‹ Traité complet de la peinture (volume 2)Chapitre 125 sur 127 · TOME IX · texte numérisé non relu

TOME IX

706 PRCCâDliS MA.TÉRIELS.

)) Pour rendre un peu de souplesse à la peinture trop desséchée, elle a été frottée partout avec de la carde de coton imbibée d'huile , et essuyée avec de la vieille mousseline; ensuite, de la céruse broyée à l'huile a été substituée à l'impression à la colle, et fixée par le moyen d'une brosse douce.

» Après trois mois de dessication , une gaze a été collée sur l'impression à l'huile , et sur celle-ci une toile fme.

» Lorsque cette toile a été sèche , le tableau a été détaché de dessus la table , et retourné , pour en ôter à l'aide de l'eau , le cartonnage. Cette opération faite , on a procédé à faire disparaître les inégalités de la surface qui provenaient du recoquillement de ses parties : pour cela , l'artiste a appliqué successivement sur les inégalités , de la colle de farine délayée; puis, ayant mis un papier gras sur la partie humectée , il a appuyé un fer échauffé sur les recoquillages , qui se sont aplanis : mais ce n'est qu'après avoir employé les indices les moins trompeurs pour s'assurer du degré de chaleur convenable , qu'on s'est permis d'approcher le fer de la peinture.

)) Nous avons vu qu'on avait fixé la peinture débarrassée de son impression à la colle et de toute substance étrangère , sur une impression à l'huile , et qu'on avait rendu une forme plane aux parties recoquillées de la surface; le chef-d'œuvre devait encore être appliqué solidement sur un nouveau fond. Pour cela , il a fallu le cartonner de nouveau , le dégager de la gaze provisoire qui avait été mise sur l'impression , ajouter une nouvelle couche d'oxide de plomb et d'huile , y appliquer une gaze rendue très-souple , et sur celle-ci , également enduite de la préparî^tion do plomb, une toile écrue , lissée tout

NETTOIEMENT lîT RÏiPARlTION DES PEINTURES. 7O7

(l'une pièce, et impreignée, h. la surface extérieure, d'un mélange résineux qui devait l'assujettir h une toile pareille tixée sur le châssis. Cette dernière opération a exigé qu'on appliquât exactement à la toile enduite de substances résineuses le corps du tableau débarrassé de son cartonnage, et muni d'un fond nouveau, en évitant tout ce qui pouvait lui nuire par une extension trop forte ou inégale , et cependant en obligeant tous les points de sa vaste étendue d'adhérer h la toile dressée sur le châssis. C'est par tous ces procédés que le tableau a été incorporé à une base plus durable que la première même , et prémuni contre les accident qui eiï avaient produit la dégradation; puis il a été livré à la restauration. »

Moyen de transporter sur toile une peinture exécutée sur mur. — On a long-temps cherché mais en vain le moyen de détacher les peintures exécutées sur mur, et de les rendre transportables. Il paraît que jusqu'ici, et même dans l'antiquité, on n'en a pas trouvé d'autre que celui d'enlever le mur lui-même , ce qui a toujours semblé fort dangereux. Mais , aujourd'hui on a approché plus près du but; on croit même l'avoir atteint tout-à-fait.

Lanzi nous dit qu'Antoine Contri, qui vivait em. lySa , passe pour être l'inventeur de l'art de transporter sur toile les peintures des murs. Lanzi ne nous fait point connaître le procédé de ce peintre. Nous savons seulement que cet artiste se servait de sable pour comprimer également les deux surfaces fraîchement superposées et collées.

Dernièrement M. Stephano Barezzi , de Milan, a trouvé un moyen très-simple pour séparer de leur muraille des peintures à fresque , de qvielque grandeur qu'elles soient.

7o8 pRoci;Diis matéruils.

et pour les transporter sur une autre muraille, sans courir le risque de les endommager. A cet effet, il couvre le tableau d'une toile , préparée de manière qu'elle enlève toute la peinture , et qu'elle laisse la muraille blanche. La même toile , ou , si l'on veut , le derrière de cette même peinture , est appliquée ensuite sur une autre muraille , où la peinture s'attache sans que le moindre trait en soit perdu. Par ce moyen, plusieurs tableaux estimés ont déjà été détachés de leur emplacement primitif. On en a fait l'essai , tant sur des murailles inégales que sur des murailles unies , et toujours avec le même succès. L'artiste reçoit tous les encouragemens possibles du gouvernement romain. Il s'est occupé ensuite à détacher un grand tableau de Marco d'Uggione dans l'église délia Pace. On espère que, par ce procédé, on pourra soustraire aux ravages du tems les beaux restes de la Cène , de Léonard de Vinci.

