‹ Traité complet de la peinture (volume 2)Chapitre 37 sur 127 · DES COLLES · texte numérisé non relu

DES COLLES

X ARMi les agglutinatifs on a distingué les colles qui , en général, sont le résultat de l'art, d'avec les gommes qui sont des sucs végétaux produits naturellement. Nous traiterons des colles dans ce chapitre , et dans le suivant, nous nous occuperons des gommes \

On distingue les colles animales et les colles végétales. L'industrie est parvenue à extraire de certains corps d'animaux des colles qui chacune ont des caractères particuliers. Les intestins de quelques poissons en ont fourni qui sont diaphanes, incolores, plus ou moins lentes à se dissoudre dans l'eau. Les tendons, les oreilles , les parties génitales des taureaux , en ont fourni de très-tenaces , de très-fortes : les Romains appelaient cette dernière taurocolla. L'industrie a eu besoin aussi de colles plus souples; elle en a obtenu. La peau du lapin en a fourni de trèssouples et de très-fmes. On extrait du parchemin, ou peau de mouton préparée pour l'écriture , une colle fine et assez forte pour certains usages. Le même Théophile

I Piine distingue la gomme du gluten. Omne autem atramentum sole perficitur , Librarium gummi , tectorium glutino admixto. L. 35 , C. 6. ; et plus haut .• Glutinum auri cura inducitur ligno. (Je ferai remarquer, en passant, que Poinsinet de Sivry traduit tectorium glutino admixto, par ces mots, colle à huilç. Ces mots sont fort impropres , puisqu'il n'est point question d'huile dans ce passage de Pline. )

nous apprend , dans son Manuscrit du x^ siècle , que Ton employait, pour l'enduit des tableaux, de la colle de cuir et de la colle de corne de cerf bouillies ensemble. Enfm l'œuf, le lait, les limaçons fournissent à notre industrie des colles utiles en bien des cas.

Quant aux colles végétales , on les trouve dans toutes les substances farineuses ; et elles sont contenues en état liquide dans certaines plantes , dans les branches de certains arbres : c'est ainsi que la tithymale et les jeunes branches de figuier nous offrent une liqueur ou un lait agglutinatif, dont Tart sait profiter.

On a remarqué que, du mélange de la colle animale et de la colle végétale, résultait une adhérence plus grande que celle de l'une ou de l'autre colle employée séparément. L'addition d'une résine aggkitinative est encore assez favorable à l'adhérence de ces colles, et elle repousse l'humidité : l'huile peut aussi leur être associée à cet effet.

La colle animale se distingue naturellement en trois espèces,* la colle forte, la colle demi-forte ou moyenne, et la colle faible.

De la colle forte animale. — La colle forte animale est une préparation des cartilages, des nerfs, des pieds et des oreilles des taureaux, des bœufs âgés, des grands poissons et des peaux de veau. On fait macérer et bouilHr ensuite à un feu doux ces matières dans de l'eau, jusqu'à leur dissolution presqu'entière. Après cela , on coule la liqueur avec expression , et on la fait épaissir ou réduire .sur le feu; on la jette à la fin sur des pierres plates et polies , ou dans des moules où on la laisse se sécher et durcir.

Cette colle tout affaiblie qu'elle serait, si on l'atténuait

LES COLLKS. lyS

dans beaucoup d'eau , n'aurait pas la souplesse et la délicatesse que requiert la peinture. Dans les tems de gelée elle se contracterait, deviendrait cassante, et se lierait mal avec les matières colorantes qu'on lui confierait. Elle n'est donc utile que pour certaines fortes agglutinations, pour certains mastics. Sî l'on y ajoute de la résine et de l'huile de lin, elle sera tenace malgré l'humidité, et pourra servir à coller les pierres et les marbres , etc.

On doit toujours faire fondre cette colle au hain-marie; car, posée immédiatement sur les charbons, son caractère mucilagineux se détruirait.

De La colle animale moyenne. — La colle animale moyenne, dite colle de Flandre, se prépare comme la colle forte, mais on la compose de matières plus souples et plus douces. Telles sont les rognures de peaux de moutons, d'agneaux, etc.; elle est par conséquent plus liante, plus élastique, plus claire que la colle forte. On la forme aussi en tablettes.

Pour s'en servir, on la fait tremper dans l'eau, puis on la fond entièrement dans l'eau bouillante. Quelques peintureurs l'emploient pour s'épargner la peine de faire euxmêmes de la colle faible ; mais de même qu'elle n'a point la ténacité de la colle forte, elle n'a point non plus la douceur et l'élasticité de la colle faible.

De la colle faible animale. — On peut distinguer dans cette espèce de colle deux degrés : la faible et la trèsfaible. Les noms de colle de gants , colle de parchemin , et même colle de brochette, ne sont pas très-significatifs ; car il y a des rognures grossières de peaux servant aux gants , et il y a des parchemins grossiers , etc.

La colle de gants se fait avec des rognures de peaux

blanches de mouton. Ces rognures sont souvent composées de parties assez grossières. On fait macérer et dissoudre ces rognures dans de l'eau bouillante pendant quatre heures, après qu'elles ont trempé plusieurs heures dans l'eau chaude; puis on tamise cette colle qui, lorsqu'elle est refroidie , doit avoir la consistance d'une forte gelée. La quantité d'eau détermine le degré de soHdité de cette gelée.

Pour l'employer, on ne la fait jamais boiiillir, mais on la liquéfie à un feu doux.

Quant à la colle très-faible, elle se fait avec des rognures de parchemin, avec des peaux de lapin, des peaux d'anguilles, etc. On l'obtient dans l'eau par ébullition , et on la réduit en état de gelée: elle est plus longue à faire que la colle de gants ; on la tamise , on la laisse se clarifier , et on y ajoute^ un peu de miel.

