire aucun. »
Cette réflexion de Tissot,qui mériterait de figurer après le premier aphorisme d'Hippocrate, ne s'applique a aucune aff"ection mieux qu'a l'hystérie. Malheureusement, tant que les sciences naturelles ne seront pas plus répandues , il sera difficile au médecin qui n'ordonne aucun remède de ne point passer pour ignorant, et le soin de sa réputation lui fera trop souvent sacrifier les saines prescriptions de l'expérience aux fâcheux préjugés consacrés par l'usage.
En résumé, rechercher et détruire la cause au lieu de se borner aux elfets, telle doit êlre la base de la thérapeutique rationnelle de l'hystérie , et le médecin ne sera jamais assez sobre d'ordonnances, dans tous les cas où, malgré les plus rigoureuses investigations, il ne trouvera que des symptômes nerveux a combattre sans cause première à attaquer.
« Serio intérim animadverlendum est, nonnuUas fœminas... ab hyslericis medicamentis ita penitits abhorrere, ut non soluni nonjuventur, sed etiam insigniter ab eorum usu lœdantur. In his itaque omnino sunt omiltenda ista : gjûcrewç yâp âvzŒpocTzovariç, ut divinus senex , xévea Ttavzoc. Invita Minerva nihil quicquam moliendum. » (Sydenham, Diss. epis. ad G. Colle, p. 271.)