‹ Traité complet de la peinture (volume 2)Chapitre 54 sur 127 · TOME IX · texte numérisé non relu

TOME IX

02 2 PllOGÉDJiS MATÉRIELS.

quatre jours , au bout desquels on voit que la couleur s'est précipitée au fond du vase. Une même masse fournit trois ou quatre sortes de bleu d'outremer; mais on n'en retire que fort peu de la plus belle.

» Il y a encore bien des manières de tirer le bleu d'outremer : mais, comme leur différence ne consiste que dans la pâte à laquelle on mêle le lapis pulvérisé , on a cru inutile d'en dire davantage. On reconnaît si le bleu d'outremer a été falsifié, non-seulement au poids, qui est moindre que celui du véritable; mais encore parce qu'il perd sa couleur au feu. (Le baron d'Holbach , dans l'ancienne Encyclopédie.) »

Voici un nouveau procédé , plus simple et plus expéditif que tous les anciens, selon M. Bouvier, pour extraire l'outremer du lapis-lazuli.

« Ce procédé n'a été découvert que depuis peu d'années par un de mes amis , M. TœpfFer , de Genève , célèbre paysagiste : il lui a parfaitement réussi , ainsi qu'à moi et à plusieurs de nos amis. C'est de son consentement que je le publie.

» Plus le lapis est chargé de parties colorées en bleu, plus on en tire d'outremer: il est donc avantageux de se procurer du lapis aussi bleu que possible; caries frais de trituration et de départ sont les mêmes pour un lapis pauvre en couleur, que pour celui qui en est beaucoup chargé.

» Il est vrai que ce dernier est plus rare et par conséquent plus cher que l'autre; malgré cela, il y a encore de l'économie à s'en procurer.

>i Celui qu'on tire des mines du nord de la Russie est à meilleur oiarché que celui qui nous vient d'Orient par

COULEURS M^iTÉRIELLKS. LKS BLEUS. 025

rjtalie, parce que son importance y est moins connue : il est tout aussi bon.

Opération préliminaire. » Vous concassez à grands coups de marteau votre lapis , jusqu'à ce que les plus gros morceaux ne dépassent plus le volume d'un œuf: plus les éclats sont petits, mieux cela vaut.

» Ayez un ou plusieurs creusets ; faites rougir votre lapis à blanc , h feu découvert; jetez-le rouge-blanc dans de l'eau, ou , ce qui vaut encore mieux , dans du vinaigre blanc distillé , en sorte qu'il en soit entièrement sub mergé.

» Vous répéterez cette opération trois ou quatre fois de suite, jusqu'à ce que le rocher soit devenu assez friable pour se briser sous le marteau sans trop de difficulté. Cette calcination procure le double avantage de rendre le lapis plus friable , de brûler et de faire évaporer presque toutes les pyrites et autres parties sulfureuses qu'il contient.

» Vous séparez avec un petit marteau tranchant les morceaux qui n'ont que très-peu ou point de veines bleues, afin de vous éviter les frais de faire broyer ce qui n'en vaut pas la peine.

» Vous concasserez et pilerez les morceaux de choix dans un grand mortier de fer ou d'acier , avec un pilon du même métal, sinon, dans un mortier de pierre. Ne vous servez pas de mortiers de fonte ou de cuivre ; ils salissent et altèrent sensiblement la couleur.

» Vous aurez soin de couvrir d'un linge ou d'une peau le mortier , après avoir passé le pilon dessous , et vous la laisserez assez lâche pour vous permettre le mouvement aisé du pilon par dessous. On doit tenir le pilon avec

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le haut de l'enveloppe , et ceindre le mortier par une ligature , sans quoi les éclats du lapis se répandraient en dehors. Il ne faut pas mettre trop de lapis dans le mortier.

» Quand tout le lapis sera pulvérisé, vous le tamiserez de façon à ce qu'il n'y ait plus de particules plus grosses que du sable ordinaire , et vous repilerez tous les morceaux plus considérables, jusqu'à ce qu'ils passent en poudre à travers le tamis de crin.

» Vous broierez le lapis mis en poudre dans de l'eau distillée , par petites portions d'environ une demi-once à la fois, et moins encore, si votre pierre ou votre glace n'est que d'une petite dimension. Quand vous l'aurez broyé en totalité et réduit en poudre impalpable (car il importe beaucoup de lui donner le dernier degré de ténuité ) , vous triturerez encore cette poudre , pour faire évaporer la surabondance de l'eau , et vous la relèverez ensuite quand elle sera épaissie à peu près au degré d'une forte colle d'amidon; puis vous la ferez sécher en trochisques , comme on l'a indiqué.

» Quand ces Irochisques ou petits tas de couleurs seront complètement secs , (ce qui aura lieu le lendemain , si vous avez hâté la dessication par le soleil ou par un feu très-doux) , vous les reporterez par huit ou dix à la fois sur la pierre à broyer, et avec la molette vous les écraserez et lei réduirez en poudre très -fine et très-égale; mais il ne faut pas faire aller et venir la molette; il ne faut qu'écraser les trochisques.

» Toute votre poudre de lapis étant ainsi préparée , vous la mettrez dans une balance bien nette, et vous mettrez dans l'autre bassin de la balance le même poids

de pur suif do chèvre : le suif ordinaire ne pourrait le remplacer.

» Vous ferez fondre ce suif dans une jarre vernissée qui n'ait jamais servi. Quand il sera totalement fondu , vous le transporterez sur un feu beaucoup plus tempéré, seulement pour le maintenir liquide , et vous y verserez peu à peu votre poudre de lapis , en ayant soin de ne la répandre que par petites parties , et en ayant soin aussi d'agiter en même-tems toute la masse liquide avec un tuyau de terre de pipe ou un petit bâton bien net et sans écorce.

