‹ Traité complet de la peinture (volume 2)Chapitre 113 sur 127 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

DU BROIEMENT DES COULEURS. — DE LA COLIQUE MÉ- TALLIQUE DES OUVRIERS BROYEURS.

iS ous supposons que les couleurs qu'on soumet au broiement ont été lavées, décantées, passées au feu, s'il est nécessaire; nous supposons enfin qu'elles sont disposées et prêtes à être mélangées avec le liquide qui doit leur servir de gluten.

Voici des détails sur la meilleure manière de laver les couleurs, lavage que nous avons déjà indiqué, pages 211, 5 79 , etc. , de ce 9"^ volume. Nous emprunterons ces dé- TOME IX, 41

iails h. M. Bouvier, qui les décrit avec un soin scrupuleux , et qui les applique surtout au lavage de l'ocre.

«iiyez , dit -il , un gros rouleau de bois de deux ou trois pouces de diamètre, sur environ dix-huit ou vingt pouces de long; enveloppez votre paquet d'ocre dans du fort papier; placez-le sur une table et concassez -le , en le frappant de quelques coups; écrasez-le ensuite fortement , en faisant aller et venir le rouleau , jusqu'à ce que l'ocre soit brisée et réduite en poudre grossière comme du gros sable ; ôtez ensuite l'enveloppe de papier, et étendez une partie de cette poudre sur votre pierre à broyer: vous en prendrez le quart , la moitié , plus ou moins , selon la quantité que vous en aurez concassée , et selon la grandeur de votr« pierre. Il ne doit pas y en avoir plus d'un quart de livre à la fois sur une pierre de quatre pieds carrés. Vous étendrez un peu cette poudre , et au Heu du rouleau de bois, dont vous aviez fait usage d'abord, vous vous servirez d'une bouteille ordinaire, que vous roulerez sur votre couleur pour la réduire en une poudre plus fine. Ayez soin cependant de ne pas appuyer trop fort , de crainte de couper le verre sur quelques pierres dures et anguleuses , ou d'écraser les pierres en même temps que la bonne couleur. Si , dans l'une ou l'autre de ces deux premières préparations , vous aperceviez des parcelles de pierre , vous les enlèverez aussitôt , de crainte, encore une fois, de briser votre bouteille, qui doit être de verre noir et de forme cylindrique , ou à peu près.

» Ayez ensuite trois grandes terrines communes , mais vernissées , qui aient un bec pour écouler l'eau ; jetez toute votre poudre d'ocre dans la plus grande des trois ,

et remplissez-la d'eau de fontaine jusqu'à un pouce du bord; puis vous agiterez toute la couleur, en la remuant avec un petit bâton propre , et cela pendant environ une minute, afin de séparer tous les corps qui peuvent surnager; laissez reposer la couleur jusqu'à ce qu'elle se précipite entièrement, et que l'eau qui est au-dessus paraisse claire; videz avec adresse cette eau . avec toutes les saletés qui surnagent; mais n'entraînez pas la couleur, car c'est celle qui reste dessus qui est la meilleure. Gela est fort aisé , pour peu qu'on y prenne garde, parce qu'il n'est pas nécessaire de vider toute l'eau, attendu que tous les corps qui surnagent , comme pailles, bois, crins, etc. , s'écoulent facilement avec la première eau. Si vous apercevez encore des morceaux d'ocre qui soient trop gros , vous les écrasez dans la terrine avec le bout de votre rouleau. Vous répétez deux ou trois fois ce premier lavage, jusqu'à ce que la superficie de l'eau reste parfaitement limpide et claire , ce qui a lieu au bout de huit ou douze minutes. Après cela , brouillez de nouveau , et agitez fortement et vivement la couleur, en ayant toujours soin qu'il y ait de l'eau en abondance, et jusqu'à un pouce du bord environ. Tandis que toute votre couleur est comme suspendue dans l'eau ^ et sans attendre cette fois plus d'un quart de minute , vous la verserez dans la seconde terrine > en y laissant passer toute la couleur, excepté le fond, qui contiendra la plus grossière, ainsi que les pierres , qui se seront précipitées au fond du vase. Ces terrines doivent avoir une espèce de bec sur le bord, pour faire écouler l'eau , sans qu'elle puisse s'extravaser sur les côtés. Vous les choisirez de dix-huit ou vingt pouces de diamètre, sur six pouces de profondeur environ.

