‹ Traité complet de la peinture (volume 2)Chapitre 22 sur 127 · TOME IX · texte numérisé non relu

TOME IX

Il4 PROCÉDÉS MA.TÈRIiiLS.

VArt de fabriquer les pierres factices. Paris , 1828 ; chez Audot. Les Annales des Arts, i8i4 ^ renferment des détails fort curieux sur la manière de fabriquer des pierres artificielles. Quant à la matière plastique employée par M. Dedreux, elle se compose de sable , d'argile cuite , de tessons de porcelaine et d'éclats de marbre blanc pulvérisés et mélangés avec de la lilharge et de l'huile.

Nous allons maintenant emprunter, à un ouvrage moderne: VArl, de C Ornemaniste f [yoj.V Encyclopédie populaire; 1828, chez Audot, éditeur), ce qui concerne l'art de revêtir les plafonds , les murs , etc. Ces détails intéressent le peintre et doivent trouver place ici.

« Une argile grasse , dit-il , de bonne chaux , du sable et delà bourre, sont les matières qu'exige un plafond ordinaire.

» Il convient de n'employer que de la bonne argile. Celle-ci se distingue facilement. Frottée contre un corps lisse, la surface frottée devient lisse elle-même dans son t^tal de dessication : pressée contre la langue , elle y happe plus ou moins fortement , à cause de son avidité pour l'eau qui humecte cet organe. Mais on la juge encore mieux en l'humectant légèrement et en la pétrissant dans les mains. Elle doit alors, comme le ferait une cire molle, se prêter à toutes les formes que l'on peut lui imprimer, sans éprouver ni division ni gerçure.

» Quand l'argile a subi ces épreuves , et que sa qualité est jugée convenable , on la transporte au lieu de sa destination.

» Sa pesanteur spécifique est d'environ i4o livres le pied cube. On verra ci-après ce que chaque ouvrage en peut consommer.

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» Avant de déposer l'argile en place, il est nécessaire de nettoyer le sol qcii la reçoit. On la travaille ensuite en l'arrosant; mais peu à peu, la battant et la pétrissant à l'aide d'une espèce de houe, que l'on fait incessamment agir. L'eau ne doit point être prodiguée , car on a besoin d'une pâte qui conserve toujours une consistance moyenne : Targile jouira alors d'une très grande ductilité. Mise à demeure ensuite , ses parties en séchant n'éprou veront ni désunion , ni séparation dans la masse totale.

» On fortifie d'ailleurs encore la liaison de la pâte , à l'aide d'une bourre grossière ou de chêne votte , qu'on y mêle , à mesure que l'argile se pétrit.

» La bourre est cependant préférable. Quand elle se trouve par touffes ou pelottes , il faut avoir l'attention de la diviser.

» Quatre livres pesant de bourre ou de chenevotte suffisent ordinairement pour trois à quatre pieds cubes de terre.

» Le plafonneur, comme le maçon, doit être muni d'un bassin d'extinction convia ch^nx. Ce bassin, formé de planches réunies et solidement assemblées entr'eîles , figure une sorte décaisse, longue d'environ six pieds, large de quatre, et de moitié seulement en hauteur. L'un des petits côtés, à deux pouces du fond, présente une ouverture large de cinq, et du double en élévation. Le but des deux pouces conservés au-dessus du fond, est de retenir au moins les grosses impuretés , qui , sans cet obstacle , couleraient avec la chaux dans le bassin inférieur. » Deux coulisses ajoutées verticalement contre les bords de l'ouverture, maintiennent une trappe que l'ouvrier peut fermer et ouvrir à volonté. Cet espace, au sur-

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plus, doit être garni d'une grille pour s'opposer au passage de tout biscuit ou rigaux de la chaux.

» Le bassin inférieur n'est simplement qu'une fosse dans la terre creusée à trois ou quatre pieds de profondeur. Ses autres dimensions sont relatives à la quantité de chaux qu'on entend y faire couler.

» Si le sol est suffisamment ferme , et qu'on ne craigne point d'éboulement, la tranchée peut être à peu près perpendiculaire.

» On place au-dessus de cette fosse l'ouverture du bassin d'extinction. Lra trappe étant fermée , on remplit celui-ci plus ou moins d'eau, et on y jette la chaux vive.