» Il est essentiel que le lapis se mêle également dans le suif; c'est pourquoi , on recommande de le remuer constamment , et de ne répandre la poudre bleue que peu à peu et d'une manière égale et uniforme , en promenant la main qui la verse sur toute la superficie liquide.

» La poudre étant tout entière dans le suif, vous retirez peu à peu du feu la jarre qui le contient , mais sans cesser de remuer avec le bâton et d'agiter tout le mélange; sans quoi, la poudre se précipiterait au fond du vase, ce qui ferait manquer l'opération; mais lorsque le suif a pris assez de consistance pour empêcher la précipitation , vous cesserez d'agiter , et vous laisserez le tout se figer et se refroidir complètement.

» Si vous faites cette opération dans une saison froide, il ne sera pas inutile d'ajouter au suif un vingtième de graisse molle ou blanc de lard; si, au contraire, vous la faites par un tems très-chaud, vous mêlerez un vingtième de colophane ou poix-résine transparente et en poudre dans la masse du suif, afin de lui donner plus de consis-

326 rnocÉDÉs matériels.

îaiice; et dans l'un et l'autre cas, vous fondrez ensemble

le tout.

» Le blanc de lard attendrit un peu le suif en hiver, ce qui permet à l'outremer , quand on fait le lavage dont on va parler, d'être entraîné par l'eau, avec laquelle il paraît qu'il a plus d'affinité qu'avec le suif.

» En été , on est obligé de donner plus de consistance au suif, quoique celui de chèvre soit le plus dur de tous ; sans cela il abandonnerait trop vîte non- seulement l'outremer , mais aussi la poudre inutile et malfaisante du rocher , qui ne contient point de bleu : c'est pour cela qu'il faut ajouter un peu de résine. Les parties du rocher qui ne contiennent point de ce bleu qu'on appelle outremer , paraissent avoir beaucoup plus d'affinité avec le suif que n'en ont les parties colorées en bleu ; en sorte qu'au lavage, comme nous le dirons tout à l'heure, le bleu quittera le suif pour s'unir à l'eau, tandis que le suif retiendra toutes les particules du rocher ordinaire.

» Votre suif refroidi, vous l'enlevez entièrement du vase , et vous en faites une masse , que vous pétrissez et repétrissez à plusieurs reprises dans les mains ou avec un rouleau de bois lisse , comme on ferait d'une pâte à faire des gâteaux. Vous pétrissez sans relâche , durant une demi- heure, sur un corps dur et uni, comme du marbre, une glace, etc., afm de ne point salir la couleur, et aussi pour n'en point perdre; car il faut pouvoir l'étendre souvent sous le rouleau et la relever aisément avec un couteau à couleur. Gela fait , rassemblez toute la pâte avec soin, et formez-en une boule ou une masse, que vous laisserez reposer quinze jours en été , et seulement six ou huit jours en hiver , s'il fait froid.

COULEURS MA-TÉRlliLLES. LliS BLEUS. 027

Opération du départ ou du lavage. » Au bout du tems prescrit, ayez deux cuvettes de terre de pipe ou de faïence bien nettes , et remplissez-les d'eau jusqu'aux deux tiers. Si le tems est très-froid, prenez de l'eau passablement chaude; mais qu'elle ne soit que tiède, s'il ne fait pas très-froid , et ne vous servez que d'eau fraîche en été. Ceci est essentiel. L'eau froide , en hiver , ne ferait pas sortir l'outremer, et l'eau chaude, en été, agirait en sens contraire , et il se mêlerait beaucoup de rocher à votre outremer.

» Vos deux bassins d'eau posés sur une table , prenez dans vos mains , gros comme une petite noix , de la pâte de suif et de lapis et, (opérant les bras nus, pour avoir plus d'aisance) lavez-vous les mains avec cette pâte, comme vous le feriez avec de la pâte d'amande, et plongez-les souvent dans l'eau, toujours en les tournant et retournant l'une contre l'autre , comme on le fait en se lavant : bientôt vous verrez l'eau se saturer du plus beau bleu d'azur. Continuez sans relâche et avec patience, car l'opération est longue et désagréable.

» Quand vous vous apercevrez que la couleur bleue ne sort plus de vos mains ni si chargée ni si abondante , ce qui a lieu ordinairement au bout de huit à dix minutes , abandonnez la première cuvette et mettez-vous au-dessus de la seconde, dont l'eau sera à la même température ,• continuez à y frotter et y plonger vos mains alternativement, et ne cessez que lorsque vous n'en voyez plus sortir assez de bleu pour qu'un plus long travail en vaille la peine.

» Alors vous ratisserez les doigts et les mains avec un couteau , pour vous débarrasser de cette pâte grisâtre

028 PROCÉDliS MATERIELS.

OU noirâtre, qui n'est plus bonne à rien; vous en reprendrez de la nouvelle, et vous vous en laverez les mains comme la première fois, et ainsi de suite, en ayant soin de tenir toujours l'eau à la même température.

» La première cuvette où vous aurez commencé le lavage, vous donnera l'outremer le plus pur et le plus intense; celui de la seconde sera inférieur, quoiqu'encore d'une belle et bonne qualité.

» Si votre intention est de classer un plus grand nombre de qualités d'outremer , vous vous laverez successivement dans quatre ou six cuvettes différentes : la dernière ne vous donnera plus que de la cendre d'outremer» De cette manière, vous aurez une succession de nuances ou de qualités toujours décroissantes : la première est toujours la plus belle et la plus précieuse.

» Quant à moi , je ne fais aucun cas de cette échelle de nuances ; elle convient aux marchands de couleurs. Ils en tirent un meilleur parti pour la vente, attendu que les prix sont plus ou moins élevés, en proportion de la pureté et de l'intensité du bleu.

