‹ Traité complet de la peinture (volume 2)Chapitre 124 sur 127 · DE L'ART DE NETTOYER ET DE REPARER LES PEIN- TURES · texte numérisé non relu

DE L'ART DE NETTOYER ET DE REPARER LES PEIN- TURES

Il est assez surprenant que ce soit la peinture à huile, cette peinture dont on vante tant la solidité et la durée , qui seule , parmi toutes les autres espèces de peintures , ait besoin d'être fréquemment nettoyée et réparée. Il importe d'observer k ce sujet que ce n'est point précisément le procédé à huile , employé par le peintre dans l'exécution de son tableau , mais bien l'espèce de préparation de la toile ou du panneau, l'habitude de vernir

NETTOIEMENT ET RÉPARATION DES PEINTURES. Gcj'S

avec des résines jaunissantes , l'usage assez mal entendu de retoucher avec des couleurs à huile les peintures endomïnagées , etc, , qui forcent d'enlever les vernis et les repeints, et de tourmenter enfin presque constamment les tableaux.

L'état délabré des tableaux est une chose si ordinaire , ainsi que la nécessité de les nettoyer et de les réparer , qu'il arrive souvent , loin des grandes villes , que , faute d'habiles réparateurs, on emploie l'industrie d'ouvriers plus ou moins ignorans , qui parviennent presque toujours , mais en dégradant le tableau , à le revivifier. Cependant la maladresse de ces ouvriers nécessitera à l'avenir d'autres réparations inévitables. Celle qu'ils prétendent avoir faite a donc été toujours payée trop cher , soit par la somme qu'ils se sont fait compter , soit par l'état de moindre valeur dans lequel ils ont réduit des tableaux naguère précieux. Les repeints et les vernis ne parviennent h déguiser cette dégradation que pendant un certain tems , et au bout de quelques années on se trouvera dans la nécessité d'y remédier de nouveau.

L'art de réparer les tableaux fut surtout cultivé à Venise; il est inutile d'en rechercher ici la véritable raison ; malgré tout il est peu judicieux de trouver cette raison dans le climat de ce pays , dans l'humidité de l'air et la proximité de la mer qui , dit-on , imprègnent l'atmosphère de cette ville de parties salines, dont l'influence est funeste aux tableaux. Quelle que soit cette cause, le gouvernement de Venise se décida à pensionner quelques habiles artistes, pour qu'ils eussent à veiller à la conservation ' des tableaux appartenant à l'État , et à nettoyer sans daager ceux qui avaient souffert. En 1778, on consacrait

ce genre de travail une grande salle à Saint-Jean-Paul , et la direction en fut confiée à M. Pierre Edwards. Depuis cette époque un grand nombre d'artistes non Vénitiens excellèrent dans cet art.

Il faut distinguer deux espèces de ravages ou d'altérations dans les tableaux; l'altération chromatique qui est indépendante de la solidité matérielle , et l'altération matérielle ou le défaut de solidité. L'altération chromatique est, ou accidentelle et réparable; ou elle est fixe et chimique , alors elle est irréparable. Quant à l'altération matérielle, on parvient plus ou moins à la réparer.

Les couleurs d'un tableau se dénaturent chimiquement de deux manières ; d'abord par l'effet de la lumière qui les fait évanouir , ensuite par l'effet de leur contact avec les glutens qui les fixent ou qui les recouvrent; glutens €[m , eux-mêmes , se colorent , se roussissent , et qui , combinés avec certaines couleurs matérielles et minérales de la palette , et avec l'atmosphère et la lumière , dénaturent la teinte des couleurs qu'on leur confie. Ces deux espèces d'altérations ne peuvent se réparer. Les teintes évanouies ou dévorées par la lumière ne reviennent par aucun moyen. Quant aux teintes obscurcies , assourdies, roussies, noircies par les glutens dans lesquels elles sont incorporées , elles ne reprennent jamais leur fraîcheur. 11 n'y a donc que les altérations chromatiques accidentelles qui sont réparables , c'est-à-dire, les altérations provenant de glutens superposés , de salissures intérieures , de la présence de corps étrangers superposés , et aussi d'une disposition des molécules de la superficie qui réfléchit avec désordre les rayons de la lumière au lieu de les absorber; désordre qui peut se réparer

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en changeant cette contexture accidentelle , et en y faisant pénétrer un corps fluide, diaphane, qui, en absorbant les rayons du jour , restitue à la peinture ou aux couleurs toute leur intensité primitive.