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il faut que ces terrines soient neuves et n'aient jamais servi , surtout à des choses grasses. Vous remettrez de nouvelle eau dans la première terrine; vous agiterez de nouveau le sédiment, et vous en verserez Peau, avant qu'elle se clarifie, dans la troisième terrine, en ayant soin de n'y pas aller trop brusquement , afin que les petites pierres qui sont au fond ne viennent pas à se verser sur la bonne couleur. Vous viderez alors Teau de la seconde terrine, qui sera devenue claire, sur l'ancien dépôt de la première, sans entraîner la couleur; et enfin, successivement, vous recommencerez quatre à cinq fois cette opération , jusqu'à ce que vous ne voyiez plus au fond du preiE.ier vase qu'un sédiment grossier et rempli de pierres. 11 ne faut pourtant pas pousser l'opération trop loin; cette couleur est k si bon marché, qu'il ne vaut pas la peine de perdre du tems à la recueillir toute , au risque même de la gâter : ainsi , rejetez tout-à-fait ce qui vous paraîtra ne plus valoir grand'chose.

a Vous laisserez les terrines tranquilles jusqu'à ce que toute l'ocre se soit précipitée , et que l'eau qui est audessus soit claire comme celle de fontaine. Je suppose que vous ayez préalablement rejeté le dépôt pierreux, et lavé scrupuleusement la terrine qui le contenait; c'est alors , dans cette première terrine , propre et vide, que vous transvaserez toute votre bonne couleur. Mais , comme elle ne serait pas assez grande pour contenir l'eau des deux autres , vous aurez soin d'en verser ailleurs une grande partie sans entraîner de la couleur; et quand vous jugerez que la première terrine peut contenir le tout , vous rebrouillerez les deux autres l'une après l'autre, et vous mêlerez le tout ensemble dans la pre-

BROIEMExNT DES COULEURS. G-jô

niière terrine. Vous remuerez encore toute la couleur et Feau avec votre petit bâton, afin de précipiter au fond le peu de pierretles qui pourraient y être restées , puis vous laisserez le tout se reposer jusqu'à ce que l'eau redevienne parfaitement claire.

» Alors vous décantez, c'est-à-dire vous videz trèsdoucement toute cette eau; mais vous vous arrêtez à temps, quand vous arrivez au moment où la superficie de la plus fine couleur commence à être entraînée avec l'eau. Vous la laisserez reposer un peu , puis , avec une petite seringue , vous pompez avec précaution ce qui reste d'eau claire, sans le faire jusqu'à la dernière extrémité.

» Cela fait , votre couleur se trouve très-bien lavée. Vous ne l'agiterez plus du tout ; cela est très-essentiel. Faites alors sécher la couleur au soleil ou sur un poêle chaud , à l'abri de la poussière. Quand elle ne contiendra plus d'humidité, elle se fendra et éclatera, comme font les fortes terres en été.

» Vous relèverez alors l'ocre avec assez de précaution pour ne pas briser les divers morceaux qui se seront fendus et séparés par la dessication , et vous en ratisserez le dessous avec un couteau , pour enlever et rejeter encore les petites et très-fines pierrettes brisées, qui ont dû se précipiter au fond les premières , à cause de leur pesanteur spécifique.

» Quand ces opérations sont terminées, ce qui ne prend pas beaucoup de tems , la couleur est pure , et se trouve prête à être broyée. Vous l'enfermez dans une boîte ou une bouteille , si celle-ci se trouve parfaitement sèche , et vous en prendrez au fur et à mesure que vous en aurez

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besoin pour la broyer. Mais je conseille toujours de la broyer à l'eau avant de la mélanger avec l'huile : elle se broie mieux et plus promptement , et en quelques tours de molette vous en faites une vessie. Il s'entend que la couleur , après avoir été bien broyée à l'eau d'abord , doit être ensuite bien sécliéo en trochisques avant d'être triturée à l'huile, ou avant d'être conservée en dépôt, soit dans une boîte, ou, ce qui yaut mieux, dans une bouteille bouchée.

» C'est ainsi que vous laverez les ocres et toutes les couleurs terreuses qui vous paraîtront contenir des ordures ou des pierres , mais plus particulièrement les ocres jaune-clair , et rouge-clair.

» Quant à l'ocre de rue et à l'ocre brun-rouge , elles sont rarement sales; néanmoins un petit lavage leur fera grand bien.

» Les terres de Sienne, de Cologne et de Gassel peuvent très-bien être broyées sans qu'on leur fasse subir aucun lavage; elles n'en ont presque jamais besoin : c'est à vous de les examiner, et de voir si elles contiennent des corps étrangers.