» Je me borne à deux ou trois qualités au plus , et je rejette tout-à-fait ce qu'on appelle la cendre d'outremer; ce n'est plus que du rocher d'un blanc un peu bleuâtre , et pour obtenir cette légère teinte bleue, il suffit d'un atome de bel outremer pur , mélangé avec du bon blanc : la teinte sera même plus pure et meilleure , attendu que le rocher blanchâtre delà cendre n'est point un bon blanc- Aussi la cendre s'altère-t-elle assez promptement ; elle devient d'un roux verdalre , employée ii l'huile , et elle n'a point de corps.

» Si VOUS VOUS apercevez que votre bleu s'échappe trop facilement au lavage , ce qui doit faire soupçonner qu'il passe aussi du rocher en même tems , il ne faut pas hésiter à refondre toute la masse , en y ajoutant un peu de poudre de résine, comme on l'a indiqué plus haut, et en observant toujours toutes les précautions indiquées pages 520 et 526. N'ajoutez la résine qu'imperceptiblement, et extrêmement peu à la fois; sans cette précaution , votre outremer resterait enfermé dans les portions de la pâte qui contiendraient plus de résine que les autres , et il deviendrait fort difficile de l'en dégager : il faudrait, en ce cas, refondre de nouveau la pâte, et rajouter du suif, ce qui dérange la proportion du poids du suif à celui du lapis.

» Si vous trouviez, au contraire, qu'en hiver, et par un froid vif, le bleu eût trop de difficulté à se séparer de la pâte, ce serait le cas, outre la ressource de l'eau chaude, d'ajouter un peu de blanc de lard, en refondant la pâte, afin d'attendrir le suif; mais il faut aussi ne le mêler que par très-petites gouttes à la fois , et n'en mettre que fort peu.

» N'essayez pas de garder la pâte pour n'en faire le lavage qu'en une saison plus chaude : vous risqueriez de ne plus en pouvoir extraire l'outremer. Gela est arrivé à l'un de mes collègues. Il paraît que , quand le lapis séjourne trop long- tems dans ce corps gras , ce dernier le saisit si fortement qu'il ne peut plus s'en dégager.

» La méthode que je viens d'indiquer pour faire l'outremer , quoiqu'assez longue et ennuyeuse , l'est cependant moins que le procédé généralement connu : d'ailleurs on peut faire un sacrifice de tems et de peine pour obtenir

53o PROCÉDÉS MATliRIELS.

Irès-pure et à meilleur compte une couleur précieuse que les marchands vendent très-cher , sans qu'on puisse compter toujours sur sa pureté.

» Quand la pâte est épuisée, et qu'il n'en sort plus d'outremer que ce qu'on appelle la cendre , vous êtes sûr d'en avoir extrait tout ce qu'on en pouvait tirer : le reste de la pâte ne contient plus que le suif et la partie du lapis , qui ne renferme point de bleu.

» J'ai observé, ainsi que mes amis, qu'il est bon de changer d'eau souvent pour s'y laver les mains. Il paraît que l'eau propre , n'ayant encore aucune particule de graisse, dégage beaucoup mieux l'outremer, que quand elle a déjà servi huit ou dix minutes. On aura donc plusieurs cuvettes avec de l'eau à la température convenable , dont on se servira successivement , et à mesure qu'on abandonnera les précédentes, comme étant déjà trop grasses pour faciliter l'extraction du bleu par le lavage. On laissera les premières cuvettes tranquilles pendant quelques heures , afin de laisser le tems à l'outremer de se précipiter au fond des vases; puis, quand on verra que la précipitation a eu lieu , on versera la plus grande partie de l'eau claire dans un vase quelconque, comme n'étant plus bonne à rien; mais on le fera avec assez d'adresse et de précaution , pour éviter d'entraîner le bleu déposé au fond et contre les parois des vases. L'on versera alors tout ce qui restera d'eau et de bleu dans ces diverses cuvettes, dans une autre grande cuvette unique, destinée à recevoir tous les dépôts chargés de bleu; mais on les y transvasera à travers un tamis de soie, afin que toutes les particules de graisse et les autres malpropretés s'arrêtent sur le tamis , qui ne laissera passer que l'eau

chargée d'outremer. On aura soin, avant de transvaser, d'agiter le dépôt avec l'eau restante , pour entraîner toute la partie bleue sur le tamis^ ce qui doit être fait promptement , afin que la masse liquide entraîne l'outremer avec elle à travers le tamis.

» Tous les dépôts d'outremer étant rassemblés dans une seule et même cuvette avec une quantité d'eau convenable , on la laisse reposer pendant vingt-quatre heures , plus ou moins, jusqu'à ce que tout le bleu soit précipité et que l'eau soit parfaitement limpide; alors vous décanterez cette eau de la manière suivante.

Mafiière de décanter ou de vider Ceau sans emporter la couleur. « Vous soulèverez très-doucement la grande cuvette , en l'inclinant sans aucune secousse; car si l'eau se mêlait de nouveau avec le bleu , cela vous imposerait l'obligation de la laisser reposer de nouveau.

» Vous vous y prendrez donc avec assez de précaution pour éviter de mettre le dépôt en mouvement, et vous décanterez l'eau également et lentement , jusqu'à ce que vous voyiez que vous êtes sur le point d'entraîner de la couleur : alors reposez doucement le vase , et laissez-le tranquille jusqu'à ce que la couleur se soit de nouveau compiètement précipitée.

