‹ Traité complet de la peinture (volume 2)Chapitre 109 sur 127 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

DES MIROIRS, DE LA CHAMBRE OBSCURE, etc.

Xj'assistance que le peintre reçoit des miroirs est pour ainsi dire indispensable. Quelque soit l'objet représenté, le peintre ne pourra juger sa représentation qu'autant qu'il la considérera dans le miroir qui la lui reproduit vue en sens inverse. C'est ce sens inverse qui fait découvrir ou plutôt sentir à l'artiste des rapports nouveaux au sujet desquels il prend des résolutions très-importantes. S'il s'agit d'une attitude représentée , le peintre qui la voit pour la première fois exposée en sens inverse est frappé d'une foule de rapports et de résultats nouveaux pour lui, et à travers lesquels il reconnaît , soit des fautes d'optique et de perspective , soit des fautes de construction, de vérité et de vraisemblance , soit des fautes de disposition et de lignes, relativement à la beauté. Le remède qu'il apporte par des corrections est presque toujours heureux, car il est dans le cas d'une personne qui jouirait d'une vue de plus , d'un sentiment de plus que les autres hommes. Cependant ce serait mal user de cette ressource que de la prodiguer et de ne pas la ménager, comme on ménage les bons conseils qu'on réclame de loin en loin d'un ami éclairé.

Certaines précautions optiques doivent être prises quand on use du miroir , il peut, selon sa position^ par rapport à l'œil et par rapport à l'objet , offrir des apparences

trompeuses , et déformer l'aspect ainsi reproduit. Quant aux altérations des couleurs aperçues dans le miroir , on comprend aisément qu'il faut aussi s'en méfier; mais quant au clair-obscur on peut consulter avec assez de confiance le miroir.

Un peintre doit donc avoir dans son atelier un ou deux miroirs roulans , à pied et h bascule. Ce meuble, je le répète , est pour le peintre, comme pour bien du monde, un ami précieux qu'il est nécessaire d'interroger, et dont les réponses sont toujours à respecter.

il est très-utile aussi de consulter , mais avec la précaution que suggère le savoir, le miroir concave, le miroir noir ou plat,* celui-ci facilite la perception des rapports des tons, et aide à comparer facilement la nature ou l'objet à l'image qu'en j faite la peinture. Enfin les fautes de clair-obscur sont plus sensibles lorsqu'elles sont présentées dans un miroir noir qui , en détruisant ce que la nature a quelquefois d'éblouissant, permet mieux d'apprécier la valeur respective des tons. Mais il faut y faire bien attention, l'influence du ton noir du miroir peut décomposer certains rapports; et ce n'est qu'avec beaucoup de perspicacité qu'il faut considérer et juger cet aspect artificiel de l'objet.

Je ne parle pas de l'utilité et de la nécessité pour le peintre de trouver sous sa main des verres de couleurs pour les diverses expériences qu'il est dans le cas de faire relativement à ses études en coloris, quant à l'achromatisme , aux effets de tel ou tel air coloré , etc. ; tous ces instrumens sont plus ou moins indispensables.

Les verres noirs , teints en noir à la verrerie, sont plus justes et plus utiles que les verres blancs peints au vernis

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par derrière, car ceux-ci produisent une double réflexion. Cependant il est bon de se procurer promptement au besoin un verre noir; cela est facile, en y appliquant h l'envers une couche de noir finement broyé au vernis gras.

Quant à l'avantage que le peintre peut retirer de la chambre obscure, instrument que tout le monde connaît, et dont il serait inutile de donner ici la description mécanique, je dirai qu'il consiste en ce que l'image y est circonscrite , et que l'éclat de la nature y étant affaibli , cet affaiblissement et cette concentration sont trèspropres à faire bien apprécier et bien choisir les objets aperçus ainsi par une traduction optique. Un peintre peut donc juger tout de suite si une vue ou un paysage feront de l'effet lorsqu'ils seront copiés exactement d'après les lignes qu'ils présentent dans cette chambre obscure. Mais le coloris et le clair-obscur ainsi exposés ne doivent point servir de règle pour la représentation. Le rapport des ciels avec les objets n'est pas le rapport naturel; certaines nuances prismatiques et étranges ont lieu , et en général tout le spectacle y est peu conforme à la perspective aérienne. Je ne parle pas des déformations qui peuvent résulter de la forme lenticulaire des verres, de leurs diverses positions , situations , etc.

Mais il est un effet de chambre obscure à l'aide duquel le peintre peut plus facilement peut-être exalter son imagination qu'en présence même de la nature; c'est l'effet ou l'image de grandeur naturelle d'une tête vivante, vue au soleil. On rencontre rarement des chambres obscures dont les verres soient choisis , et dont l'appareil soit dis posé pour cet effet très-curieux. Les images demi-grandeur naturelle sur le papier ne sont pas à beaucoup près

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aussi intéressantes. Un peintre , en présence de cette feuille de papier, seul objet illuminé de la chambre obscure , admirera donc la transparence vermeilleuse des carnations, la légèreté des ombres, l'éclat des luisans, la fusion une et harmonieuse des plans, les reflets aériens sur les bruns , la vigueur aérienne dans les ombres , et surtout cette vie, cet accord de hnéamens et d'expression, accord qui rend animé et qui entretient le mouvement sur cette tête, sur cette physionomie, etc. : ces admirables résultats ne peuvent, dis je, être que très-instructifs et très-propres à exalter chez le peintre la verve imitatrice , sans laquelle le pinceau ne serait qu'un froid et stérile instrument.

La Camera-iucida , instrument qui se perfectionne tous les jours , n'est point préférable à la vitre mobile dont nous avons parlé. M. C. Chevalier vient de publier une notice sur l'usage des chambres obscures et claires (Paris, quai de l'Horloge, n** 69). Il y a joint les Mémoires du docteur Wollatson et du professeur Amici.

Puisque nous parlons de verres optiques, nous devons annoncer ici l'invention récente d'un instrument propre à étudier les couleurs du spectre sans le concours des rayons directs du soleil et même sans ceux du jour; car on peut faire usage de ce métrochrome à la lumière d'une bougie. Cette facilité de faire des expériences la nuit doit contribuer à répandre la doctrine de M. Charles Bourgeois, inventeur de cet instrument, doctrine bien féconde et qui, comme nous l'avons dit, chap. 447» est la véritable clef sans laquelle on ne saurait pénétrer dans les secrets du coloris. Yoyez , entr'aulres ouvrages de cet auteur, son Manuel d'optique, 2 vol. Paris, 1826.

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