» C'est donc à ce petit nombre de couleurs que vous devez porter votre attention. Les autres sont ordinairement très-propres , et surtout les laques, les cinabres et tous les bleus, ainsi que les noirs; mais le jaune de Naples est souvent mêlé d'ordures. Cela dépend des soins de ceux qui le vendent. Vous l'examinerez soigneusement , et le laverez s'il est nécessaire. »

Quant au brùlement des couleurs, voici, selon le même auteur, le modèle de la boîte qui peut servir à cette opération.

KROIEMENT DES COULliURS. 647

« Ayez un cylindre creux de tôle d'une ligne d'épaisseur, de la forme d'un très-petit tuyau de pocle; la tôle doit être fort unie en dedans : l'assemblage en sera fait , non par soudure, car elle pourrait entrer en fusion, mais par de bons clous bien rivés de tous côtés , de façon que cette boîte joigne partout assez bien pour pouvoir contenir de l'eau , sans qu'il s'en perde. On donnera à cette boîte ou cylindre deux pouces six lignes de diamètre sur six pouces de longueur; l'un des fonds sera solide, et l'autre extrémité de la boîte aura un couvercle joignant bien, comme le dessus d'une tabatière; ce couvercle aura un rebord ou gorge d'environ un pouce pour embrasser la boîte. Il ne faut pas songer à se servir de tôle mince et encore moins de fer blanc; cela ne vaudrait rien, xijoutons qu'il faut surtout éviter que la rouille ne s'y meite.

» On pourrait aussi faire usage pour ce brûlement d'un creuset, en y adaptant un couvercle le plus solidement que l'on pourrait, et qui le fermerait hermétiquement par l'effet du lut dont on l'enduirait, lut qui serait peu différent de la terre ordinaire des poêliers. » J'ajouterai ici que les petits pots de grès , dans lesquels on expédie de Bretagne le beurre, sont eux-mêmes des creusets excelle ns.

11 est essentiel que le broiement des couleurs soit complet; cela exige du tems , de la patience et des soins. Les couleurs mêlées d'huile ont surtout besoin d'être trèsfinement broyées; par ce moyen l'huile étant plus divisée , fait moins de ravages , et la couleur a plus de beauté, plus de finesse et de transparence; elle acquiert plus d'émaillé. Certaines couleurs sont irès -rebelles et doivent

être broyées plusieurs fois h l'eau et séchées chaque fois. Nous avons déjà dit que les couleurs qui exigeaient ou absorbaient le plus d'huile étaient celles dont les molécules laissaient entr'elles de plus nombreux interstices par l'effet naturel de leurs formes; car les molécules ajQTecten^., selon la matière, une certaine forme et une certaine disposition , et le broiement n'empêche pas que ces différences n'aient lieu. La simple vue ne suffit pas pour reconnaître cette disposition de molécules , surtout lorsque la substance est réduite en poudre impalpable.

Le porphyre , le granit d'Orient , l'écaillé de mer grise , et d'autres substances très dures sont excellentes pour le broiement des couleurs; mais aujourd'hui on ne se sert plus guère que de glaces , c'est-à-dire, de glaces doticîcs et qui n'ont point encore été polies. Les molettes sont aussi de glace; elles n'offrent aucun inconvénient , et moyennant quelques précautions on ne les brise presque jamais.

Il faut incruster la glace dans un châssis à parquet assez creux pour emboîter cette glace de la moitié de son épaisseur. Ce côté incrusté doit être dépoli au grès. Composez ensuite un mélange de blanc de céruse , de craie moulue, et d'huile de lin dans laquelle vous mêlerez un peu d'acétate de plomb pour la rendre dessicative. Le tout étant bien broyé et suffisamment épais, déposez-le sur le parquet , de manière que cette couche forme une épaisseur de cinq millimètres environ. Frottez le dessous de la glace avec cette même couleur empâtée , et ensuite enfoncez la glace dans cette pâte. Aidez-vous alors d'un niveau , et assurez-vous du parallélisme de surfaces horizontales , en laissant peser sur la glace un poids sulïi -

sant pour la contenir dans cette juste position jusqu'au dessèchement du mastic. Il faut plusieurs mois pour que cette couleur-mastic acquière une dureté suflisante. Cependant il serait facile de diminuer la quantité d'huile et de la remplacer par de l'huile volatile chargée de copal fondu , ou de quelqu'autre résine tenace.