Voici ce qu'on lit h. ce sujet dans l'Encyclopédie : « On peut parvenir à transporter sur toile une peinture à l'huile faite sur mur. 11 faut scier avec grand soin une partie médiocrement étendue de la muraille peinte , coller une toile sur la peinture avec une colle bien tenace; user avec précaution , et sans exciter aucun éclat , l'épaisseur de la muraille ; et quand elle sera devenue très-mince , établir tout autour un rempart de cire; alors on jettera dessus un acide qui décomposera la pierre calcaire, et l'on observera bien le moment où cet acide sera près de toucher à la peinture , pour se hâter de l'enlever et de verser à la place de l'eau claire. 11 ne s'agira plus que de mettre sur toile la peinture détachée de la muraille, et Ton suivra à cet égard le même procédé que pour la pein-

tiire détachée d'un panneau. Comme on aura été obligé de scier par parties une grande composition, on rajustera avec soin ces parties sur la toile , et un peintre habile réparerait les jointures. Peut-être ne serait-il pas nécessaire d'établir un rempart autour de la peinture, et de couvrir la pierre d'une certaine épaisseur d'acide : il pourrait bien sufTire d'humecter doucement la pierre calcaire avec un linge trempé dans l'acide. De cette manière on serait plus maître de son opération , parce qu'elle se ferait avec plus de lenteur. Nous avons supposé que la peinture était sur la pierre ; mais si elle était sur un enduit de plâtre, comme il arrive plus ordinairement , le succès serait plus facile. L'enduit de plâtre représente assez bien les couches en détrempe de l'impression des peintures sur panneaux. »

Voyez, sur ces questions particulières, l'ouvrage de Hamburgïsches. ( Magasin encyclopédique , tom. xiv, pag. 2o5.)

Nettoiement , dévernissure. — La première opération nécessaire pour le nettoiement d'un tableau, est celle qui consiste à enlever le vernis , dont presque toujours les peintures sont couvertes. J'entends parler du vernis ordinaire sans huile, et non du vernis gras, si tenace, si dur, et incorporé quelquefois dans la peinture : l'enlèvement de cette espèce particulière de vernis appartient à l'art du nettoiement; mais l'enlèvement du vernis ordinaire, sans huile , est facile et peut être pratiqué par tout le monde.

On peut distinguer deux manières d'enlever le vernis ordinaire des tableaux : à sec par pulvéï^isation : en détrempant, ou par dissolution. Voici la manière d'enlevev

le vernis par frottement et par pulvérisation avec les doigts. Nous copions ce que dit, à ce sujet, iVI. Bouvier.

« Mettez le tableau sur une table , et déposez , pour commencer , une pincée de colophane en poudre sur un des angles du tableau et sur l'une des places les moins importantes , et frottez-en , avec le bout des doigts , la partie que vous attaquez.

» Bientôt elle mettra le vernis en poussière; cette place étant une fois entamée, le reste suivra de proche en proche , et la poussière même du vieux vernis vous servira de véhicule, et vous aidera à réduire en poussière tout le reste.

» Il ne faut pas vous servir d'autre agent que des doigts, parce qu'ils ont la sensation de ce qu'ils font , et vous avertissent quand il faut s'arrêter.

)) On doit s'armer de patience , car ce travail est long : il ne faut pas frotter trop long-tems de suite à la même place, de crainte de trop user et d'enlever de la peinture, surtout dans les chairs et dans les parties où l'on présume qu'il y a des glacis. Il vaut mieux ôter d'abord le plus gros , et nettoyer de tems en tems la poussière , pour voir plus nettement ce que l'on fait , mais il ne faut rien mouiller; l'on prend une barbe de plume, ou une patte de lièvre , pour écarter cette poudre", et l'on souffle dessus pour nettoyer ce qui en reste. Quand tout le tableau est entamé, et qu'il est mat partout, on le nettoie avec plus de soin , mais toujours sans humecter ; et l'on recommence cl user ce qui peut encore rester de vernis. Quand on s'aperçoit qu'une partie ne produit plus de poussière , l'on avance , en suivant de proche en proche , et non pas par places isolées , jusqu'à ce qu'on ait la certitude d'avoir

