DES BLEUS PURS OU ÉLÉMENTAIRES
Nous avons déjà dit que le bleu de Prusse donnait le vrai bbeu élémentaire plutôt que l'outremer, le cobalt , etc. ; en effet , le bleu de Prusse ne contient ni jaune ni rouge, tandis que l'outremer a un œil rougeâtre, ainsi que le cobalt. D'autres matières bleues offrent une légère teinte jaune; ces nuances délicates sont masquées, il est vrai , par l'énergie de ces belles couleurs azurées , mais elles n'en existent pas moins. La comparaison immédiate que l'on peut faire des unes et des autres , lorsqu'elles se trouvent écîaircies avec le blanc à un degré moyen , démontre à tous les yeux ces mélanges opposés au caractère élémentaire.
Des couleurs bleues des anciens.
Les bleus employés par les anciens sont, dit sir Davy, pâles ou foncés, suivant qu'ils contiennent de grandes ou de petites quantités de carbonate de chaux; mais, quand ce
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carbonate de chaux est dissous par les acides , il offre le même corps de couleur, c'est-à-dire, une poudre bleue très-fine, semblable au plus beau bleu de smalt ou à de l'outremer. Cette poudre est rude au toucher; elle ne perd point sa couleur étant chauffée jusqu'au rouge ; à une chaleur blanche, elle subit une demi-fusion, et ses particules s'agglutinent les unes avec les autres. Sir Davy reconnut que cette couleur bleue n'était pas altérée par les acides; cependant l'acide nilro-muria tique (eau régale) ayant long-tems bouilli sur elle , cet acide acquit une couleur jaune , et donna des preuves de la présçnce de l'oxide de cuivre. Une certaine quantité de cette couleur fut fondue, pendant une demi-heure , avec deux fois son poids d'hydrate de potasse; la masse, qui était d'un bleu verdâtre, fut traitée par l'acide muriatique, en suivant la méthode employée pour l'analyse des pierres silicieuses; elle donna une quantité de silice égale à plus de V5 de son poids; la matière colorante fut aisément dissoute dans une dissolution d'ammoniac, à laquelle elle donna une couleur bleue brillante, d'où sir Davy conclut que c'était de l'oxide de cuivre. Le résidu donna une quantité considérable d'alumine , et une petite quantité de chaux.
La petite quantité de chaux trouvée dans cette substance ne paraissait pas à sir Davy suffisante pour expliquer sa fusibilité; on pouvait donc s'attendre à trouver la présence d'un alcali fixe dans cette couleur; il en fit i'ondre une petite partie avec trois fois son poids d'acide Loracique; et traitant la masse avec de Facide nitrique et du carbonate d'ammoniac; puis , après cela , distillant dessus de l'acide sulfurique , il se procura du sulfate de soude, ce qui lui prouva , dit-il, que c'était une fritte
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faite par le moyen de la soude et colorée par l'oxide de cuivre. Il y a tout lieu de croire, suivant sir Davy, que c'est là la couleur décrite par Théophraste, laquelle avait été découverte par un roi d'Egypte , et dont la manufacture était, dit-on, établie anciennement à Alexandrie.
Pline parle d'autres bleus, qu'il appelle des espèces de sables (arenae), et qu'on lirait des mines d'Egypte, de Scytliie et de Chypre. Sir Davy regarde comme probable que ces bleus naturels étaient différentes préparations delapis-lazuli et des carbonates et arséniates bleus de cuivre.
Pline et Vitruve parlent du bleu indien : le premier dit qu'il était combustible; c'était donc évidemment une espèce d'indigo.
Sir Davy examina plusieurs bleus dans les fragmens de peinture tirés des ruines des monumens de Gaïus-Cestus : c'est un indigo bleu foncé , approchant par sa couleur de celle de l'indigo; il y trouva un peu de carbone de cuivre , mais la base de cette couleur était la fritte décrite ci-dessus.
Les bleus de la Noce Aîdobrandine, d'après le pouvoir qu'ils ont pour résister à l'action des acides et aux effets du feu , sont , à ce que croit sir Davy , des composés du bleu d'Alexandrie.
Dans une excavation faite à Pompéia , en i8i4? à laquelle sir Davy fut présent , on retira un petit pot qui contenait une couleur bleue pâle , ce n'était autre chose au'un mélan2:e de chaux et de fritte d'Alexandrie.
L'azur égyptien , dont la bonté est prouvée par une expérience de dix-huit cents ans^ peut être imité aisément et à bon marché. Sir Davy a trouvé que quinze parties en poids de carbonate de soude , vingt parties de cailloux
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silicieux, pulvérisés, et trois parties de limaille de cuivre, fortement chauffées ensemble pendant deux heures, donnent une substance exactement de la même couleur, et presqu'aussi fusible; pulvérisée, elle produit un beau bleu de ciel foncé.