L'altération matérielle, c'est-à-dire, celle qui résulte du brisement des parties , de leur solution de continuité , est plus ou moins réparable. Les places effacées par des frottemens ou par l'effet de certains mordans se réparent à l'aide des repeints. Les brisemens même des subjectiles peuvent aussi se réparer; on peut enfin enlever les couleurs et les changer de subjectiles. Nous allons examiner ces points différens : commençons par les accidens matériels relatifs aux subjectiles.

Panneaux fendus , voilés , disjoints , et tout-à-falt séparés. — Lorsque les ais d'un panneau sont disjoints, il faut en rétablir la jonction en les remettant en place et en collant les joints , le tout étant contenu par l'instrument de fer que les ébénistes appellent servent. Si le panneau est voilé , il faut le mettre en presse à l'humidité et le fixer par un parquet. On peut même amincir h la scie un panneau que sa trop grande épaisseur ferait voiler. Cet amincissement du panneau par la scie s'opère sans difficulté ; en effet on a vu un artiste infidèle, chargé de réparer un tableau précieux, le scier en deux et en faire exécuter une bonne copie sur la moitié qui portait l'empreinte du cachet du propriétaire ; en sorte que celuici voulait' prouver par ce cachet que la copie qu'on lui avait rendue était son vrai tableau. L'autre moitié , trouvée chez le faussaire, put seide le désabuser.

Si le bois est très-vermoulu , il importe d'enlever la peinture et de la fixer sur un autre subjectile; nous par-

leroiis de cette opération qu'on appelle entevage. Enfin si cette réparation est exécutée par un ouvrier adroit , il n'y aura presque rien à mastiquer et à repeindre.

Murs et crépis dégradés. — Lorsqu'un mur n'est dégradé que dans quelques petites places, on répare ces places et on y substitue une nouvelle peinture, moyen qui , exécuté par des couleurs à l'huile , n'est pas sans inconvénient , et qui, s'il s'agit de peinture à fresque ou à colle , est assez difficile , mais qui , pour une peinture encaustique, peut s'opérer avec facilité et sans aucun inconvénient.

Si le mur menace ruine et doit entraîner la peinture , ou bien si celle-ci tend à se séparer par l'effet de l'humidité et d'autres causes chimiques , il faudra procéder à l'enlevage.

Toiles trouées, crevées ^ déchirées, — Lorsqu'une toile est crevée , déchirée ou trouée , il s'agit ou de rejoindre ces déchirures ou de boucher même le trou avec une pièce. Dans ce cas un moyen fort simple et d'un facile emploi , c'est de fondre de la cire et d'y plonger la pièce de cannevas qui doit boucher le trou et en maintenir les bords. On l'applique toute chaude et toute liquide derrière la place déchirée , sur laquelle on aura eu soin auparavant de bien remettre en position les bords du trou , place qu'on aura d'ailleurs imbibée aussi de cire fondue. Cette pièce se refroidit et se durcit assez promptement ; c'est pourquoi on l'applatit avec une lame ou avec une spatule , de manière qu'elle adhère et que le dehors du tableau soit plan et uni. Par ce moyen , l'humidité et la sécheresse n'agiront point sur cette pièce qui , si elle était appliquée avec de la colle , goderait dans les tems secs ,

et rendrait toujours sensible la réparation. Quand le tout sera bien applati et que l'excédant de la cire sera enlevé , on mastiquera avec du blanc mêlé d'empois : ce mastic adhérera bien sur la cire , sur laquelle la peinture à huile s'attacherait mal. On colorera ensuite par lavis ce blanc selon le ton des alentours , et on repeindra.