» Il est bon de placer sous le vase que vous tenez actuellement , un appui qui l'oblige à conserver le dernier degré d'inclinaison que vous lui voulez donner : on risque beaucoup moins , par ce moyen , d'en détacher le dépôt. Quand tout sera bien reposé, vous prendrez une petite seringue d'ivoire ou d'étain , et vous aspirerez doucement et peu à peu l'eau qui reste. Vous vous arrêtez, dès qu'en aspirant J'eau , vous voyez que la couleur elle-

332 PROCÉDÉS MA.TÉRIELS.

même est sur le point d'entrer dans la seringue : vous cessez alors , et vous ferez évaporer le restant de l'humidité en plaçant le vase sur un poêle chaud ou sur des cendres chaudes , à l'abri de la poussière.

» Quand toute la couleur restera à sec , vous l'enlèverez proprement en la ratissant partout avec un morceau de corne très-mince, souple, et de la grandeur d'une carte à jouer, tel que vos doigts puissent lui imprimer la courbe nécessaire pour nettoyer les parois du vase intérieurement : il faut que cet instrument soit tranchant du côté qui ratisse la couleur.

» Vous rassemblerez et recueillerez cette poudre, et la conserverez dans une boîte bien propre, ou au moins dans un papier fm et bien lisse , jusqu'à ce que vous fassiez la dernière opération. Voici en quoi consiste cette autre manipulation.

Dernière opération. « Quand tout l'outremer est réduit en poudre bien sèche, tel qu'on l'a indiqué ci dessus, et qu'on l'a soigneusement recueilli , il reste encore une courte opération à faire pour dégraisser la couleur et la rendre parfaite.

» Mettez chaque qualité d'outremer dans un creuset séparé, entourez le tout de charbons ardens, et faites , à feu découvert, rougir à blanc, jusqu'à ce que la couleur ellemême soit aussi ardente que le feu; et afin qu'elle se calcine également , ayez un petit faisceau composé de huit ou douze aiguilles d'acier à tricoter , et remuez de tems en tems la poudre dans les creusets , pendant qu'ils sont au feu. On aura soin de lier ce faisceau avec du fil-de-fer très-menu , et Ton écartera une des extrémités de ces aiguilles, de manière qu'elles puissent prendce^la forme d'un

balai \ Vous verrez bienlôt s'élever de chaque creuset une légère fumée , qui prouvera que la poudre n'était pas bien dégraissée. Vous ne retirerez les creusets du feu que lorsque vous ne verrez plu s paraître aucune fumée.

» Retirez vos creusets, en prenant garde de les renverser. Lorsqu'ils seront refroidis , vous en essuierez avec soin le dehors où il peut y avoir de la cendre , et ensuite vous verserez la couleur dans autant d'assiettes nettes et neuves que vous avez de différentes qualités d'outremer.

» Quand la couleur est complètement refroidie , et avant qu'il puisse s'y mêler de la poussière , vous la recueillez , et la mettez dans autant de flacons qu'il y a de qualités différentes; vous numérotez les flacons; vous les bouchez , et votre outremer est prêt à être employé dans tous les genres de peinture , soit à l'eau gommée , soit à . l'huile , sans avoir besoin d'être rebroyé.

Autre procédé pour extraire l'outremer de la pâte de suif. « Le même M. Tœpffer , dont j'ai parlé , a essayé divers moyens d'extraire l'outremer de la pâte; en voici un qu'il m'a dit lui avoir réussi : il jette sa pâte , en morceaux de la grosseur d'une noisette, dans une grande jarre de terre vernissée, qu'il remplit à moitié d'eau, laquelle doit être , comme nous l'avons dit, ou chaude, ou froide , selon la température de la saison actuelle : il faut que la pâte soit submergée , et qu'il y ait au moins un pouce d'eau par-dessus.

» Il prend ensuite un de ces petits balais de bois dé-

1 II ne faut pas laisser long-tems ce balai d'acier dans les creusets , mais Ten retirer avant qu'il ne devienne rouge, sans quoi l'on ternirait un peu la couleur par les déjets de l'acier.

354 PROCjéDÉS MATJÉRIELS.

poLiillés d'écorce, dont on fait usage pour Lattre les œufs, et il fouette l'eau et la pâte assez vivement, jusqu'à ce que l'eau soit visiblement bien saturée de bleu.

» Il passe cette eau à travers un tamis de soie , placé au-dessus d'une autre grande jarre pareille à la première ; il reprend les morceaux de pâte restés sur le tamis , et recommence à battre et fouetter comme auparavant avec de la nouvelle eau, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'il ne sorte plus de bleu. »

Si cette méthode est aussi expéditive que la première, et si elle extrait autant d'outremer de la pâte, elle aurait l'avantage d'être d'une exécution moins pénible et plus propre; mais je n'en ai pas fait l'expérience, non plus que de la méthode suivante , que le même ami m'a dit avoir employée avec succès.

Lessive de potasse pour extraire C outremer. « Les préparatifs dont j'ai parlé plus haut pour composer la pâte sont les mêmes pour ces diverses méthodes; il ne s'agit ici que de moyens différens de faire sortir l'outremer et le dégager plus ou moins facilement de la masse pâteuse.

» Déchirez votre pâte en morceaux, comme dans la méthode précédente , et versez dessus une lessive de potasse passablement forte , chaude, froide ou tiède, selon la saison; laissez le tout tranquille, et ne le remuez que d'heure en heure.

» Au bout de quelques jours, la masse entière d'eau et de couleur deviendra sale et trouble : pompez, avec une petite seringue, les eaux boueuses et le limon; mais pompez doucement, de crainte d'aspirer Toutremer. Rejetez toutes les eaux boueuses qu'aura enlevées la seringue , et

continuez à faire d'heure en heure cette opération, jusqu'à ce qu'il ne se reforme plus d'eaux troubles , et que vous trouviez le dépôt d'outremer pur au fond du vase.

