‹ Traité complet de la peinture (volume 2)Chapitre 21 sur 127 · DES MURS ET DES PLAFONDS · texte numérisé non relu

DES MURS ET DES PLAFONDS

PUISQUE la solidité du crépiment d'un mur détermine avant tout la solidité de la peinture que l'on exécute sur ce mur , les plus grands soins doivent être apportés à cette première opération. Bien que cette question ne semble être que du ressort de l'architecte et du maçon , nous croyons devoir exposer quelques observations à ce sujet. Nous allons d'abord citer ce que dit, relative ment aux murs intérieurs des anciens , Millin , dans son utile Dictionnaire , au mot Tectoriiim opus,

« Tectorium opus ou seulement tectorium. Les Romains donnaient ce nom à l'enduit dont ils couvraient les plafonds et les murs dans l'intérieur de leurs apparlemens. En comparant les différons passages de Yitruve^

de Palladius et de Pline , où il en est question , on voil qu'il y avait la difFérence suivante entre le tectoriuni opus et ce qu'on appelait albarium ou album opus; celui-ci était ce que nous appelons du stuc; le teciorlum, au contraire était un mortier composé de chaux et de sable. Lorsque, dans le ïecï6»ri«m, on mêlait du marbre réduit en poudre au lieu de la chaux ordinaire , on lui donnait le nom de marmoratmn. Les Grecs désignaient indistinctement le tectorium et V albarium par les mots koniama et kataelirisis. On mettait beaucoup de soin à la préparation du tectorium , et Yitruve nous en a conservé les détails. On choisissait non-seulement la meilleure chaux, mais on l'éteignait encore bien long-tems avant de s'en servir; on ne la croyait propre à être employée que lorsqu'elle avait acquis assez de ténacité pour s'attacher à la truelle , comme de la terre grasse. Vitruve observe que, pour mieux mêler ce mortier, on le faisait piler et pétrir par plusieurs ouvriers dans un bassin particulier. Selon Yitruve, le tectorium ordinaire était composé de trois couches de mortier de chaux fine et de trois autres couches de mortier de marbre; et cependant, selon le Traité de Winckelmann, sur l'Architecture des anciens, l'ensemble de ces différentes couches n'a très-souvent qu'un pouce d'épaisseur. On commençait par crépir les murs et les plafonds de chaux commune. Lorsque cet enduit commençait à sécher, on le couvrait d'une première couche de mortier de chaux fine qu'on aplanissait avec le plus grand soin, afin d'égaliser toute la surface et de donner plus de tranchant aux coins , aux saillies , aux angles. Lorsque cette couche était sèche, on y appliquait une seconds et ensuite une troisième couche de chaux-

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bien fine. Le mur était ensuite couvert d'un mortier de marbre grossièrement pilé , qu'on jugeait être bon lorsqu'il ne s'attachait plus à la truelle. Avant la dessication complète de cette couche , on en appliquait une autre de marbre mieux pilé; et lorsque celle-ci était suffisamment battue, et qu'à force de la frotter avec un instrument convenable , on l'avait égalisée , on y appliquait la dernière couche composée de marbre réduit en poudre fme. Après avoir frotté et égalisé cette dernière couche avec un instrument de bois , on la polissait avec du marbre , pour lui donner un lustre mat. Par ce procédé, les murs et les plafonds étaient couverts d'un enduit très-uni , fin, et parfaitement propre à servir de fond aux peintures dont les Grecs et les Romains décoraient l'intérieur de leurs maisons : cet enduit devenait, avec le tems, si solide qu'il ne se fendait jamais. C'est ce que prouvent les murs des maisons des Grecs, dont on pouvait, selon Vilruve, détacher l'enduit orné de peintures sans craindre de les endommager. Ces peintures détachées des murs dans la Grèce, étaient transportées en Italie par les riches Romains qui les incrustaient dans les murs de leurs maisons de ville, et surtout de campagne. A Herculanum, on a trouvé dans une chambre de semblables carrés d'enduits , couverts de peintures , qu'on avait détachés ailleurs, et qu'on n'avait pas encore eu le tems d'incruster dans le mur de la maison où on les a découverts. Dans les maisons de Pompéii et d'Herculanum , le tectorium dont les murs étaient couverts a également assez de solidité pour qu'on puisse , au moyen d'une scie, le détacher du mur, et transporter ainsi les peintures dans le Muséum de Portici. Lorsqu'on voulait couvrir d'un pareil enduit

OU tectorium des murs dont la carcasse consistait en charpente, on avait à craindre qu'au bout d'un certain tems l'enduit qui se trouvait sur le bois n'eût des fentes. Pour prévenir cet inconvénient , on couvrait le mur de terre grasse, on y clouait ensuite des roseaux, on appliquait une seconde couche de terre argilleuse, et on y clouait encore des roseaux dans une direction telle qu'ils se croisaient avec les premières rangées , alors on y appliquait les couches de mortier , de chaux et de marbre.