Toiles pourries. — Voici les observations fort judicieuses d'un observateur sur quelques causes de l'altération matérielle des tableaux. On ne peut pas , dit-il , nettoyer un tableau qu'on ne le frotte , en appuyant plus ou moins; cette action repousse la toile, et la plie; la couleur appliquée dessus plie aussi ; mais se prête-t-elle ? La couleur est d'une ténuité sèche, et en suivant le mouvement de la toile , elle se brise imperceptiblement la première fois , mais suffisamment pour faire des intervalles par lesquels l'eau dont on lave les tableaux s'introduit, et va trouver la toile qu'elle mouille ; la toile mouillée se resserre, se rebande, (personne n'ignore cet effet), et devient plus étroite , plus courte que la couche de couleur qui la couvre; elle la resserre donc, la contraint, et par conséquent Fébranle. La toile en se séchant se relâche , la couleur la suit , et reprend sa première situation ; mais ce n'est point sans le dommage imperceptible qu'a causé l'extension du frottage et le resserrement delà toile mouillée : la toile mouillée garde long-tems son humidité à cause de l'encollage : l'encollage , très-susceptible de putréfaction , en reçoit quelques atteintes qu'il communique à la toile : les petits filamens de la toile se brisent dans leur longueur , la toile s'affaiblit , s'allonge et s'élargit , elle devient trop grande pour son châssis , il faut la retendre. L'opération de retendre la toile ne se fait pas

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sans occasionner des intervalles dans la couleur, intervalles déjà préparés par le premier frottement; c'est alors que les gerçures deviennent visibles; elles le sont encore plus si le tableau souffre un second nettoyage , qui rend l'ébranlement de la couleur plus considérable , les gerçures alors s'agrandissent et la toile plus humectée devient plus pourrie; c'est une raison pour éviter la nécessité de faire nettoyer les tableaux.

J'ajouterai que c'est aussi une raison pour faire quelque cas de la peinture à la cire , ou au moins de la cire pour vernir et entretenir les tableaux. Un tableau peint, puis verni à la cire, se nettoie sans que l'eau pénètre dans les couleurs , et aille atteindre la toile pour y faire les ravages qui viennent d'être fort bien expliqués par l'observateur que nous venons de citer. Une toile pourrie nécessite l'enlevage.

Toiles bosselées, forcées, distendues, — Lorsqu'une toile a été poussée par quelque corps dur qui en a distendu les fils , et qui a fait des bosses , il faut beaucoup mouiller le tissu et laisser sécher la place mouillée à l'ombre , loin du feu , et en la tenant sous presse. Quelquefois il faut réitérer cette opération.

Couleurs séparées de C apprêt , ou soulevées, gercées en écailles, — Lorsque la couleur est soulevée et isolée de l'apprêt, et que l'apprêt reste adhérent sur la toile, qui toutefois est bien conservée, il s'agit de refîxer ces couleurs , de les applanir , et de faire ainsi disparaître toutes les ampoules ou boursouflures. Pour cela il n'est pas toujours nécessaire d'entoiler , c'est-à-dire , de doubler la toile avec une toile neuve , il suffit de procéder de la manière suivante.

On frolte d'abord ces ampoules avec de la bonne colle h entoiler (voyez l'article Entoilage) , et à l'aide d'une épingle on les perce de petits trous et on remet de la colle sur les ampoules avec un pinceau , tâchant qu'elle passe par ces petits trous pour pénétrer en dessous , afin qu'elle puisse servir à recoller l'ampoule sur l'apprêt; ensuite on essuie la colle et on passe sur l'ampoule un pinceau trempé dans de l'huile de lin , qui sert à la ramollir; alors on prend un fer chaud sur lequel on passe une éponge ou un linge mouillé , jusqu'à ce qu'il ne frémisse plus , afin d'en ôter la trop grande chaleur ; on passe promptement ce fer chaud sur l'ampoule , qui se rattachera à la toile, et s'y trouvera unie comme auparavant. On verra si , avant d'affaisser les ampoules , il est nécessaire de mettre par derrière une seconde toile pour maintenir la première, et assurer la peinture.

