‹ Traité complet de la peinture (volume 2)Chapitre 36 sur 127 · APPRÊT OU ENDUIT EXÉCUTÉ A. COLLJE · texte numérisé non relu

APPRÊT OU ENDUIT EXÉCUTÉ A. COLLJE

qu'on Ta souvent répété , de ce que l'huile des couleurs apposées sur l'enduit h colle s'emboit et se décharge dans cet enduit; car cette différence se retrouve même lorsque cette imbibilion n'a pas lieu. Cependant il est assez vraisemblable que, quand l'enduit n'est pas très-chargé de colle , une partie de l'huile, avec laquelle le peintre a délayé ses couleurs, pénètre dans l'intérieur de l'apprêt , et diminue d'autant la quantité d'huile employée pour liquéfier et donner du gluten aux matières colorantes. On rencontre donc par fois des peintures très-fraîches , dont quelques parties soulevées et en écailles abandonnent le dessous qu'on a préparé à colle, et la blancheur de ce dessous, que l'buile aurait jauni, prouve assez qu'elle n'y a jamais pénétré. S'il y a un avantage à employer des dessous à colle absorbans , il y a aussi un inconvénient , c'est celui de ne pouvoir pas conduire et fondre les couleurs qui^ une fois apposées, perdent leur liquidité. Ceux qui voudront faire usage de l'un et de l'autre moyen , remarqueront qu'une très-légère imbibition suffit pour la solidité et la fixité, et que les couleurs claires peu embues dans la colle conservent fort bien leur fraîcheur; en sorte que ce moyen est préférable à l'autre, puisque l'état terne et mat d'une ébauche, ainsi embue par l'effet du premier moyen, exige un second travail plus chargé d'huile , afin de rappeler l'énergie et l'intensité des couleurs. Quant aux bruns ou aux couleurs fortes apposées sur détrempe, elles s'obscurcissent nécessairement, parla raison qu'elles contiennent plus d'huile que les couleurs claires , et parce qu'il a fallu les amener à leur force de ton par des glacis ou des huiles superposées et colorées en brun selon le besoin du coloris. Malgré cette obscurité irrégulière ,

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puisqu'elle a lieu sur les bruns et non sur les clairs , Tusage d'employer des enduits à colle , ou , comtme on dit , en détrempe , est certainement préférable k la triste routine qui ne présente au peintre que des toiles chargées d'huile , de Htharge et d'oxide de plomb. Il est donc important d'encoller assez l'enduit, sans pour cela l'encoller trop.

Maintenant, examinons la question de solidité que l'on reproche aux enduits à colle. La plupart des routiniers , tout en convenant que les anciens maîtres et le plus grand nombre des peintres flamands ont employé la détrempe pour dessous, ne manquent pas de dire que, par ce procédé^ les tableaux s'écaillent; mais ils veulent dire aussi que, n'ayant pas la souplesse des enduits à huile , ils ne peuvent être roulés et transportés aussi sûrement que ces derniers» Je répondrai premièrement, que la majeure partie de ces tableaux préparés à colle sont en bois , et que les grandes toiles ainsi préparées n'ont jamais été recouvertes d'un enduit épais , mais bien d'un enduit qu'on pourrait plutôt appeler encollage. Une légère couche de blanc à colle, déposée à l'amassète dans les trous du tissu, et recouvrant à peine les points saillans de ce tissu , n'est point sujette à s'écailler; on voit même des toiles peintes de couleurs à colle, qui, sans s'écailler, sont tous les jours roulées , refoulées et exposées aux injures du tems. Au reste, il esta remarquer qu'il y a un choix à faire entre des colles arides , grossières et fortes , et des colles de parchemin ou de peaux fines et élastiques ; d ailleurs l'addition de certains mucilages peut encore en augmenter la souplesse.

Ces premières réflexions, ainsi que beaucoup d'autres

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qui s'y rapportent , ayant été exposées dans plusieurs endroits de ce traité, il nous reste à parler du procédé technique relatif à cet enduit exécuté à colle.

Il convient de distinguer l'enduit à colle sur toile et l'enduit à colle sur panneau : occupons-nous d'abord de l'enduit sur toile.

Je suppose que la toile à enduire a été doublée et collée sur une toile forte par un procédé analogue à celui qu'emploient les réparateurs- entoileurs : le fer qui a servi à fixer et à faire adhérer ensemble ces deux toiles , a dû nécessairement applatir et polir la surface qu'on doit enduire; en sorte qu'il suffit de passer, soit à l'amassète, soit au pinceau , une ou deux couches de l'enduit à colle.

Cet enduit se compose de colle de parchemin , dans laquelle on détrempe soit du blanc de craie , soit du blanc de céruse , soit de la terre de pipe , soit enfin un mélange de ces substances, dans lesquelles on ajoute de l'ocre et quelqu'autres couleurs de la nuance que désire le peintre. La quantité de colle , par rapport à la quantité de blanc , doit avoir été éprouvée , ainsi que le degré de conglutination et de force de la colle. (Voy. le chapitre Des colles. ) Cet apprêt doit être assez collé pour empêcher l'huile des couleurs qu'on y apposera de s'emboire ou de s'y imbiber; et cependant il ne doit pas être tellement collé que l'huile y adhère mal , ou bien que ce même enduit se recoquille; l'addition d'un peu de miel y ajoute de la souplesse. L'espèce de toile est donc la condition importante , puisque si elle est unie , elle n'exige que peu d'enduit.