Si l'on n'a pas de broyon fait d'une seule pièce de glace, on peut adapter à une molette de bois un morceau de glace qu'on y collera par le moyen qui vient d'être indiqué, en ayant soin de laisser sécher la première et la seconde couche mise sur le bois, et aussi de dépolir le morceau de glace. Ensuite quand tout sera sec , on usera l'excédant du bois jusqu'au niveau du morceau de glace. Quant à la glace à broyer, il faut en tailler le châssis en biseau , afin que son angle ne gène point pour broyer.

Pour nettoyer la glace à broyer, on emploie avec succès du blanc de Troyes qu'on broie , soit avec le même liquide qui a servi à broyer la couleur, soit avec une huile volatile commune mais pénétrante. On rejette cette craie ou ce blanc sali, on répète ce broiement deux ou trois fois : toute la couleur de la glace passe dans ce blanc , et par ce moyen on peut le nettoyer complètement. Si d'anciennes couleurs sont séchées et fixées sur la glace, on emploiera avec succès la poudre de ponce au lieu de blanc, et on enlèvera facilement la couleur la plus durcie. La mie de pain rassis roulée avec la paume de la main, ou bien encore des raclures fines de peau de tanneurs sont très-bonnes pour essuyer et nettoyer la glace. Le papier gris un peu brut est encore fort utile.

Les couleurs bien broyées se conservent en pots on en vessies, ce dernier moyen est assez commode. Quand

G5o PROGliDlis MATÉRIELS.

on les met en pots , on est forcé dtî couvrir d'eau ou d'huile la superficie : l'emploi de l'un ou de l'autre liquide a des inconvéniens ; l'eau ternit et décompose les couleurs , et l'huile les liquéfie trop. Ainsi les couleurs étant serrées dans des Locaux bien bouchés , et ceux-ci étant placés hors de la chaleur et de la lumière, les couleurs se conservent long-tems en cet état sans se dessécher.

Un expédient assez bon quand on a mis trop de liquide dans la couleur , consiste à déposer cette couleur sur un papier spongieux, et à la retirer lorsque l'excédant de liquide aura été bu par le papier.

Nous avons eu occasion de faire remarquer que la lame de l'amassète devait être plutôt de corne ou d'ivoire que d'acier. Cette remarque est surtout appliquable au broiement, parce que le broyeur est obligé de relever souvent el d'amasser en tas la couleur : or le contact fréquent de l'acier avec la couleur lui est préjudiciable, et on fera bien de s'accoutumer aux amassètes de corne blonde qu'il faut savoir perfectionner , celles qui sortent des fabriques n'étant pas assez bien préparées. Ce perfectionnement ou cet amincissement bien entendu, se fait d'abord à la lime , puis avec du verre servant à ratisser l'épaisseur de la corne , et enfin avec de la pierre de grès et de l'huile , ce qui en finit le polissage.

Quelques personnes ont imaginé de préparer les couleurs en état de poudre impalpable , afin que le peintre put les mêler avec l'huile, sans les broyer, mais ce moyen n'a pas réussi ; il consiste dans l'emploi de l'esprit-de-vin (^ui , s'évaporant après le broiement , laisse les couleurs en élat de poudre. On a imaginé aussi des mécaniques mou vantes pour broyer les couleurs; mais ces moyens, bons

peut-être pour la grosse peinture, sont peu sûrs pour des couleurs qu'on ne saurait trop affiner. La Société d'Encouragement, 1816, a proposé un prix pour une machine de cette espèce. Conté avait inventé, et on l'a exécuté depuis peu en Angleterre, un moulin à broyer les couleurs , dont on lit la description dans l'Encyclopédie moderne , à l'article Couleur. M. Bouvier a fait aussi de longues recherches sur ce point ; il croit avoir réussi.

J'ai pensé qu'il serait utile de mettre sous les yeux des peintres le dessin d'une table à broyer très-commode et qu'on peut placer et fixer dans un endroit opportun. Cette table à broyer se compose de la glace, de deux tablettes que l'on allonge à volonté au besoin pour supporter soit les godets, soit l'amassète, soit d'autres ustensiles , plus , d'une armoire à volets , dans laquelle on peut mettre les éponges, un vase pour l'eau, une cuvette, du linge, etc. , et au fond de laquelle, sous un double fond , on jettera quelques poids assez lourds pour bien assujétir la table sur le plancher , dans le cas où on ne fixerait pas sa base avec des écrous ou boulons à vis , le fond de cette boîte étant supposé très-épais et très-solidement étabh. (Voyez la figure 027. )

Colique métallique des ouvriers broyeurs.