Il arrive fréquemment que la couleur est fendillée, écartée par crevasses, ce qui provient presque toujours de l'adhérence imparfaite des couleurs sur l'apprêt, de la mollesse des couleurs qu'on a mélangées avec un gluten peu dessicatif ; tel est celui qu'on appelle pommade à retoucher , et surtout de l'application trop tôt faite de vernis à la résine ou au blanc d'œuf. Ces vernis , en se séchant, retirent avec eux la peinture encore trop molle , l'entraînent en sens opposés, et produisent ces sillons souvent fort larges qui endommagent d'une manière funeste tant de peintures. Il n'est pas facile de remédier à cet inconvénient.

On doit d'abord enlever tout le vernis , tout le blanc d'œuf, pour laisser la peinture hbre; puis on essaiera de l'attendrir à l'aide du feu et d'une onction d'huile de lin :

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on passera donc un fer chaud sur les parties écartées et on essaiera de les distendre et de les rapprocher. On appuiera pour les applatir, les allonger, et on laissera refroidir. On re\Aiendra une seconde fois en employant le même procédé , et on introduira entre ces gerçures de la bonne colle capable de fixer sur l'apprêt ces couleurs amollies et distendues. Eafm on aura recours au mastic pour remplir les sillons qui n'auraient pas disparu.

Toiles séparées de C apprêt, • — Si la toile a quitté l'ap prêt , et que celui-ci s'en détache , il faut procéder soit à l'entoilage, soit à l'enlevage. Aumoyen de l'entoilage, la colle qui pénètre les deux toiles atteint et y fixe l'apprêt; quelquefois ce moyen suffit. D'autres fois , cependant , l'apprêt est tellement isolé du subjectile , et celui-ci est si altéré , si détérioré , qu'il faut l'enlever et lui en substituer un nouveau. Parlons d'abord de l'entoilage.

Entoilage. — Il est bon , pour rendre la vieille toile et la couleur plus douces et moins rebelles, d'exposer pendant plusieurs jours le tableau à l'humidité d'une cave. On colle sur le côté peint du tableau du papier blanc avec un empois léger. Cette première opération empêche que le tableau ne s'écaille dans les mouvemens divers et les frottemens qu'il doit éprouver. D'un autre côté , on a tendu sur un fort châssis à clef une bonne toile neuve, sur laquelle on couche très-également , avec une grosse brosse , de la colle bien cuite et faite avec de la farine de seigle et une gousse d'ail. On met aussi une couche de cette colle sur le derrière du tableau. Gela étant fait promptement , on pose le revers du tableau sur cette toile neuve. On le frotte avec un tampon de linge, que l'on appuie assez fortement , en partant toujours du centre et

en faisant soutenir les coins du tableau. Par ce moyen , on fait échapper l'air qui pourrait rester entre les deux toiles, et y causer ce qu'on appelle des cloches.

Le tableau étant ainsi entoilé , on le pose sur une table bien unie , du côté de la peinture , et on frotte très-rudement le derrière de la toile neuve avec un lissoir. C'est un instrument de verre ^ ou même de fer bien poli , avec lequel on lisse le linge, le papier, les étoffes, etc. Quelques personnes ajoutent à ces procédés celui de passer un fer chaud sur le tableau , en opposant , par derrière , une planche pour résister à cette pression. La colle échauffée à l'aide de ce fer devient plus liquide , elle pénètre , du côté du tableau, la vieille toile, et fixe d'autant plus la peinture; tandis que, du côté de la toile neuve, la colle excédente sort à travers le tissu , en sorte qu'il n'en reste partout qu'une épaisseur égale. Il faut avoir l'attention de ne pas employer le fer trop chaud, et de ne frotter le tableau qu'en interposant , entre lui et le fer , ({uelques feuilles de papier , car celle qui est sur la peinture ne serait pas suffisante.