» Lavez et relavez plusieurs fois le "dépôt avec de l'eau pure et froide, jusqu'à ce que l'eau en sorte parfaitement limpide , et qu'en la portant avec le doigt sur la langue, vous n'y trouviez aucun goût; et vous aurez alors une seule et même qualité d'outremer d'une fort bonne qualité. Vous ferez ensuite tout ce qui a été indiqué plus haut pour décanter , sécher et calciner le bleu , et l'opération sera terminée : mais, de cette manière, l'on ne peut faire qu'une seule qualité d'outremer.

» Il est probable que, dans cette opération ^ la potasse réduit le suif à l'état de savon , et dissout ou tient en suspension les parties sihceuses, laissant à nu l'outremer. Suivant M. TœplFer , ce procédé , toiites choses égales d'ailleurs, est celui qui fournit le plus d'outremer. Si une expérience constante lui assure cet avantage , on ne peut douter qu'il ne soit à tous égards préférable aux deux premiers.

Il n'est pas nécessaire de rappeler ici que , pour cette dernière méthode comme pour les précédentes , la préparation du lapis et de la pâte doit être la même , ainsi que l'opération dernière , qui est de calciner l'outremer en poudre avant de l'enfermer dans des flacons. »

Cendre d^ outremer, — L'extrait le moins coloré du lazulite, celui qui s'obtient par un dernier lavage, et qu'on emploie concurremment avec celui qu'on extrait des parties de la gangue, qui avoisinent le lazulite; cet extrait ^ dis-je , a été nommé par les marchands cendre d^outremer : cette expression n'a rien de significatif.

536 PROCÉDés MATÉRIELS.

En général , on a imaginé par spéculation de distinguer et de multiplier les degrés de beauté de l'outremer; mais il est évident que le plus Leau est toujours celui qui coûte le plus cher. A Rome, l'outremer inférieur se vend vingt-cinq francs; il n'y a pas du tout d'économie à le préférer : en effet , le n** premier foisonne en raison du prix qu'on le paye.

Il resterait à savoir si c'est la partie colorante du lazulite qui seule est conservatrice des couleurs qu'on lui associe ; car si la cendre d'outremer, quoique décolorée, contribue à cette conservation , il serait avantageux d'en employer beaucoup. Nous avons proposé plus haut quelques questions sur ce point.

Sophistication, Voici le moyen que donne M. Bouvier, pour reconnaître la falsification de l'outremer.

« Munissez-vous , dit-il , d'une petite fiole d'eau-forte ou d'acide nitrique, et d'un petit morceau de verre de vitre ; prenez un échantillon d'outremer gros comme un petit pois, mettez-le en un petit tas sur le morceau de vitre, et versez dessus une goutte d'acide; attendez quelques minutes : si l'outremer est le résultat du pur lapis, il n'y aura aucune effervescence ; et la couleur se réduira bientôt en cendre grisâtre sans mélange; si, au contraire, une partie du petit tas laisse voir des particules bleu foncé, à coup sûr il y a mélange ou de cobalt ou de bleu de Prusse, ces deux substances ne se dissolvant pas dans l'eau-forte.

» Si l'échantillon fait effervescence et bouillonne sous l'acide , et que la dissolution présente à l'œil des traces roussâtres et jaunâtres , il y a mélange de bleus tirés du cuivre, comme la cendre bleue et le bleu d'Anvers, et

quelques autres tirés du règne végétal, comme celui qu'on exprime des bluets ou de fleurs analogues.

» Voici une autre épreuve , qui prouvera si l'outremer est mélangé de bleu de Prusse ou de bleu de cobalt , ou de tous les deux ensemble : prenez un échantillon de l'outremer qui n'a pas pu se dissoudre entièrement à Peauforte , et qui a conservé de petites particules d'un bleu foncé pendant un quart d'heure et plus; mettez-le dans une cuiller de fer déjà rougie au feu; attendez que la couleur soit elle-même rougie à blanc; ensuite laissez -la refroidir, et examinez avec attention votre petit échantillon , s'il est mélangé de cobalt, il se fondra comme du verre, et vous offrira de petites boules bleu foncé et polies; s'il est mélangé de bleu de Prusse, vous le connaîtrez à de petites particules rousses ou jaune-obscur; car le bleu de Prusse se change en une espèce d'ocre foncée , calcinée à feu découvert.

» Quant à l'outremer véritable, il doit rester d'un bleu aussi vif et aussi pur qu'avant la calcination; en sorte que vous pourrez reconnaître approximativement combien le mélange en contient; mais qu'il y en ait beaucoup ou peu, n'importe, n'achetez pas cette couleur falsifiée; elle gâterait vos teintes , surtout dans les carnations ou dans les ciels. »

Enfin , pour reconnaître la présence du bleu de Prusse dans les bleus de lazulite et de cobalt qui auraient été falsifiés avec cette couleur , faites digérer , pendant une heure environ, une pincée d'outremer, ou de bleu de co-. balt, dans un peu d'eau de chaux clarifiée. Si, d'une part, l'eau de chaux prend une couleur citrine , et si , de l'autre, il se produit un précipité de couleur d'ocre, c'est TOME IX, 22

358 PROCâDl^S MATÉRIELS.

un signe certain de la présence du bleu de Prusse dans ceux de lazulite et de cobalt.

Bleu de cobalt.

« Le bleu de cobalt, dit M. Bourgeois (édition deWatin) , est une couleur d'une nuance pure, brillante et fixe, qui , vu la modicité de son prix comparé à celui de l'outremer , remplace maintenant celui-ci dans un très-grand nombre de cas. 11 pourrait même être employé avec autant d'avantage que l'outremer dans les peintures les plus délicates , s'il n'avait pas le défaut , et c'est le seul , de paraître, vu le soir à la lumière d'une chandelle, d'une nuance tirant sur le violet; inconvénient qui change nécessairement alors le rapport des tons que l'artiste a voulu exprimer.