:entièrement enlevé le vernis. On sent qu'en approchant de la fin du frottage, il faut procéder avec encore plus de ménagement i mais, dans aucun cas, il ne faut pas appuyer fortement les doigts sur la toile , tant pour ne pas y creuser des cavités , que pour ménager la peinture. L'on s'attache avec plus de soin à enlever complètement le vernis sur toutes les parties lumineuses et claires , et sur lesquelles la teinte enfumée cause le plus de dommage , comme aux chairs , aux linges , aux ciels , etc. Il ne faut pourtant pas négliger les parties hrunes , comme les fonds ou les ombres très-obscures de certains objets auxquels on attache moins d'importance. Les ombres des chairs demandent autant de soin que tout le reste , si on veut leur rendre leur première transparence, sans laquelle elles ne seraient plus en harmonie avec les lumières , et paraîtraient comme des taches noires. »

Passons à la manière d'enlever le vernis en le détrempant par dissolution. L'essence de térébenthine et l'espritde-vin surtout, ou l'un et l'autre mêlés ensemble, ne manquent pas de dissoudre très-promptement les vernis ordinaires destinés à lustrer les peintures; mais ces li-^ queurs sont bien mordantes, et peuvent, étant employées par une main novice , attaquer les couleurs légères qui composent la couche supérieure de certains tableaux : il faut donc user de ce moyen avec beaucoup de précau tions; l'esprit-de-vin associé à l'essence, est par-dessus tout à redouter. On imbibe donc légèrement un petit morceau de coton cardé et on en frotte le vernis , qui aussitôt se détache et se fixe sur le coton : on retourne , on replie celui-ci , et on nettoie à une autre place. Cette première opération ayant attendri ce qui reste de vernis , il faudra

user de plus de ménagemens encore lorsqu'on s'occupera du second nettoiement. Enfin ce moyen est si actif, qu'on a cru devoir quelquefois n'employer que de l'eau-de-vie. Pour cela « on se procurera , dit encore M. Bouvier , de la bonne eau-de-vie de vin; on posera le tableau sur une table, et , avec un linge propre et fm ou du coton, l'on en humectera une partie du tableau pendant quelques instans sans le frotter; après une demi-minute environ, l'on frottera légèrement cette partie avec le linge, et l'on s'arrêtera à tems pour ne pas entamer la peinture , quand on verra que le vernis est enlevé. On ira ainsi progressivement de place en place , en avançant et en ayant soin de ne se servir du linge que là où il est encore propre , sans quoi l'on salirait la place qu'on vient de nettoyer. Quand on a ainsi nettoyé le tableau, on l'essuie légèrement; puis avec un nouveau linge fin et plus grand (qu^on trempe dans une tasse d'eau-de-vie tout-à-fait propre ) , l'on frotte légèrement, et on lave entièrement la superficie, sans laisser séjourner l'humidité que le linge y a déposée. Dans toute cette opération il faut éviter d'attaquer les couleurs du tableau. »

J'ajouterai que le jaune d'œuf ayant la propriété de dissoudre les résines , on peut l'employer avec succès. A cet effet , on le laissera séjourner quelque tems sur le tableau , après l'avoir battu et mêlé avec une goutte d'eaude-vie , puis on l'enlèvera soit à l'eau tiède , soit même à l'aide de l'eau-de-vie.

Nettoiement des salissures quelconques, taches d'anciens repeints , etc. — C'est avec raison qu'on a signalé les difficultés attachées à l'art de nettoyer les peintures et qu'on a conseillé aux propriétaires de beaux tableaux de les cou-

server plutôt sous leur crasse que de les confier à des nettoyeurs ignorans. En effet , la valeur d'un tableau qui n'est pas nettoyé est toujours la même, malgré les salissures qui le recouvrent; et les connaisseurs ne l'apprécient pas moins à sa juste valeur. Cette crasse même les prévient en faveur du dessous où ils sont sûrs de ne trouver aucune souillure.

Il est assez singulier que des gens étrangers à la peinture osent publier et propager des recettes pour nettoyer les tableaux. Les livres de secrets sont remplis de ces procédés , imaginés plutôt pour anéantir les couleurs que pour les faire revivre; l'un vous dit : prenez la moitié d'une pomme de rainette très-acide , et frottez-en le tableau ; un autre préfère l'oseille triturée , et avec ce mordant il veut qu'on récure le tableau comme s'il s'agissait d'une casserole en cuivre; un autre enfin vous fait prendre une moitié d'oignon : il y en a qui prescrivent l'urine mêlée avec de la poudre d'alun ; enfin les cendres , la potasse , le savon noir sont indiqués comme difFérens moyens d'atteindre le même but. Ils sont efficaces en effet dans certaines mains, pour effacer, anéantir les peintures, mais non pour les faire revivre.