Le principe de la composition de la fritte alexandrienne, continue sir Davy, est parfait; savoir : celui d'incorporer la couleur dans une composition qui ressemble à de la pierre, de manière à prévenir le dégagement d'aucun fluide élastique , ou l'action décomposante des élémens. C'est une espèce de lapis-lazuli artificielle , dont la substance colorante est naturellement inhérente à une pierre silicieuse fort dure.
Il est probable , suivant sir Davy , que l'on peut faire d'autres frittes colorées , et il vaudrait la peine d'essayer si le beau pourpre , obtenu par l'oxide d'or ^ ne pourrait pas être rendu utile pour la peinture , en l'incorporant dans un verre qui en serait fortement imprégné. L'expérience de dix-sept cents ans nous démontre que les meilleures couleurs , après les frittes , sont des combinaisons métalliques, insolubles dans l'eau, et saturées d'oxigène ou de quelques matières acides.
Parmi les couleurs matérielles trouvées à Pompéia , et soumises à l'analyse par M. Chaptal, il y en avait une qui était d'un beau bleu intense et nourri; elle était en petits morceaux de même forme. L'extérieur de chaque fragment était d'un bleu plus pâle que l'intérieur, dont la couleur présentait plus d'éclat et de vivacité que les plus belles cendres bleues.
Les acides muria tique , nitrique et sulfurique font une légère clTcrvesconce avec cette couleur, qu'ils parais-
COULEURS MATIiRIELLES. LES BLEUS. 3u5
sent aviver , même par une éljullitioii prolongée. L'acide muriatique oxigéné n'a pas d'action sur elle.
Celte couleur n'a donc , suivant M. Ghaptol , aucun rapport avec celle de l'outremer, que détruisent ces quatre acides, ainsi que l'ont observé MM. Clément et Desormes.
L'ammoniac n'a pas d'action sur elle.
Exposée à la flamme du chalumeau , elle noircit et forme une fritte de couleur brune-rougeâtre , par l'action prolongée de la flamme.
Fondue au chalumeau avec le borax , elle donne un vert-bleu-verdâtre.
Traitée avec la potasse sur un support de platine , elle produit une fritte verdâtre qui passe au brun , et finit par prendre la couleur métallique du cuivre. Cette fritte se dissout en partie dans l'eau ; l'acide muriatique, versé dans cette dissolution, y forme un précipité abondant, floconneux , et la liqueur , décantée de dessus le premier précipité , en fournit encore une assez considérable avec l'oxalate d'ammoniac.
L'acide nitrique dissout avec effervescence le résidu que l'alcali n'a pas pu dissoudre ; la dissolution se colore en vert , l'ammoniac y forme un précipité qu'elle redissout lorsqu'on l'y verse en excès , et alors la dissolution devient bleue.
Cette couleur , dit M. Chaptal , paraît donc être composée d'oxide de cuivre, de chaux et d'alumine; elle se rapproche des cendres bleues par la nature de ses principes ; mais elle en diffère par ses propriétés chimiques. Elle paraît être le résultat, non d'une précipitation , mais l'effet d'un commencement de vitrification , ou plutôt une véritable fritte.
3o4 PROCÉDÉS MATÉRIELS.
Il paraît , d'après cela , à M. Chaptal , que le procédé au moyen duquel les anciens oLtenaient cette couleur est perdu pour nous; tout ce que nous pouvons savoir, en consultant les Annales des arts , c'est que l'emploi de cette couleur remonte à des siècles bien antérieurs à celui qui a vu disparaître Pompéia sous un déluge de cendres. M. Descotils , ajoute M. Chaptal, a observé une couleur d'un bleu vif, éclatant et vitreux sur les peintures hiéroglyphiques d'un monument d'Egypte; et il s'est assuré que cette couleur était due au cuivre.
En partant j dit M. Chaptal, de la nature des principes constituans de cette couleur , nous ne pouvons la comparer qu'à la cendre bleue des modernes ; en la considérant sous le rapport de son utilité dans les arts , nous pouvons lui opposer avec avantage l'outremer et l'azur; surtout depuis que M. Thenard a fait connaître une préparation de ce dernier, qui permet de l'employer à l'huile. Mais la cendre bleue n'a ni l'éclat', ni la solidité de la couleur des anciens; et l'azur et l'outremer sont d'un prix très-supérieur à celui d'une composition dont les trois élémens sont de peu de valeur. M. Chaptal pense donc qu'il serait bien intéressant de rechercher les procédés de fabrication de cette couleur bleue.
Le bleu de Prusse ou bleu de Berlin.
Cette substance précieuse est due au hasard , et a été découverte au commencement de ce siècle par un chimiste de Berlin ' qui , ayant jeté dans sa cour plusieurs
1 Cette découverte, faite en 1704, est attribuée aux chimistes Diespach et Dippel.
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liqueurs de son laboratoire, s'aperçut avec surprise que quelques pavés étaient devenus d'un bleu magnifique : il recomposa ses liqueurs , et reconnut celle dont la propriété lui paraissait si singulière. Il s'appliqua à préparer de ce bleu pour la peinture , et en fit un secret qui , découvert par les chimistes, fut publié en 1724 dans les Transactions philosophiques.