» Dans les endroits humides , il fallait encore donner des soins particuliers au iectorlum, afin de le rendre solide. Lorsque le mur n'était pas extrêmement humide , on le couvrait jusqu'à la hauteur d'environ trois pieds audessus du pavé, non pas d'un mortier ordinaire , mais d'un mortier dans lequel on mêlait du tuileau pilé; mais lorsque le mur était très-humide, on élevait à quelque distance de ce mur une cloison mince, et entre cette cloison mince et le mur on pratiquait, sous la ligne horizontale du pavé de la chambre , une petite rigole, qui avait son débouché en dehors de la maison : à la partie supérieure, on pratiquait des ouvertures , afin que l'air , en pénétrant dans l'espace resté vide entre le mur et la cloison , contri^ buâtà diminuer l'humidité. On crépissait cette cloison intérieure d'un mortier mêlé de tuileau pilé, par-dessus lequel on appliquait l'enduit fin. Lorsque le local était trop resserré jDour élever une pareille cloison , ou creusait sous le pavé de la chambre , à trois ou quatre pouces de distance du mur humide, une petite rigole comme celle dont on vient de parler , et on la couvrait de tuiles. Du côté de la rigole qui était le plus près du mur humide, on élevait ensuite un mur très- mince en tuiles , dont la

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foce inléricorc cîail couverte do poix, pour ne point rc cevoir d'humidité; on y pratiquait aussi des ouvertures pour donner un libre accès à l'air. Du côté de la chambre, on appliquait sur ce mur de tuiles le tcctorlum proprement dit; on recouvrait quelquefois le teclorliun des couleurs les plus brillantes , telles que le minium ou le rouge, Farménium ou le bleu, le purpurissum ou couleur de pourpre foncé , ainsi que beaucoup d'autres dont on formait des teintes unies ou des compartimens. Les couleurs s'appliquaient sur la dernière couche de stuc encore fraîche. Pour conserver l'éclat des peintures , on les frottait avec delà cire punique blanche, mêlée avec de l'huile bien pure. Lorsque ce mélange était fondu , on y trempait des houppes de soie qui servaient h l'étendre sur le mur. Ensuite , avec un réchaud rempli de charbons ardens, on réchauffait l'enduit pour le faire resuer en le frottant à mesure , ce qui lui donnait le lustre le plus éclatant. C'est sur ces fonds colorés que se peignaient les arabesques , les paysages ou sujets historiques , dont on a trouvé tant de restes dans les ruines de Rome , mais surtout dans celles d'Herculanom , de Pompéii , et de Stabia. »

Il est assez surprenant que les notions recueillies dans Vitruve , dans Pline , et dans d'autres écrivains anciens , n aient pas suffi pour éclairer les peintres modernes qui ont exécuté des peintures à huile sur des mors et sur des plafonds; car, au lieu de préparer l'enduit au moyen de plusieurs couches d'huile bouillante, comme ils le pratiquent encore aujourd'hui, il était bien plus simple de polir le mur et de le revêtir ensuite , par le moyen du feu , d'une résine dure et inaltérable , ielîc que le copaL Ce dessous

eût été Lio excellent isolateur , favorable d'ailleurs à la beauté et à la transparence des couleurs. Enfin, si nos peintres eussent employé ce moyen on n'eût pas vu leurs ouvrages se noircir de plus en plus par ces huiles détestables dont ils saturent les murailles qu'ils se proposent de peindre.

Maintenant recherchons ce que les modernes ont écrit sur le stuc , espèce de marbre ou de pierre factice , qui ayant tout le poli du marbre , est essentiellement propre à recevoir les peintures.

