‹ Traité complet de la peinture (volume 2)Chapitre 25 sur 127 · LES SUBJECTILES. LES PA]\'NEAUX DE BOIS. I · texte numérisé non relu

LES SUBJECTILES. LES PA]\'NEAUX DE BOIS. I

Lien collé. Mais si Ton assujettit les extrémités de ce panneau , ou même ses milieux , par des chevilles ou de fer ou de bois qui le fixent sur d'autres corps solides , et qu'il ne peut entraîner et rendre mobiles avec lui ; si on l'enclave enfin dans des traverses où on l'assujettit par des clous ou par des chevilles , alors se trouvant arrêté et retenu sur ces points , sa retraite se fait sur les points non assujettis , et il survient une désunion par la force de contraction , force qui est, comme on le sait, d'une puissance prodigieuse. Voilà pourquoi les panneaux des portes et des armoires éclatent si facilement, quelque sec que soit le bois dont on les a construits.

Par conséquent, pour fixer les barres longitudinales qui doivent former un côté des carrés ou du grillage, il faut d'abord façonner carrément ces barres ou tringles fort étroites, et ne les coller que sur la longueur des fibres du bois du panneau. Par ce moyen, la retraite de tout le panneau pourra se faire sans résistance. Ensuite, pour croiser les autres tringles sur les premières , il faut les faire passer à travers les tringles collées et dans des ouvertures carrées pratiquées de place en place au-dessous de ces tringles , en sorte que les nouvelles tringles qui traversent restent libres sous ces coulisses, et puissent même glisser entre le panneau et la tringle qui les retient dans une direction fixe et horizontale. Le panneau, trouvant ainsi une résistance dans tous les sens , ne peut se voiler ni en dedans ni en dehors , et il est libre seulement dans tous ses mouvemens de dilatation et de contraction, en sorte qu'il ne se fend point s'il est bien choisi.

On a encore imaginé de faire l'assemblage des planches

à l'aide des queues d'aronde; et certains tableaux italiens très-épais sont ainsi joints. Par ce moyen, la retraite est empêchée dans tous les sens, car ces queues d'aronde se contrarient par leur position , et opposent , par leur volume croissant, de la résistance de tous les côtés,' l'épaisseur du bois permet quelquefois ce moyen , et l'on voit des incrustations d'un pouce au moins dans l'épaisseur de certains panneaux pour y placer ces queues d'aronde.

Le bois dont on se servait dans l'antiquité pour les tableaux était surtout le larix-fœtnina , espèce de pin qui n'est pas exposé à se fendre facilement ni a être rongé par les vers; on croyait même, par un préjugé assez difficile k justifier, qu'il résistait au feu.

Le cèdre rouge de Virginie est incorruptible , au dire de quelques naturalistes ; il possède en outre la propriété d'éloigner les vers et les insectes. C'est de ce bois qu'on se sert assez souvent pour renfermer les crayons de plombagine. Le bois de cèdre est placé, sous le rapport de la dureté, après le chêne. Les Américains l'emploient beaucoup pour meubles et constructions , et l'on cite des pieux qui se sont conservés très-sains sous la terre dans l'Amérique méridionale depuis un tems immémorial, car les Indiens et les naturels du pays n'ont nulle souvenance traditionnelle de l'époque où ces pieux ont pu être implantés. Les Italiens ont beaucoup peint sur du peuplier , et ils tenaient le panneau fort épais. Le chêne de Hollande a été employé avec beaucoup de succès. Le sapin , débité en planches assez minces , étroites et sans nœuds, est fort bon, car un panneau composé de planches étroites, bien jointes à feuillures et bien collées, se déjette souvent moins que lorsqu'on le fait avec des

LES SUBJIiCTILES. LES PAKNEAUX DE BOIS. ï 'A(J

planches larges. Quelques tableaux sur chêne de Hollande ne se sont point voilés, quoique minces et sans grillage. On trouvera des indications utiles, relativement au choix, au débit des bois et h l'assemblage des planches , etc. , dans l'ouvrage intitulé : UArt du Menuisier en meubles et de CÉbéniste, par M. Mellet. Paris, 1828.

Quant à la qualité d'incorruptibilité du bois, s'il est difficile de l'obtenir pour des meubles qui offrent beaucoup de superficie , il est facile de l'obtenir pour les panneaux des tableaux , et cela sans préparer le bois antérieurement à son débit. Ne peut-on pas en effet enduire le derrière des tableaux , soit de cire , soit de résine, soit de quelque substance indestructible , qui éloignerait les vers et l'humidité pour toujours ? Au reste , voici ce qu'on lit à ce sujet dans le Dictionnaire d'Industrie, au mot Bois.

« Pour rendre le bois incorruptible , on a proposé de le faire sécher dans des fours construits exprès , ayant une double enveloppe, de manière que la pièce ne puisse point brûler. Lorsqu'on échauffe le four pour la faire sécher, on plonge cette pièce toute chaude dans du suif fondu, et ensuite dans du goudron. Les pores ouverts par la chaleur se pénètrent de ces substances : les bois ne sont plus sujets alors à être altérés par les variations de la chaleur, du froid, de l'humidité. Des pièces de bois ainsi préparées dureraient six fois plus long-tems.

» Quant au moyen de garantir le bois de la piqûre des vers, voici celui qu'a pratiqué M. Pingeron. Il a essayé avec succès de prendre des petits morceaux de bois de noyer et de les mettre dans de la cendre de sarment : au bout de trois ou quatre jours, toute l'humidité du bois

Page 1