Quand on juge que le tableau entoilé est bien sec , on humecte avec une éponge imbibée d'un peu d'eau tiède le papier blanc collé sur la peinture. Il s'enlève aisément , ainsi que l'empois qui l'attachait sur le tableau : il reste h le nettoyer , et souvent à le restaurer.

Entevage. — Il faut commencer par détacher le tableau de son châssis, et l'attacher ensuite sur une table extrêmement unie, le côté de la peinture en dessus, ayant soin que la toile soit bien tendue , et ne fasse aucun pli. Après cette préparation , vous donnerez sur tout votre tableau *une couche de colle à entoiler , sur laquelle vous

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appliquerez à mesure des feuilles de grand papier blanc y le plus fort que vous pourrez trouver; et vous aurez soin , avec une molette à broyer les couleurs , de bien presser et étendre votre papier , afin qu'il ne fasse aucun pli , et que partout il s'attache très-également à la peinture. Lais^ sez sécher le tout : après quoi vous déclouerez le tableau , et le retournerez , la peinture en dessous et la toile en dessus, sans l'attacher; pour lors vous aurez une éponge, que vous mouillerez dans de l'eau tiède, avec laquelle vous imbiberez petit à petit toute la toile , essayant de tems en tems sur les bords , si elle ne commence pas à s'enlever et à quitter la peinture. Alors vous détacherez avec soin et tout doucement un coin de la toile que vous roulerez , et continuant ainsi de la pousser avec les deux mains et de la rouler , vous la détacherez successivement toute entière. Ensuite, avec votre éponge et de l'eau, vous laverez bien le derrière de la peinture , jusqu'à ce que toute l'ancienne colle, ou à peu près , en soit enlevée ; vous aurez soin , dans cette opération , que cette éponge ne soit jamais trop remplie d'eau , parce qu'il pourrait en couler par dessous la peinture, ce qui détacherait la colle qui tient le papier que vous avez mis d'abord. Tout cela soigneusement exécuté , vous donnerez sur l'envers de votre peinture ainsi bien nettoyée, une couche de votre colle à entoiler; et vous y étendrez sur-le-champ une toile neuve , que vous aurez soin de laisser plus grande qu'il ne faut , afin de pouvoir la clouer par les bords , pour l'étendre de façon qu'elle ne fasse aucun pli; après quoi vous presserez légèrement avec votre molette en frottant , pour faire prendre la toile également partout , et vous la laisserez sécher; ensuite vous donnerez par-dessus la toile

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une seconde couche de colle par partie et petit à petit, ayant soin, à mesure que vous coucherez une partie, de la frotter et de l'étendre avec votre molette, pour faire entrer la colle dans la toile , et même dans la peinture , et pour écraser les fils de la toile; le tahleau étant sec, vous le détacherez de dessus la tahle, et le reclouerez sur son châssis : après quoi, avec une éponge et de l'eau tiède, vous imbiberez bien vos papiers pour les ôter. Lorsqu'ils seront ôtés , vous laverez pour enlever toute la colle et nettoyer toute la peinture.

Moyen de transporter sur toile une peinture exécutée sur bois. On n'ignore pas que les panneaux destinés à recevoir un sujet peint , ont été d'abord imprimés de plusieurs couches de blanc à colle , et que , par conséquent , ce sont ces couches de détrempe qui tiennent collée la peinture au panneau. Si donc on fixe sur la peinture à l'huile une toile avec une forte colle , et qu'ensuite on parvienne à humecter un petit coin de la détrempe qui est sous cette peinture , on enlèvera une petite partie du tableau que l'on roulera; on pourra s'aider aussi d'un instrument à lame mince et tranchante : on continuera d'humecter successivement la détrempe et de rouler la partie du tableau qui s'en sera détachée, jusqu'à ce qu'enfin , et après un long travail , on ait détaché toute la peinture de dessus la planche. Il ne s'agira plus que d'en coller le revers sur une toile neuve , avec de la colle trèsforte ou du marouffle , et l'on décollera ensuite la toile qui en couvre la surface.