» Le point capital est de bien remuer la matière. Le rabot doit agir sans relâche, jusqu'à ce que toute la pierre soit complètement délitée et réduite en bouillie claire. On lève alors la trappe, et le contenu du bassin s'écoule dans la fosse; il ne reste dans la caisse que les grosses impuretés.

» A défaut de grille, les manœuvres se contentent d'opposer au passage des ordures un balai de bouleau, qu'ils élargissent afin d'en diminuer l'épaisseur.

» Les grandes variétés qui se rencontrent dans la chaux ne permettent pas de fixer la quantité exacte d'eau qu'il faut pour l'extinction; cela change considérablement suivant la nature de la pierre et son degré de cuisson. Que la chaux soit parfaitement délayée , et qu'elle soit assez claire pour couler d'un bassin dans l'autre, on aura saisi le vrai point. Un peu trop d'eau ne tirerait même pas à conséquence : l'argile absorbera bientôt le superflu.

» Il est bon de préparer d'avance une certaine quantité de chaux. On la laissera reposer quatre ou cinq jours; en

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vieillissant elle ne deviendra que meilleure, pourvu qu'on la garantisse de la pluie.

» Après s'ctre approvisionné des matériaux , on s'occupera de l'échafaudage pour leur mise en œuvre.

» Pour les appartemens d'une hauteur ordinaire, l'échafaudage du plafonneur est hientôt établi. Quelques écliasses dressées» tant dans les angles que le long des murs, soutiennent, à l'aide des cordes , et dans une position horizontale, de longues traverses qu'on recouvre de planches.

» L'appartement entier doit en être garni , et leur établissement fixé plus ou moins haut , suivant la stature de l'opérateur , permet d'atteindre à tous les points. Il travaillera commodément, si le plancher n'est pas à plus d'un travers de main au-dessus de sa tête.

» Les lattes portent communément quarante-quatre pouces de longueur , un pouce et demi de large et trois lignes d'épaisseur. Il ne faut cependant pas s'attendre à tant de régularité pour toutes les lattes d'une même botte, où souvent il est impossible d'en trouver deux parfaitement semblables.

» Pour obtenir un lattage ferme, on doit clouer les lattes de onze pouces en onze pouces. Chacune est alors retenue par cinq clous. Comme néanmoins la carcasse d'un plancher n'offre que rarement, dans les pièces qui la composent , assez de rapprochement pour qu'on puisse ainsi distancer le clouage, le plafonneur fait appliquer, d'une solive à l'autre, par le charpentier, de petites barres ou lambourdes , dont il noie les extrémités dans les côtés de ces solives , en évitant cependant de creuser trop avant.

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)) Quand la solive est trop faible, il remplace l'entaille par un tasseau.

» Les barres placées et clouées doivent s'aligner exactement avec le bas des solives. Cette observation est essentielle. Observez d'ailleurs de n'employer pour les lambourdes que des bois passablement tendres , et peu sujets à se fendre.

» Les lambourdes dont il vient d'être question sont des barres raccourcies d'après la distance qui se trouve entre les soliveaux. Le charpentier a soin de les compasser entr'eîles , de manière que chaque latte qui en a franchi trois, atteigne encore le milieu précis des deux autres. Leur fermeté doit être telle , que le marteau , lorsqu'on latte dessus, ne les fasse pas fléchir. Un bois trop dur n'y convient pas non plus , parce que les clous n'y pénétreraient que diflicilement.

» Le laitage jo^Tï^y suppose les lattes très-rapprochées l'une de l'autre. Le lattage à claire-voie les suppose écartées de plusieurs pouces.

» Rien n'est plus simple que l'opération du lattage. Il n'est question que de clouer, en rapprochant toujours la dernière latte contrôles précédentes. Lorsqu'il s'en trouve de trop arquées, et qui se refuseraient à prendre le parallélisme des autres , on les rompt à demi dans l'endroit le plus tortueux : alors elles peuvent être redressées à volonté.

» L'instrument dont l'ouvrier se sert pour couper les lattes et pour enfoncer les clous s'appelle liaclielte : c'est un outil moitié marteau et moitié hache.