« La dureté que le plâtre peut acquérir étant la qualité la plus essentielle à l'art de fabriquer le stuc , c'est aussi la première a laquelle les ouvriers doivent s'appliquer. Elle dépend absolument du degré de la calcination que l'on donne au plâtre; et comme la pierre qui le produit est susceptible de quelques petites différences dans sa qualité intrinsèque, suivant les différons pays où elle se rencontre , il faut tâtonner et étudier le degré de calcination qu'on doit lui donner , pour que le plâtre qui en proviendra prenne le plus grand degré de dureté possible; on ne peut donner ici de notions sur cette méthode qu'en ce qui regarde le plâtre de Paris ; ce sera l'affaire des ouvriers d'essayer de calciner plus ou moins les pierres gypseuses des autres pays , afin de trouver le plus grand degré de dureté où l'on puisse porter le plâtre qu'elles produisent.

« On casse les pierres à plâtre de Paris avec des marteaux, en morceaux à peu près gros comme un petit œuf, ou comme une grosse noix. On enfourne ces morceaux dans un four que l'on fait chauffer , comme si l'on voulait y faire cuire du pain; on bouche l'ouverture

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du four. Quelque tems après, on débouche le four pour en tirer un ou deux petits morceaux de plâtre, que l'on casse avec un marteau; si l'on s'aperçoit que la calcination a pénétré jusqu'au centre du petit morceau , de façon cependant qu'on y remarque encore quelques points brlllans , c'est une marque que la calcination est h. son point de perfection , et alors on retire promptement du four tout le plâtre par le moyen du râble. Si , dans la cassure, on remarquait beaucoup de brillans , ou qu'on n'en remarquât point du tout , ce serait une preuve , dans le premier cas , que la pierre ne serait point assez calcinée , et dans le second cas , qu'elle le serait trop.

» Quoique le plâtre devienne très-dur lorsqu'il est calciné à son point, la surface s'en trouve cependant remplie d'une infinité de pores , et les grains sont trop faciles à s'en détacher pour qu'il puisse prendre le poli comme le marbre. C'est pour remédier à cet inconvénient que l'on prend le parti de détremper le plâtre avec de l'eau, dans laquelle on fait dissoudre de la colie qui, remplissant les pores et attachant les grains les uns aux autres , permet que , pour ainsi dire , on puisse user et emporter la moitié de chaque grain , ce qui forme le poli.

» Cette colle est ordinairement de la colle de Flandre ; il y en a qui y mêlent de la colle de poisson, et même de la gomme arabique. C'est avec cette eau chaude et collée que l'on détrempe le plâtre; mais comme le peu de solidité de cette substance, surtout lorsqu'elle n'est point appuyée, demande qu'on donne une certaine épaisseur aux ouvrages , on diminue la dépense en faisant le corps de l'ouvrage ou le noyau avec du plâtre ordinaire;

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et en le couvrant avec la composition de plâtre dont on vient de parler : elle doit avoir une ligne et demie ou deux lignes d'épaisseur.

» Lorsque l'ouvrage est suffisamment sec , on travaille h le polir , à peu près de la même façon que le véritable marbre. On emploie ordinairement une espèce de pierre qui est assez difficile à trouver. C'est une sorte de cos ou pierre à aiguiser, qui a des grains plus fins que ceux du grès , et qui ne se détachent pas si facilement de la pierre; la pierre-ponce peut rendre le même service. On frotte l'ouvrage avec la pierre d'une main , et on tient de l'autre une éponge imbibée d'eau , avec laquelle on nettoie continuellement l'endroit que l'on vient de frotter, afin d'ôter à chaque instant, par le lavage, ce qui a été emporté de la surface : il faut laver l'éponge de tems en tems , et la tenir toujours remplie d'eau fraîche.

» On frotte ensuite l'ouvrage avec un tampon de linge, de l'eau , de la craie ou du tripoîi. On substitue à cela du charbon de saule , broyé et passé irès-fin , ou même des morceaux de charbons entiers, pour mieux atteindre le fond des moulures, en employant toujours l'eau avec l'éponge qui est imbibée. On finit par frotter avec un morceau de chapeau imbibé d'huile et de tripoli en poudre très-fine, et enfin avec le morceau de chapeau imbibé d*huile seule.

» Lorsqu'on veut un fond de couleur, il suffit de délayer la couleur dans de l'eau de colle , avant d'employer cette eau à délayer le plâtre.