« La préparation du bleu de Prusse, dit M. Formey,est une suite de procédés difficiles. On a plusieurs raisons de croire que ce bleu vient du fer. On sait que les dissolutions de fer prennent dans l'eau une couleur bleue par la noix de galle. L'acier bien poli et échauffé à un feu modéré, prend une couleur bleue ; et il paraît , par cette expérience , que cette couleur vient d'une substance grasse que le feu élève à la surface du fer. On sait qu'il y a dans le fer une matière bitumineuse, qui n'est pas parfaitement unie avec les autres principes , ou qui y est en trop grande quantité.
» C'est ce bitume qui doit être la base du bleu que l'on veut faire : mais il est trop compacte,* il faut le subtiliser; or les alkalis sont les dissolvans naturels des bitumes.
» 11 y a apparence qu'on a essayé , pour faire le bleu de Prusse , plusieurs huiles végétales , et que c'a été sans succès. On a aussi éprouvé les huiles animales; et le sang de bœuf calciné et réduit en poudre, a rempli l'attente : pour l'alcali, on a employé le plus puissant, qui est celui du tartre.
» Le bitume du fer est attaché à une terre métallique jaune; cette terre altérait la couleur bleue du bitume, quelque raréfié qu'il fut. On le transporte de dessus la TOME IX. 20
3o6 PROCÉDÉS MATÉRIELS.
terre jaune sur une terre blanche, qui est celle de l'alun, et alors la couleur Lieue non-seulement n'est plus altérée par le fond qui la soutient , mais de sombre et trop foncée qu'elle était , elle devient plus claire et plus vive.
» Il faut observer que ce bitume qu'on veut avoir , on ne le cherche pas dans le fer en substance , mais dans du vitriol , où le fer est déjà très-divisé.
» Il y a donc trois liqueurs nécessaires pour faire le bleu de Prusse: une lessive de sang de bœuf calciné avec le sel alcali ,• une dissolution de vitriol , et une dissolution d'alun.
» De toutes ces opérations , il résulte une espèce de fécule d'une couleur de vert de montagne , et qui , par l'esprit de sel , devient dans l'instant d'une belle couleur bleue foncée ; et c'est-là le bleu de Prusse. »
» M. Formey , dans l'article qu'on vient de lire , nous indique les causes du bleu de Prusse , plutôt que la manière de le faire. Il spécifie les substances qui le composent, sans nous en particulariser les doses, et nous instruire delà manipulation qu'elles exigent. L'auteur du Traité de la Peinture au pastel nous instruit avec autant de clarté que de précision , de ce que le secrétaire de l'Académie de Berlin nous laissait ignorer.
» On fait dessécher sur le feu du sang de bœuf, ou tout autre; on le réduit en poudre, on en mêle cinq ou six onces dans un creuset , avec autant de sel de tartre , ou même de potasse. On couvre le creuset seulement pour qu'il ne se remplisse pas de cendre. On fait rougir sur le feu, par degrés, la matière qu'il contient. Lorsqu'elle cesse de fumer , on la verse toute brûlante dans deux ou trois pintes d'eau chaude. On fait bouillir le tout à peu
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près jusqu'à la diminution de moitié; on filtre l'eau dans un autre vase au travers d'un linge ; on fait bouillir le marc resté sur le filtre dans de nouvelle eau qu'on réunit ensuite à la première. Cette liqueur est la lessive prussienne : elle ne contient que de l'alcali chargé de la matière colorante. Pour en composer le bleu de Prusse ordinaire , on fait dissoudre dans de l'eau bouillante deux onces de vitriol vert, et trois ou quatre onces d'alun. Cette dissolution , versée par intervalles sur la lessive encore chaude, produit de l'efFervescence. On agite le mélange , et l'on y verse le reste de la dissolution. Le fer contenu dans le vitriol, et la terre de l'alun, quittent leur acide , saisissent la matière colorante , et se précipitent avec elle en fécule verdâtre. On verse toute la composition sur un linge. Les sels dissous dans la liqueur, passent avec elle au travers de ce filtre; on recueille dans un vase la fécule restée sur le linge , on la délaie avec deux ou trois onces d'acide marin. Ce précipité devient sur le champ d'un bleu plus ou moins profond , suivant la quantité de l'alun. Quelques heures après, il faut l'arroser de beaucoup d'eau tiède pour la bien dessaler. » « On peut facilement , dit Tingry , purger la prussiate de fer de l'alumine , ou base argilleuse , qui provient de la décomposition de l'alun. On pulvérise le bleu , on le place dans une jatte avec de l'eau mêlée d'acide muriatique (acide marin). Il s'excite un mouvement d'efFervescenceassez fort; lorsqu'il est apaisé, on verse une nouvelle portion d'acide. Si le mouvement n'a plus lieu, on se contente de donner une petite pointe d'acide. On abandonne le mélange pendant vingt-quatre heures. Après ce tems, on décante la partie claire; on lave le sédiment
3o8 PROCÉDÉS MATERIELS.
