‹ Traité complet de la peinture (volume 2)Chapitre 110 sur 127 · DES MANNEQUINS · texte numérisé non relu

DES MANNEQUINS

iMous ne répéterons pas ici les lieux communs des dictionnaires qui, à propos du mannequin, démontrent qu'il ne faut jamais le prendre pour la nature. Cet avertissement, tout judicieux qu'il est, n'empêchera pas les peintres qui pensent à abattre de la besogne en se passant des modèles vivans , de continuer h. produire leurs figures d'après ces grandes poupées mouvantes , sur lesquelles aussi ils copient des draperies , se dispensant ainsi de consulter les draperies animées par l'action réelle du modèle vivant.

il paraît que l'art de construire de bons mannequins rembourés n'est pas facile : au moins le prix qu'on les fait payer aujourd'hui semble le prouver. Sept ou huit cents francs ne sont pas trop pour se procurer un beau mannequin neuf. Il est vrai de dire qu'ils sont très-perfectionnés; mais ajoutons que, malgré leur excellente structure, il n'est pas facile de les faire jouer selon toutes les ressources et toute la souplesse de leur ingénieux mécanisme. Le fabricant de mannequins répondra h cela que la maladresse et le peu de persévérance du peintre ne le concernent pas , et que ce n'est pas sa faute si les artistes n'ont pas l'art de répéter sur le mannequin les finesses et les subtiles contrastes des mouvemens, et s'ils ne savent pas le faire fléchir librement dans tel ou tel

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sens , à telle ou telle articulation , et cela sans faire fléchir celles qui doivent rester fixes; si enfin l'acheteur ne sait pas tirer tout le parti possible de l'excellent instrument qu'on lui fournit. Cette observation est assez juste; néanmoins il est certain que c'est une affaire quelquefois difficile pour le peintre que de parvenir à très-bien tourner et à faire jouer selon la nature toutes les parties mobiles de son mannequin.

Autrefois on ne connaissait que les mannequins de bois; ils étaient d'un grand secours; mais nos mannequins rembourrés et recouverts d'un tissu élastique en tricot de soie sont d'une bien plus grande ressource encore.

Il a paru un petit ouvrage que j'ai indiqué et qui traite du mannequin ; mais il n'offre aucune instruction nouvelle ni importante.

Voici un moyen très-économique et assez prompt de fabriquer soi-même ou de faire fabriquer un mannequin qui pourra durer de longues années : j'en parle par expérience.

Faites construire des traverses dont les mesures seront conformes aux proportions prescrites dans ce Traité, vol. V, pag. 88. Composez ces traverses, taillées carrément, de deux pièces superposées, de manière qu'elles puissent contenir, quand on les aura liées et serrées , un très-fort fil de fer cuit servant à former le lien des articulations , ou pour dire autrement , l'articulation ellemême. Ayez soin de comprendre dans les longueurs prescrites des traverses cet intervalle résultant du fil de fer qui apparaît entre l'une et l'autre extrémités arrondies des traverses. Ce gros fd de fer sera tordu en une ou deux boucles dans le milieu des traverses où il sera incrusté,

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