» Il semble qu'on pourrait ajuster les pierres à polir, dont on vient de parler , à des morceaux de bois faits en façon de verlopcs ou d'autres outils de menuisier; les

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surfaces de l'ouvrage en seraient mieux dressées , et les moulures plus exactes; mais il faut se souvenir de laver toujours à mesure que l'on frotte.

» Lorsqu'on veut imiter un marbre quelconque, on détrempe avec l'eau collée chaude, dans dilTérens petits pots, les couleurs qui se rencontrent dans ce marbre; on délaie avec chacune de ces couleurs un peu de plâtre; on fait de chaque couleur une galette à peu près grande comme la main ; on met toutes ces galettes alternativement l'une sur l'autre : celles dont la couleur est dominante sont en plus grand nombre ou plus épaisses. On tourne sur le côté ces galettes qui étaient arrangées sur le plat ; on les coupe par tranches dans cette situation , et on les étend ensuite promptement sur le noyau de l'ouvrage, où on les aplatit. C'est par ce moyen que l'on vient à bout de représenter le dessin bizarre des différentes couleurs dont les marbres sont pénétrés. Si l'on veut imiter des marbres qu'on appelle des brèches , on met dans la composition de ces galettes , lorsqu'on les étend sur le noyau, des morceaux de plâtre de différentes grosseurs, délayés avec la couleur de la brèche; ces mor-. ceaux venant à être aplatis, représentent très-bien cette sorte de marbre. Il faut remarquer que, dans toutes ces opérations, l'eau collée doit être un peu chaude, sans quoi le plâtre prendrait trop vite , et ne donnerait pas le tems de manœuvrer.

» Si c'est sur un fond de couleur que l'on veut représenter des objets , comme des forêts , des paysages , des rochers, ou même des vases, des fruits et des fleurs, il faut les dessiner sur du papier , piquer ensuite les contours des figures du dessin , les appliquer sur le fond ,

après qu'il aura été presqu'achevé de polir, et les poncer avec u ne poudre d'une coîileur différente du fond , c'està-dire noire si le fond est blanc , et blanche si le fond est noir. On arrête ensuite tous les contours marqués par le poncis , en les traçant plus profondément avec la pointe d'une alêne dont se servent les cordonniers ; après quoi , avec plusieurs alênes dont on aura rompu les pointes pour en former de petits ciseaux , en les aiguisant sur une meule , on enlèvera proprement toute la partie du fond qui se trouve renfermée dans les contours du dessin qui est tracé; ce qui formera, sur le fond, des cavités à peu près d'une demi-ligne de profondeur.

» Lorsque tout ce qui est contenu dans l'intérieur des contours de dessin , sera ainsi champlevé , on aura plusieurs petits pots ou gobelets , et l'on y tiendra sur du sable ou de la cendre chaude , de l'eau collée , dans laquelle on aura délayé différentes couleurs ; on mettra un peu de plâtre dans la paume de la main , que l'on teindra plus ou moins , en y mêlant .plus ou moins de cette eau colorée ; on remuera bien le tout sur la paume de la main avec un couteau à couleurs dont les peintres se servent , jusqu'à ce que l'on s'aperçoive qu'il commence à prendre un peu de consistance; alors on en prendra avec le couteau la quantité que l'on jugera nécessaire, et on la placera dans un côté de l'intérieur du creux de la figure que l'on veut représenter, en pressant avec le couteau, et unissant par-dessus la partie du plâtre coloré que l'on vient de mettre , et qui touche les contours de la figure.

» On détrempera ensuite promplement dans la main un autre plâtre coloré, mais d'une nuance plus claire , qu'on

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placera dans le même creux, à côlé do celui qu'on vient de mettre ; on aura quatre ou cinq aiguilles enfoncées parallèlement par la télé au bout d'un petit bâton , comme les dents d'un peigne, avec lesquelles on mêlera un peu la dernière couleur avec celle qu'on a posée la première , afin que l'on n'aperçoive pas le passage d'une nuance à l'autre, et que la dégradation en soit observée; on continuera à poser ainsi des nuances plus claires du côté de la lumière, jusqu'il ce que le creux de la figure que l'on veut représenter soit exactement rempli : ensuite on applatira légèrement le tout avec le couteau , et on le laissera sécher.