Voici un extrait du rapport qui a été fait sur la restauration exécutée à Paris , par M. Hacquins , du tableau de la Vierge de Foligno , peint par Raphaël.

« .....*.. Il fallait d'abord rendre la surface plane :

pour y parvenir , on a collé une gaze sur la peinture , et on a retourné le tableau; après cela, on a pratiqué dans l'épaisseur du bois de petites tranchées à quelque distance les unes des autres , et prolongées depuis l'extrémité supérieure du ceintre, jusqu'à l'endroit où le fond du bois présentait une surface plus droite; on a introduit dans ces tranchées des petits coins de bois ; on a couvert ensuite toute la surface avec des linges mouillés qu'on a eu soin de renouveler; l'action des coins qui se gonflaient par l'humidité , contre le bois ramolli , a obligé celui-ci à reprendre sa première forme : les deux bords de la fente dont on a parlé se sont rapprochés; l'artiste y a introduit de la colle forte , pour réunir les deux parties séparées ; il a fait appliquer des barres de chêne en travers, pour maintenir le tableau, pendant la dessication , dans la forme qu'il venait de prendre.

» La dessication étant opérée lentement , l'artiste a appliqué une seconde gaze sur la première , puis successivement deux papiers gris spongieux.

» Cette préparation , qu'on appelle cartonnage , étant sèche , il a renversé le tableau sur une table , sur laquelle il l'a assujetti avec soin; il a ensuite procédé à la séparation du bois sur lequel était fixée la peinture.

» La première opération a été exécutée au moyen de deux scies dont l'une agissait perpendiculairement et l'autre horizontalement; le travail des scies terminé, le fond de bois s'est trouvé réduit à o^'oio d'épaisseur; l'artiste s'est servi alors d'un rabot d'une forme convexe sur la largeur; il le faisait marcher obliquement sur le bois , afin de n'enlever que des copeaux très-courls, et d éviter

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le fil du bois; il a réduit par ce moyen le bois h o'"oo2 d'épaisseur; il a pris ensuite un rabot plat h fer dentelé ^ dont l'efTet est à peu près celui d'une râpe qui réduit le bois en poussière; il est parvenu par la à n'en laisser que l'épaisseur d'une feuille de papier.

» Dans cet état , le bois a été successivement mouillé avec de l'eau pure par petits compartimc*ns , ce qui le disposait à se détacher; alors l'artiste le séparait avec la pointe arrondie d'une lame de couteau.

» Le tableau, ainsi dépouillé de tou't le bois, a présenté à l'œil tous les symptômes de sa dégradation. Il avait été restauré anciennement; et pour rappliquer les parties qui menaçaient de tomber , on avait introduit des huiles et des vernis; mais ces ingrédiens, passant par les intervalles que laissaient les parties de la peinture réduites en coquilles , s'étaient étendus dans l'impression à colle sur laquelle reposait la peinture , et avaient rendu la véritable restauration plus difficile, sans produire l'efFet avantageux qu'on en avait attenxlu.

» Le même procédé n'a pu servir à séparer les parties de l'impression qui avaient été ainsi durcies par les vernis, et celles où la colle était restée sans mélange : les premières ont dû être humectées pendant quelque tems par petits eompartimens ; lorsqu'elles étaient assez ramollies , l'artiste les séparait avec la lame de couteau; les autres ont été plus facilement séparées , en les humectant avec une flanelle , et en les frottant légèrement. Il n'a fallu rien moins que l'adresse et la patience de M. Hacquins , pour ne laisser rien d'étranger au travail du peintre ; enfin l'ébauche de Raphaël a été découverte entièrement et laissée intacte.

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