avec de l'eau bouillante; on verse le tout sur un filtre de papier; on jette sur le filtre un peu d'eau jusqu'à ce qu'elle en sorte insipide ; on fait alors sécher le bleu qui reste sur le filtre , et on le broie. Le prussiate de fer , ainsi préparé, peut être regardé comme sans mélange; s'il a perdu en quantité, il a gagné en intensité. »
Yoici ce qu'on lit dans l'Art de fabriquer les couleurs, par M. Pelouze :
« Toutes les matières animales sont susceptibles de donner du bleu de Prusse par leur calcination avec les alcalis; mais aucune n'en peut autant fournir que le sang.
» D'abord il faut faire évaporer toute l'eau contenue dans le sang , ce qui est une opération assez longue et désagréable à cause de l'odeur fade et nauséabonde qui s'exhale. On se sert pour cela d'une chaudière en fonte de fer peu profonde. Il faut chauffer le plus rapidement possible, en agitant continuellement avec un ringard en fer.
» Ecrasez, émiettez le sang desséché et étalez-le sur de grandes tables pour l'exposer dans cet état au soleil; puis on le met dans des tonneaux qui restent ouverts. Si on l'y plaçait au sortir de la chaudière , il se corromprait.
» Faites dissoudre une partie de potasse dans une trèspetite quantité d'eau , et avec cette solution , arrosez dix parties de sang desséché, en y ajoutant environ un centième de battitures de fer pulvérisées. Mélangez exactement et versez dans un creuset de fonte; calcinez dans un fourneau ordinaire. Les dimensions du creuset peuvent varier. 11 est bon d'en avoir de cylindriques, arron-
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dis par le fond , d'un pied de diamètre environ sur seize pouces de profondeur.
» D'abord , le mélange se ramollira et brûlera avec flamme. Il s'affaissera ensuite peu à peu. Une majeure partie de la capacité du creuset restera vide. Remplissez de nouveau avec le même mélange de sang alcalisé. Remuez constamment avec une tige de fer , et maintenez le creuset toujours plein. Après cinq ou six heures de calcination, la vapeur ne s'enflammera plus et la matière vous paraîtra fortement charbonnée. Il faut maintenant augmenter considérablement la chai^ffe pour faire éprouver au mélange une espèce de fusion; elle s'attachera dans cet état à la tige en fer. Cette haute chauffe doit durer environ deux heures pour un creuset de la capacité dont nous avons parlé. Après quoi , retirez la matière du creuset à l'aide d'une cuiller ou poche en fer, et projetez dans une quantité d'eau froide à peu près du double du sang employé. Cette eau doit être contenue dans une chaudière de fonte , sous laquelle on fera ensuite du feu. Poussez jusqu'à l'ébullition , puis fdtrez la liqueur sur des carrés de toile un peu serrée. Le marc doit être repris et lessivé de nouveau. Les liqueurs filtrées étant réunies , distribuez-les dans de larges baquets peu profonds. Laissez ces liqueurs exposées à l'air pendant quinze jours au moins , pour qu'elles cessent d'être hydrosulfurées. Après cetems, dissolvez, pour chaque partie de potasse employée, trois parties d'alun et une demipartie de sulfate de fer (couperose verte) que préalablement vous aurez fait bouillir avec une petite quantité d'acide nitrique (un gros d'acide nitrique par livre de couperose).
» Il ne faut faire le mélange des solutions de couperose et d'alun qu'au moment de s'en servir.
» Maintenant versez peu à peu ce mélange dans la lessive de sang et passez en même tems avec beaucoup d'exactitude , à l'aide d'un long bâton. Vous obtiendrez un précipité abondant d'un bleu plus ou moins pur et foncé. Laissez déposer , siphonnez la liqueur claire. Lavez le précipité à plusieurs reprises, et jusqu'à ce que l'eau sorte parfaitement claire. Jetez alors le dépôt sur une toile. Secouez fréquemment le châssis afin d'exprimer Feau. Quand la pâte sera bien égouttée , soumettez-la à la presse et divisez le gâteau que vous en aurez formé en petits carrés, que vous laisserez sécher à l'air libre sur des tablettes bien exactement abritées du soleil. En hiver on peut faire sécher à l'étuve , pourvu que la température n'excède pas vingt-cinq degrés centigrades.
» Le produit est environ de dix onces de bleu de Prusse par livre de potasse employée.
a Souvent , pour les peintures en détrempe , le bleu de Prusse est livré par le fabricant à l'état de pâte liquide.
» Les fabricans de couleurs , multipliant sans cesse les dénominations, vendent, sous le nom de bleu minéral, un bleu de Prusse qui ne dîjGTère de tous les autres que par une proportion beaucoup plus grande d'alumine. »
Enfin , disons que le bleu de Prusse , ou prussiate de fer , est le résultat de la combinaison du fer avec un acide d'une nature particulière , auquel on donne le nom d'acide prussique, et que son affinité avec ce métal est telle que les acides minéraux les plus forts ne peuvent pas l'en séparer.
