‹ Traité complet de la peinture (volume 2)Chapitre 12 sur 127 · DES VERNIS SERVANT A RETOUCHER · texte numérisé non relu

DES VERNIS SERVANT A RETOUCHER

Oepuis Van-Eyck, on n'a cessé, ainsi que je l'ai dit , de suppléer à ce qui manque à la peinture à huile, en ajoutant aux couleurs des mixtures composées de résines , de cire, etc. Mais c'est surtout depuis la fin du dix- huitième siècle , époque où les peintres de grands sujets pensèrent à quitter la manière froide et monotone des coloristes précédons , qu'on fit usage de ces ressources et qu'on se servit d'un vernis particulier pour retoucher les peintures et pour aviver les embus. On appela cette mixture vernis à retoucher. Voici une des premières recettes employées à Rome , dès ce tems , et répandues ensuite dans toute l'Europe : elle date de 1792.

«Huile de noix , huit onces. — Litharge, deux onces;

» Blanc de plomb en poudre, une demi-once;

» Et cire blanche en morceaux.

VERNIS SERVANT A RETOUCHER. " ^n^

yt On met sur un bain de sable, dans un matras, l'huile et la litharge; le degré du feu doit être capable de la faire bouillir doucement : onlaremuedetems entems,pour que rien ne s'attache au fond du vase. Au bout de cinq ou six heures, lorsque l'huile commence à s'épaissir, on y ajoute le blanc de plomb , et on continue toujours de remuer jusqu'à ce que l'huiie ait acquis la viscosité d'un sirop :' le tems de cette opération varie suivant le degré de chaleur , etc. ; mais l'on peut dire que plus on y emploie de tems avec un feu modéré , meilleure est la composition» » Lorsque l'huile a acquis la viscosité d'un sirop , on y ajoute de la cire blanche coupée par petits morceaux; on reconnaît qu'on y en a mis assez , lorsque prenant avec un couteau un peu de cette huile , on en met sur la palette et qu'elle se manie comme du beurre , sans couler. On la laisse encore quelque tems sur le feu , pour que la litharge et le blanc de plomb se précipitent bien au fond ; ensuite on la verse doucement sur un marbre , on la broie avec la mollette , puis on la met dans un vase qui puisse fermer, et on la garde sous l'eau qu'on renouvelle de tems en tems.

» Pour s'en servir , on la mêle avec du vernis à l'essence; ce qui , au lieu de la faire couler, lui donne la consistance d'une gelée. Si la composition est trop ancienne , et par conséquent trop visqueuse , on y ajoute un peu d'huile pour lui rendre le degré de liquidité convenable. Si la composition est trop fluide, les glacis que l'on fait avec s'emboivent; et si elle est trop visqueuse , on a de la peine à s'en servir.

» Cette composition sert à glacer les clairs : elle ne jaunit pas sensiblement; au contraire, elle blanchit à

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l'air au commencement. On peut en mêler dans ses couleurs, ou en frotter sur l'endroit que l'on veut peindre; on prévient alors les embus.

» Pour les ombres , il faut prendre de l'huile grasse ordinaire bien siccative, la mêler avec du vernis à l'essence, moitié par moitié : le vernis donne à l'huile la consistance d'une gelée. Au bout d'un jour ou deux , lorsque le mélange a acquis de la solidité, on met de l'eau par- dessus pour le conserver.

» On les mêle quelquefois toutes les deux ensemble : par exemple, lorsque l'on peint avec de la laque et du cinabre , qui sont sujets à couler, la cire qui est dans la première empêche ces couleurs de couler. — Il est bon que la composition soit préparée avec le vernis un ou deux jours d'avance; elle en est plus brillante, et prend moins vite , ce qui donne le tems nécessaire pour retoucher les ombres. »

Une autre recette plus moderne a été fournie par un peintre flamand.

» Dissolvez, au bain-marie, du mastic dans l'essence de térébenthine. Broyez à sec, et le plus fin possible, du sel de Saturne ( acétite de plomb ) : versez dans un vase une pinte d'huile de pavot et deux pintes d'eau claire; jetez-y de la craie et du sable : faites bouillir cette huile pendant plusieurs heures sur un feu doux; ajoutez-y deux fois de l'eau à proportion de ce qu'elle se trouvera diminuée, et remuez de tems en tems la matière.

» Exposez ensuite cette huile dans de Veau, au soleil, pendant trois mois , au fort de l'été.

» La veille du jour que vous voudrez employer le vernis, vous délaierez sur la palette un peu de sel de saturne avec

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