D'autres praticiens prennent , au lieu de colle de par-

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chemin , le gluten de l'œuf; et , après avoir bien battu ensemble le jaune, le blanc et les coquilles qui servent à diviser le blanc , ils emploient ce gluten. D'autres , au lieu de blanc, font usage de poudre d'os calcinés et de poudre de ponce , et emploient la colle de farine de froment. (Voy. la Bibliotlîèq. Britanniq. ; novembre 1807. ) Avant d'appliquer l'apprêt , il est bon de frotter la toile avec une décoction d'absinthe , à laquelle on a ajouté quelques têtes d'ail : souvent un frottis fait avec une tranche d'oignon suffit.

Les peintureurs ou les doreurs regardent l'enduit comme étant dans les justes rapports de colle et de blanc, lorsqu'on soulevant hors du vase le pinceau, on voit tomber la liqueur par fdets contigus et non par fdets interrompus. On appose toujours la couleur dans l'état tiède. Quant aux doreurs, dont l'exemple ne justifierait pas les personnes qui prodigueraient les couches d'apprêt dans l'intention d'obtenir un plus grand poli , il est à remarquer que ce moyen leur est nécessaire pour arriver économiquement au très-grand poli, dont ils ont besoin pour la dorure; mais qu'une simple toile , ainsi chargée , s'écaillerait probablement : aussi avons-nous distingué de l'enduit sur toile l'enduit sur panneau ou sur bois , ce dernier pouvant supporter un plus grand nombre de couches d'apprêt.

Enfin toute cette condition de l'apprêt se rapporte au poU, à la possibihlé et à la facilité d'apposer et de faire adhérer les couleurs, sans qu'elles s'emboivent; elle se rapporte aussi à leur conservation.

Le poli se donne avec la pierre ponce, employée h l'eau très-froide : une éponge humide sert 11 enlever rapi-

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dément , et sans détremper le fond , le superflu que la ponce a usé.

Nous avons dit aUleurs qu'un très-bon moyen de colorer en roussalre la toile à colle ou le panneau , était d'y passer rapidement une décoction de sucre noir de réglisse. Ce léger mucilage empêche la colle d'emboire les couleurs , et n'est nullement contraire à l'adhérence : ce moyen est préférable à l'encollage final , qui consiste à passer sur le tout un glacis de colle de gants , en état de gelée.

Les couches de blanc doivent être toutes d'une force égale de colîe, et il serait dangereux que la dernière couche fût plus forte que celle de dessous.

Quant à l'enduit sur panneau , il s'obtient par les mêmes procédés : la seule différence consiste en ce que, sur un panneau , on peut rendre l'enduit plus épais , en superposant plusieurs couches.

Pour que la première couche d'apprêt adhère bien au panneau, il est bon de frotter celui-ci avec la liqueur suivante : Une pinte et demie d'eau , qu'on fait réduire à une pinte par l'ébullition ; on y introduit une poignée de feuilles d'absinthe , trois têtes d'ail , du sel et du vinaigre. Ce mélange étant tamisé , ajoutez-y une demi-pinte de bonne colle de parchemin en gelée; apposez cette liqueur préparatoire en état chaud et fluide.

On lit dans certains écrits qui traitent de l'industrie des Chinois , qu'ils couvrent souvent les panneaux à peindre d'un enduit composé de sang de cochon et de chaux vive en poudre. J'ai déjà indiqué cette recette comme étant excellente, à raison de sa solidité; il suffirait d'isoler cette chaux des couleurs qu'on appliquerait ensuite.

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D'autres ont indiqué aussi le mélange de la poudre d'écailles d'huîtres calcinées et de la partie butireuse et caseuse du lait. C'est, à ce qu'on croit, le procédé par lequel M, Bachelier obtenait ce badigeon conservateur dont on a parlé assez fréquemment. (Voy. les Annales des Arts; décembre 1809.) Le manuscrit de Théophile indique aussi ce procédé.

Je ne dois pas oublier d'avertir que le lait fournit un léger agglutinatif très-doux. Après qu'il est desséché, il laisse un demi-vernis onctueux, dont on tire bon parti pour rendre noirs les carreaux des vestibules. Le suc laiteux du figuier fournit aussi un mucilage assez fort et trèssouple.

On vante encore , comme un enduit inaltérable, le mélange de blanc d'œuf et de chaux vive , et le mélange de blanc d'œuf et d'huile de lin. Je vais terminer cette question des apprêts ou enduits , en citant ce qu'on lit dans la Revue encyclopédique; mai 1822.

« D'après un procédé très-simple, en usage dans l'Inde, de tems immémorial , on couvre actuellement en Angleterre , d'une dorure factice , des chaînes de ponts , des rampes et autres ouvrages en fer exposés à l'action de l'atmosphère. Les matériaux qu'on emploie sont de trèspeu de valeur; ce sont de Fétain , de la glu et du vernis h l'huile : le tout appliqué avec une brosse , comme la peinture la plus grossière. On parvient , par ce moyen . facile, à donner aux grands ouvrages en fer un aspect très-agréable, et à les préserver de la rouille. »

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