La colle de poisson est encore mise au nombre des colles faibles; elle est très-précieuse. On conçoit aisément qu'il y en a de plus grossière et de plus fine. La Moscovie, la Hollande , l'Angleterre fabriquent de la colle de poisson. Les peaux, les nageoires , la queue et les cartilages des marsouins, des loups marins, des sèches, des requins, des baleines, etc., forment, étantbouillis, une colle que l'on tortille en cordes, et qu'on laissesécher à l'ombre. Telle est la colle grossière de poisson ou Fichtyocolle. L'esturgeon en fournit une meilleure; mais une colle plus belle et plus fine encore est obtenue par les vessies aériennes des poissons d'eau douce; on les ouvre, on les dégage de la glu qui les enduit , on les dépouille de la membrane fine qui les recouvre , et on les fait sécher à l'air. (Les entrailles et le péritoine des poissons fournissent une colle moins fine

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que cette dernière.) Pour employer ces colles , on les fait fondre h l'eau tiède, et on y ajoute quelquefois de l'eaude-vie.

On a donné le nom de colle h Louche à une colle animale contenant du sucre, dont la présence facilite la prompte liquéfaction de cette colle avec la salive. Pour la faire, prenez une once de colle de poisson ^ deux gros de sucre candi blanc, une dragme de gomme adragante; prenez ensuite des rognures de parchemin bien net; versez une chopine d'eau claire par-dessus ; faites bien bouillir; filtrez cette eau, et versez-la sur les matières susdites; faites-les réduire à la moitié par la cuisson ; retirez le mélange du feu, et faites-en de petites bandes, ou donnszlui telle forme qui vous plaira. Lorsque vous voudrez vous en servir, vous la passerez à la bouche, et l'humecterez avec la salive; ensuite, ayant frotté légèrement un de vos papiers, vous l'étendrez sur l'autre, et avec une bande de papier mise à sec sur les deux bords des papiers enduits de colle , vous y passerez la paume de la main et le plat de l'ongle.

Des colles végétales, — La plus vulgaire , et cependant la meilleure colle végétale, est celle qui provient de la farine du froment. Le seigle en fournit une que l'on croit plus tenace, mais elle n'est pas plus liante.

L'amidon ou fécule amilacée est une substance blanche, pulvérulente , insipide , sans odeur , inaltérable à l'air, cristalline lorsqu'on l'examine à la coupe. Elle est contenue en grande quantité dans les graines de toutes les légumineuses et des graminées. Les marrons , les châtaignes , le gland , les pommes de terre , les racines d'arum , etc. , en fournissent abondamment.

1^6 PROCÉDÉS MA.TÉRIELS.

L'eau bouillante et l'amidon donnent une gelée connue sous le nom d'empoi , dans laquelle on mêle quelquefois un peu de cire , quelquefois aussi du bleu pour la colorer. L'empoi est un excellent gluten pour encoller les toiles :, taffetas, papiers qu'on veut couvrir de peinture; il est utile aux peintres dans bien des cas.

L'ébuUition des farines, fécules, amidons délayés dans de l'eau, suffit pour développer la partie mucilagineuse qui constitue la colle végétale: ainsi, pour obtenir la colle de la farine, il faut la délayer d'abord dans un peu d'eau, puis ajouter de l'eau jusqu'à ce que tout soit bien délayé, et que la composition soit comme de l'eau bien trouble , et d'un blanc gris. On met ensuite le vase sur un feu doux, et l'on remue toujours l'eau jusqu'à ce qu'elle soit épaissie. Sans cette précaution , la farine, qui se précipiterait au fond du vase, s'épaissirait d'abord, et se cuirait sans former de la colle. Pour la rendre plus forte , on y jette quelques gousses d'ail , et pour empêcher les mittes de s'y mettre, on y verse quelques gouttes de vinaigre, quand elle commence à s'épaissir. Pour la rendre plus tenace encore, on y peut ajouter un peu de résine. La glu même y conviendrait assez. Quelques gouttes d'essence de laurier, des feuilles même de laurier ou de noyer serviraient à éloigner les mouches.

On trouve dans la pomme de terre une colle dont l'emploi peut être très-utile pour les préparations des subjectiles. Ce tubercule, quand il a long tems bouilli^ se convertit en une gelée qui , mêlée avec de la couleur et de l'eau , produit une très-bonne détrempe, et qui, mêlée sans eau avec du blanc, produit un mastic très-solide.

Enlin on peut obtenir des colles de toutes sortes de

LES GOMMES. l^y

o-raines; on en obtient de la farine de manioc ou manhiot, farine qui sert à faire la cassave ou pain qui est en usage à Madagascar. Cette plante desséchée fournit un amidon appelé mouchache. Le riz produit aussi une colle particulière. Le sagou , pâte végétale provenant d'un palmier de* Indes occidentales, pourrait être, ainsi que plusieurs autres substances qu'on a négligé d'éprouver, très-utile à la peinture. Nous avons fait connaître la propriété du mucilage de la graine de lin : on ferait probablement des recherches instructives en examinant , sous ce même rapport, la gomme de semence de coing , de guimauve, ainsi' que les mucilages de certaines plantes bulbeuses , etc.

On peut consulter, sur l'art de faire les colles^ l'ouvrage de Duhamel-Dumonceau, nouvelle édition, Paris, 1812; et sur les degrés de force des colles , les Recherches de M. Cadet, Annales des Arts, n° xix. Voyez aussi l'article de M. Vauquelin, dans le Journal de Physique, janvier 1812, pag. 89, sur le mucilage de la graine dejiu.

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