On doit choisir le bleu de Prusse foncé eu couleur ,
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brillant , et sans aucune teinte pourprée. Lorsque sa couleur est pâle ou verdâtre , c'est un signe d'impureté. Go n'est guère que lorsqu'il est mêlé avec du Liane que l'on peut en connaître parfaitement le caractère chromatique.
Terminons en recueillant ce qu'on lit dans l'édition de Watin , revue par M. Bourgeois.
» Le bleu de Prusse , quoiqu'inférieur aux couleurs d'outremer et de cobalt , sous le rapport de la fixité , ne laisse pas que d'avoir sur elles , à volume égal , l'avantage d'une bien plus grande quantité de principes colorans; quantité que nous avons trouvée, par l'expérience, être dans le rapport de dix à un environ. Malheureusement tous les alcahs attaquent le bleu de Prusse; c'est pourquoi , lorsqu'on le combine avec des couleurs qui en contiennent , l'on expose ce bleu à disparaître ou à changer en peu de tems.
» Quant à la fabrication du bleu de Prusse , voici l'un des procédés qu'on suit le plus ordinairement dans les arts.
» On fait d'abord , à parties égales , un mélange de potasse du commerce et de charbon légèrement incinérés , provenant de matières animales desséchées, (le sang, les rognures de cornes , sont les matières les plus propres à cet objet. ) L'on calcine ce mélange dans un creuset jusqu'au rouge; puis l'on délaie cette substance dans €{uinze à vingt fois son poids d'eau; on remue de tems en tems, pendant une heure, et jusqu'à ce que l'eau ait pu dissoudre cette mixtion. La liqueur étant filtrée, on y verse graduellement une solution faite de deux, de trois, et même de quatre parties d'alun et d'une partie de sul-
fate de fer (vitriol vert ) du commerce. L'on continue la même opération jusqu'à ce que le précipité obscur qui se forme dans la liqueur soit devenu très- foncé , et qu'il ne s'en fasse plus de nouveau. Après quoi , on lave à grande eau, matin et soir; et, par une succession continue de ces lavages pendant vingt à vingt-cinq jours, le précipité passe successivement par différens degrés de brun verdâtre à un bleu très-foncé. Lorsque le bleu est entièrement formé, on le recueille sur une toile pour l'égoutter; puis, lorsqu'il est devenu en pâte assez solide, on le coupe par morceaux pour le faire sécher. »
BJeu minéraL
«On peut, dit l'auteur du Traité de la Peinture au pastel, substituer à la cendre bleue, une préparation toute récente , et qui se rapproche beaucoup du ton de cette cendre. Il y a deux ou trois mois qu'un amateur , qui peint en miniature, m'en fît passer un petit fragment , qu'il tenait d'un peintre du Stadthouder à la Haye. La couleur en était bleu-céleste et très-amie de l'œil; enfin le hasard m'en fit découvrir , il y a quelques jours , chez un marchand de couleurs. Il me la présenta sous le nom de bleu minéral, et me dit qu'il la lirait de Hollande. La préparation dont il s'agit est une espèce de bleu de Prusse, mais dans laquelle on a fait entrer , avec très-peu de vitriol de mars , quelqu'autre chaux métallique et beaucoup d'alun : peut-être même n'y met-on pas de vitriol de Mars, l'acide marin du commerce contenant assez de fer. J'ai soumis cette composition aux plus fortes vapeurs du foie de soufre , en efTervescence avec les acides miné-
C0ULF.T;RS MATÉRIIiLLIÎS. LES BLEUS. 3l5
raiix , sans qu'elle en ait reçu la moindre altération; d'où l'on peut conclure qu'elle tiendra bien dans la peinture en détrempe , au pastel et à l'huile.
» En employant dans la composition du bleu de Prusse (voy. l'article bleu de Prusse) , de la dissolution de régule d'antimoine , produite par l'eau régale sur la cendre chaude , au lieu d'y employer le vitriol vert , on aura ce bleu céleste. Il sera du moins à très-peu près semblable, et parfaitement solide , après avoir été bien lavé. Ce n'est pas de la chaux d'antimoine, qui par elle-même est fort blanche, que proviendra la couleur bleue; c'est le fer contenu dans l'acide marin qui la fournira. Seulement la chaux d'antimoine adoucit, tempère la couleur trop intense du fer; elle ne donne point de bleu, quoique précipitée par la lessive prussienne, si l'on emploie l'acide marin de Glauber : c'est qu'il ne contient pas de fer comme l'acide marin du commerce. Celui-ci , mêlé seul avec la lessive prussienne , devient d'un bleu profond. J'ai de même essayé la dissolution d'étain , celle de bismuth , celle de zinc : toutes , avec le même acide , ont produit un bleu naissant; mais celle du régule d'antimoine m'a paru réussir le mieux. Je n'ai point essayé celle du régule de cobalt.