D'autres recettes mal entendues sont ou inutiles ou nuisibles à la peinture ; tel est le procédé suivant : « Prenez » deux livres de graisse de rognons de bœuf, une once de » terre jaune broyée à l'huile, une demi-livre de céruse » broyée à l'huile de noix; on fait fondre la graisse , et on » ajoute en même tems une livre d'huile de noix avec la )) terre jaune et la céruse; on mélange bien le tout avec une » spatule , et on applique cette composition tiède derrière ))le tableau; elle en fera revivre toutes les couleurs. »

714 PHOCiDÉS MATliRIELS.

Lorsque le tableau que l'on va nettoyer est bien solidement établi sur une toile neuve, qu'il a été bien tendu , bien aplati , que sa surface extérieure est devenue trèsluiie , et enfin que son vernis a été enlevé , il faut procéder au nettoiement. On trouve quelquefois sur la peinture des vernis à huile, et sous ces vernis des vernis au blanc d'œuf, puis des frottis de couenne de lard, enfin des salissures de fumée de poussière entre ces couches; plus des salissures de mouches, des places repeintes à différentes époques , etc. Et comme il y a autant de différentes matières sales qu'il y a de différeus tableaux , on conçoit quelle doit être la sagacité du réparateur, lorsqu'il s'agit de discerner le caractère de ces couches successives et diverses qui masquent la peinture originale; et non-seulement il faut savoir quel est le caractère de la couche étrangère que l'on attaque, mais aussi quels sont les agens les plus propres à la détruire , à l'enlever. L'eau tiède , longuement apposée , amollit les gommes , les blancs d'œufs et les salissures de fumée : l'eau alkalisée les amollit , les enlève mieux encore. Les huiles volatiles , l'espritde-vin , Feau-de-vie amollissent et enlèvent les résines : le jaune d'œuf les amollit aussi; mais l'esprit-de-vin surtout les dissout bien plus promptement. Ce qui résiste le plus , ce qui est tenace, rebelle, adhérant à la peinture originale , ce sont les vernis gras ou h huile-résine , ce sont aussi les repeints ; et comme ces masses , plus ou moins encroûtées, sont souvent fixées sur des parties fort fines, fort minces du coloris du tableau , rien n'est si difficile que d'enlever ces matières sans attaquer ces finesses.

Un traité complet de l'art de netloyer les peintures est pour ainsi dire impossible. Outre qu'il n'expliquerait ja-

mais tous les cas , toutes les combinaisons , il deviendrait nécessairement l'exposé le plus ennuyeux et le plus fatiguant qu'on pût jamais parvenir h lire. Il faut donc absolument laisser les gens agir à leur façon , une fois qu'ils connaissent les moyens et les expédiens. Le reste est une affaire d'expérience, de prudence et d'adresse.

Il est impossible, par exemple, de prescrire l'emploi de tel ou tel moyen ou agent , non plus que la durée du contact de ce dissolvant; on ne peut pas non plus prescrire les cas où le grattoir seul doit enlever les parties dures qui constituent la saleté qu'il s'agit de détruire. Sur certaines parties très-tenaces on appose parfois de Fespritde-vin contenu dans un linge : on enferme ce linge sous une glace ou sous une plaque de métal : d'autres fois même on emploie l'éther rendu permanent de cette même façon; puis, quand les corps étrangers sont amollis, on les enlève au grattoir.

On réussit quelquefois en maintenant plus ou moins long-tems une serviette mouillée et pliée sur la surface du tableau ; cela attendrit les saletés et en facilite la dissolution et l'enlèvement. Ce moyen est souvent employé avec succès contre les salissures des mouches. On sait qu'on pourrait préserver de ces insectes les tableaux , si on lavait de tems en tems ceux-ci avec de l'eau , dans laquelle on aurait fait tremper des poireaux.

