DES ESTOMPES
JL'kstompe est une espèce de crayon arlificiel composé de papier roulé ou de peau roulée , taillé en pointe et chargé à son extrémité de poussière noire ou colorée, que l'on étend par frottis sur le papier. Les personnes qui mettent une trop grande importance au maniement adroit et précieux du crayon , blâment l'usage de l'estompe , parce qu'elle produit des demi-tons suavement et uniment élendus et parfondus , sans que cela exige ni beaucoup de dextérité ni beaucoup de tems. lis regrettent le travail qu'on appelle par hachures, au crayon manié, au pointillé, etc., travail beaucoup plus lent que celui de l'estompe,et qui semble réservé comme moyen d'exercice pour les graveurs , qui au fait n'ont à leur disposition que des traits multipliés , plus ou moins fins et serrés, ou bien des points semés et disposés avec intelligence: Cependant s'il s'agit du peintre-dessinateur, on doit lui accorder l'usage de tous ces moyens réunis. Il peut user de l'estompe pour les dessous , et retoucher au crayon par-dessus ; il peut pointiller, hacher sur ce travail à l'estompe, y repasser ensuite l'estompe s'il le faut , etc. Ainsi les savans et habiles crayonnages de Bouchardon , de Cochin , etc. , ne prouvent point qu'on doive interdire Testompe aux pein-
ESTOMPES. GaS
très; il suffit de condamner dans leurs dessins la mollesse, l'indécision et l'invraisemblance des effets , si c'est à cause de ces défauts qu'ils sont condamnables.
On fait des estompes avec du gros papier gris qui happe , retient et dépose bien le noir du crayon ; on en fait aussi avec du papier plus fin, plus collé; on en fait avec du liège, ce qui offre un moyen plus délicat, plus précis, plus adouci. Mais l'estompe la plus commode est l'estompe faite inpromptu par le peintre lui-même , selon ses besoins , avec une bande roulée de papier collé ou non collé. Ces petits rouleaux promptement faits et appelés tortillons déposent des hachures , si on le veut , ou fondent uniment les tons : on coupe une bande de papier , large de deux pouces vers un de ses bouts , longue de six pouces à peu près , et façonnée de manière qu'elle se perde en pointe. On commence par rouler ce petit bout bien serré, c'est ce petit bout qui doit frotter et tracer; et en le roulant de biais, il se fortifie étant doublé, triplé, quant h l'épaisseur; il obtient donc assez de consistance pour faire l'effet d'un crayon.
On a vu certains peintres très- industrieux imaginer des moyens expéditifs et très-expressifs pour rendre, avec des instrumens analogues à l'estompe, les effets des nuages, les teintes fuyantes des fonds , etc. Personne n'a le droit de critiquer ces expédiens , si , au fait , ils contribuent à la justesse de représentation : des procédés analogues sont tous les jours admis et justement appréciés dans l'art de la gravure , etc.