» Au reste, j'ai vu des bleus de Prusse d'une couleur très-pâle; mais ils étaient loin de ressembler au bleu céleste que je viens d'indiquer : ils avaient le ton sombre et violâtre qu'aurait le bleu de Prusse ordinaire , mêlé de beaucoup de craie ou de céruse.
Le bleu minéral n'est donc qu'une modification particulière du bleu de Prusse; car, soumis aux mêmes réactifs , il amène précisément les mêmes résultats bien qu'il
3l4 PROCÉDÉS MATÉRIELS.
contienne une plus grande quantité de terre d'alun. Le bleu minéral est néanmoins encore très-riche en principes colorans ; aussi est-il employé de même que le bleu de
Bleu d'outremer ou de lazulite.
L'outremer est extrait d'une pierre nommée lapislazuli; on l'appelle aussi lazulile. Celte pierre, qui est d'une forte couleur bleue , se trouve en Perse , en Chine et dans le royaume de Golconde; elle devient de plus en plus rare , parce qu'on a épuisé les morceaux qui provenaient des débris antiques trouvés dans les fouilles. Les Romains avaient , comme on sait , rendu cette pierre fort commune en Italie : autrefois on vendait cette couleur deux cents francs l'once; aujourd'hui, qu'un plus grand nombre de personnes s'occupent de l'extraire , on la vend deux cent quarante francs environ. L'outremer de Rome, première qualité , coûte vingt piastres , ou cent six francs l'once. Si on l'achète en d'autres pays, il coûte plus cher, et souvent il est mélangé avec d'autres bleus , tels que le smalt ou cobalt, la cendre bleue, le bleu d'Espagne , et même le bleu de Prusse.
Le gouvernement français avait proposé un prix de six mille francs, pour celui qui inventerait une couleur capable de remplacer celle de l'outremer; ce prix vient d'être remporté par M. Guimet , dont le bleu offre en effet tous les caractères du bleu de lazulite. Le prix de cette nouvelle couleur, inaltérable au feu ou à l'air, est de vingt-cinq francs l'once.
Il y aurait un grand nombre d'observalions à faire au
sujet de la fixité de la couleur de l'outremer, et de la cjualité précieuse que semble posséder cette matière colorante, qui est de conserver ou de rendre fixes ellesmêmes les couleurs avec lesquelles on la mélange; mais de semblables observations ne seraient instructives qu'autant qu'elles seraient soutenues par des raisonnemens et des exemples exclusivement tirés d'opérations chimiques. Nous nous contenterons donc de constater, comme un fait certain , que les carnations dans lesquelles les peintres ont employé l'outremer se sont beaucoup mieux conservées que celles où cette couleur n'existe pas; je veux dire que le vermillon , le blanc de plomb de ces carnations ont subi peu d'altérations , tandis que ces mêmes matières se sont flétries dans les peintures à huile où d'autres bleus ont été employés. La présence du bleu de Prusse n'a pas pu seule occasionner cette altération des blancs , des rouges, des gris, sur tant de tableaux flétris et abaissés; ces mêmes couleurs devaient changer par l'eflet seul de l'huile et sans l'influence du bleu de Prusse; car il n'est pas prouvé que les carnations des peintres , qui rejettent ce bleu pour n'employer, par exemple, que le noir bleuâtre et nullement altérable de noyaux de pêche, soient restées plus fraîches que celles où il est entré du bleu de Prusse, pour en composer les tons gris et frais.
On est donc tenté de croire que la présence de l'outremer dans ces tableaux a préservé les autres couleurs avec lesqueHes il a été mélangé; en sorte qu'il paraîtrait imporlant de reconnaître en quoi consiste cette propriété conservatrice. Si ce qu'on appelle la cendre d'outremer a autant que le bel outremer lui-même cette propriété conservatrice, celle-ci ne résiderait donc pas dans la couleur bleue
5l6 PROCÈDiiS 31ATÉR1EJLS.
proprement dite , mais aussi dans ce que les chimistes ont appelé le rocher gris du lazulite, dégagé en grande partie de sa couleur. Le silence des chimistes sur ce point ferait croire qu'ils n'aperçoivent ou ne reconnaissent point cette propriété conservatrice dans l'outremer, et qu'ils pensent que le ravage du tems, sur les carnations des tahleaux , provient de la présence du bleu de Prusse dans les peintures. Cette question ne leur a jamais été proba^ blement soumise directement. Ayant imaginé que l'interposition des molécules vitreuses du lazulite contribuait peut-être à cet effet conservateur , j'ai essayé l'emploi du cristal pulvérisé mêlé avec les couleurs; mais je n'ai obtenu de ce moyen aucun résultat satisfaisant.