Enfin , si l'on frotte à l'aide d'une brosse à peindre les places du tableau en employant de l'eau de savon plus ou moins forte, ou bien de l'eau-seconde ', on décrassera

1 On connaît dans le commerce , sous le nom de potasse , une substance qui s'obtient par l'évaporation à siccité de la lessive préalablement filtrée de cendres d'une quantité sufifîsante de bois. Ce résidu

;;i6 PROCÈDES MATÉRIELS.

certainement le tableau , mais ce moyen est comparable h celui du poison, qui sauvera un malade soigné par un médecin habile , et qui tuera le malheureux dont le sort est entre les mains d'un docteur ignorant. Disons donc qu'on ne doit pas épargner l'eau, puisqu'elle arrête les effets de la lessive, ni l'huile, puisqu'elle paralyse ceux de l'espritde-vin et des huiles volatiles , parmi lesquelles celle du citron est fort à redouter.

Presque toujours les nettoyeurs attaquent fortement les partis empâtées , et n'osent décrasser les parties légères et glacées avec les teintes fines de la palette ; il résulte une grande discordance de ces prétendus ménagemens; et les places nettoyées deviennent à leur tour des taches qui font paraître plus sale encore tout le reste.

Pour nettoyer un tableau, il faut donc beaucoup de patience , beaucoup de tems , et on ne doit faire qu'à plu-r sieurs reprises ce qu'on voudrait faire d'un seul coup.

calciné est ordinairement mêlé de plusieurs autres substances; et , dans cet état , il constitue la potasse impure ou brute : il nous en vient beaucoup de l'Amérique septentrionale , de Dantzick , et surtout de Russie. La cendre provenant de la combustion de la lie de vin, convenablement desséchée, forme un alkali connu dans le commerce sous le nom de cendres gravelées. On estime les cendres gravelées de Lyon et celles de Bourgogne. Il faut les garder dans des vaisseaux bien clos et dans un endroit sec , car elles sont susceptibles d'attirer l'humidité de l'air, qui les pénètre facilement et les réduit en liqueur. En faisant tremper dans un vase trois livres de potasse et une livre de cendres gravelées , et en faisant subir à ce mélange quelques bouillons sur le feu, dans une marmite de fonte, on a une liqueur très-forte et très-mordante, que les peintres appellent ordinairement eau-seconde, et qu'ils ne confondent pas avec l'eau seconde dont on fait usage dans les arts , et qui consiste dans le mélange d'une partie d'eau-forte (acide nitrique du commerce ) et de deux parties d'eau.

ÎVETTOIEMENT ET RÉPAKATION DES PEINTURES. 717

Mastiquer les interstices et les creux. — Nous croyons devoir affirmer que le mastic à huile est très-préjudiciable aux repeints qui doivent le recouvrir. 11 est long-tems k sécher, et, comme il finit par changer de teinte et de ton, il décompose la couleur des repeints. De la colle de parchemin, du blanc et de l'ocre sali ou modifié selon les ^ alentours de la place mastiquée, suffisent pour composer un mastic solide , et qu'on peut rendre plus liant en y ajoutant un peu de miel. Le jaune d'œuf est encore un excellent gluten pour mêler avec les couleurs qui composeront le mastic. Mais la terre glaise , la terre d'ombre et l'huile de lin sont une fort mauvaise composition pour mastiquer des tableaux, bien qu'on indique cette recette dans plusieurs livres , et bien qu'elle soit bonne peut-être pour tout autre objet qu'un tableau.

Repeindre les endroits mastiqués, — Je nie qu'il faille repeindre dans un ton plus clair ou plus beau, par la raison que l'huile abaissera plus tard l'éclat de ces repeints. Je dis qu'il faut préparer les couleurs des repeints, on avec deux tiers d'huile seulement , selon la méthode qu'on trouve indiquée dans ce neuvième volume , page 4o8 , ou qu'il faut les préparer à l'encaustique.

Quant au talent de coloriste , il doit être possédé par le réparateur qui se charge de peindre les endroits altérés ou mis à nu. La teinte , le ton et la touche doivent sembler l'ouvrage du maître; et le goût, les idées, la manière du réparateur ne doivent apparaître aucunement.

Nettoiement des dessins et des estampes. — Les artistes ne trouveront point superflue ici l'indication du moyen qu'il convient d'employer pour nettoyer et blanchir le papier de leurs dessins ou des estampes qu'ils conservent

7l8 PROCÉDÉS MATJ^RIELS.

pour leurs études. On doit à la chimie moderne des procédés beaucoup plus simples, plus faciles que les anciens , qui ne se pratiquaient guère sans l'assistance du soleil et sans humecter très -fréquemment le papier.

