‹ Traité complet de la peinture (volume 2)Chapitre 10 sur 127 · PEINTURE A HUILE. — REPEINDRE. — GLACIS. G · texte numérisé non relu

PEINTURE A HUILE. — REPEINDRE. — GLACIS. G

recommandent, et qui en font un usage constant; et il y en a d'autres qui les proscrivent, qui jamais n'en usent, et qui les déclarent funestes pour les tableaux. Toute celle question est bien simple. Les glacis ou frottis ne contiennent que très-peu de matière colorante; ce sont des lavis à huile , des teintures à huile : or ces huiles noircissent avec le tems , en sorte que les places glacées d'un tableau brunissent plus que les autres, et brunissent quelquefois jusqu'au noir. De plus , comme on nettoie souvent les tableaux à huile à cause du jaunissement des vernis résineux dont on s'obstine à les décorer , il arrive que les nettoyeurs, en enlevant ces vernis, en les lavant avec des mordans, enlèvent aussi les glacis qui ordinairement étant très-minces j n'ont que très -peu de consistance : voilà pourquoi certains peintres proscrivent les glacis. Si l'on ajoute à leurs raisons le peu de connaissance et le peu de sentiment qu'ils ont en optique , ce qui les rend fort indifférons aux effets translucides et magiques delà peinture, on comprendra la répugnance de ces mêmes artistes pour l'emploi de ce moyen. Mais qu'on peigne avec des glutens inaltérables, et l'on pourra peindre par glacis comme les miniaturistes, comme les peintres de lavis, et même comme les peintres en porcelaine.

Pourquoi Tiziano , Giorgione , et tant d'habiles Vénitiens ont-ils peint si souvent par glacis ? C'est qu'ils étaient coloristes; mais leur inexpérience ne leur permettait pas de se défier des ravages de l'huile. Aussi combien de beaux tableaux de cette école sont -ils devenus d'un roux sombre et d'un aspect monochrome !

On peut à cet égard suivre un juste milieu lorsque l'on peint selon le procédé matériel actuellement usité : il con-

siste à bien s'instruire de la géométrie des couleurs, et de ne poser que des teintes justes. Or dans ce cas, on pourra les tenir empâtées, et il restera peu de frottis à ajouter. Mais un autre moyen que nous croyons devoir conseiller, c'est l'emploi d'un meilleur gluten; or celui que je proposerai ne rend pas dangereuse l'influence de l'huile, et il produit une grande force par sa diaphanéité. Toutes les couleurs peuvent donc , lorsqu'elles sont froîtées, donner des glacis; mais les glacis les plus purs ne peuvent s'obtenir qu'au moyen des couleurs transparentes elles-mêmes.

Glacer en clairs sur des bruns , c'est vouloir voir soimême périr ces clairs; car l'huile du dessous les tuera. On dit que C. Vanloo commettait souvent cette faute. Glacer d'huile, c'est mettre trop d'huile, c'est emprisonner les huiles des dessous qui poussent à la fin audehors , et qui flétrissent ainsi et abîment les teintes de ces glacis. C'est d'après ce principe que les ennemis des glacis les défendent; cependant, la coutume de les employer pour les premières couches , caractérise les peintres de l'école de Rubens. Les glacis employés par eux sur une impression ou sur une ébauche vieille et dure, toute disposée à les recevoir, ont peu changé; mais, je le répète, quel peintre, jaloux d'une grande recherche de formes, pourra, sans revenir sur son ouvrage, réunir du premier coup le coloris et l'effet à toutes les parties qui dépendent du dessin ?

Voici ce que disait Descamps en parlant d'un tableau de Rubens : « La légèreté de la touche , la transparence » de la couleur est ici portée au plus haut point de per- » fection; tout le fond n'est qu'un lavis léger, qui laisse » apercevoir l'impression en blanc qui couvre le pan-

l'iîmku des couleurs. 65

» ncau. » En parlant d'un excellent tableau de G. Craycr , le même auteur dit encore : « J'ai vu ce laLleau de près;

» le feu , les cuirasses , etc , tout ne paraît être qu'un

» lavis d'huile colorée : or on sait que ce maître avait » une couleur fort vraie et fort vigoureuse. »

Finissons par citer, h ce sujet , un mot de J. Reynolds : « Les artistes , dit-il > qui ne sont pas partisans des glacis » devront du moins convenir que cette pratique n'est » pas celle de l'ignorance. » Mais disons plus; les couleurs légères et diaphanes sont un besoin de la peinture. Les teintes matériellement transparentes , comme nous l'avons déjà expliqué ailleurs , ouvrent un passage à la lumière; elles laissent entrevoir la couleur qu'elles recouvrent et qu'elles voilent , en lui prêtant plus ou moins do la teinte qui leur est propre. Enfin les couleurs légèrement frottées servent non-seulement à déterminer les teintes par le résultat de ces superpositions , mais elles accordent, et rendent sympathiques des nuances qui , sans ce moyen , seraient restées disparates et sans harmonie.

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