Quelques observateurs ont cherché à désabuser les peintres sur les avantages prétendus de cette couleur outremer, qui ne subit jamais l'altération générale et chromatique de tout le tableau, et dont la présence dans l'état pur et primitif produit nécessairement une discordance optique , et rend , par opposition , sales et flétries toutes les autres teintes. Cette observation n'est pas sans fondement; aussi, par exemple, ne doit-on jamais conseiller d'exécuter une draperie avec cette couleur inaltérable. Mais s'il s'agit des carnations , s'il s'agit des ciels , l'exclusion de l'outremer serait le résultat d'une ridicule prévention : au reste , on cite des tableaux dans lesquels . on a prodigué l'outremer , et qui n'en sont pas plus frais pour cela. Descamps nomme une confrérie des Pays-Bas , qui paya seize cents florins de Brabant pour Toutremer employé dans six tableaux peints par Van Loon. Ce moyen n'empêcha pas , dit Descamps , ces tableaux de se gâter. On sait, au reste, qu'il est facile de faire prendre
COULEURS MATÉRIELLES. LES BLEUS. Siy
pour (lu véritaLle outremer de routrcmer falsifié, aux peintres qui ignorent le moyen de constater la qualité de cette couleur.
Procédés pour extraire la couleur bleue du lazulite, — « Voici , dit Watin ( édit. de M. Gh. Bourgeois ) , le procédé qu'on suit pour extraire la couleur de l'outremer. Après avoir choisi le lazulite le plus riche en principe colorant, on le fait rougir à plusieurs reprises, en le jetant chaque fois dans de l'eau fraîche, pour atténuer l'aggrégation de ses parties. Ensuite, on le broie à l'eau pour en former des trochisques que l'on fait sécher à une douce chaleur. Dans cet état , on le mêle intimement , avec le double de son poids , d'un mastic formé d'huile de lin , de cire jaune, de colophane et de poix-résine, de chacune une livre , et de deux onces de mastic blanc, le tout bouilli à un feu doux, pendant une heure, et passé ensuite à travers un linge. On enveloppe le mélange de lazulite et de mastic dans un morceau de toile neuve, pour en former un nouet que l'on trempe dans une quantité suffisante d'eau claire et chaude dans laquelle on pétrit ce nouet avec la main , ou avec des spatules de bois, pour en faire sortir la couleur. La première eau est quelquefois sale ; alors on la change et l'on continue de pétrir le nouet jusqu'à ce que l'eau se soit teinte de la plus grande partie de la couleur du lazulite. Pour obtenir des outremers de différentes qualités, on divise l'opération en plusieurs , en se réglant , pour les nuances de chacune d'elles , sur la richesse du lazulite.
» Enfin , on laisse déposer ces différens bleus, qui n'exigent alors d'autre opération que de les broyer finement, et avec beaucoup de propreté , avant de les faire sécher>
Indiquons maintenant le procédé publié par M. Pelouze pour extraire la couleur du lazulite.
« Concassez la pierre dans un mortier de fonte. Faites en sorte, après cela, d'en séparer, à l'aide de ciseaux en acier, les parties non colorées , adhérentes au vrai lazulite; chauffez jusqu'au rouge le lazulite trié, et jetez-le tout chaud dans l'eau froide , pour l'étonner et le rendre friable. Réduisez-le ensuite en poudre impalpable. On ne saurait pousser ensuite trop loin la porphirisation du lazulite, puisque c'est de la ténacité des molécules que dépend tous le succès de l'opération. Le broyage à l'eau dans un moulin convenablement approprié à cet usage, serait le meilleur moyen.
» Faites sécher la pâte impure de lazulite ainsi obtenue, pour en extraire ensuite l'outremer fin; composez le mastic dont suit le dosage : Pour cent parties de lazulite pulvérisé , prenez résine ordinaire quarante parties ^ cire blanche vingt, huile de lin vingt-cinq, poix de Bourgogne quinze. Faites fondre et incorporez dedans, par petites parties, le lazulite pulvérisé, en remuant sans cesse. Versez ensuite le mélange fondu dans un vase plein d'eau froide. Servez-vous de deux spatules pour diviser d'abord la masse résineuse , et ensuite , avec les mains , vous la pétrirez en boules commodément maniables.
» Laissez les boules dans l'eau pendant quinze jours. L'outremer s'en séparera mieux. Au bout de ce tems , malaxez les boules dans l'eau froide. Celle-ci se colorera en bleu. Si cette coloration est très-lente , tiédissez l'eau, ou même chaufFez-la jusqu'à Go"* centigrades. Quand le liquide sera d'un bleu très-foncé , transportez les boules dans un autre vase, et répétez la même opération. Con-
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tiiîuez enfin ces changemens de vases jusqu'à ce que l'eau ne se colore plus que très-faiblement.
» Il faut toujours fractionner les produits , si l'on veut obtenir des qualités distinctes d'outremer. Le premier lavage donne le plus beau , le plus vif. Assez ordinairement, on partage ainsi en trois le produit total.