On ne trouvera pas ici de trop, je pense, quelques notions relatives à la colique que ressentent quelquefois les ouvriers broyeurs, et qui atteindraient aussi les peintres qui voudraient, sans précautions, manipuler certaines couleurs dans l'état sec. Ces coliques sont souvent très-douloureuses , très-graves , et quoiqu'on doive h ce

sujet consulter des gens habiles dans Fart de guérir , il est bon d'être nanti des premiers principes curatifs qui doivent diriger dans ce traitenient. Watin a recueilli quelques notions à ce sujet; mais voici ce qu'on a écrit le plus récemment sur cette question , je l'extrais de l'Encyclopédie moderne , article Colique métallique,

» On donne le nom de colique métallique à une ma-^ ladie produite par l'action du plomb ou du cuivra sur l'économie. La colique que le plomb occasionne a été désignée par beaucoup de noms différens : on l'appelle colique saturnine , parce qu'elle est causée par les émanations du plomb , métal comparé à Saturne par les alchimistes ; on l'appelle colique des peintres , des plombiers , des potiers , etc. , etc. , parce que ceux qui exercent ces professions , sont plus exposés que d'autres à en être affectés. On lui a également donné le nom de colique de Devonshire, de Madrid, de Poitou , parce qu'elle ressemble beaucoup à une espèce de colique qui porte ces différens noms , et que l'on appelle plus ordinairement colique végétale.

» La colique saturnine peut être causée par l'exercice des diverses professions dans lesquelles on se sert du plomb , par l'usage de l'eau et des alimens long-tems conservés dans ce métal, ou par l'usage des vins adoucis avec la litharge, ou enfin par l'habitation de lieux qui renferment des émanations de plomb. Ainsi ce métal exerce son influence malfaisante , soit que son absorption ait lieu par la peau , soit qu'elle ait lieu par la membrane muqueuse des voies digestives , soit qu'elle se fasse par la membrane muqueuse qui tapisse les organes de la respiration. Nous devons dire cependant qu'en médecine on emploie sans

danger les préparations de plomb à rintérieur et à Textérieur, mais c'est parce qu'on gradue avec précaution les doses de ces préparations.

» On admet généralement que les émanations saturnines agissent sur le système nerveux en le stupéfiant. Elles exercent aussi une fâcheuse influence sur les intestins , soit qu'elles affectent leur membrane muqueuse , leur tunique nerveuse ou leur membrane musculeuse; car on n'est point d'accord sur celle de ces diverses tuniques qui se trouve principalement lésée. Il est probable que plusieurs d'entre elles sont à la fois le siège de la maladie; ce qu'il y a de certain, c'est que l'on trouve chez les sujets qui meurent des suites ou des complications de la colique des peintres, l'intestin épaissi et son calibre très-diminué.

Cette maladie est caractérisée par une constipation Ion* gue et opiniâtre. Les douleurs commencent ordinairement vers les reins , s'avancent vers le nombril , remontent vers le creux de l'estomac et sont quelquefois accompagnées de nausées ou de vomissemens de nature variable. Le ventre est le plus souvent déprimé, de telle sorte que le nombril semble apphqué sur la colonne vertébrale; quelquelois au contraire il est distendu par des gaz; ordinairement quand on le presse avec la main , le malade éprouve du soulagement : dans d'autres cas, la pression est trèsdouloureuse. Le visage offre, dans son expression, de nombreuses variations : le teint est hâve , et , comme on le dit, plombé; le pouls dur, mais presque jamais fébrile. Il n'est pas rare de voir la respiration gênée, a cause du soulèvement du diaphragme; les membres sont le siège de crampes très-douloureuses : on observe quel-

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quefois des paralysies partielles qui se dissipent difficileuient,

» Abandonnée à elle-même^ la colique des peintres peut durer fort long-tems. Si les douleurs du ventre se passent, elles sont remplacées par des paralysies qui deviennent incurables; lorsqu'au contraire on emploie un traitement convenable , la maladie se guérit avec facilité.

ii Le traitement de la colique métallique a beaucoup varié; on a employé les saignées, les adoucissans et les narcotiques avec peu de succès , et l'on a adopté généralement une méthode entièrement empirique, connue sous le nom de traitement de la Charité , dont les succès nombreux justifient suffisamment l'emploi. Nous dirons seulement que les sudorifiques et les purgatifs , tels que le séné, le jalap, la casse, le sulfate de soude et l'émétique , portés à haute dose , forment la base de ce traitement.