» Les meilleures qualités de mine de cobalt nous viennent de Suède , et particulièrement de ïunaberg. Il en existe une mine très-riche dans la vallée de Gisto , en Espagne ; mais cette mine n'est point exploitée.

» Pour extraire la couleur bleue que donne cette substance minérale, on suit à peu près les opérations que nous allons décrire.

» L'on grille d'abord la mine de cobalt, jusqu'à ce que l'arsenic, qui s'en échappe sous la forme d'une fumée blanche, soit presqu'entièrement évaporé; puis on la met dissoudre dans un matras, avec une suffisante quantité d'acide nitrique, étendu de cinq à six parties <ï*eau. On fait évaporer la liqueur presque jusqu'à siccité; on la redissout dans une suffisante quantité d'eau; on la filtre, puis on verse une dissolution de phosphate de soude , jus-

COULEURS MA.TÊRIELLES. LES liLEUS. 009

qu'à ce que l'oxide de cobalt soit complètement séparé de la liqueur qui le tenait en dissolution. On lave plusieurs fois , et l'on recueille sur un filtre le précipité , dont on prend une partie encore humide, que l'on combine avec sept à huit parties d'alumine réduite en gelée. Ensuite on laisse, si l'on veut, sécher ce mélange, avant de l'introduire dans un creuset , que l'on chauffe par degrés jusqu'au rouge-cerise , et jusqu'à ce que la couleur soit parfaitement bien développée.

» On peut encore obtenir ce bleu en substituant au phosphate de potasse une combinaison de cette dernière substance avec l'arsenic, arseniate dépotasse; mais, dans ce cas, il faut doubler la quantité d'alun en gelée, par rapport à celle de cobalt.

» Par ce dernier procédé , les bleus sont plus ou moins frittes , ce qui les fait paraître aussi riches en principes colorans que ceux de la première espèce , quoiqu'ils n'en contiennent en effet que la moitié.

Autre indication» — » Prenez , dit M. Pelouze , de la mine de cobalt de Tunaberg , en Suède; faites-la griller dans un petit fourneau de Maquer; remuez fréquemment pendant la calcination , et continuez de remuer jusqu'à ce qu'il ne se dégage plus du tout de vapeurs arsenicales et sulfureuses.

» Faites bouillir lé,g;èrement la mine, ainsi grillée et pulvérisée, dans un matras de verre , avec un excès d'acide nitrique faible. Après avoir décanté le liquide surnageant , faites-le évaporer presque jusqu'à siccité, en vous servant d'une capsule de porcelaine, ou mieux, de platine. Délayez le résidu dans de l'eau bouillante , et filtrez pour séparer l'arseniate de fer. Versez la solution filtrée et

o4o PROCJiDES MATÉRIELS.

claire dans une solution de sous-phosphate de soude. II se précipitera du phosphate de cobalt insoluble.

» Ce précipité , violet d'abord , est susceptible de devenir rosé par le séjour sous l'eau. Lavez-le exactement sur un filtre, et rassemblez-le tandis qu'il est encore humide et gélatineux. Mêlez-le le plus exactement qu'il sera possible avec huit fois son poids d'alumine en gelée. Ne cessez pas de triturer jusqu'à ce que la pâte ait acquis une teinte parfaitement uniforme. Etendez ensuite le mélange sur des planches dans une étuve. Lorsque la matière sera devenue dure et cassante , broyez-la à sec dans un mortier , et exposez-la au feu dans un creuset de terre recouvert. Tenez à la température du rouge-cerise pendant une demi-heure. Retirez alors le creuset du feu , et l'opération est finie.

» Voici le procédé pour obtenir l'alumine gélatineuse dont nous venons de parler, et qui est indispensable pour le bleu.

» Prenez de l'alun bien pur , exempt de fer, au point que le prussiate de potasse n'en bleuisse pas la solution. Dissolvez-le dans une quantité d'eau chaude, au moins triple de celle qui est nécessaire pour cette dissolution , et précipitez par l'ammoniac en excès, en agitant vivement. Laissez ensuite en repos pendant assez long-tems. Enlevez alors le liquide h l'aide du siphon. Remplacez-le par une égale quantité de nouvelle eau pure. Répétez les lavages jusqu'à ce que l'eau en sorte parfaitement limpide. Plutôt un excès qu'un défaut de lavage. Filtrez ensuite le résidu , qui restera en gelée sur le filtre.

» Vous n'obtiendrez l'alumine en gelée et bien lavée , qu'en observant strictement ce qui vient d'être prescrit.»

COULEURS MATiîRIELLES. LES BLEUS. 54 1

Voyez , à ce sujet, le Journal des Arls, vol. xxr , et les numéros 3o2 , 3od et 3 1 2.

Bleu de safre.

La mine de cobalt , qui se trouve abondamment en Saxe, étant préparée, purgée, mêlée et grillée pendant long-tems avec de la silice, reçoit le nom de safre. Si l'on veut préparer le safre pour les couleurs employées dans la verrerie et la porcelaine, il faut prendre deux gros morceaux de zaffera ou safre , les mettre dans des vaisseaux de terre, et les tenir, pendant une demi-journée, dans la chambre du fourneau : on les fera ensuite rougir au feu du fourneau; et après qu'on les en aura retirés , il faudra les arroser avec du vinaigre très-fort. Lorsque ces morceaux seront refroidis et séchés, on les broiera sur un porphyre, et on les édulcorera plusieurs fois avec de l'eau chaude dans des vaisseaux de terre vernissés ; on laissera à chaque fois le safre se précipiter au fond; l'on décantera ensuite l'eau tout doucement; le safre restera au fond du vaisseau, et sera dégagé de toute saleté et des parties terrestres qui pourraient s'y trouver. La partie propre à la teinture demeurera au fond; on la séchera , et on la gardera dans des vaisseaux fermés pour en faire usage. Lorsque le safre aura été ainsi préparé , il colorera le verre beaucoup mieux qu'il n'aurait fait auparavant.