» Si l'on s'aperçoit , après avoir poli , que les nuances ne soient pas bien observées dans quelque endroit , on pourra, avec une pointe, faire des hachures dans cet endroit , et introduire un plâtre coloré plus en brun et fort liquide; il faut que ces hachures soient assez profondes pour ne pouvoir être tout-à-fait emportées par le poli , qu'on sera obligé de donner sur tout l'ouvrage. On se sert de cette dernière manœuvre pour découper les feuilles des arbres , celles des plantes , etc.

» En général les figures indéterminées , comme les ruines, les rochers, les cavernes, etc. , réussissent toujours beaucoup mieux dans cette façon de peindre , que des figures qui demandent de l'exactitude dans les nuances, et de la correction dans le dessin.

» On polit les peintures de la même façon qu'on l'a dit pour les fonds ; et si l'on s'aperçoit , en pohssant , qu'il se soit formé quelques petits trous , on les remplit de plâtre délayé très-clair avec de l'eau collée , et de la même couleur. Il est même d'usage, avant d'employer

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l'huile pour le poli, de passer une teinte générale de plâtre coloré et d'eau collée très-claire sur toute la surface , pour boucher tous les petits trous.

» Il faut choisir, pour toutes ces opérations, le meilleur plâtre et le plus fin; celui qui est transparent paraît devoir mériter la préférence.

» Pour les couleurs , toutes celles que l'on emploie dans la peinture à fresque sont propres à ce genre. Il doit paraître singulier que, dans cette façon de peindre, on ait prescrit de se servir de la paume de la main pour palette; en voici la raison.

» Lorsqu'on détrempe le plâtre avec de l'eau de colle colorée , on est obligé d'employer une grande quantité d'eau pour qu'elle ne s'écoulât pas si on la mettait sur une palette; au lieu que l'on forme dans la main un creux qui la contient, et qu'en étendant les doigts à mesure que le plâtre vient à se prendre , cette singulière palette, qui était creuse d'abord , devient plate quand il le faut. On pourrait ajouter à cela que la chaleur de la main empêche le plâtre de prendre trop vite.

û Le stuc qu'on faisait d'abord se préparait avec une portion de chaux éteinte, c'est- a-dire aaiortie par l'eau , et trois de poudre de marbre, que l'on mêlait avec des blancs d'œuf et de l'eau ; mais ce mastic se durcissait si promptement , qu'on n'avait pas le tems de l'employer. On a eu recours à un autre procédé, qui est infiniment meilleur; il consiste en une portion de chaux éteinte, que l'on mêle avec trois parties de marbre de Tibur réduit en poudre , que l'on pétrit et que l'on remue ensemble avec de l'huile de lin. Lorsqu'on a bien mêlé ce mélange, on le voit s'enfler de jour en jour en forme de pyramide;

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l'eau qui est dans la chaux s'évapore, et on y remet de l'huile tous les jours, de peur qu'elle ne se dessèche trop. Lorsqu'on a employé cette composition, elle se dessèche, se durcit et forme un corps très-solide et varié en couleurs.

» Les anciens , suivant Palladius , pour faire leur stuc , prenaient de la chaux éteinte depuis long-tems. On repasse souvent à la truelle la première couche; quand elle commence à sécher , on en remet une seconde , puis une troisième ; on les recrépit avec une poudre de marbre un peu grossière , gâchée de manière qu'elle ne tienne plus à l'instrument nécessaire pour la remuer. Quand celte couche commence h sécher, on en met une autre de poudre plus fme , et on polit le tout. Mais il est une autre manière de travailler le stuc, qui est bien supérieure li celle-là; car on en fait des morceaux si beaux qu'ils imitent les plus belles peintures : on fait dans ce genre des paysages; et on a vu, à une des expositions du salon de Paris ^ un tableau de fleurs dans ce genre , de la plus grande beauté , où toutes les couleurs étaient nuancées , comme si elles eussent été placées au pinceau. »

D'après toutes ces indications , on comprend comment il se fait que des portions de murailles antiques ont pu jadis, et peuvent encore, de nos jours, se scier et s'enlever sans qu'on endommage les peintures. On conservait donc, comme objets de curiosité, ces peintures détachées du mur : Vitruve en parle dans son Lib. vu , cap. m.

Voyez encore, sur cette question, le Journal des Savans; mars 1763, pag. 128.

On peut consulter déplus Govinus, Higgin, Faujas de St. -Fond, Fleuret, et l'ouvrage de M. Pelouze, intitulé

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