» Le lattage qui vient d'être décrit est le lattage /om^t/*.

» De toutes les laites, les meilleures sont celles tirées

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du cœur (le chêne. Celles qui proviennent de l'aubier sont absolument à rejeter.

» Quand les lambourdes ont été convenablement distribuées, et que les lattes, suivant l'expression du métier, tombent partout a profit , la toise carrée de plafond n'en dépense guère que 79. Un juste écartement dans les lambourdes n'est donc pas un objet à négliger.

)) Au premier aperçu , SgS clous devraient suffire au lattage d'une toise. Mais d'abord il n'arrivera guère qu'un plancher, dans sa direction parallèle à l'alignement des lattes , n'en demande précisément qu'une ,2,3,4* etc. , sans addition de bouts pour achever la ligne. Or, chacun de ces bouts n'eût-il que 4 pouces, exigera 2 clous, tandis que, sur tout le reste du plafond , 2 clous , Fun portant l'autre, soutiendront plus de 8 pouces 3 quarts de latte. Il faut , en outre , compter la casse des clous, ceux qui font fendre l'extrémité du bois et qu'il faut remplacer par de nouveaux; tous ceux qu'on double au point où les lattes mal tournées et trop roides ont été rompues , etc. ; alors on trouvera facilement la consommation de 4^0 clous par toise superficielle de plafond.

» Quand les lattes ont 4^ pouces de longueur et 2 pouces de largeur , ainsi qu'on les confectionne en bien des endroits , 54 de celles-ci remplissent la toise , et 325 clous suffisent.

» L'usage est de donner aux plafonds 3 couches. La première ne fait guère que recouvrir les lattes à l'extérieur.

» Une partie de cette première couche s'insinue dans les petits intervalles qui séparent les lattes, s'élève audessus de leur épaisseur, s'affaisse ou se replie de part et

d'autre , et forme ainsi d'innombrables crochets qui retiennent la couche dans toute son étendue. De là résulte, 1** que les lattes ne rempliraient pas leur destination, si les côtés en étaient parfaitement unis , et qu'ils se touchassent sans interruption;^ 2° que la première couche ne saurait être trop pressée , trop refoulée de bas en haut, puisqu'à cette condition seule est attachée son introduction entre les lattes , et par conséquent la solidité de l'ouvrage,' 3° que la bourre , ou d'autres liens de même genre sont absolument nécessaires , puisque sans eux la matière manquerait d'adhérence , et quitterait les crochets en séchant.

» La première et la seconde couche peuvent être entièrement en argile préparée , comme il a été dit plus haut. Cette méthode n'est cependant pas la seule en usage. Bien des ouvriers forment les premières couches en mort/ler p^is.

» Ce mortier gris est composé tantôt d'argile et de chaux ( 1 tiers de chaux et 2 tiers d'argile ) tantôt d'argile , de chaux et de sable , par égales portions.

» Ailleurs on exclut totalement l'argile , et alors la matière des premières couches consiste en sable et chaux par égales portions. Le sable graveleux est le meilleur.

» Quant à la dernière couche , sa composition est invariable. Elle n'admet que la chaux la plus pure, et la bourre la plus blanche.

» Yingt onces de bourre suffisent pour chaque pied cube de toutes ces matières.

» Tous ces procédés font de bons plafonds , mais l'argile , en certains cantons , pourrait n'être que très-médiocre et le sable excellent; ou bien l'argile pourrait être

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excellente , et le sable médiocre : il faut donc offrir plus d'un moyen.

» Pour l'application des couches, des manœuvres transportent sur l'échafaudage les différentes matières soigneusement corroyées.

» L'ouvrier puise dans les auges à pleine truelle, charge une palette qu'il tient de la main gauche , et qui peut contenir 12 ou i5 livres pesant, il met en œuvre cette quantité , en l'étendant le plus uniment possible. Quand la palette est épuisée , il a de nouveau recours aux auges qu'on place à sa portée , et que jamais il ne faut laisser vides.

» L'étendue des couches s'exécute avec le dos^, ou la partie supérieure de la truelle. Sa tournure ne permettrait pas qu'on l'employât dans l'autre sens.