II y a des safres de différens prix, suivant l'intensité el la beauté du bleu qu'ils fournissent : on les emploie dans les manufactures de faïence et de porcelaine pour peindre ces poteries en bleu , en y mêlant une quantité suffisante de fondant, pour que ie feu, par lequel on cuit la poterie

OU sa couverte , soit assez fort pour bien vitrifier le safre qui est dessus.

Le bleu de safre est de toutes les couleurs qu'on puisse employer, en vitrification , la plus solide et la plus fixe; elle soutient le feu le plus violent sans s'altérer. (ETitrait du Dictionnaire de l'Industrie. )

Bleu d*azur ou d'émail.

Uni à la potasse et vitrifié , le safre produit de l'azur. Pour obtenir cette composition , prenez : safre , cent à cent cinquante parties ; quartz pulvérisé , trois cents parlies; potasse calcinée , cent quarante parties.

On fond ce mélange dans de grands creusets. Quand la vitrification est complète, ce qui ordinairement a lieu au bout de douze heures , on cueille le verre à la poche, et on le jette dans l'eau froide pour le faire tressaillir.

On boccarde la matière, et on la réduit en poudre fine dans des moulins formés de deux meules horizontales en grès très- dur. On transporte la matière dans un grand cuvier chargé de robinets h diverses hauteurs ; puis , en agitant la matière, et en la faisant couler par ces robinets, on obtient de l'azur de divers degrés de grosseur : on appelle mal-à-propos émail des quatre feux, l'émail qui offre ces quatre divers degrés de finesse.

C'est le plus fin qu'on emploie pour la peinture; le plus gros sert à saupoudrer le champ des tableaux d'enseigne.

L'azur ou bleu d'émail est le produit des fabriques de Saxe et de Bohême : il y en a aussi une fabrique dans la vallée du Luchon , dans les Pyrénées.

COULEURS MATiîlUliLLES. LKS KLEUS. 543

Voici comment s'exprime, sur le bleu d'azur, l'auteur du Traité de la Peinture au pastel ; ( Paris , Defer de Maisonneuve, 1788). «L'azur est du verre en poudre que fournit le régule du cobalt, substance métallique particulière, qu'on a regardée long-tems comme une simple mine arsenicale , mais dont on tire un régule qui diffère absolument de l'arsenic. Les fabriques de Saxe , d'où l'azur se tire , ne le mettent dans le commerce qu'avec beaucoup d'autre verre en poudre ou du sable lin. Quand on fond la chaux du cobalt , sans aucun mélange, (il faut alors un feu de la plus grande violence) , elle produit un verre d'un bleu si profond , qu'il paraît noir. On peut aussi tirer ce verre du safre : c'est la mine du cobalt calcinée; mais le safre est mêlé de beaucoup de sable ou de verre. On peut l'en séparer en mettant, par exemple , une once de safre sur une soucoupe. On enfonce la soucoupe dans l'eau d'un baquet; on l'y balance; le safre s'échappe dans ce mouvement d'ondulation , et laisse le safre. Il peut fournir du régule de cobalt, au moyen d'un flux réductif. »

On trouve aussi de ce régule dans quelques boutiques de pharmacie; il est fort cher. On sait que ce demi-métal , dissous dans l'acide nitreux avec un peu de sel de cuisine , sur la cendre chaude , forme une encre de sympathie singulière.

Bleu d'indigo.

L'indigo est extrait de l'écorce des branches, de la tige et des feuilles de l'anil, plante qui croît au Brésil et dans les Indes orientales : on le vend en masse ou en

pâte sèche. Il doit être lourd , médiocrement dur et parfilé de blanc dans ses cassures. Lorsqu'on frotte sur l'ongle un morceau d'indigo , il prend une couleur brillante de cuivre rouge.

On a distingué l'ihde de l'indigo , mais au fond c'est la même substance. L'inde se vend en tablettes minces de deux ou trois lignes , d'un bleu plus clair , plus vif; l'indigo est en morceaux irréguliers et de couleur foncée.

« Le plus bel indigo du commerce , dit M. Pelouze , ne contient que bien rarement au-delà de cinquante pour cent de véritable matière colorante bleue; le reste est composé de matière mucilagineuse , soluble dans l'eau, de résine soluble dans l'alcohol, de substances terreuses, et d'oxide de fer.

» Pour purifier l'indigo , lui donner de l'éclat et l'inaltérabilité en peinture , il convient de le débarrasser de toutes ces matières étrangères.

» Pulvérisez finement l'indigo; faites-le bouillir d'abord dans cinq fois son poids d'eau pure; décantez, laissez sécher le résidu , et traitez-le par son triple de poids d'alcohol. Filtrez ou décantez exactement , et versez sur le résidu, sans qu'il soit besoin de le dessécher préalablement 5 de l'acide muriatique , qui lui enlèvera le fer et les matières terreuses. Décantez , lavez à plusieurs eaux , faites sécher à une très-douce chaleur. Vous obtiendrez ainsi l'indigo presqu'à l'état de pureté parfaite pour les peintures fines. »

La couleur de l'indigo est très-fixe , et pourrait certainement être préparée pour la peinture; cependant la teinte qu'elle procure est un peu sombre, et semble noircir avec le tems.

COULEURS MATliRIELLES. LES BLEUS. 345

On sait qu'on retire de la guedc , guesde, ou vouède ( isatis saliva , ou pastel ) , lorsqu'on l'a laissé fermenter , une couleur bleue , presqu'aussi bonne que celle de l'indigo.

