‹ Traité complet de la peinture (volume 2)Chapitre 24 sur 127 · LES SUBJECTIVES. LES PANNEAUX DE BOIS · texte numérisé non relu

LES SUBJECTIVES. LES PANNEAUX DE BOIS

le résultat de quelque caprice, mais bien de l'amour de l'art et de l'intcrct commercial bien entendus.

La différence d'une peinture sur toile et d'une peinture sur panneau est si sensible , et la conservation de la couleur sur le bois est tellement remarquable, qu'il est étonnant que ceux qui prétendent à des ouvrages parfaits ne l'emploient pas toujours. La couleur posée sur le bois conserve son poli ainsi que la franchise et la beauté de ses tons, et, ce qui est bien précieux, sa transparence. Posées sur la toile , les teintes perdent leur émaillé , leur fraîcheur, et surtout leur transparence. La vraie cause de ces différences n'est pas très -facile à trouver; cependant on remarque que la toile qui est un tissu fort poreux et non contigu, est très-susceptible de s'imbiber de l'humidité de l'air, et par conséquent de recevoir quelquesunes de ses qualités malignes ainsi que ses variations. De ce mouvement continuel des fibres du tissu, qui, tantôt se dilatent , tantôt se resserrent, provient le défaut de poli et de continuité des parties. Les vapeurs d'un air qui pénètre et traverse continuellement la surface peinte ne peuvent manquer d'altérer les couleurs qui y ont été déposées : or cette pénétration de Tair n'a pas lieu à travers le bois.

Les tableaux peints sur bois se vendent en général plus cher que les tableaux peints sur toile, parce qu'on ne peut s'empêcher d'attacher une certaine idée d'indestructibilité à l'idée des tableaux exécutés sur panneaux, et que l'expérience de tous les jours apprend que l'affinité qu'ont avec l'humidité les canevas , qu'on peut considérer comme des substances hygrométriques , fait désunir la peinture du subjectile et fait qu'elle s'en détache entièrement par écailles.

120 PROCÉDÉS MA.TKRIELS.

Je ne coonais point d'écrit dans lequel on ait enseigné ce qui est relatif à la construction des panneaux de bois pour la peinture. Quelques notions conservées en Flandre et en Italie , quelques vieilles pratiques propagées dans les ateliers de ces pays, et l'expérience des ébénistes sont les seuls moyens que l'on puisse mettre à profit. Voici quelques conditions indispensables dans la construction des panneaux.

Un panneau est bon quand il n'a point de propension à se voiler , à se décoller; quand il est d'un bois peu susceptible d'absorber l'humidité, de travailler, d'éclater et de se pourrir; quand enfin il est suffisamment épais; qu'il est d'un grain petit et serré , et conséquemment propre à recevoir un beau poli. Plusieurs planches assemblées , collées ensemble , et formant un panneau , sont toujours plus ou moins susceptibles de se voiler ou de se déjeter par la seule contractilité des fibres exposées aux variations de l'atmosphère; or on a imaginé des moyens pour obvier k cet inconvénient. On les assujettit donc par derrière avec des tringles transversales, collées sur le panneau et placées en longueur et en largeur ; en sorte qu'elles forment des carreaux, qu'on a appelés parquet, et qu'il convient mieux d'appeler grillage.

Voici le principe mécanique de ce procédé. Tout panneau se retire sur lui-même ou se dilate , selon la sécheresse ou l'humidité de l'atmosphère; lorsqu'il est libre, et non assujetti dans sa retraite et dans sa dilatation, il ne lui survient point de séparation ni de solution de continuité, et Ih même où les joints ont été fixés par la colle forte, là est peut-être la plus grande adhérence; enfin ce n'est jamais aux joints qu'il se sépare lorsqu'il est libre et

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