» C'est ainsi qu'on applique successivement les trois couches. Un peu plus d'une ligne suffit à l'épaisseur de chacune : les creux et enfoncemens seuls ont besoin d'être remplis; autrement le plafond n'offrirait pas une surface régulière.

» La première couche , pour l'ordinaire , établit le niveau; les suivantes sont ensuite uniformes dans leur épaisseur. Le point essentiel est de faire régner partout le niveau le plus parfait.

» Le poli qui doit terminer l'ouvrage exige l'usage ou maniement libre et facile de la truelle. Il faut ici la promener légèrement , et là , en appuyant davantage. La pratique en apprendra plus à cet égard que tous les préceptes.

» Avant d'entreprendre une couche nouvelle , on attendra loujoui^s que la précédente soit raffermie, et même

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presque sèche. Cette précaution est doublement nécessaire à l'égard de la première couche. Si on la tourmentait et la fatiguait trop tôt d'un poids additionnel , on briserait peut-être les crochets qui la tiennent suspendue , et elle quitterait les lattes. D'ailleurs les crevasses , qui naissent inévitablement à mesure que la matière perd son humidité , ne seraient pas ouvertes encore , et ne se trouveraient point rebouchées.

i> Il faut que la seconde couche remplisse les crevasses de la première; et la troisième couche , les crevasses de la seconde , qui dans celle-ci seront presque imperceptibles , si l'on ne s'est point trop hâté.

» Quant aux cloisons en plafonnage , il n'en est point qui pèse moins sur les parquets que celle que nous allons indiquer.

» A 9 pouces d'intervalle entr'eux , on élève perpendiculairement des montans équarris sur 2 pouces. On les assujettit solidement, puis on les latte de part et d'autre, et le plafonneur revêt les deux côtés à l'instar des plafonds horizontaux. Ces cloisons n'ont absolument en leur faveur que la légèreté. Elles sont assez coûteuses et ne rompent qu'imparfaitement le bruit qu'on fait dans les appartenions voisins.

» Quand on a l'argile à portée et facilement , il est mieux de latter à claire-voie, et de combler en entier le vide des montans. Si l'on appréhende qu'un tel massif n'ait trop de poids , on réduit les montans à 12 ou .1 5 lignes d'épaisseur.

» Pour les murs, il est inutile d'employer trois couches, et la majeure partie des ouvriers s'en tiennent à deux. La première établit aisément le niveau convenable.

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» Quelle que soit l'épaisseur de la couche, on ne risque pas qu'elle abandonne son point d'appui.

» Un mur habituellement humide ne souffre pas le plafonnage.

» On sait que le bois ne saisit ni la chaux ni l'argile; pour y fixer ces matières, on a cependant un double moyen : les hachures et les clous.

» Les hachures détruisent le poli du bois , le hérissent d'espèces d'écaillés^ et offrent ainsi de nombreuses cavités dans lesquelles se loge le mortier.

» Les clous qu'on enfonce jusqu'à trois lignes de leur tête, produisent le même effet , surtout si la quantité n'en est pas épargnée , et que les têtes aient un certain diamètre.

» Enfin le fer doit être recouvert par la première couche; cette attention garantira de la rouille la couche extérieure. »

Malgré les avantages qu'offre aux peintres la solidité des murs et des plafonds, ils ont souvent préféré peindre leurs tableaux sur toile , puis fixer cette toile sur le plafond; et comme ils redoutent l'humidité qui pourrait altérer l'adhérence et la fixité de ces toiles sur le champ qui doit les recevoir , ils ont imaginé de les y coller par des agglutinatifshuileuX;, susceptibles de se durcir avec letems. ils emploient donc d'anciennes huiles dessicatives et réduites à l'état de glu , et ils donnent à cette huile-glu le nom assez bizarre de maroufïle. Pour opérer cette agglutination, on commence par mettre une couche également épaisse de cette huile-glu sur le derrière de la toile et aussi sur le plafond, et lorsque la toile y est bien appliquée, on la contient provisoirement avec des clous , dont

la tête est isolée de la toile par des morceaux de papier plies en cinq ou six doubles; on retire ces clous plus tard, et lorsque l'iiuile-glu est sèche et adhère parfaitement. Les trous faits par lesclouxse remplissent aisément.

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