Il est possible de retirer encore la couleur bleue de plusieurs autres végétaux. On lit dans le Dictionnaire d'Industrie : « Un naturaliste suédois a reconnu que la tige de blé-sarrasin , qu'on a laissé mûrir et sécher sur pied , lorsqu'elle se pourrit , devient bleue , et donne même en teinture une couleur bleue : cette couleur végétale ne change ni dans le vinaigre , ni dans l'esprit de vitriol , l'eau-forte la fait disparaître comme celle de l'indigo , sans cependant qu'elle jette comme lui cette espèce d'écume qu'on appelle fleur bleue. Cette couleur n'est pas aussi tenace que celle de l'indigo ; mais , si elle était belle, ne pourrait-on pas parvenir à lui donner la solidité nécessaire ? L'alcali change en rouge ce bleu de sarrasin : mêlé avec de la noix de galle concassée, il devient d'un noir- clair; et sans avoir été nullement mélangé, il prend une couleur verte par l'évaporation.

» On peut encore retirer des fleurs de bluet une trèsbelle couleur bleue, et qui a l'éclat ds l'outremer : on exprime le suc de ces fleurs , et on y ajoute un peu d'alun. Si l'on veut préparer" ce bleu pour la teinture , on en fait une espèce de pâte; on prend ces fleurs, on les met en tas entre des feuilles de papier; on les expose au-dessus d'un fourneau qui leur communique une douce chaleur , on les serre fortement avec une planche , en les arrosant d'eau gommée : ces gâteaux peuvent être employés en teinture.

» On peut , dit on , retirer aussi pour la peinture un

Irès-beau bleu du bois de Brésil rouge de Fernambouc. On fait infuser ce bois dans de l'eau à une chaleur douce; on retire le bois ; on fait évaporer la liqueur, en la tenant sur un bain de sable très-doux, l'espace de deux ou trois jours. La fécule desséchée , redissoute et mêlée avec de la gomme, donne une couleur d'un très-beau bleu : peutêtre que l'alun relèverait cette couleur. »

Toutes ces indications , bien qu'elles ne se rapportent pas à des couleurs très- solides , nous ont semblé devoir être de quelque utilité.

Bleu de smalU

Le smalt est un verre coloré par le safre; il est ordinairement si grossièrement pulvérisé , qu'il devient impossible de s'en servir en peinture , et sa dureté est telle, qu'il est fort difficile à broyer. C'est une couleur extrêmement brillante et durable; de manière que, lorsqu'on peut parvenir à lui donner un degré de finesse suffisant, on l'emploie avec avantage à la place de l'outremer. Le docteur Lewis a recommandé , comme pierre capable de broyer cette couleur, des plaques en porcelaine dite de Réaumur.

Bleu de montagne.

Le bleu de montagne est un minéral ou pierre fossile bleue tirant un peu sur le vert d'eau. Elle ressemble assez au lapis-lazuli; mais avec cette différence qu'elle est plus tendre , plus légère et plus cassante , et que sa couleur ne résiste pas de même au feu. Lorsqu'on fait usage

COULEURS MATjIrIELLES. LES BLEUS. 347

du bleu de montagne dans la peinture , il est à craindre que, par la suite, la couleur n'en devienne verdatre. Cette pierre se trouve en France , en Italie , en Allemagne , et surtout dans le Tyrol. Elle se nomme en allemand bergblau, et en latin lapis armenus , ou cœruleum niontanum. On dit que celle qui vient d'Orient ne perd point sa couleur dans le feu. Le bleu de montagne contient beaucoup de cuivre : celui qui est léger en fournit moins que celui qui est pesant; le premier contient un peu de fer, suivant M. Cramer. On dit que l'on contrefait le bleu de montagne en Hollande , en faisant fondre du soufre et en y mêlant du verd-de-gris pulvérisé.

Cendre bleue.

On donne le nom de cendre bleue à une pierre bleue , tendre , grenelée , presque réduite en poudre , qu'on trouve dans des mines de cuivre , en Pologne , et dans un terrain particulier de l'Auvergne , nommé Puy-de-Mur : elle est d'une grande beauté, et fort en usage dans la détrempe , surtout pour les décorations de théâtre et pour les ciels.

La chimie , dit M. Bourgeois , compose aussi des cendres bleues , en mêlant ensemble trois parties de bon sable blanc cristaHisé , bien séché au feu; deux parties de nitre , une partie de limaille de cuivre , une partie de sel commun décrépité , et un huitième de partie de sel ammoniac. On fait fondre le mélange dans un creuset , on verse la matière dans l'eau froide, on la lave et on la tamise. L'eau étant décantée, on fait sécher la poudre bÎQue , qu'on réduit en poudre impalpable.

348 PROCÉDÉS MA^TÉRIELS.

— Des bleus- rougeâtres. —

Les bleus de lazulite et de cobalt offrent parfois une légère nuance de rouge, qui leur donne un caractère que les anciens ont appelé kyaclnthus color. L'hyacinthe, plante bulbeuse et si odorante de nos jardins , fait souvent voir ce bleu azuré, légèrement teint de purpurin; enfin , parmi les couleurs bleues teintoriales , il y en a beaucoup qui participent de ce léger mélange.

— Des bleus-Jaunâtres. —

Plusieurs bleus tirés des minéraux, tels que les cendres bleues , le bleu de montagne , etc. , ont souvent un œil verdâtre , qui provient du cuivre dont elles sont composées. Le verd-de-gris n'a pas précisément cette nuance , puisqu'il appartient à la classe des verts ; cependant on rencontre souvent cette colorisation dans les produits chimiques provenant de ce métal ; et c'est à cette teinte bleue-jaunâtre qu'on a donné le nom de pers , qui signifie couleur qui est entre le vert et le bleu.

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