On se procurera donc une dissolution de chlorure de potasse ou de chaux , dans laquelle on introduira les gravures , qu'on aura soin d'établir horizontalement entre deux filets bien tendus. L'appareil consiste en une petite caisse de plomb ou de bois, enduite d'un mastic résineux; après qu'on y aura placé une gravure, on y fera couler le liquide par un tube adapté à l'un des côtés. Quand la gravure en sera suffisamment recouverte , on l'abandonnera à l'action du chlorure tout le tems suffisant; et ensuite, après avoir retiré le liquide , on la lavera avec de l'eau pure qu'on renouvellera plusieurs fois de suite. Les gravures , pour être séchées , doivent être exposées à l'air sur des toiles que l'on tient étendues et dans une position un peu inclinée. On conçoit qu'il est possible de blanchir plusieurs pièces à la fois dans le même vase , pourvu qu'on ait soin d'empêcher qu'elles n'adhèrent entr'elles , et pourvu qu'on les expose bien également dans toutes leurs parties à l'action du chlorure en dissolution.

Yoici un autre procédé. Faites tremper la gravure pendant vingt-quatre heures dans l'eau pure : quand elle est à moitié sèche , couchez-la sur un papier brouillard bien propre , étendu sur un plan horizontal ; prenez un gros pinceau rempli de peroxide d'oxigène, ou eau oxigénée, et lavez avec cette eau toute la gravure, qui, en se séchant , redeviendra d'un blanc de neige.

Parmi les auteurs qui ont écrit sur le nettoiement et la réparation des tableaux , on peut citer Crespi , Dagly ,

NETTOIEMENT ET RÉPARATION DES PEINTURES* 'Jlij

Domenici, Hamburgisches, Millin, au mot Restauration; voyez aussi le Magasin encyclopédique, tom. xiv, p. 2o5, les Mémoires de Trévoux, 1770; l'Encyclopédie, etc.

Je viens d'indiquer les moyens de nettoyer et de conserver les tableaux , mais , en vérité , il eut été peut-être utile aussi d'indiquer les moyens de les détruire : car il est évident que l'Europe en est comme infestée , et qu'en en laissant subsister seulement les deux tiers , il en resterait encore trop. Tout ce qu'on m'objecterait à cet égard ne me persuaderait pas; car on ne doit point être la dupe de ces mille et mille assentimens académiques, qui perpétuent la célébrité de tant de fausses productions , et qui sanctionnent les erreurs du maniérisme et les laideurs mensongères et dangereuses du pinceau. Les livres fourmillent de préceptes erronés , parce que nos galeries fourmillent de mauvais tableaux. Les louangeurs si souvent peu sincères de ces tableaux ont causé la perte de la peinture, et ils prolongent aujourd'hui la barbarie dans les beaux arts. On peut même dire qu'il y a lutte en Europe entre le sens commun et cette admiration factice des amateurs. Le public ne trouve intéressans que trèspeu de tableaux. Cependant aujourd'hui comme dans l'antiquité, il aimerait la peinture si on ne lui offrait que des tableaux utiles : aussi jette-t-il volontiers du ridicule sur cette manie qu'affectent tant de soi-disant admirateurs de ces singeries, de ces niaiseries du pinceau. L'amateur, de son côté , tient bon dans son extase factice, et il s'obstine dans sa prétention au titre de connaisseur. La perspicacité , la sensibilité sont des avantages auxquels il ne renoncera jamais , et il s'unit de cœur aux écrivains preneurs des plus misérables lazzis.

720 PBOC]f:DÉS MATÉUIELS. NETTOIEMENT, Clc.

Finissons par une citation qui vient assez bien à l'ap^ pui de ce que nous osons avancer ici. Ce passage est pris parmi beaucoup d'autres du même genre qui se trouvent dans le Traité de Dandré Bardon , professeur de l'Académie royale de peinture et de sculpture, en 1760. Nous y joindrons l'approbation de M. le directeur.

Tous ces ouvrages (Dandré Bardon veut parler des tableaux de Jouvenet) sont pleins de nouveautés, et de ces bizarreries ingénieuses qui équivalent aux grâces de la noble simplicité.

(x4pprobation de ]\L le directeur.) — ^ Ce Traité de » Peinture y que M. Dandré Bardon nous a communiqué » dans ses Conférences , me parait aussi utile aux ar- » tistes qu intéressant pour les amateurs. Je ny ai trouvé 5) que de bons principes , conformes aux tableaux des » grands m,attres^ aux ckefs-d^ œuvre de Cantique et aux ^vérités de la nature, » — Paris, le 29 octobre 1764.

» Garle Vanloo. »

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