» M. Ranque, médecin de l'Hôtel-Dieu d'Orléans, vient de proposer une méthode qui consiste dans l'usage des lénitifs et de lavemens antinévralgiques et dans l'emploi d'emplâtres irritans, qui déterminent sur la peau des reins et du ventre , où on les apphque, des boutons nombreux. Cette méthode, qui est puissamment dérivative, ne semble pas devoir offrir d'inconvéniens et paraît avoir été couronnée de beaucoup de succès. ( Voyez Archives de Médecine , tom. vu , pag. 579. )

» Il faut autant que possible chercher à prévenir cette maladie par la surveillance des boissons que l'on peut frelater et des ateliers où le plomb est mis en œuvre.

» La maladie que l'on nomme colique de cuivre , se iuanifeste par des symptômes qui sont à peu près les mêmes que ceux de la colique de plomb , avec cette dil-

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fércncc qu'elle esl accompagnée de dévoiembnt au lieu de constipation, et que le plus souvent le ventre est doulou reux au toucher. On emploie pour la combattre le même traitement que pour la colique saturnine; mais, avant d'avoir recours à cette médication , il est bon de faire prendre d'abord du lait, des lavemens émolliens , etc. Ce n'est que quand ces moyens sont insuffisans, et quand il n'y a pas de complication inflammatoire , que l'on peut mettre en usage le traitement de la Charité. »

Le Moniteur du 25 octobre 1825, contient l'article suivant extrait de VHjgie, n° lyô, dans lequel on fait l'éloge de cette même méthode employée par Ranque , contre les maladies produites par le plomb. « Sa méthode qui n'exige ni purgatifs, ni vomitifs, ni sangsues, n'emploie que de puissans sédatifs à l'extérieur et en lavemens. Elle guérit ordinairement en quatre à cinq jours, et ne laisse après elle aucun vestige de la maladie, quelque violente qu'elle soit, quoiqu'accompagnée d'épilepsie, de paralysie des membres et de cécïié , etc. »

Gomme ce sont surtout les couleurs dans lesquelles entrent les oxides de plomb et de cuivre qui produisent ces ravages , c'est au peintre à s'en garantir particulièrement en aérant le heu où il broie , et en évitant d'aspirer ces couleurs en état de poudre. Quant au vert-de-gris , on sait que les droguistes et les peintureurs le mettent et l'enveloppent dans une peau pour le concasser et le pulvériser. Quand ils le broient, ils ont soin de le liquéfier avant de l'agiter avec la molette.

Au reste il importe de tranquilliser les peintres qui néghgeraient les précautions matérielles du coloris, sous le prétexte ridicule que leur santé requierre cette négligence.

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On a déjà combattu l'opinion du médecin Ramazzini , qui à tort attribue la mort prématurée de certains peintres à TefFet malfaisant des émanations des substances qu'ils emploient dans leur art. On lui a répondu que le grand nombre de peintres morts fort âgés démontrait le contraire de son assertion, à laquelle on a opposé surtout la longévité de celui de tous les peintres qui a le plus manié de couleurs et même jusqu'à son dernier jour, celle du célèbre Tiziano , qui mourut âgé de quatre-vingt-dix-huit ans, et qui serait devenu probablement centenaire si la peste qui régnait à Venise, en 1576, ne l'eût enlevé à son art. Nous indiquerons de plus l'ouvrage de Buchner, sur la Colique des peintres, et celui de Palais (Benjamin). Paris, 1826, 1 vol. in-8°,- chez Méquignon.

Il conviendrait peut-être d'ajouter ici que l'état nerveux, dans lequel se trouve un grand nombre de peintres, ne provient pas d'une cause physique, mais d'une cause morale. Cette cause, c'est l'incertitude dans laquelle les laisse leur éducation artistique imparfaite , et par conséquent le peu de force, de résistance qu'ils ont à opposer aux idées fausses, aux préjugés et au despotisme de la mode , qui constamment contrarient leur bon sens naturel ainsi que leur tendance d'artistes vers les résultats élevés et transcendans du génie. Cette ignorance où ils sont du positif de leur art , si imparfaitement , si irrégulièrement enseigné dans les écoles , les laisse donc toute la vie dans une fausse position, et les réduit à la nécessité douloureuse de travailler plus par singerie et à tâtons que par conviction et à l'aide du savoir.

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