» Laissez déposer la couleur. On décante l'eau; on renouvelle, et on recommence la décantation , et cela à plusieurs reprises. On fait sécher les dépôts et on en sépare tout ce qui peut y adhérer de résineux , au moyen de deux lavages successifs à l'esprit-de-vin.
» Des lavages subséquens produisent encore un bleu très-pâle , connu dans le commerce sous le nom de cendres d'outremer. »
Un grand nombre de livres parlent de la manière d'extraire l'outremer : il ne nous a pas paru nécessaire de recueillir toutes ces indications. Nous nous contenterons d'extraire ici ce qu'on lit dans l'Encyclopédie, au mot Outremer ,* puis nous emprunterons à M. Bouvier ce qu'il a communiqué sur cette question.
« La base de cette couleur bleue est le lapis-lazuli, pierre précieuse ; c'est ce qui la rend fort chère , indépendamment des opérations nécessaires pour en tirer le bleu qui ne laissent pas d'être longues et pénibles.
» Pour connaître si le lapis-lazuli , dont on veut tirer la couleur, est d'une bonne qualité, et propre à donner un beau bleu , il faut en mettre des morceaux sur des charbons ardens et les y faire rougir. S'ils ne se cassent point par la calcioation , et si après les avoir bien laissé refroidir , ils ne perdent rien de l'éclat de leur couleur , c'est une preuve de leur bonté. On peut encore les éprou-
ver d'une autre façon : c'est en faisant rougir des morceaux de lapis sur une piaque de fer , et les jetant ensuite tout rouges dans du vinaigre blanc très-fort. Si la pierre est d'une bonne espèce, cette opération ne lui fera rien perdre de sa couleur. Après s'être assuré de la bonté du lapis, voici comme il faut le préparer pour en tirer le bleu d'outremer. On le fait rougir plusieurs fois , et on l'éteint chaque fois dans l'eau, ou dans du fort vinaigre; ce qui vaut encore mieux. Plus on réitère cette opération , plus il est facile de le réduire en poudre. Cela fait , on commence par piler les morceaux de lapis : on les broie sur un porphyre, en les humectant avec de l'eau, du vinaigre ou de l'esprit-de-viu ; on continue à broyer, jusqu'à ce que tout soit réduit en une poudre impalpable ; car cela est très-essentiel : on fait sécher ensuite cette poudre après l'avoir lavée dans l'eau , et on la met à l'abri de la poussière pour en faire l'usage qu'on va dire. « On fait une pâte avec une livre d'huile de lin bien pure ; de cire jaune , de colophane , et de poix-résine , de chacune une livre; de mastic blanc, deux onces. On fait chauffer doucement l'huile de lin ; on y mêle les autres matières , en remuant le mélange qu'on fait bouillir pendant une demi-heure ; après quoi , on passe ce mélange à travers un linge , et on le laisse refroidir. Sur huit onces de cette pâte, on mettra quatre onces de la poudre de lapis-lazuli indiquée ci-dessus. On pétrira long-tems et avec soin cette masse. Quand la poudre y sera bien incorporée, on versera de l'eau chaude pardessus , et on la pétrira de nouveau dans cette eau , qui se chargera d'une couleur bleue : on la laissera reposer quelques jours, jusqu'à ce que la couleur soit tombée
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au fond du vase : ensuite on décantera l'eau , on laissera sécher la poudre , et on aura obtenu du bleu d'outremer.
»I1 y a bien des manières de faire la pâte dont nous venons de parler : mais nous nous contenterons d'indiquer encore celle-ci. Poix-résine, térébenthine, cire-vierge, et mastic, de chacun six onces : encens, et huile de lin, deux onces , qu'on fera fondre dans un plat vernissé. Le reste , comme dans l'opération précédente.
» Kunchel dit avoir pratiqué avec succès la méthode suivante pour faire le bleu d'outremer,
)) Après avoir cassé le lapis-lazuli en petits morceaux de la grosseur d'un pois, on le fait calciner, et on l'éteint à plusieurs reprises dans du vinaigre distillé. Ensuite on le réduit en une poudre extrêmement déliée ; on prend de la cire-vierge et de la colophane , chacune de ces substances en quantité égale , et faisant ensemble le même poids que le lapis réduit en poudre. On les fait fondre dans une poêle ou plat de terre vernissée; on y jette peu à peu la poudre, en remuant et mêlant avec soin les matières. On mêle le mélange ainsi fondu dans de l'eau claire , et on l'y laisse pendant huit jours. Au bout de ce tems , on remplit de grands vases de terre, d'eau aussi chaude que la main puisse la souffrir : on prend un linge bien propre , on pétrit la masse , et lorsque cette première eau sera bien colorée , on retirera la masse pour la mettre dans de nouvelle eau chaude : on procédera de la même façon jusqu'à ce que toute la couleur soit exprimée. C'est cependant la couleur qui s'est déchargée dans la première eau, qui est la plus précieuse. On laisse ensuite reposer l'eau colorée pendant trois ou